Autre époque, autre style…

Le Bonheur Fantôme

Un clic pour écouter.

Ce titre est extrait de l’album : Le Bonheur Fantôme, Camille Bazbaz
Année de sortie : 2007  |  Label : Sony BMG Music

Les Échecs

J’ai avancé mon fou
Pour te prendre ma reine
Attendre me rend fou, je vais tenter le coup
J’ai avancé mon fou
Et je ne veux pas perdre
A part toi tout le reste, le reste je m’en fous

J’ai avancé mon fou pour t’arreter net
Te stopper ma reine dans ta jolie retraite
J’attend ton prochain coup de fil
Et de tonnerre
Je sais c’est encore flou
L’amour c’est pas très net

Les échecs , ah ! ah !
Chérie , cherie , ca me connait
Les échecs , ah ! ah !
C’est mon jeu préféré ,préféré

J’ai avancé mon fou
Pour t’empêcher ma reine
D’aller te coucher près de ton cavalier
Prise dans la diagonale d’un amour digital
Tu n’auras d’autres choix que d’être mon idéal , idéal

Tu connais tous les coups
Je connai tous les cas
Oh mais celui la en tout cas
Il est pour toi et moi
Ce qui va se passer la partie terminée
Pieds et points liés, les déssont jetés , jetés

Les échecs ah ! ah !
Chérie , chérie , ca me connait
Tu sais les échecs ah ! ah !
C’est mon jeu préféré , préféré
Les échecs ah ! ah !
Chérie , chérie , ca me connait
Tu sais les échecs ah ! ah !
C’est mon jeu préféré, préféré

Art divinatoire

échecs divinatoires
Husraw Ier et son vizir Buzurdjmihr. Firdawsî, Shâh-nâma. Iran, Shîrâz, XVe siècle

L’échiquier primitif de l’ancien jeu indien est un diagramme unicolore de soixante-quatre cases. Dans l’Inde védique, une telle figure géométrique est déjà employée par les brahmanes pour établir les plans des temples et des cités. Les quatre cases centrales incarnent la résidence de Brahma, le dieu créateur, les soixante autres celles des dieux secondaires du panthéon hindou.

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Les jeux de plateaux à l’origine étaient sans doute des instruments magiques et divinatoires, permettant aux prêtres de prédire l’avenir, annonçant l’issue victorieuse ou funeste d’une bataille à leur suzerain. « En dirigeant la chute d’objets sur un plan de divination, les dieux pouvaient communiquer avec les mortels, proposent David Hooper et Kenneth Whild dans leur Oxford Companion to Chess. Plus tard, les dés ont été ajoutés pour désigner impérativement les pièces à bouger et ainsi révéler davantage des intentions divines. Puis un sacrilège a eu l’audace de convertir le procédé en jeu, éliminant peut-être les dés à ce moment-là. C’est sans doute cette personne qui, ayant sécularisé le rite religieux, a le plus droit au titre d’inventeur du jeu d’Échecs ».

La Peste Noire

Joseph Henry BlackburneUn des personnages le plus curieux de l’histoire de notre jeu fut sans doute Joseph Henry Blackburne (1841-1924). Homme de caractère fort et changeant, passant de l’irritation à la dépression très facilement, acteur d’une série d’anecdotes qui lui valut le surnom de La Peste Noire ! Pour en avoir une idée, il suffit de dire que, après avoir perdu un match contre Steinitz, il se jeta par la fenêtre par désespoir d’avoir perdu. La bonne nouvelle était que l’on était au rez-de-chaussée, l’événement n’eut donc pas des conséquences funestes. Une autre anecdote afin d’évaluer l’autre extrémité de sa personnalité fantasque : au cours d’une simultanée donnée à l’Université de Cambridge, les étudiants pensèrent qu’il serait plus facile à battre en laissant une bouteille de whisky et un verre à chaque extrémité de la table. À la fin de la session, Blackburne avait bu les deux bouteilles et remporté tous les matchs en un temps record.

