Silver Chess Set, 1926

Silver Chess Set
Version moderne du jeu de Man Ray, datant de 1926.

Man Ray, né Emmanuel Rudzitsky (1890 – 1976), peintre, photographe et réalisateur de films américains, acteur du dadaïsme à New York, puis du surréalisme à Paris, forma avec son ami proche Marcel Duchamp, la branche américaine du mouvement dada. Comme de nombreux artistes dadaïstes et surréalistes, le jeu d’Échecs fut pour lui une métaphore de la création artistique. Man Ray apprit à jouer avec Duchamp et développa sa vie durant une conception de l’échiquier « comme un champ de pensée claire, d’imagination impromptue et de surprise ». Les motifs échiquéens sont récurrents dans les œuvres de Man Ray, peintures, photographies et objets. Dès 1920, il esquisse quelques modèles et construit son premier jeu avec des matériaux épars trouvés dans son studio. Dans l’un de ses premiers jeux datant de 1926, le Roi est une simple pyramide, symbole de la royauté égyptienne. La spirale d’un violon, évoquant la crinière d’un cheval, deviendra un Cavalier.

Champions d’autrefois

avatar_bronsteinParfois, au cours mes lectures, je me demande comment les champions du siècle dernier joueraient aujourd’hui. Je pense que, après avoir fait une étude rapide des ouvertures modernes et regardé un ou deux tournois, les champions du siècle dernier, et même du siècle auparavant, auraient très rapidement occupé la même place qu’ils occupaient de leur vivant.

David Bronstein

Le roi des jeux et le jeu des rois

publicité échecs

Dans le passé de la publicité, américaine surtout, le Sex Sells (le sexe vend) était la base de nombreuses campagnes de promotion avec de jolies filles scintillantes et aussi dépouillées que possible… Puis, comme l’a noté le journaliste Ferruccio Pezzuto, le public se fatigua de ces pin-up pulpeuses et, plus féministe, protesta devant cet étalage mammaire. La réclame s’orienta vers d’autres sujets tels que notre jeu. Mais ce monde raffiné des Échecs décrit par la publicité est très différent de celui que nous observons. La pub montre souvent des personnages chics, évoluant dans un cadre luxueux, donnant l’image d’un sport / jeu pratiqué par une minorité riche et célèbre et non, comme malheureusement, il est vrai, par une minorité « en soi ».

Les chercheurs ont montré que l’utilisation de notre jeu dans la publicité se fonde sur trois facteurs :

  • la classe et l’élitisme : la publicité de certains produits exploite la séduction et le snobisme du public. Seuls ceux qui s’habillent ainsi ou achètent telle boisson pourront appartenir au petit groupe des joueurs d’Échecs privilégiés.
  • l’intelligence : seuls les esprits supérieurs comme les joueurs d’Échecs sont assez futés pour acheter notre boisson au coca ou acheter notre voiture… Seuls ceux qui sont intellectuellement supérieurs choisissent nos produits !
  • le langage échiquéen est devenu d’usage plus courant : Faites échec à la soif, La reine des voitures, Placez-vous sur l’échiquier européen avec notre banque

La publicité, en conclusion, reprenant la définition bien connue, Le roi des jeux (pour l’élite intellectuelle) et le Jeu des Rois (pour l’élite sociale) cherche à présenter le cliché du joueur d’Échecs intello et snobinard. Et nous savons bien, à fréquenter quotidiennement nos clubs, qu’il n’en est rien.
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Paradis échiquéen

Passe-moi l'ciel
Passe-moi l’ciel, du dessinateur Stuf sur des scénarios de Janry,  nous conte une vie après la mort pas triste. Chaque espèce, voire chaque objet, possède son propre paradis chacun gardé par un Saint Pierre qui vérifie sur son ordinateur si une personne peut entrer ou doit être redirigée en enfer. Un Saint Pierre, un peu fainéant, bon vivant et amateur de parties de billard au côté de son ami Nestor (La Mort).

