Traitement antipsychotique

Reuben Fine poursuit son évocation de Paul Morphy :

Après le départ du colonel Mead outragé, Morphy, dans son discours, fait les précisions suivantes : « Le Jeu d’Échecs n’est pas seulement le divertissement le plus attrayant et le plus scientifique, c’est aussi le plus moral. Contrairement aux autres jeux, où le but des concurrents est d’obtenir le gain financier, nous pouvons recommendé les Échecs aux sages, car les combattants ne luttent pas dans cette bataille fictive pour obtenir un gain, ni même des honneurs. Les Échecs sont le jeu des philosophes. Faites que l’échiquier remplace les tables vertes (des maisons de jeux) et il en résultera une élévation de la morale collective… Les Échecs n’ont jamais été qu’un plaisir et ne pourront être qu’un plaisir. Vous ne devez pas vous y consacrer au détriment d’occupations plus sérieuses. Les Échecs ne doivent pas accaparer les pensées de ses adorateurs, au contraire ils doivent être tenus au second plan, confinés dans les limites qui sont les leurs, un simple jeu, un simple divertissement ».

Ce n’est pas son intention de concevoir les Échecs comme une profession possible, mais dans le même temps, il a toujours refusé de se consacrer à n’importe quelle profession. Une telle absence totale de volonté de prendre la vie au sérieux doit avoir eu des causes plus profondes que le rejet de Staunton. En fait, sa tendance à se retirer de la vie doit s’être présentée très précocement et compensée par l’intérêt dominant pour les Échecs. Morphy apprend à jouer à dix ans, devient champion de la Nouvelle Orléans à douze, champion américain et champion du monde de vingt à vingt un an.

femme

Des entreprises comme celles-ci ont été réalisées par beaucoup d’autres après lui, mais ne peuvent réussir qu’au prix d’une énorme quantité de temps et d’efforts, en d’autres termes, tout au long de son adolescence, Morphy doit avoir consacré la plupart de son temps au jeu d’Échecs. Apparemment, il n’a jamais eu d’expériences sexuelles ou tout au plus, seulement occasionnelles : de cette manière, l’activité sexuelle normale de l’adolescent fut transférée sur les Échecs. Dans la pratique les Échecs lui ont permis de se préserver de la psychose…

Fair-Play

vidmar
José Raúl Capablanca y Graupera et Milan Vidmar

En une occasion Capablanca et le Grand Maître yougoslave Milan Vidmar ajournèrent une de leurs parties pour la terminer le lendemain. Vidmar avait analysé que sa position était perdue, mais n’avait pas voulu signer son abandon pour tester son hypothèse en jouant quelques coups de plus. Les deux joueurs quittent la salle en bavardant, utilisant le français, seule langue commune qu’ils partagent, mais qu’ils parlent tous deux assez mal. Vidmar confie à Capablanca qu’il croit sa position très mauvaise. Le lendemain, quand le jeu reprend, Capablanca ne se présente pas. L’enveloppe est ouverte et le coup de Vidmar joué. Le temps de Capablanca s’écoule inexorablement. Vidmar passe le temps en observant les autres parties. Après quelque temps, l’arbitre s’approche et avertit que Capablanca n’est toujours pas arrivé. Vidmar répond que son adversaire a encore suffisamment de temps pour bien jouer la finale qui se présentait. L’arbitre revient quelques minutes plus tard, cette fois-ci préoccupé, car il ne reste que quelques minutes à la pendule. Vidmar, alors, commence à douter : en se quittant la veille, Capablanca n’aurait-il pas mal interprété son commentaire de la partie, imaginant que Vidmar le lendemain allait abandonner. Il ne manquait plus que quelques secondes au drapeau du Cubain pour tomber. Vidmar vint à l’échiquier et coucha son roi, indiquant ainsi son abandon, évitant que Capablanca perde au temps ! Capablanca arriva quelques minutes plus tard, bien surpris de voir que la partie se jouait, s’approcha de la table et sourit avec satisfaction quand il vit le roi couché de Vidmar. Une question : nos GMI modernes seraient-ils aussi fair-play que notre bon Vidmar ?

