Auto-adoration

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Siegbert  Tarrasch (1862-1934)

Jusqu’à ce point, les blancs ont suivi une analyse très connue. Mais maintenant, ils ont fait une erreur fatale : ils ont utilisé leur propre cerveau.

Siegbert Tarrasch

« La force du Dr Tarrasch ou sa faiblesse si l’on veut, écrivait Emanuel Lasker dans le Lasker’s Chess Magazine de janvier 1906 — est son amour-propre prononcé. Sans lui, il aurait été un joueur d’Échecs très médiocre ; doué à un degré anormal, il est devenu un géant. Son amour-propre était tel qu’il se devait d’exceller dans quelque chose. Les Échecs étaient pour lui le moyen le plus facile. C’est un passionné de ce jeu, mais, plus particulièrement de son propre jeu. Il a écrit deux livres et en rédige un troisième — tous trois sur lui-même, ses victoires, ses opinions, sa vie et son évolution. Son style est divertissant et plein d’esprit. Mais sa naïve auto-adoration influe souvent sur son jugement sur les hommes, les affaires et même les positions d’Échecs.

Il n’y a pas de parties jouées en ce bas monde par n’importe qui, sauf celles, bien évidemment, du Dr Tarrasch, dans lesquelles il n’a pas signalé une erreur, ou une route plus rapide vers la victoire, ou une amélioration d’un certain type. Dans ses critiques, sa personnalité doit être prédominante. C’est la grande faiblesse de son jugement. Dans sa vie personnelle, il est, comme beaucoup d’Allemands des classes supérieures, toujours correct. Pour être correct, en Allemagne, le comportement d’un homme, dans le jugement de ses voisins, doit-être toujours bon et digne de son rang. Pour être correct, il faut être guidé par l’opinion des autres ; il faut être sans code moral ou éthique personnelle, mais annexer ceux de son entourage. Dans son habillement, dans ses paroles et ses actes publics, le Dr Tarrasch est toujours correct ».

Premières photos

Ce cliché de 1841, attribué à Nicolaas Henneman (1813–1898), photographe hollandais, mais travaillant en Angleterre, est sans doute la première photographie de joueurs d’Échecs au monde. Henneman est le joueur de droite.

Première photo échecs
Nicolaas Henneman (1841)

Le cliché suivant lui est attribué également ou à notre compatriote Antoine-François-Jean Claudet (1797–1867), photographe expatrié lui aussi en Grande-Bretagne.

Claudet
Antoine-François-Jean Claudet, 1845 (24.5 × 19.6 cm)
Claudet
Antoine-François-Jean Claudet ou William Henry Fox Talbot, 1845 (19.5 x 14.4 cm) 

Échec et Mat

Chorégraphie de Jean Guelis sur une musique d’Alain Guelis.

Ballet en dix tableaux sur le thème des Échecs représentés grandeur nature par des danseurs noirs et blancs. Un joueur, champion d’Échecs, vivant de manière obsessionnelle sa passion pour ce jeu, finit peu à peu par s’identifier, dans un véritable rêve éveillé, à l’univers de l’échiquier et devient partie intégrante d’un jeu géant aux pièces humaines. Allié des pièces blanches, il doit combattre la reine noire et son armée, mais s’éprend fasciné de la reine sombre qui l’envoûte pour mieux le vaincre. Il défie ensuite un automate joueur d’Échecs, émissaire de la reine noire et le bat. Mais dans une ultime bataille contre les pièces noires, il sera proclamé roi blanc, afin de garder la vie sauve, roi fantoche de la reine noire,  statufié pour l’éternité.

Une réflexion sur “Échecs et Mat”

  1. Bonjour, je découvre avec plaisir que vous diffusez mon ballet Échec et Mat dans le cadre de vos articles très intéressants et anecdotiques sur ce thème et notamment sur Prokofiev (un de mes compositeur fétiche, certains ont même dit en écoutant ma musique que Prokofiev avait trouvé un fils spirituel, ce qui est un bien trop beau compliment). J’ai découvert également le compositeur Bliss qui a écrit ce ballet sur le même thème que je ne connaissais pas, en tout cas bravo pour vos recherches ! Amicalement.

    Alain Guelis

Ballet majestueux pour les yeux

Les Échecs, c’est le défi de l’alpiniste, toujours plus haut, prêt à tout pour monter à l’assaut du roi ennemi. Les Échecs, c’est de la musique en mouvement, un ballet majestueux pour les yeux. C’est de la poésie composée par les fantômes du passé qui au même titre que Rimbaud ou Verlaine méritent notre admiration. Les Échecs, c’est de la peinture ou le moindre mouvement modifie le tableau pour en faire un Picasso ou un Van Gogh . Les Échecs, c’est tout et rien, c’est la vie et la mort.

Jjulie33 sur le forum de France-Echecs

La partie d’Échecs

«Si tous les artistes ne sont pas des joueurs d’Échecs, tous les joueurs d’Échecs sont des artistes ». La phrase célèbre est de Marcel Duchamp, inventeur du ready made et passionné d’échecs, discipline dans laquelle il excellait.

Marcel Duchamp
La partie d’Échecs, Marcel Duchamp, 1910

Clairement influencé par Les Joueurs de cartes de Paul Cézanne, Duchamp représente ses deux frères, eux-mêmes joueurs d’échecs réguliers, en train de jouer, tandis que leurs épouses, assises dans l’herbe, semblent s’ennuyer. « Exemple de l’influence de Cézanne, explique Marcel Duchamp, ce jeu d’Échecs entre mes deux frères. Peint pendant l’été de 1910 dans le jardin de Puteaux où ils habitaient, il fut présenté au Salon d’Automne de la même année. Le jury du Salon d’Automne m’accorda le titre de Sociétaire qui me donnait le privilège d’exposer sans passer par le jury. Curieusement, je ne profitai pas de cette distinction et n’exposai plus jamais au Salon d’Automne. Devant mes deux frères jouant aux échecs, on voit mes deux belles-sœurs prenant le thé ».