Une notation poétique

L’abbé Jean-Joseph-Thérèse Roman, né en 1726 à Avignon, de parents pauvres, était venu chercher fortune à Paris. Admis dans la plus brillante société du temps, il en prit les goûts, notamment cette passion du jeu des Échecs mise à la mode par Philidor. Il sut s’y distinguer, « précisément à la manière que Jean-Jacques Rousseau avait un moment ambitionnée¹ » et devint un fort joueur, écrivant à la gloire de son occupation favorite un poème en quatre chants. Le premier chant décrit les pièces du jeu, le second la marche de chaque pièce, le troisième expose les principes généraux du jeu et le plus intéressant pour nous, « dans le quatrième, l’auteur décrit les exploits des joueurs illustres, de Philidor notamment, sans oublier les siens propres, comme on va le voir. Le quatrième chant contient en effet le récit détaillé d’une victoire remportée par l’abbé Roman sur Jacques-Jacques Rousseau¹ ».

L’abbé aurait rendu visite à Roussseau au cours d’un voyage en Suisse à Ferney, où il rencontra, joua et perdit contre Voltaire, pourtant piètre joueur. De là, il se rendit à Môtier-Travers, où il eut l’honneur de faire la partie de Rousseau, comme l’on disait alors, qui voulut bien se mesurer à lui et fut battu. Mais, en 1770, Rousseau avait quitté Môtiers depuis longtemps. C’est l’année où il se fixe de nouveau à Paris. « On peut supposer avec beaucoup plus de vraisemblance que cette fameuse partie avait eu pour théâtre, avant ce moment-là, tout simplement le café de la Régence fréquenté par les deux adversaires au temps de la première vogue des Échecs¹ ». Quoi qu’il en soit, voici, transcrit dans son entier, le fragment en question :