Peut-être est-ce une de ces parties là ? : [advanced_iframe securitykey= »2545c71ad81ac6ff5f3f948a2dece3a50c29127a » src= »/pgn4web/htmlpgn/vidmar.html » width= »100% » height= »410″ frameborder= »0″ marginwidth= »0″ marginheight= »0″ scrolling= »no »]

Rousseau et le Prince de Conti

Abandonnant ses ambitions de devenir un grand maître de l’époque, Rousseau n’en poursuivit pas moins de cultiver avec ardeur les Échecs. « À Montmorency, par exemple, ne nous dit-il pas qu’il était prêt à endurer quatre heures d’ennui pour obtenir une pauvre petite partie des sieurs Ferraud et Minard, ses voisins¹ ».

Enfin, les Confessions ont conservé le souvenir de mémorables parties jouées avec un prince du sang, Louis-François de Bourbon, prince de Conti, dans le donjon de Mont- Louis. Le Prince « passait pour un joueur habile, élève du chevalier de Lorenzi, l’un de illuminé de l’école italienne¹ ».

« Au milieu de toutes ces petites tracasseries littéraires, qui me confirmaient de plus en plus dans ma résolution, je reçus le plus grand honneur que les lettres m’aient attiré, et auquel j’ai été le plus sensible, dans la visite que M. le prince de Conti daigna me faire par deux fois, l’une au petit Château, et l’autre à Montlouis. Il choisit même toutes les deux fois le temps que Mme de Luxembourg n’était pas à Montmorency, afin de rendre plus manifeste qu’il n’y venait que pour moi. Je n’ai jamais douté que je ne dusse les premières bontés de ce prince à Mme de Luxembourg et à Mme de Boufflers ; mais je ne doute pas non plus que je ne doive à ses propres sentiments et à moi-même celles dont il n’a cessé de m’honorer depuis lors.

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La partie d’Échecs dans le Donjon.Gravure d’après M. Leloir, édition des Confessions, 1889. Musée Jean-Jacques Rousseau – Montmorency

Comme mon appartement de Montlouis était très petit, et que la situation du Donjon était charmante, j’y conduisis le prince qui, pour comble de grâce, voulut que j’eusse l’honneur de faire sa partie aux échecs. Je savais qu’il gagnait le chevalier de Lorenzy, qui était plus fort que moi. Cependant, malgré les signes et les grimaces du chevalier et des assistants, que je ne fis pas semblant de voir, je gagnai les deux parties que nous jouâmes. En finissant, je lui dis d’un ton respectueux, mais grave : « Monseigneur, j’honore trop Votre Altesse Sérénissime, pour ne la pas gagner toujours aux Échecs. » Ce grand prince, plein d’esprit et de lumières, et si digne de n’être pas adulé, sentit en effet, du moins je le pense, qu’il n’y avait là que moi qui le traitasse en homme, et j’ai tout lieu de croire qu’il m’en a vraiment su bon gré ».

Voici l’une des deux parties contre le Prince :

¹ I. Grünberg ‘Rousseau joueur d’Échecs’ tiré des Annales de la société Jean-Jacques Rousseau, volume trois (Geneve, 1907).

Henri Cartier-Bresson

Henri Cartier-Bresson
Henri Cartier-Bresson – Près de Moscou, 1954

En 1954, Henri Cartier-Bresson fut le premier photographe occidental autorisé à voyager à l’Union soviétique après la Seconde Guerre mondiale. L’obsession de l’espionnage avait empêché tout contact avec les médias occidentaux. Cartier-Bresson a photographié des gens ordinaires qui font des choses ordinaires. Le résultat fut un livre appelé Moscou édité par Robert Delpire.

 

Gaston Lagaffe

Gaston Lagaff
On ne présente plus Gaston Lagaffe, ce personnage créé par le dessinateur belge André Franquin dans le magazine de bande dessinée Le Journal de Spirou en 1957, puis en album dans la série Gaston à partir de 1960. Gaston fut créé à l’origine pour animer les pages du journal de Spirou avec le statut de héros-sans-emploi ou de personnage de BD sans série. Gaston Lagaffe, en s’installant dans la rédaction imaginaire du journal, est devenu le principal moteur de la publication réelle. Il a vite incorporé le cadre classique d’une planche de BD qui paraîtra longtemps en couverture du journal.

