John Wayne joueur d’Échecs

L’image de John Wayne est souvent celle du rustaud sympathique et quelque peu brutal, débarrassant l’Amérique de ses vilains indiens, modèle du mâle américain. John Wayne était, en fait, un homme plus complexe qu’il n’y paraissait en surface. Ce fut plutôt un bon élève au collège, imbattable au bridge avec une grande capacité à compter les cartes et il termina ses études 45e de sa promotion de deux cents.

John Wayne
John Wayne jouant pendant le tournage du film El Dorado, en 1965.

Quant à sa réputation quelque peu fascisante, il était sans doute plus tolérant que l’on pouvait le croire. À la mort de Rock Hudson du sida en 1985 et que son homosexualité devint de notoriété publique, on lui demanda : « Vous savez à propos de Rock ? », il répondit : « Il est homosexuel ? Oui. Je sais ! Qu’est-ce que ça peut foutre qu’il soit pédé. Ce type jouait bien aux Échecs ! Nous avons fait plus d’une partie, là-haut, à Durango. Et quel look. Je l’avoue, je ne pouvais pas comprendre comment un gars avec ce regard, cette stature et ces manières viriles puisse être un homosexuel, mais il ne m’a jamais dérangé. La vie est trop courte. Ce n’était pas comme si  ce type était venu pleurniché :  « Pauvre de moi, je suis victime de discrimination ! » Il menait sa vie discrètement et je ne me suis jamais soucié de cela. La seule chose qui m’importait, c’est qu’il soit à l’heure chaque jour sur le plateau et qu’à la fin de la journée, il me dise : « Une petite partie, Duke »  et je répondais : « Tu veux prendre une nouvelle dérouillée ? »

John Wayne
Rock Hudson et John Wayne

Le Livre du Soleil

La passion de Sergeï Prokoviev pour le jeu royal remonte à son enfance et l’accompagna toute sa vie. Nous savons comment il se lia d’amitié avec Capablanca, mais il fut aussi très proche de son rival Alexander Alekhine. Le compositeur le rencontra dans sa Russie natale au début du siècle. Alekhine était membre du comité d’organisation d’un tournoi et Prokofiev s’était porté volontaire pour accueillir les invités et les joueurs et, au fil des années, leur amitié se consolida.

Prokoviev
Serge Prokoviev composant au piano.

Depuis son enfance, Prokoviev collectionnait les autographes, mais pour ne pas « que ces grands ne me maudissent, se cassant la tête à trouver quoi écrire dans mon album, je leur posais cette question : Que pensez-vous du soleil ? » Capablanca y nota : « Le soleil est la vie. Quand nous le voyons, nous sommes heureux. Quand il se cache derrière les nuages, le découragement emplit nos cœurs ». Le 27 avril 1917, Sergeï demande à Alekhine d’écrire dans son Livre du Soleil. Après une longue réflexion, le futur champion du monde griffonna : « Par des jours gris et nuageux, je l’espère… mais quand il est là, aussitôt je cherche sur sa surface les taches sombres… Durant les éclipses, je prends plaisir à l’attente douloureuse de son retour… »

Ces quelques lignes, nous apprennent beaucoup sur la nature lumineuse et méridionale de Capa opposée au caractère sombre et tumultueux d’Alexander Alekhine.

Alexej Outekhin interprète la sonate pour piano N° 7, Op.83 de Serge Prokoviev :

Malicieuse galanterie

Hambourg, années 30. Dans une simultanée menée par Efim Bogoljubov, derrière un des échiquiers est assise une charmante demoiselle qui conduit les pièces noires. Le début de la partie se déroule ainsi : 1. e4 e6 2. d4 d5 3. Nc3 dxe4 4. Nxe4 Nd7 5. Nf3 Ngf6 6. Ne5 Be7 7. Nxf7 Kxf7 8. Ng5+ Kg8 9. Nxe6

Efim Bogoljubov
Un clic sur le diagramme pour voir la partie

Mon Dieu, se désespère la donzelle, je suis perdue et je n’ai plus qu’à abandonner !
Gentleman, Efim lui enjoint avec un grand sourire :
Vous ne devez pas abandonner d’une manière aussi précipitée. Si vous me permettez, tournons l’échiquier.