Ce jeu brillant est l’ami du génie;
Champs de Femey, je vous prends à témoin.
Là, visitant un fameux solitaire,
J’osai combattre et marcher son égal,
Au jeu d’Echecs imprudent général;
Je fus vaincu: qui peut vaincre Voltaire ?
Mais de Rousseau je fus l’heureux rival.
A tous les jeux c’est le jeu qu’il préfère,
Ce fier proscrit, cet éloquent Rousseau,
De son pays la gloire et le fléau.
On nous apporte une table d’ébène,
Il me défie; ô souvenir flatteur
Je combattis trois heures d’une haleine,
Et, sans plier, je fus six fois vainqueur.
Ce long combat, dont le succès m’honore,
A mon esprit se représente encore.
Je vois les chocs, les mouvemens divers,
Les coups portés et perdus dans les airs.
Du trait, dit-il, que le sort soit le juge;
Il est souvent l’arbitre des combats,
Sur l’échiquier je range les soldats,
Je prends le trait, car le sort me l’adjuge.
J’arme les blancs, mon pion fait deux pas,
Court se poster sur la case d’ivoire,
(C’est le pion qui précède le roi).
Son ennemi de la légion noire
Pour l’arrêter marche à lui sans effroi,
Sur l’échiquier mesure autant d’espace,
Pendant qu’ici votre main libre et pure
S’exercera dans cet art créateur,
Qui reproduit à nos yeux la nature,
Et dont l’amour fut jadis l’inventeur.
Et l’intimide et le regarde en face.
Au même instant, l’intrépide Gambit
Laisse après lui deux cases qu’il franchit,
Brave le noir, l’attaque, le menace.
Ce champion, indigné de l’audace
De mon soldat, l’aborde, le saisit,
D’un bras nerveux le presse, le terrasse,
Tire l’épée et lui perce le flanc
Mon fantassin expire sur la place
Mais on l’enlève, on le transporte au camp.
Je donne l’ordre, et je vois, sur le champ,
De mon roi, fier, mais immobile encore,
Le chevalier s’élancer de son rang,
Pour s’opposer à la marche du Maure
Mais celui-ci craint déjà pour ses jours.
Du côté gauche, un chevalier fidèle
Voit le danger, et tire de cette aile
Son fantassin qu’il envoie au secours.
Mon archer blanc court à peine d’haleine,
Et, sur sa ligne, arrive à quatre pas
Et vis-à-vis de l’archer de ma reine.
Il s’y prépare aux hasards des combats,
Met sur son arc une flèche fatale,
Vise au Gambit immobile et debout,
Auprès du roi de la troupe rivale.
Mon adversaire observe et prévoit tout.
Déjà, dit-il, ce fou-là s’évertue,
Ne craint-il pas qu’un soldat ne le tue ?
Il ne craint rien, lui dis-je, mais pourquoi
Le nommer fou ? C’est qu’il est près d’un roi,
Reprit Jean-Jacques, et pour ne vous rien taire,
Au jeu d’Echecs tous les peuples ont mis
Les animaux communs dans leur pays
L’Arabe y met le léger Dromadaire,
« Et l’Indien, l’Eléphant; quant à nous,
Peuple falot, nous y mettons des fous.
Il dit et pousse un pion intrépide,
Prêt à frapper mon vaillant chevalier.
Mais on l’enlève, on le transporte au camp.
Je donne l’ordre, et je vois, sur le champ,
De mon roi, fier, mais immobile encore,
Le chevalier s’élancer de son rang,
Pour s’opposer à la marche du Maure
Mais celui-ci craint déjà pour ses jours.
Du côté gauche, un chevalier fidèle
Voit le danger, et tire de cette aile
Son fantassin qu’il envoie au secours.
Mon archer blanc court à peine d’haleine,
Et, sur sa ligne, arrive à quatre pas
Et vis-à-vis de l’archer de ma reine.
Il s’y prépare aux hasards des combats,
Met sur son arc une flèche fatale,
Vise au Gambit immobile et debout,
Auprès du roi de la troupe rivale.
Mon adversaire observe et prévoit tout.
Déjà, dit-il, ce fou-là s’évertue,
Ne craint-il pas qu’un soldat ne le tue ?
Il ne craint rien, lui dis-je, mais pourquoi
Le nommer fou ? C’est qu’il est près d’un roi,
Reprit Jean-Jacques, et pour ne vous rien taire,
Au jeu d’Echecs tous les peuples ont mis
Les animaux communs dans leur pays
L’Arabe y met le léger Dromadaire,
« Et l’Indien, l’Eléphant; quant à nous,
Peuple falot, nous y mettons des fous.
Il dit et pousse un pion intrépide,
Prêt à frapper mon vaillant chevalier.
Pour éviter sa honte et sa défaite,
Recule au blanc et se bat en retraite,
Mais il menace un soldat dangereux,
Ce pion noir, terrible dans sa rage,
Qui dévoua mon Gambit au carnage.
Que fera-t-il ce piéton aux abois ?
Deux ennemis l’attaquent à la fois,
Le danger presse et les siens l’abandonnent.
Il prend conseil de son seul désespoir.
Pour échapper aux traits qui l’environnent,
Il fait un pas loin de son poste noir.
Le voilà donc sur la case d’ivoire,
Mieux défendu, mais toujours assiégé
II peut mourir, mais il mourroit vengé
Par le guerrier qui le suit à la gloire.
Le fantassin de mon coursier royal,
Au soldat noir prépare un trait fatal
Déjà son bras. arrête, téméraire,
De ton rival tu veux percer le flanc,
Tu le pourrois; mais sa vie est trop chère,
Tu la paîrois toi-même de ton sang.
Ne vois-tu pas son compagnon fidèle
Qui le soutient, vigilant sentinelle
Ne vois-tu pas l’un des deux Eléphans,
L’archer qui vise et la fière Amazone
Du roi des blancs menacer la personne ?
II périra, si tu ne le défends.
Va de la reine enlever la couronne.
Au seul aspect du danger de son roi,
Ce combattant, saisi d’un juste effroi,
Retient son coup et fuit son adversaire.
Telle, en nos champs, une jeune bergère
Dont les pieds nus foulent un froid serpent,
Retire en l’air une jambe légère,
Regarde et fuit cet animal rempant.
Mon fantassin, à mes ordres docile,
Va menacer l’Amazone immobile.
Elle méprise un si foible ennemi,
Au roi des blancs fait un noble défi.
Le roi prudent fait un pas et l’évite,
En s’arrêtant au poste du Gambit.
Voilà la reine encore à sa poursuite
Elle l’aborde et le roi blanc la fuit.
Deux pas plus loin que sa place ordinaire
Au carré noir, il marche triomphant;
Mais son pion le garde et le défend
Des coups mortels du chevalier contraire,
Et ce guerrier, qui ne peut avancer,
Recule au blanc, dans sa case première,
Afin d’ouviir une libre carrière
Au brave fou, tout prêt à s’élancer.
Mon cavalier, emporté par son zèle,
Saisit le poste ou son prince l’appelle,
Et sur le noir s’apprête à repousser
Le foible trait que l’archer veut lancer;
En même temps, il menace la reine.
Pour éluder cette attaque soudaine,
L’archer noir vole à trois pas de sa tour.
Dernier effort  mais la défense est vaine.
Au premier poste où son devoir l’enchame
Mon archer blanc est déjà de retour,
Prêt à percer la noire souveraine.
Que fera-t-elle ? où fuir ? où se cacher ?
De guerriers blancs elle est environnée,
Des soldats noirs elle est abandonnée,
Mais l’héroïne évite mon archer.
A la défense, à l’attaque acharnée,
Elle m’atteint pour la dernière fois.
Percé de coups mon Eléphant succombe,
Avec la tour sa masse énorme tombe,
Et fait gémir l’échiquier sous son poids.
De cet exploit, qu’il vante avec emphase,
Rousseau triomphe; il n’apercevoit pas
Le piège obscur où j’attirois ses pas.
Mon archer blanc s’élance de sa case;
Il donne Echec au roi des ennemis.
Le pion pare, le pion est pris.
On a donné le signal du carnage.
Ce même archer expire sous les traits
D’un fantassin fier de cet avantage.
A le venger tous mes guerriers sont prêts;
Brave soldat, si cher à ma mémoire,
Au champ de Mars, tu meurs couvert de gloire.
Déjà ma reine attaque et met aux fers
L’autre Amazone affoiblie et rendue.
Des Echecs noirs la troupe est éperdue,
Et de mourans les postes sont couverts.
Ma reine met les Maures en déroute
Sur l’échiquier, et les prend sur la route.
Il retentit du bruit sourd et confus
De mille coups, portés, parés, rendus.
En est-ce assez? dis-je à mon adversaire,
De votre perte êtes-vous convaincu? 
Mon ennemi frémissoit de colère.
Oui, j’en conviens, dit-il, je suis vaincu.
Avec le trait, je prendrai ma revanche.
Je suis défait, mais sans être abattu.
Je dompterai votre légion blanche
Qui m’a trompé bien plutôt que battu.
Mais c’est en vain qu’il veut ternir ma gloire;
Je l’ai surpris, et je suis son vainqueur.
Quand l’ennemi remporte la victoire,
Tout est égal, la ruse ou la valeur.