Une autre anecdote, probablement apocryphe, raconte que dans une simultanée, concentré et nerveux, il boit le verre de whisky de l’un des participants. Après le match, il déclare que son adversaire lui ayant mangé un pion « en passant » et que, incidemment, il avait, lui, bu son whisky « en passant ». Toujours, il a soutenu la théorie selon laquelle boire du whisky améliorait la qualité de jeu parce que « l’alcool éclaircit l’esprit. » Fidèle à ses idées, toute sa vie, il a tenté de prouver cette théorie toutes les fois qu’il le pouvait par des cuites sévères, qui furent nombreuses durant ses 83 années de vie.

Voici la partie Zukertort – Blackburne « L’immortelle » Londres, 1883 où Blackburne ne s’était sans doute point assez éclairci l’esprit :

Joseph Henry Blackburne

blackburn
Les Blancs au trait. Que joueriez-vous ? Un clic pour la partie. 

Johannes Hermann Zukertort 

Échecs et Folie

Le mythe du joueur fou inspira de tout temps les écrivains : Louijine, le personnage de Vladimir Nabokov, paranoïaque fantasque, Murphy le héros tourmenté et psychotique de Samuel Beckett toujours sur le fil du rasoir du suicide et enfin le joueur rustaud et mal dégrossi de Stefan Zweig, incapable de s’insérer dans la société en sont les modèles. Fantaisies littéraires ou réalité ?

« Est-ce une coïncidence, écrit Jacques Bernard dans sa Socio-anthropologie des joueurs d’Échecs, si les trois grands textes littéraires qui mettent en scène des joueurs les présentent sous un aspect aussi outré ou, au contraire, ceux-ci sont-ils particulièrement enclins à souffrir de ce type de dysfonctionnements cérébraux ? » Le jeu d’Échecs rendrait-il fou ou aiderait-il au contraire les fous à rester en bonne santé ? Des personnalités déjà fragiles ne trouveraient-elles pas dans cet univers à la fois riche de projections symboliques et, en même temps, offrant dans la perfection rassurante de ses soixante-quatre cases une cellule capitonnée à la mesure de nos grands génies ?
échecs folie
Il est vrai que l’histoire de nos champions (Morphy, Steinitz, Rubinstein, et plus près de nous le génial frapadingue Bobby Fischer) nous offrent bonnes mesures de personnalités extravagantes, d’une étrangeté confinant souvent à la démence. Le joueur d’Échecs serait-il donc plus enclin que le commun des mortels à sombrer dans la folie ?

UNE RÉFLEXION SUR “ ÉCHECS ET FOLIE ”

  1. AngeloPardi

    Le joueur d’Échecs se confronte, aussi directement et aussi complètement qu’il lui est possible, avec l’Absolu. La recherche de la vérité, poussée aussi loin que les capacités humaines le permettent, ne peut avoir que des effets puissants sur la psychologie. Raison pour laquelle les chercheurs d’Absolu – joueurs d’Échecs et mathématiciens, poètes et mystiques sont plus enclins que d’autres à une certaine forme de folie.

    Dans le cas du jeu d’Échecs, on pourrait dire qu’à partir d’un certain niveau le jeu ne peut pas ne pas mener à la paranoïa (le métier du joueur d’Échecs est bien de soupçonner les intentions de ses adversaires) et à la mégalomanie (Steinitz, Morphy, Fischer ont en commun d’avoir été, de façon incontestable, le plus grand joueur de leur temps. Est-il possible de se rendre compte de ce que c’est que de regarder les autres hommes et de se dire, objectivement, je suis le meilleur ?)

Yuri Sultanov

Yuri Sultanov
Yuriy Sultanov – Échecs, 2006 (huile sur toile 60 x 73 cm)

Né en Rervouralsk (montagnes de l’Oural) en 1975, Yuri Sultanov expose ses œuvres en Russie et à l’étranger depuis 1994. Ses motifs préférés sont le corps féminin et les compositions pittoresques. Sultanov expérimente avec les formes, l’espace et la combinaison de plusieurs points de vue reflétant simultanément différents moments dans le temps.

