A Chess Dispute de Robert W. Paul (1903)

Paul-RW-01Robert W. Paul, amis de Méliès, fut un pionnier du cinéma britannique, produisant plus de 70 courts métrages de 1895 à 1910. Ayant reçu une formation d’électricien et de fabricant d’instruments scientifiques,  il n’était, à l’origine, rien de plus qu’un constructeur de caméras cinématographiques et de systèmes de projections, piratant le Kinétographe de Thomas Edisson, mais il commenca vite à produire ses propres films pour satisfaire la demande nouvelle de divertissement engendrée par cette technologie naissante. A Chess Dispute est peut-être le premier film sur les Échecs.

Mélodie combinatoires

nabokov04
Vladimir Nabokov, le 3 Novembre 1972, romancier, lépidoptériste et joueur d’Échecs.

Des combinaisons pareilles à des mélodies, je crois entendre pour ainsi dire la musique des coups…

Vladimir Vladimirovich Nabokov

Les combinaisons, précise Reuben Fine, sont toujours l’aspect le plus intrigant des Échecs. Les maîtres les cherchent, le public les applaudit, les critiques les louent. C’est parce que les combinaisons sont possibles que les Échecs sont plus qu’un exercice mathématique sans vie. Elles sont la poésie du jeu ; elles sont aux Échecs ce que la mélodie est à la musique. Elles représentent le triomphe de l’esprit sur la matière.

Dans son livre Poèmes et problèmes, paru en 1971, Nabokov propose 53 de ses propres poèmes et 18 problèmes d’Échecs qu’il a lui-même composés. Selon lui « une inspiration d’un type quasi musicale, quasi poétique ou pour être tout à fait exact d’un type quasi poético-mathématique, assiste le processus de réflexion d’une composition d’Échecs. Souvent, dans le milieu de la journée, sur la frange de quelque occupation triviale, dans le sillage d’inactivité d’une pensée vagabonde, je voudrais vivre cet élancement de plaisir mental que le bourgeon d’un problème d’Échecs fait éclore dans mon esprit, me promettant une nuit de travail et de félicité ».

Il passa une énormément de temps à les construire. « La seule chose que je regrette aujourd’hui, évoque-t-il dans son autobiographie Autres rivages, est la hantise possessive de mon esprit par ces pièces sculptées ou leurs homologues intellectuelles. Elles engloutirent tellement de temps au cours de mes années les plus productives et fructueuses, temps que je pouvais mieux dépenser à des aventures linguistiques ».

combinaisons échecs
Vladimir Nabokov, mat en 2 coups

1. Bc2 !
1… d6 2. Rf5#
1. ..dxe6 2. Qc5#
1. .. d5 2. Qc7#
1. .. Nc1 2. Qd4#
1. .. Nd4 2. Qxd4#
.

Les Échecs, un jeu de gentilshommes…

Du moins, nous essayons de le croire. Cependant, même les meilleurs joueurs n’ont pas toujours résisté à violer les règles les plus élémentaires de la courtoisie. Serrer la main en début et en fin de partie, ou quitter le jeu en le faisant savoir semble le minimum.

wilhelm steinitz               courtoisie échiquéenne
Wilehlm Steinitz                                                                                              Curt von Bardeleben

Ce que, apparemment, oublia Von Bardeleben dans la fameuse partie contre Steinitz, qui reçut le prix de beauté du tournoi de Hastings en 1895. Le fondateur des Échecs modernes, bien que d’un âge avancé, calcule une combinaison magnifique commençant par un sacrifice de qualité qui ne peut s’accepter et provoquant le long voyage du roi noir vers la mort !

steinitz

La combinaison commença par Ng5. Cliquez sur le diagramme pour voir la partie.

À ce moment, Von Bardeleben prenant conscience de la déroute inévitable, quitte la table de jeu sans un mot et ne revint pas. Steinitz, ne croyant pas à une telle attitude, attend un long moment, puis devant le regard émerveillé des spectateurs, montre le final de cette magnifique combinaison. Applaudissements pour Steinitz et humiliation pour Von Bardeleben !

Clair obscur

William Ropp
William Ropp, photographe français né en 1960.

William Ropp, photographe du clair obscur, travaille sur le rêve et l’imaginaire. Ne donnant pas de titres à ses photographies, il laisse la liberté à l’imagination et à l’interprétation de celui qui regarde.

Sentiment d’infini

échecs dieu
Mag Raven – Head Chess

Roi des jeux et jeu des rois, les Échecs portent en eux un sentiment d’infini. Ils donnent à celui qui s’est efforcé d’en approfondir les arcanes l’impression de n’être pas à la mesure de l’homme ; en fait, ils constituent un résumé de l’univers, un microcosme, et figurent cette grande échelle qui, dans les plans de la lumière descend jusqu’à la matière, qui des abîmes insondables remonte jusqu’en l’infini de Dieu.

