Mort Annoncée

Vassily SmyslovLes Échecs même si ce n’est pas encore le cas trouvent leurs limites. Maintenant, même le champion du monde perd contre le plus puissant logiciel d’informatique. Car l’ordinateur calcule presque tout et donc voit tout. Comment un joueur peut-il échapper à un tel démiurge ? Jouer aux Échecs contre un tel ordinateur, c’est comme rester en vie jusqu’à une mort certaine.

Vassily Smyslov

Prise de Risque

Prise de Risque
Devant une telle profondeur de jeu, un joueur a bien des chances de perdre en moins de 40 coups.
S’il survit à l’ouverture, ses chances augmenteront.

Une étude récente révèle que les hommes, affrontant une charmante joueuse de leur niveau élo, choisiront une stratégie plus risquée, même si cela n’améliore pas leurs performances. Nous retrouvons bien là, le côté m’as-tu vu des mâles, faisant bouffer leurs plumes pour impressionner une jolie femelle. Les joueurs sont de manière significative plus susceptibles de perdre avant le 40e coup. Faute stratégique impardonnable. Il me semble qu’une telle situation requière une défaite en au moins une bonne soixantaine de coups !

Perdre ou gagner ?

Je préfère perdre une bonne partie plutôt que de gagner une mauvaise.

David Neil Lawrence Levy

David Neil Lawrence LevyDavid Neil Laurence Levy (né le 14 mars 1945 à Londres) est maître international et un homme d’affaires connu pour son implication dans les programmes d’Échecs. Il est notamment le président de l’International Computer Games Association et le créateur des olympiades informatiques. Il est également l’auteur de plus de 40 livres sur le jeu d’Échecs et les ordinateurs.

D4-mocratie

Migel Najdorf
Le bon rire de Migel Najdorf

Najdorf avait un caractère aimable et enjoué et son sens de l’humour prouve qu’il savait ne pas se prendre au sérieux, ce que l’on souhaiterait rencontrer plus souvent chez nos Grand-Maîtres d’aujourd’hui. Voici une des anecdotes les plus connues, relatée par sa fille Liliana Najdorf dans son livre Najdorf par Najdorf :

« En 1954, au Théatre Cervantes, se déroulait un match Argentine – Union Soviètique. J’étais au premier échiquier avec les Blancs, raconte Don Migel, opposé à David Bronstein, le champion de ce pays et neveu de Trotsky. Perón était présent et après l’exécution des hymnes nationaux, le Général s’approcha jusqu’à la table pour effectuer symboliquement le premier coup e4. C’était un coup qui favorisait la stratégie de mon adversaire que je connaissais bien. Applaudissement du Général qui se retire. Je m’assieds, replace le pion à sa case initiale et fais le coup correct d4. Le Soviétique est atterré : « Comment est-ce possible que vous contredisiez votre Président ? » Il ne comprenait pas comment je pouvais, plus tard, justifier le fait d’avoir refusé le coup de Perón. Je le tranquillisai en l’assurant que nous étions en démocratie. Quand je rencontrai Perón et Isabelita à Málaga, je lui racontai cette anecdote et il en rit beaucoup. « Vous avez bien fait ! » dit-il en me félicitant pour mon attitude ».

peron
Le Président Perón et Najdorf

Certainement, le Président Perón fut présent à la 4e ronde, le 24 mars 1954, et effectua le coup initial sur l’échiquier de Najdor, mais sur la photo El Presidente semblerait avancer le pion Dame. En tout cas, voici la partie :

Affaire de Cœur

coeur échecs

N’avez-vous jamais remarqué comment le joueur d’Échecs retient longuement dans sa main la figurine qu’il a retirée de l’échiquier, considérant la case où il la reposera hors de portée de l’ennemi ? Faites ainsi avec votre cœur, et gardez-vous de la placer dans un lieu de malheur.

Maurice de Reval

J’honore trop Votre Altesse

Champfort dans Caractères et Anecdotes rapporte : « On disait à Jean-Jacques Rousseau, qui avait gagné plusieurs parties d’Échecs au Prince de Conti, qu’il ne lui avait pas fait la cour , et qu’il fallait lui en laisser gagner quelques-unes : Comment, dit-il, je lui donne la tour ! »

« Monseigneur, j’honore trop Votre Altesse Sérénissime, pour ne la pas gagner toujours aux Échecs ». Cette belle leçon d’indépendance de Rousseau aux courtisans qui l’invitaient à perdre obséquieusement quelques parties contre le Prince fut-elle prononcée ou n’est-elle que l’embellissement de l’imagination de notre philosophe, soucieux de s’offrir le joli rôle de donneur de leçon. « C’est un de ces mots qu’il trouvait après coup, doute Saint-Marc Girardin, qu’il aurait voulu avoir dit, qu’il croit même cette fois avoir dit et qui n’est qu’une rusticité déclamatoire. Je suis persuadé que Rousseau, grand amateur des Échecs, a joué fort simplement avec M. le Prince de Conti, et l’a gagné aussi fort simplement, sans vouloir donner de leçon aux courtisans du Prince¹ ».