A Chess Dispute de Robert W. Paul (1903)

Paul-RW-01Robert W. Paul, amis de Méliès, fut un pionnier du cinéma britannique, produisant plus de 70 courts métrages de 1895 à 1910. Ayant reçu une formation d’électricien et de fabricant d’instruments scientifiques,  il n’était, à l’origine, rien de plus qu’un constructeur de caméras cinématographiques et de systèmes de projections, piratant le Kinétographe de Thomas Edisson, mais il commenca vite à produire ses propres films pour satisfaire la demande nouvelle de divertissement engendrée par cette technologie naissante. A Chess Dispute est peut-être le premier film sur les Échecs.

Mélodie combinatoires

nabokov04
Vladimir Nabokov, le 3 Novembre 1972, romancier, lépidoptériste et joueur d’Échecs.

Des combinaisons pareilles à des mélodies, je crois entendre pour ainsi dire la musique des coups…

Vladimir Vladimirovich Nabokov

Les combinaisons, précise Reuben Fine, sont toujours l’aspect le plus intrigant des Échecs. Les maîtres les cherchent, le public les applaudit, les critiques les louent. C’est parce que les combinaisons sont possibles que les Échecs sont plus qu’un exercice mathématique sans vie. Elles sont la poésie du jeu ; elles sont aux Échecs ce que la mélodie est à la musique. Elles représentent le triomphe de l’esprit sur la matière.

Dans son livre Poèmes et problèmes, paru en 1971, Nabokov propose 53 de ses propres poèmes et 18 problèmes d’Échecs qu’il a lui-même composés. Selon lui « une inspiration d’un type quasi musicale, quasi poétique ou pour être tout à fait exact d’un type quasi poético-mathématique, assiste le processus de réflexion d’une composition d’Échecs. Souvent, dans le milieu de la journée, sur la frange de quelque occupation triviale, dans le sillage d’inactivité d’une pensée vagabonde, je voudrais vivre cet élancement de plaisir mental que le bourgeon d’un problème d’Échecs fait éclore dans mon esprit, me promettant une nuit de travail et de félicité ».

Il passa une énormément de temps à les construire. « La seule chose que je regrette aujourd’hui, évoque-t-il dans son autobiographie Autres rivages, est la hantise possessive de mon esprit par ces pièces sculptées ou leurs homologues intellectuelles. Elles engloutirent tellement de temps au cours de mes années les plus productives et fructueuses, temps que je pouvais mieux dépenser à des aventures linguistiques ».

combinaisons échecs
Vladimir Nabokov, mat en 2 coups

1. Bc2 !
1… d6 2. Rf5#
1. ..dxe6 2. Qc5#
1. .. d5 2. Qc7#
1. .. Nc1 2. Qd4#
1. .. Nd4 2. Qxd4#
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Les Échecs, un jeu de gentilshommes…

Du moins, nous essayons de le croire. Cependant, même les meilleurs joueurs n’ont pas toujours résisté à violer les règles les plus élémentaires de la courtoisie. Serrer la main en début et en fin de partie, ou quitter le jeu en le faisant savoir semble le minimum.

wilhelm steinitz               courtoisie échiquéenne
Wilehlm Steinitz                                                                                              Curt von Bardeleben

Ce que, apparemment, oublia Von Bardeleben dans la fameuse partie contre Steinitz, qui reçut le prix de beauté du tournoi de Hastings en 1895. Le fondateur des Échecs modernes, bien que d’un âge avancé, calcule une combinaison magnifique commençant par un sacrifice de qualité qui ne peut s’accepter et provoquant le long voyage du roi noir vers la mort !

steinitz

La combinaison commença par Ng5. Cliquez sur le diagramme pour voir la partie.

À ce moment, Von Bardeleben prenant conscience de la déroute inévitable, quitte la table de jeu sans un mot et ne revint pas. Steinitz, ne croyant pas à une telle attitude, attend un long moment, puis devant le regard émerveillé des spectateurs, montre le final de cette magnifique combinaison. Applaudissements pour Steinitz et humiliation pour Von Bardeleben !

Le jeu d'Échecs et ses rapports avec les arts, les sciences humaines, la politique, le quotidien…