Casablanca

Casablanca

1942, en pleine tourmente de la Seconde Guerre mondiale, des milliers de réfugiés, venus des quatre coins de l’Europe, affluent à Casablanca, fuyant le joug hitlérien, dans le fragile espoir d’obtenir un visa pour les États-Unis. Le Café Américain leur sert de lieu de rendez-vous avec leurs contacts. Le propriétaire, Rick Blaine, est un homme secret au passé obscur, un individualiste farouche. Ancien opposant aux fascistes en Éthiopie et en Espagne, un chagrin d’amour la rendu cynique et désabusé. Rick est devenu un homme amer, désenchanté et opportuniste qui affecte désormais un complet détachement vis-à-vis de la situation internationale. Le meurtre de deux émissaires nazis porteurs de lettres de transit conduit à Casablanca un important dignitaire allemand, le major Strasser. Peu après, le résistant roumain Victor Laszlo et sa troublante épouse, Ilsa, débarquent à leur tour. Rick reconnaît en Ilsa la femme avec laquelle il a eu une liaison à Paris deux ans auparavant. Rick fera tout pour favoriser la fuite du couple, préférant sacrifier son amour pour se battre de nouveau aux côtés des Alliés.

Tourné en pleine guerre, ce classique surprend d’abord par son ironie visionnaire : on y jette à la poubelle des bouteilles d’eau de Vichy, et la victoire de la Résistance paraît certaine. Mais c’est surtout la magie éternelle du couple Bogart-Bergman qui émeut. L’actrice raconta que la grâce lunaire et chancelante de leur jeu venait de l’état d’incertitude dans lequel ils étaient maintenus en permanence. Leurs répliques étaient écrites au jour le jour, au moment même du tournage et le dénouement de l’histoire leur fut caché jusqu’au dernier moment.

Au début du film, Bogart assis dans son bar devant son échiquier, joue en solitaire. Cette scène n’était pas prévue dans le scénario, mais Bogart insista. C’était un excellent joueur, presque au niveau de la maîtrise (2100). Il obtint la nulle contre le Grand Maître Samuel Reshevsky dans une simultanée en 1955 à Beverly Hills. Dans sa jeunesse, il se faisait un peu d’argent comme Chess Hustler, proposant des parties pour quelques pièces dans les parcs de New York ou à Coney Island. La position sur l’échiquier est d’ailleurs une de ses parties qu’il jouait alors depuis janvier 1942 par correspondance avec Irving Kovner, frère d’un employé de la Warner Bros. Curieusement, alors que Rick écoute Ugarte, Bogart exécute les coups de cette partie.

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Carte postale adressée à son adversaire Irving Kovner pendant le tournage de Casablanca.

« Cher Irving, tu es trop impétueux ! Reste calme ! Mon sixième coup était mauvais, j’aurai dû échanger les Fous. Maintenant je suis tout embouteillé. Je joue ton Cavalier (8 Knt-Knt5) et je roque côté Roi ». Dans la scène, tout en écoutant Peter Lorre, Bogart déplace le Cavalier de Kovner et fait le petit roque.

Pourquoi les femmes ne jouent-elles pas aux Échecs ?

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Suite à la série de posts sur les Échecs au féminin, je souhaiterais aborder ce nouveau sujet. Question bien dangereuse ! Un ami qui préfère rester anonyme me confia un jour son explication : « Les femmes ne peuvent pas jouer aux Échecs, elles sont incapables de rester silencieuses pendant deux heures de temps ! » Explication gentiment sexiste qui en vaut une autre, en-tout-cas la moins pire dans ce style que j’ai pu découvrir en préparant ces articles. Dans son livre Et le fou devint roi, Gary Kasparov écrit : « Botvinnik croit que les femmes joueront toujours moins bien que les hommes pour des raisons physiologiques, le système nerveux d’une femme étant conçu pour servir sa fonction de mère, diminuant ainsi ses aptitudes naturelles à prendre des décisions. Sujet délicat, s’empresse d’ajouter Garry sentant qu’il s’engage en terrain miné, bien sûr, surtout à l’époque de la libération des femmes ».

Botvinnik a-t-il raison ? Il est vrai que si les femmes sont brillantes dans des domaines où la dimension humaine est essentielle comme la médecine ou la littérature, elles semblent moins nombreuses à réussir dans la pensée abstraite, comme la musique, les mathématiques ou les Échecs. Ou l’explication est-elle à chercher dans un simple fait de société ? Délicat, donc de traiter un tel thème. Faut-il rester dans un féminisme de bon ton ou envisager les différentes thèses au risque de se voir taxer de vieux barbons sexistes.