La partie est décrite avec tant de précision que l’on peut la jouer facilement, le livre à la main. Le Palamède² la restitua ainsi pour ses lecteurs :

Jean-Joseph-Thérèse Roman

Heureusement qu’alors les pendules n’existaient pas sinon gare au zeitnot ! Après une bonne demi-heure de casse-tête, cela donne :

¹ I. Grünberg, Rousseau joueur d’Échecs, Annales de la Société Jean-Jacques Rousseau, n°3, pp.157-173.
² Le Palamède est un magazine d’d’Échecs disparu. En 1836, des passionnés du Café de la Régence, place du Théâtre-Français (actuellement place André-Malraux) à Paris, réunis autour de Charles de la Bourdonnais, décident de créer un magazine où vont être retranscrites, sur le papier, les beautés qu’ils voient sur l’échiquier. Il cessera de paraître en 1847.

Bons Baisers de Russie

Dans le dernier James Bond 007 Spectre, l’on peut voir l’acteur Daniel Craig assis devant un échiquier. Ce n’est pas la première fois que notre jeu donne la réplique à l’agent 007. Dans Bons baisers de Russie (From Russia with Love) réalisé par Terence Young en 1963, le film s’ouvre sur un certain Tov Kronsteen jouant aux Échecs.

James Bond
Bons Baisers de Russie de Terence Young avec Sean Connery,1963.

Le MI6 reçoit un message d’une secrétaire russe du consulat soviétique à Istanbul, Tatiana Romanova, qui leur propose de leur apporter une machine de déchiffrement top secret appelée Lektor, à condition qu’on l’aide à fuir à l’Ouest. En réalité, elle a été engagée sans le savoir par Rosa Klebb, membre important du SPECTRE et ancien colonel du KGB, afin d’éliminer James Bond,  cause de la chute d’un de leurs meilleurs éléments, le docteur No.