Rousseau joueur d’Échecs

Bien des facettes de Rousseau nous sont connues : Rousseau botaniste, musicien. Nous connaissons moins Rousseau joueur d’Échecs. Aux renseignements fournis sur ce point par ses mémoires, d’autres témoignages attestent de la passion du grand Jean-Jacques pour le Noble Jeu.

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Gravure sur bois d’après Les joueurs d’échecs (1863) de Jean-Louis-Ernest Meissonier.

Dans une grande lettre adressée à M. de Saint-Germain du 26 février 1770, Rousseau se défend d’aimer le jeu : « Le jeu, je ne puis le souffrir. Je n’ai jamais joué qu’une fois en ma vie au Redoute à Venise ; je gagnai beaucoup, m’ennuyai, et ne jouai plus. Les Échecs, où l’on ne joue rien, sont le seul jeu qui m’amuse ». Il nous raconte sa découverte du jeu des Rois dans les Confessions : « Toutes les fois qu’avec le livre de Philidor ou celui de Stamma j’ai voulu m’exercer à étudier des parties, la même chose m’est arrivée, et, après m’être épuisé de fatigue, je me suis retrouvé plus faible qu’auparavant. Du reste, que j’aie abandonné les Échecs, ou qu’en jouant je me sois remis en haleine, je n’ai jamais avancé d’un cran depuis cette première séance, et je me suis toujours retrouvé au même point où j’étais en la finissant. Je m’exercerais des milliers de siècles, que je finirais par pouvoir donner la tour à Bagueret, et rien de plus. Voilà du temps bien employé ! »

Mais Rousseau opiniâtre, malgré son soi-disant insuccès, ne s’est jamais découragé. Il eut même le désir de devenir un fort joueur. Peu après son arrivée à Paris en 1742, à 30 ans, il vit dans les Échecs un des moyens d’échapper à la misère : « J’avais un autre expédient non moins solide dans les Échecs, auxquels je consacrais régulièrement, chez Maugis, les après-midi des jours que je n’allais pas au spectacle. Je fis là connaissance avec M. de Légal, avec un M. Husson, avec Philidor, avec tous les grands joueurs d’Échecs de ce temps-là, et n’en devins pas plus habile. Je ne doutai pas cependant que je ne devinsse à la fin plus fort qu’eux tous ; et c’en était assez, selon moi, pour me servir de ressource. De quelque folie que je m’engouasse, j’y portais toujours la même manière de raisonner. Je me disais : Quiconque prime en quelque chose est toujours sûr d’être recherché. Primons donc, n’importe en quoi ; je serai recherché, les occasions se présenteront, et mon mérite fera le reste. Cet enfantillage n’était pas le sophisme de ma raison, c’était celui de mon indolence. Effrayé des grands et rapides efforts qu’il aurait fallu faire pour m’évertuer, je tâchais de flatter ma paresse, et je m’en voilais la honte par des arguments dignes d’elle ».

64 cases pour un Génie – Partie 2

Été 1972, en plein bourbier vietnamien et irlandais, le Monde a les yeux rivés sur Reykjavik où se déroule « le match du siècle » entre le prodige américain des échecs Bobby Fisher et le Soviétique Boris Spassky, champion du monde en titre. Lorsqu’en 1972 le grand maître américain Robert James Fischer ravit la couronne mondiale au champion russe Boris Spassky, le jeu d’échecs, pour la première fois de son histoire, fait la Une des journaux du monde entier. Pour le grand public, influencé par les mass media, Fischer, représentant de la culture occidentale, a terrassé un symbole fort du bolchevisme. Manichéenne, cette théorie simpliste est intelligemment revisitée par la réalisatrice du film, Liz Garbus, qui a orienté la trame de son œuvre sur la personnalité singulière de Fischer.

Le jeu d'Échecs et ses rapports avec les arts, les sciences humaines, la politique, le quotidien…