Distraction échiquéenne

AlekhineGeorgy Rimsky-Korsakov (camarade de classe d’Alekhine et fils du célèbre compositeur russe) raconte : « Alekhine était tellement absorbé par les Échecs que durant les classes, il pouvait se déconnecter complètement et ne plus savoir où il se trouvait. Je me souviens de notre classe d’algèbre. Tous les garçons étaient calmes… Soudain Alekhine se leva avec enthousiasme, le visage radieux, les yeux brillants et écartant une mèche d’un geste qui lui était familier…

Eh bien ! Alekhine, avez-vous résolu le problème ? lui demande le professeur Bachinsky.
Oui ! Je sacrifie le Cavalier et je joue le Fou… Et les Blancs gagnent ! La classe, comme vous pouvez l’imaginer, éclata de rire ».

Joueuse

joueuse-bonnaire
Sandrine Bonnaire dans une scène de Joueuse.

Je suis fascinée par ce jeu que j’aime beaucoup. On lui colle souvent une image élitiste qui, à mon avis, ne correspond pas à la réalité. Les quelques contacts que j’ai eu avec le monde des Échecs m’ont révélé que c’était un moyen formidable pour développer la convivialité.

Sandrine Bonnaire

Les femmes ou les Échecs ?

capablancaCapablanca, comme il le recommanda à son fils, ne buvait ni ne fumait, mais c’était un noctambule impénitent, aimant la bonne compagnie, féminine en particulier. Il fut considéré comme l’un des hommes les plus sexy du monde, avec des stars de cinéma comme Rudolph Valentino. Il a justifié la plupart de ses défaites avec l’excuse qu’il avait été absorbé par une femme. Quand il perdit contre Tarrasch à Saint-Pétersbourg, en 1914, on a supposé qu’il était passé directement du lit de l’épouse du grand-duc à l’échiquier. La faute de sa défaite contre Alekhine en 1927 revient à de trop nombreuses et jolies ballerines avec lesquelles il s’était diverti.

Capablanca, le latin lover, était bien connu tant pour ses victoires échiquéennes que sur l’oreiller. Et aussi pour ses coups de canif à son contrat de mariage. Au cours du tournoi de Karlsbad de 1929, fier d’une nouvelle conquête, il arrive au tournoi avec la jeune femme, l’invitant à assister à la partie. Malheureusement pour notre Don Juan cubain, son épouse voulant lui faire une petite surprise débarque tout droit d’Amérique ! Apercevant sa régulière, notre chaud latin se trouble, gaffe au neuvième coup, perd une pièce puis la partie contre Saemisch ! Moralité : les femmes ou les Échecs, il faut choisir !

La psychologie d’Emanuel Lasker

Emanuel Lasker
Dr. Emanuel Lasker et son frère en 1910. Photogravure de Franck Eugene.

Sur l’échiquier, le mensonge et l’hypocrisie ne survivent pas longtemps.

Emanuel Lasker

Pour Emanuel Lasker, une partie d’Échecs était un combat entre deux hommes, avant d’être une discipline intellectuelle, artistique ou scientifique et il fut l’un des tout premiers à en considérer l’aspect psychologique. Par exemple, il jouait tous les débuts afin de s’adapter au style de ses adversaires et son jeu s’affirmait en milieu de partie et en finale. « Lasker ne joue pas objectivement le meilleur coup, disait de lui Richard Réti, mais celui qui crée le plus de problèmes à ses adversaires, les entraînant dans des sentiers qu’ils ne connaissent pas très bien. À cause de cela, ils se voient contraints d’adopter un style qui ne leur est pas familier. Ils doivent surmonter des difficultés spécialement conçues pour eux. Par conséquent, ils dépensent beaucoup de temps dans la première phase du jeu et doivent prendre des décisions rapides lorsque la position devient difficile. C’est à ce moment-là que Lasker investit toute son énergie. Il est alors trop tard pour l’autre, qui s’effondre d’abord psychologiquement, puis sur tous les plans ».

Échecs à la prison

échecs prison
Earl Hammud, Prison de haute sécurité de Trenton, New Jersey. Photographie de Oliver Fluck.

En 2008 et 2009,  le photographe allemand Oliver Fluck accompagna un club d’ Échecs de l’université de Princeton à la prison de l’État du New Jersey, où les étudiants affrontèrent des détenus de l’établissement .

Pour beaucoup de prisoniers, le jeu d’Échecs permet de faire face à la dure réalité de leur environnement. Non seulement une bonne façon de passer le temps, mais aussi un moyen d’inculquer la discipline et peut-être de résoudre sur l’échiquier une partie des problèmes de leur vie. Des études ont démontrer que la pratique du jeu en prison réduit le taux de récidive.

Les joueurs d’Échecs sont-ils buveurs de bière ?

Bière Belongs, 1955.

De mon expérience personnelle, indubitablement oui !  Voici une autre publicité pour une bière des plus échiquéennes, puisqu’elle reproduit les 159 diagrammes de la partie Lipschütz – Bird, jouée au 6ème Congrès d’Échecs des USA à New York en 1889 , une des parties sans doute les plus longues de l’histoire des Échecs.

Les 159 coups de la partie Samuel Lipschütz vs. Henry Bird.
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Le jeu d'Échecs et ses rapports avec les arts, les sciences humaines, la politique, le quotidien…