Jean-jacques rousseau
Jean-Jacques Rousseau par  Jean-Antoine Houdon.

À l’anecdote de Champfort, I. Grünberg oppose un autre témoignage de Jean-Jacques dans une lettre du 27 septembre 1767 au sieur Du Peyrou « qui laisserait en tout cas supposer une singulière obstination² » :

« Nous avons ici des échecs, ainsi n’en apportez pas ; mais, si vous voulez apporter quelques volants, vous ferez bien, car les miens sont gâtés ou ne valent rien. Je suis bien aise que vous vous renforciez asses aux échecs pour me donner du plaisir à vous battre ; voila tout ce que vous pouvez espérer, mon pauvre ami, vous serez battu et toujours battu. Je me souviens qu’ayant l’honneur de jouer, il y a six ou sept ans avec M. le Prince de Conti, je lui gagnai trois parties de suite, tandis que tout son cortège me faisait des grimaces de possédées : en quittant le jeu, je lui dis gravement :  Monseigneur, je respecte trop Votre Altesse pour ne pas toujours gagner. Mon ami, vous serez battu et bien battu… »

Sauf erreur, conclut I. Grünberg, cette lettre permet de considérer comme authentique le mot de Jean-Jacques au prince de Conti rapporté par les Confessions.

¹ Saint-Marc Girardin. J. J. Rousseau, sa vie et ses ouvrages.
² I. Grünberg. ‘Rousseau joueur d’Échecs’ tiré des Annales de la société Jean-Jacques Rousseau, volume trois (Geneve, 1907).

Traitement antipsychotique

Reuben Fine poursuit son évocation de Paul Morphy :

Après le départ du colonel Mead outragé, Morphy, dans son discours, fait les précisions suivantes : « Le Jeu d’Échecs n’est pas seulement le divertissement le plus attrayant et le plus scientifique, c’est aussi le plus moral. Contrairement aux autres jeux, où le but des concurrents est d’obtenir le gain financier, nous pouvons recommendé les Échecs aux sages, car les combattants ne luttent pas dans cette bataille fictive pour obtenir un gain, ni même des honneurs. Les Échecs sont le jeu des philosophes. Faites que l’échiquier remplace les tables vertes (des maisons de jeux) et il en résultera une élévation de la morale collective… Les Échecs n’ont jamais été qu’un plaisir et ne pourront être qu’un plaisir. Vous ne devez pas vous y consacrer au détriment d’occupations plus sérieuses. Les Échecs ne doivent pas accaparer les pensées de ses adorateurs, au contraire ils doivent être tenus au second plan, confinés dans les limites qui sont les leurs, un simple jeu, un simple divertissement ».

Ce n’est pas son intention de concevoir les Échecs comme une profession possible, mais dans le même temps, il a toujours refusé de se consacrer à n’importe quelle profession. Une telle absence totale de volonté de prendre la vie au sérieux doit avoir eu des causes plus profondes que le rejet de Staunton. En fait, sa tendance à se retirer de la vie doit s’être présentée très précocement et compensée par l’intérêt dominant pour les Échecs. Morphy apprend à jouer à dix ans, devient champion de la Nouvelle Orléans à douze, champion américain et champion du monde de vingt à vingt un an.

femme

Des entreprises comme celles-ci ont été réalisées par beaucoup d’autres après lui, mais ne peuvent réussir qu’au prix d’une énorme quantité de temps et d’efforts, en d’autres termes, tout au long de son adolescence, Morphy doit avoir consacré la plupart de son temps au jeu d’Échecs. Apparemment, il n’a jamais eu d’expériences sexuelles ou tout au plus, seulement occasionnelles : de cette manière, l’activité sexuelle normale de l’adolescent fut transférée sur les Échecs. Dans la pratique les Échecs lui ont permis de se préserver de la psychose…

Le jeu d'Échecs et ses rapports avec les arts, les sciences humaines, la politique, le quotidien…