Ainsi fut fait et la partie continua ainsi : 9. .. Qe8. L’élégante joue alors 10. Nxc7, le coup qu’elle redoutait tant. Bogo hoche la tête pendant quelques instants et heureux comme un gamin lui plante 11. Bb4 échec double et mat !

Efim Bogoljubov

Échecs et Folie

Wilhelm Steinitz – Échec et mat à Dieu

folie échecs

Wilhelm Steinitz, né en 1836 dans le ghetto de Prague, fut le premier champion du monde officiel et présenta, lui aussi, vers la fin de sa vie plusieurs épisodes de confusion psychotique. En 1896, déjà âgé, il perd pied contre le jeune Emanuel Lasker qui annihile le vieux maître de cinquante-huit ans. Sincère, il confie à un journaliste : « Je suis vraiment détruit ! ». Les Échecs avaient été son refuge devant une existence difficile. Défait par la vie et sur l’échiquier, cette déroute écrasante fragilise une santé mentale sans doute déjà vacillante. Le vieux Steinitz entreprend alors la rédaction d’un ouvrage sur les Juifs et le jeu d’Échecs dans le but de lutter contre l’antisémitisme virulent de cette fin de siècle. Il pensait être en but à un complot antisémite visant à détruire sa carrière selon lui. Son secrétaire le surprenait souvent dans de grandes conversations téléphoniques sans téléphone, ou bien chantant à tue-tête devant sa fenêtre ouverte, puis prenant une attitude d’écoute d’une possible réponse. Il fut hospitalisé dans une maison de santé en 1897 à Moscou d’où il écrivait à un ami « comme tous les lunatiques, je m’imagine que les médecins sont plus fous que moi », ce qui, somme toute, semblerait plutôt un signe de bonne santé. À ses médecins il lançait : « Traitez-moi comme un juif et jetez-moi dehors ! »

À l’aube du vingtième siècle, il retrouve un brin de santé et reprend sa vie de joueur de Tournoi, mais quelques mois plus tard sa psychose le rattrape lui permettant (dans son imaginaire) de déplacer sur l’échiquier les pièces à distances, émettant divers courants électriques par lesquels il conversait et jouait avec Dieu, lui offrant l’avantage d’un pion ou du trait. Il est vrai que dans ce siècle naissant, de telles élucubrations étaient dans l’air du temps, pourquoi cette électricité nouvelle et impalpable ne pouvait-elle pas nous permettre de contacter les sphères spirituelles immatérielles. Mais notre vieux champion alla bien au-delà de ses hypothèses fantaisistes et hospitalisé au Manhattan State Hospital, il y décède le 12 août 1900. Certains auteurs pensent qu’il aurait pu contracter la syphilis qui, dans son stade terminal, peut causer ce genre de délire. Dans ce cas, les causes de sa folie ne seraient que neurologiques et non psychiatriques.

« Quand on a triomphé du père, écrit Roland Jacquard dans L’enquête de Wittgenstein, ne reste plus qu’à mettre Dieu en échec et mat sur les soixante-quatre cases de l’échiquier ». Mais, comme Wittgenstein, Steinitz n’y parviendra pas. « Wilhelm Steinitz,  poursuit Roland Jacquard, l’un des plus implacables joueurs du XIXe siècle, défiant Dieu pour une ultime partie, lui concédant même l’avantage d’un pion, dans sa folie avait compris que celui qui affronte Dieu devient lui-même un dieu. Dieu, dans sa morne éternité, doit sans doute regretter de n’avoir pas relevé le défi ».

Les Quatre

Hercule Poirot
David Suchet arbora la légendaire moustache du détective Hercule Poirot pendant 24 ans.

Alors que la menace d’une nouvelle guerre plane, Hercule Poirot assiste à un gala d’Échecs en faveur de la paix, organisé par Abe Ryland. L’hôte doit y affronter le célèbre maître russe Savaranoff. Mais peu après le début de la partie, le professeur s’effondre, comme foudroyé. Hercule Poirot enquête avec son vieil ami Japp, désormais commissaire adjoint, mais meurtres et disparitions commencent à s’enchaîner. Tysoe, un journaliste, affirme que Ryland n’est pas celui qu’il prétend être et qu’il aurait des liens avec les «quatre grands», une organisation criminelle qui cherche à dominer le monde.

Le jeu d'Échecs et ses rapports avec les arts, les sciences humaines, la politique, le quotidien…