Kronsteen, l’un des méchants, interprété par Vladek Sheybal, espion pour le compte du SPECTRE, est aussi Grand Maître international. Lorsqu’on lui demande si son plan sera couronné de succès, il répond :

Il le sera ! J’ai anticipé toutes les variantes possibles de contre-jeu.
Kerim Bay, collègue de Bond averti James :
Ces Russes sont grands joueurs d’Échecs. Quand ils fomentent un complot, ils l’exécutent avec brio. Le jeu est planifié avec minutie, les gambits de l’ennemi sont prévus…

Le nom de l’agent du spectre, Kronstein, est une transformation de Bronstein et la séquence d’ouverture du film, où il affronte le Canadien McAdams au Tournoi International de Vienne, est tirée de la partie de Boris Spassky contre David Bronstein au 27e Championnat d’URSS de Leningrad en 1960 (premier diagramme).

     

Position après 21. Bb3 !

La seule différence entre les deux parties est l’absence dans le film des pions d4 et c5, magistrale erreur, car les Noirs peuvent peut-être s’en sortir avec 2. .. Ne6 plutôt que 22. .. Kh7. La partie Spassky – Bronstein se termina ainsi :  21. Bb3 Bxe5 22. Nxe5+ Kh7 23. Qe4+

Agressivité

Les Échecs ont un seul et unique but : démontrer sa supériorité sur l’autre. Et la supériorité la plus importante, la plus absolue, est celle de l’esprit. L’adversaire doit être anéanti. Totalement réduit à néant. 

Garry Kasparov

Agressivité

Reuben Fine, qui devint plus tard psychanalyste, assure que la passion pour le Noble Jeu, enfouit ses racines torves et obscures au plus profond des sentiments humains, l’agressivité générée par la haine du père. L’étude rétrospective de nombreux grands joueurs révèle clairement pour Fine une très forte agressivité réprimée et le désir de tuer le père, représenté symboliquement sur l’échiquier par le mat du Roi. Et nous devons confesser honnêtement que nous éprouvons un plaisir coupable, à la limite du sadisme, lorsque nous découvrons une manœuvre cruciale qui conduira notre adversaire, déchiré et impuissant, à la déroute. « Le moment que je préfère le plus dans une rencontre, c’est celui où je sens que la personnalité de l’adversaire se brise, avouait Bobby Fischer, il faut détruire l’ego de l’autre… j’aime les voir se tortiller ».

Sacrifice de Tour

Marshall

 L’américain Frank James Marshall (1877 – 1944) fut l’un des plus forts joueurs de la première moitiée du XXe siècle. Il était connu pour sa grande force tactique et également réputé pour ses arnaques, renversant une position perdue en tendant un piège ou en jouant un coup inattendu. Marshall définissait son style de jeu ainsi : « Je crois que je joue comme Jack Dempsey (le boxeur). Dès que le gong du premier round sonne, Dempsey commence à frapper son adversaire et ne le laisse pas reprendre conscience ».

Durant le Tournoi d’Amsterdam de 1911, il affrontait Johannes Esser. Au 37e coup, Marshall allume un de ses légendaires cigares (aussi légendaires que ses cravates) et maladroitement fait tomber une tour. Un spectateur passionné la ramasse rapidement et la tend au Grand Maitre afin qu’il la repose sur l’échiquier. Mais Marshall l’arrête d’un geste de la main et grand seigneur dit :
 — Aucune importance, je n’ai pas besoin de ma Tour !
Sans doute un des sacrifices les plus curieux de l’histoire des Échecs.

marshall

Avec ses trois pions passés terrifiants, Marshall ne prenait sans doute pas un grand risque, mais l’anecdote de manque pas d’un panache que l’on aimerait retrouvé chez nos joueurs modernes !

Théâtre échiquéen

Arrabal

Les Échecs et le théâtre mènent souvent à la folie.

Fernando Arrabal, dramaturge et cinéaste espagnol

Fernando Arrabal, poète imprévisible, indescriptible et magnifique, découvre tardivement  à 21 ans les Échecs, hospitalisé dans un sanatorium. Mais cette passion l’accompagne toute sa vie, intégrant le thème échiquéen dans plusieurs de ses œuvres. Il dira encore : « Aux Échecs, le plus important ne sont ni le roi, ni la reine, mais les pions, l’homme ».

Le jeu d'Échecs et ses rapports avec les arts, les sciences humaines, la politique, le quotidien…