Pedro Damiano

Aucun coup ne doit être joué sans but.

Pedro Damiano.

De son vrai nom, Pedro Damião (1480-1544), né au sud du Portugal, apothicaire de son état et joueur d’Échecs, se réfugie à Rome pour fuir les persécutions du  roi Manuel 1er. Son traité d’Échecs, rédigé en italien et en espagnol, Questo libro et de imparare giocare la scachi : Et de belitissimi Partiti (Comment apprendre à jouer aux Échecs : De belles Parties), est publié en 1512, mettant en avant les vertus scientifiques, artistiques et pédagogiques de ce jeu. Ce qui convainc sans doute, l’année suivante, le pape Léon X, grand amateur de ce jeu, a levé l’anathème sur les Échecs proclamé auparavant par divers synodes et interdits en tout cas aux ecclésiastiques.

Pedro Damiano
Un clic sur l’image pour le livre en PDF.

On y pouvait lire ces conseils :

  1. Ne jouez aucun coup sans but, à moins que la nécessité ne vous y force.
  2. Ne péchez pas par négligence ou par aveuglement.
  3. Ne jouez pas vite.
  4. Si vous disposez d’un bon coup, regardez toujours s’il n’y en a pas un qui lui soit préférable.
  5. Quand on a l’avantage, on doit faire des échanges, pourvu qu’on n’y perde pas cet avantage.
  6. Si vous avez un avantage au moyen duquel vous puissiez gagner la partie, n’abandonnez pas l’attaque (ou n’abîmez pas votre position) pour gagner un pion.
  7. Utilisez le saut du roi (le roque) pour le mettre en sûreté.
  8. Les deux pions situés du côté où le Roi a été placé (par exemple g2 et h2) ne doivent être joués qu’en cas d’absolue nécessité.
  9. Élargissez le front de vos pièces.
  10. On doit ouvrir le jeu avec ses Pions, et se garder de tenir ses pièces enfermées. On doit faire tous ses efforts pour soutenir les pions du Roi et de la Dame à la 4e case (d4 et e4) et, si possible, les deux pions des Fous à leurs côtés (c4 et f4, soit les coups introduisant le Gambit Dame et le Gambit Roi).

On donna son nom à la Défense Damiano 1.e4 e5 2.Nf3 f6. Le deuxième coup noir étant considéré comme très faible, permettant 3.Nxe5! favorable aux Blancs. Ironie et l’injustice de l’histoire, Damião avait condamné le coup 2… f6 comme le pire de tous.

Voici deux parties tirées du livre Damiano, O Portugues E A Sua Obra de Mario Silva Araujo.

Âmes timides s’abstenir

Wilhelm Steinitz
Wilhelm Steinitz

Les Échecs ne sont pas pour les âmes timides. Ils requièrent un homme entier, qui ne s’arrête pas aveuglément à ce qui a été déjà établi, mais qui tente individuellement de sonder les profondeurs du jeu.

Wilhelm Steinitz

Saurez trouver comment conclu Steinitz contre R. Stein au cours d’une simultanée à New York, le 27 novembre 1884 ?

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1. Qe6+ Kb8 2. Nd7+ Kc8 3. Nxb6+ Kb8 4. Qc8+ ! Rxc8 5. Nd7#. Le classique mat de Lucena.

Pendule

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Philippe Geluck – Le Chat

À l’origine, les parties d’Échecs se déroulaient sans limites de temps. Des joueurs prenaient un temps de réflexion excessif, soit parce que cela était conforme à leur tempérament, soit parce que face à une situation compromise, ils ne se résignaient ni à jouer, ni à abandonner. On raconte que Paul Morphy opposé à Louis Paulsen en 1858 fondit en larmes, exaspéré par le temps que prenait son adversaire.

Les Échecs furent le premier jeu dans lequel le recours systématique à la pendule s’est imposé à tous les niveaux de la compétition. Une première tentative consista à utiliser des sabliers, mais le décompte de temps se faisait pour chaque coup séparément. La pendule apparut lors du deuxième tournoi international de Londres en 1862, formule qui fut confirmée lors du match Adolf Anderssen contre Wilhelm Steinitz en 1866, puis lors du tournoi de Paris en 1876. C’est en 1894, au tournoi de Leipzig, que fut adoptée la double pendule avec couplage mécanique. Mais pendant longtemps, les joueurs hésitèrent à exiger une victoire en raison du temps seul.

pendule échecs
Fattorini & Fils « Tumbling » clock vers 1890

Deep Blue 1915

Le premier robot échiquéen à 100 ans !

Leonardo Torres QuevedoLeonardo Torres Quevedo (1852-1936), ingénieur espagnol crée la première machine capable de donner un échec et mat à quiconque voulant l’affronter. Seul, Le Turc, construit par Wolfgang von Kempelen en 1769 avait réalisé une prouesse similaire, cet automate exhibé dans le monde entier et qui mit notre Napoléon en déroute. Mais le Joueur d’Échecs de Quevedo ne cachait, lui, dans sa mécanique nul nain roublard et expert au Jeu des Rois. Que de bons et francs rouages. Torres fut le premier à utiliser des relais électromécaniques pour implémenter les fonctions arithmétiques d’une machine à calculer.