Ce second tableau, Les Joueurs d’Échecs, réalisé à Neuilly un an plus tard en 1911, montre de manière saisissante l’évolution rapide du peintre. Il représente toujours les deux frères de Duchamp. Tableau-manifeste témoignant d’une nouvelle phase de sa pratique picturale, qui connaît une évolution profonde et rapide depuis 1908. Joueur d’échecs passionné, il peint ici ses deux frères, Jacques Villon et Raymond Duchamp-Villon, disputant une partie. Peinte à la lumière du gaz, l’œuvre affiche des tons sombres qui caractérisent les recherches cubistes au tournant des années 1910.

Marcel Duchamp
Les joueurs d’Échecs, 1911. Huile sur toile, 50 x 61 cm.

Les commentaires de Marcel témoignent de l’intérêt théorique qu’il porte à la thématique échiquéenne, non seulement dans son traitement du mouvement, mais dans l’insertion de ce mouvement au coeur de l’espace identifiable ou indéfini de la toile. Il écrit :

« Utilisant une fois de plus la technique de la démultiplication dans mon interprétation de la théorie cubiste, je peignais les têtes de mes deux frères en train de jouer aux Échecs, cette fois non pas dans un jardin, mais dans un espace indéfini. À droite se trouve Jacques Villon et à gauche Raymond Duchamp Villon le sculpteur, chaque tête étant indiquée par plusieurs profils successifs au milieu de la toile, quelques formes simplifiées de pièces d’Échecs disposées au hasard. Une des autres caractéristiques de ce tableau est la tonalité grisâtre de l’ensemble. On peut dire que généralement, la première réaction du Cubisme contre le Fauvisme fut l’abandon des couleurs violentes et leur remplacement par des tonalités atténuées. Ce tableau fut peint à la lumière du gaz pour obtenir cet effet d’atténuation lorsqu’on le regarde au jour ».

À cette époque, Duchamp participe aussi, avec ses frères, aux discussions du groupe de Puteaux. Démultipliant les formes, allant vers une notion de quatrième dimension et de décomposition du mouvement qu’il illustre dans cette troisième œuvre sur le thème échiquéen :

Marcel Duchamp
Portrait de joueurs d’Échecs, 1911. Huile sur toile, 108 x 101 cm

« La peinture ne doit pas être exclusivement visuelle ou rétinienne. Elle doit intéresser aussi la matière grise, notre appétit de compréhension. Il en est ainsi de tout ce que j’aime : je n’ai jamais voulu me limiter à un cercle étroit et j’ai toujours essayé d’être aussi universel que possible. C’est pourquoi par exemple, je me suis mis à jouer aux Échecs. En soi, le jeu d’Échecs est un passe-temps, un jeu, quoi, auquel tout le monde peut jouer. Mais je l’ai pris très au sérieux et je m’y suis complu parce que j’ai trouvé des points de ressemblance entre la peinture et les Échecs. En fait, quand vous faites une partie, c’est comme si vous esquissiez quelque chose, ou comme si vous construisiez la mécanique qui vous fera gagner ou perdre. Le côté compétition de l’affaire n’a aucune importance, mais le jeu lui-même est très, très plastique et c’est probablement ce qui m’a attiré. »

Deux fous gagnent, jamais trois !

Deux fous gagnent, jamais trois
Alexandre Alekhine vers 1926, photographié par Man Ray.

Deux fous gagnent, mais jamais trois.

Alexandre Alekhine

Question folie, notre vieux Alekine en connaissait un rayon. Excentrique et alcoolique impénitent, ont le découvrit, peu de temps avant une de ces parties de championnat du monde contre Max Euwe en 1935, gisant ivre mort, dans un champ voisin. Quelques jours plus tard, devant donner une exhibition en simultanée, il se présenta si cuité qu’il commença par uriner devant ses adversaires. La simultanée fut annulée devant une si lamentable exhibition.

Bien évidemment, dans de telles conditions, il perdit son titre pour le récupérer en 1937. Sans doute, fut-il un peu moins fou. Voici la partie qui fit basculer ce second match :

Jeu de Guerre

Bien que les Échecs soient un jeu de guerre, il fut utilisé pendant la seconde guerre mondiale comme passe-temps, permettant aux soldats de récupérer entre deux batailles, leur offrant un sentiment de sécurité et d’appartenance en retrouvant des gestes coutumiers d’avant les combats.

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Allemagne, Seconde Guerre Mondiale. Boite : 230 x 125 x 20 mm

Feldpost était le nom du service postal militaire allemand. Comme les Americains, la Wehrmacht envoya des jeux récréatifs à leurs soldats. L’échiquier pliable et les pièces plates en carton permettaient son transport facile.

Le jeu d’Échecs Coca Cola (1941-1945),  42 cm.

La Coca-Cola Company ne fut pas en reste et envoya pour remonter le moral des troupes à l’étranger, un ensemble incluant un jeu d’échecs, de dames, de backgammon, de billes, de dominos et des cartes à jouer avec les incontournables pin up’s, s’offrant un petit coup de pub en passant.

Coca-Cola
Annonce parue dans le National Geographic Magazine d’août 1945. 25,4 x 17 cm.

Le jeu d'Échecs et ses rapports avec les arts, les sciences humaines, la politique, le quotidien…