Pyrame

Psychology or not psychology

psychologie échiquéenne

Quand vous prenez place d’un côté de l’échiquier, oubliez votre adversaire et ne songez qu’à la position. Que vous considériez les Échecs comme un art, un sport ou une science, n’essayez surtout pas d’y mêler la psychologie, elle vous détournera de la réalité des Échecs.

José Raúl Capablanca

Le grand Alexander Alekhine ne partageait pas cet avis : « Quant à ma victoire sur Capablanca, je suis redevable principalement à ma supériorité dans le domaine de la psychologie. Capablanca joua en se fondant presque exclusivement sur son riche talent intuitif. Mais de nos jours, il faut une connaissance fine de la nature humaine, la compréhension de la psychologie de l’adversaire ». Tout joueur d’Échecs, écrivait Ludek Pachman, qu’il soit un maître éminent ou simple amateur, imprime à ses parties certains éléments de son style personnel de jeu. Son style est non seulement un ensemble de ses connaissances échiquéennes et de ses points de vue sur le jeu ; c’est aussi l’expression de son caractère. « Aujourd’hui, aurait conclu David Bronstein, les grands maîtres n’étudient plus guère le jeu de leur adversaire, mais son caractère, son comportement et son tempérament de la façon la plus approfondie ».

Harmonie suprême

Vladimir Nabokov

Horreur, mais aussi harmonie suprême : qu’y avait-il en effet au monde en dehors des Échecs  ? Le brouillard, l’inconnu, le non-être

Vladimir Nabokov, La Défense Loujine, 1930

Non, dit Loujine, je veux jouer aux échecs.
– C’est compliqué, mon chéri, on ne peut pas apprendre en une seule fois. » Il alla vers le bureau de son père, y trouva le coffret posé derrière un portrait. Sa tante se leva pour prendre un cendrier et, tout en chantonnant, elle laissa paraître sa préoccupation : « Ce serait horrible, ce serait horrible… – Voilà ! dit Loujine en posant la boîte sur un petit guéridon turc à incrustations. – Il faudrait aussi un échiquier, dit-elle. Tu sais, j’aime mieux t’apprendre à jouer à « qui perd gagne », c’est plus simple. – Non, aux échecs, dit Loujine, et il déplia l’échiquier de toile cirée. – Plaçons d’abord les pièces, dit sa tante en soupirant, les blanches ici, les noires là. Le roi et la reine l’un à côté de l’autre. Ça, ce sont les officiers. Ça, les chevaux. Et ceci, sur le côté, les canons. Maintenant… » Elle s’immobilisa soudain, tenant une pièce en l’air, et regarda du côté de la porte. « Attends, dit-elle, l’air inquiet. Je crois que j’ai oublié mon mouchoir dans la salle à manger. Je reviens tout de suite. » Elle entrouvrit la porte, mais revint aussitôt. « Tant pis, dit-elle en se rasseyant. Non, ne place pas les pièces sans moi : tu embrouillerais tout. Ceci s’appelle un pion. Maintenant, regarde comment on les fait bouger. Le cheval galope, naturellement. » Assis sur le tapis, son épaule frôlant le genou de sa tante, Loujine regardait sa main, parée d’un fin bracelet de platine, soulever et placer les figurines. « La reine est la plus mobile », dit-il avec satisfaction, et il rectifia du doigt la position de la pièce qui n’était pas tout à fait au milieu de la case. – Et maintenant, voilà comment ils prennent, expliquait sa tante, comme s’ils se poussaient, tu comprends ? Et les pions le font comme ceci : de côté. Lorsqu’on ne peut plus se fourrer nulle part, cela s’appelle « mat ». Tu dois, par conséquent, prendre mon roi, et moi le tien. Tu vois comme c’est long à expliquer. Si l’on jouait une prochaine fois, hein ? – Non, tout de suite », dit Loujine.

Vladimir Nabokov, La Défense Loujine, 1930 (traduction par Genia et René Cannac revue par Bernard Kreise, 1974, Gallimard, « Folio », pp 51-52)

Chromo

Au cours du XIXe, la chromolithographie se développa et se perfectionna, touchant tous les domaines, dont celui du commerce avec toutes les formes de publicité : affiches, cartes commerciales, catalogues, calendriers ou autres images à collectionner.

chromo
Chromo publicité du Bazar du Centre à Châteauroux, fin XIXe.

échecs

Le jeu d'Échecs et ses rapports avec les arts, les sciences humaines, la politique, le quotidien…