La machine était capable d’effectuer sur l’échiquier des mouvements réfléchis. Munie de capteurs, elle détectait la position, l’automate effectuait alors une série de calcul pour donner l’échec et déplaçait les pièces par un système d’électro-aimants. Le mat obtenu, un phonographe se déclenchait pour donner, Fritz avant l’heure, le coup de grâce de l’« échec et mat ! ». Il faut dire, cependant, qu’elle ne pouvait jouer que des finales pas toujours très précises K + R contre le K d’un adversaire humain, la mise à mort du monarque adverse n’empruntait pas toujours le chemin le plus court et le plus élégant et parfois l’automate n’arrivait pas au mat. Ce fut, tout de même, le premier robot d’échecs de l’histoire.

Conçue en 1912, exposé à la Foire de Paris de 1914, il provoqua une énorme surprise et bénéficia d’un vaste article dans le Scientific American intitulé Torres and His Remarkable Automatic Device (Torres et son extraordinaire dispositif automatique). Quévedo voulait ainsi prouver qu’une machine était capable d’effectuer des tâches « pensées ».

Tintin au Tibet

Tintin au Tibet (1960) est le 20e album des aventures du célèbre reporter du Petit Vingtième. En vacances à Vargèse, une station savoyarde imaginaire, avec le capitaine Haddock et le professeur Tournesol, Tintin apprend par le journal une catastrophe aérienne au Tibet. Le soir même au cours d’une partie d’échecs avec le capitaine, Tintin s’endort et fait un rêve où il voit son vieil ami Tchang, seul dans la neige, l’appelant au secours.

Tintin Tibet
Hergé, Tintin au Tibet 1960
Un clic pour agrandir et voir les planches en format PDF.

herge

Mathématiques et jeu d’Échecs

Les mathématiques comme les Échecs sont un jeu. Vingt-cinq ans  avant Deep Blue, François Le Lionnais, mathématicien et président de l’association des écrivains scientifiques, parle des Échecs et du jeu sur l’ordinateur dans l’émission Horizons, le 20 novembre 1972. L’acteur Philippe Nicaud, conseillé par son fils, 9 ans, affronte un ordinateur. L’archaïsme du matériel fait aujourd’hui sourire et permet de mesurer le chemin parcouru.

Les Échecs : pure logique mathématique ?

françoise giroud

Les Échecs ne sont pas le champ de l’intelligence, du talent, de l’imagination, mais tout bêtement celui de la pure logique mathématique.

Françoise Giroud

François Giroud semble avoir la dent dure avec nos génies échiquéens. C’est le danger d’une citation hors de son contexte. Le propos de cette grande dame est moins violent, car elle écrit dans La rumeur du monde, Journal 1997 et 1998 : « Mauvaise nouvelle : Deeper Blue, l’ordinateur, a battu Kasparov aux Échecs. Cela est bien triste. Ainsi, les Échecs ne sont pas le champ de l’intelligence, du talent, de l’imagination, mais tout bêtement celui de la pure logique mathématique. Et là l’ordinateur, qui est bête a été le plus fort.

Il paraît que Kasparov n’était pas dans son assiette. Tout de même… Quelle chute ! Comment se consoler ? En pensant que Deeper Blue, ce sont des hommes qui l’ont fabriqué. En ce sens, sa victoire est une victoire humaine, non celle de la machine ».

« Aucun ordinateur ne me battra ! » avait dit Garry en 96. « Si je perds, cela signifie que les ordinateurs nous menacent désormais dans les dernières sphères qui étaient sous contrôle humain, comme l’art, la littérature ou la musique ».

Deep Blue avait été renforcé après le match de l’année précédente contre Kasparov et officieusement surnommé Deeper Blue. Le score était à égalité à 2 ½ – 2 ½ : Kasparov avait gagné la première partie, perdu la seconde (après avoir abandonné dans une position nulle), et annulé les parties 3, 4 et 5 (après avoir eu des positions avantageuses dans les trois).

Voici la sixième et dernière où Kasparov ne résiste que 19 coups dans une partie d’à peine plus d’une heure. Cette victoire, où un ordinateur pour la première fois battait un champion du monde en titre dans un match, attira beaucoup l’attention des médias.

En 1997, explique Pierre Nolot,  Kasparov dans le monde, a perdu en jouant très en dessous de son niveau. Il a concédé une partie qui aurait fini en match nul, et dans la dernière partie, il a tellement mal joué que des rumeurs ont courru l’accusant d’avoir perdu intentionnellement, ce qui est peu probable vu son ego. Dépité par sa défaite, Kasparov a insulté les concepteurs de Deep Blue en les accusant d’avoir triché. Pour lui, il était inconcevable de perdre face à une machine ; il a même sous-entendu que c’était Karpov, caché quelque part, qui jouait contre lui. Les ingénieurs d’IBM ont tout arrêté, et ça a été la fin des grands matches entre l’homme et la machine.

Le jeu d'Échecs et ses rapports avec les arts, les sciences humaines, la politique, le quotidien…