Samuel Reshevsky vs Charlot

Samuel Reshevsky
Samuel Reshevsky joue contre Chaplin dans les années 20.

La partie est sans doute inventée pour la galerie, car dans son autobiographie, Chaplin consacre deux pages au petit prodige des Échecs et avoue ne pas savoir jouer.

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Chaplin, Douglas Fairbanks (en costume pour les « Three Musketeers ») et l’enfant prodige Samuel Reshevsky vers 1921.

Intelligence très secrète

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Capablanca au cours d’une simultanée en 1921.

Pendant la Première Guerre mondiale, Capablanca résida aux États-Unis, jouant et échangeant des courriers avec le champion du monde Lasker, citoyen allemand et patriote. Un jour de 1918, deux discrets gentlemen de Washington vinrent le visiter. C’étaient deux agents du contre-espionnage qui enquêtaient sur sa correspondance avec l’étranger, rempli de symboles étranges : 10. Fxe7 Dxe7 11. O-O Cxc3 1. Txc3 e5.

Qu’elle est cette clef ? demandèrent les agents. Très sérieusement, Capablanca répondit :
Ce sont des symboles pour une manœuvre de libération !
Comment cela ? s’inquiétèrent les agents à l’unisson. Casablanca éclata de rire et, après de longues explications, les policiers comprirent, rassurés :
Ah, c’est comme les Dames !
Effectivement, comme les dames, mais avec des cavaliers.

Notre Cubain se rendit alors compte qu’il n’y avait peut-être pas tant que cela d’intelligence dans l’Intelligence Service américain !

Jeunes Maîtres

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Les jeunes Alekhine (21 ans) et Capablanca (25 ans) au cours d’un match d’exhibition en 1913.

Il se rencontreront de nouveau un an plus tard au Tournoi de Saint-Pétersbourg du 21 avril au 22 mai 1914. Ce tournoi célébrait le dixième anniversaire de la Société d’Échecs de la ville. Deux mois plus tard, l’Europe allait sombrer dans la tourmente. Il fut remporté par le champion du monde Emanuel Lasker devant les futurs champions José Raúl Capablanca et Alexandre Alekhine. Voici une de leurs parties du tournoi préliminaire où Capablanca, fidèle à sa théorie de la simplification, « il faut éliminer les feuilles mortes de l’échiquier » disait-il, rudoie le très jeune Alekhine. Modèle d’équilibre, de simplicité et d’élégance, elle donne une fausse sensation de facilité et d’indolence¹. Mais pour cela, Capa restera comme le plus grand génie de l’histoire des Échecs.

¹ Lettres de Cuba

Chaplin et le jeune Reshevsky

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Durant les prises de vue du Kid en 1921, Samuel Reshevsky, âgée de sept ans, visite le studio. Samuel Herman Reshevsky (né Szmul Rzeszewski le 26 novembre 1911 à Ozorków, Pologne, mort le 4 avril 1992 à New York) est un joueur et journaliste échiquéen américain d’origine polonaise. Grand maître international, il fut l’un des meilleurs joueurs américains des années 1930 aux années 1970. Il apprend à jouer aux Échecs à l’âge de 4 ans et rapidement reconnut comme un joueur prodige. À 8 ans, il bat régulièrement des joueurs aguerris et joue des parties simultanées. En novembre 1920, sa famille déménage aux États-Unis dans le but de profiter financièrement du talent de l’enfant. À l’âge adulte, cependant, il refuse de devenir joueur professionnel et s’inscrit à l’Université de Chicago. Il obtient un diplôme en comptabilité et c’est en tant que comptable qu’il subvint financièrement aux besoins de sa famille.

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Samuel Reshewsky au cours d’une simultanée donnée en France en 1920.

Il devait donné une simultanée à l’Athletic Club, contre une vingtaine de forts joueurs, parmi eux, le Dr Griffiths, champion de Californie. Chaplin, dans son autobiographie, le décrit : « Il avait un petit visage maigre et intense avec de grands yeux qui vous fixait agressivement. On m’avait averti qu’il était capricieux et ne disait pas bonjour. Son manager nous présenta en quelques mots, le garçon restant debout, me fixant en silence. Je suis allé à la salle de montage regarder quelque rushs. Un instant plus tard, je me tournai vers lui.

Aimez-vous les pêches ?
Oui, répondit-il.
Eh bien, nous avons un arbre rempli dans le jardin, vous pouvez y grimper et en prendre quelques-unes et m’en ramener une par la même occasion. Son visage s’illumina.
Ooh, bon! Où est l’arbre ?
Carl va vous montrer, dis-je. Quinze minutes plus tard, il revint exalté avec ses pêches. Ce fut le début de notre amitié.
Savez-vous jouer aux Échecs ? demanda-t-il. J’ai dû admettre que je ne savais pas.
Je vais vous apprendre. Venez me voir jouer ce soir. Je joue contre une vingtaine de joueurs en même temps, dit-il avec fanfaronnade.

Il n’était pas nécessaire de comprendre les échecs pour apprécier le drame de cette soirée. Vingt hommes d’âge moyen assis devant leurs échiquiers, de chaque côté d’un grand hall, regardant en silence, certains condescendants, l’étudiant avec des sourires de Mona Lisa. Le garçon était incroyable, et pourtant cela me dérangeait, car je sentais, quand je regardais ce petit visage concentré, passant du rouge au blanc, qu’il payait le prix fort pour sa santé. « Ici ! » appelait un joueur. L’enfant étudiait l’échiquier quelques secondes et jouait son coup abruptement ou bien lançait « échec et mat ! » et un éclat de rire parcourait l’assistance. Je le vis mater en une rapide succession huit joueurs. Ensuite il retourna vers le Dr Griffiths, toujours profondément concentré.

— Vous n’avez encore pas joué ? dit l’enfant impatiemment. Le docteur secoua la tête
Oh, allez, dépêchez-vous ! L’enfant le regarda farouchement.
— Vous ne pouvez pas me battre ! Si vous déplacez ceci, je vais jouer ça ! Il montre une succession rapide de sept ou huit coups .
— Nous serons là toute la nuit, nous allons donc appeler cela un nul. Le Dr Griffiths acquiesça. »

Charles Chaplin

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ChessBah

Au cours de mes pérégrinations sur la toile, je découvre ce site parodique d’informations échiquéennes. « La gravité est le bonheur des imbéciles » disait Montesquieu, elle est aussi sans doute beaucoup trop celui des joueurs d’Échecs. ChessBah vous offrira un bain d’humour ravigotant et salutaire.

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Le site échiquéen le plus récent au moment de sa création.

Elle écrit le nom de son adversaire en entier, Rakotomaharo Fy Antenaina, et se retrouve en zeitnot au 1er coup.

Nationale 1, première ronde de la saison, match Clichy vs Bois-Colombes. Pauline a failli tomber avant même de jouer un seul coup. 37 feuilles de parties raturées avant de réussir à écrire le nom correctement. Lors de cette reprise du Championnat de France des clubs, Pauline [le prénom n’a pas été modifié] affrontait le jeune espoir malgache, sociétaire du club de Clichy.

« Fy », le jeune talent de Madagascar.

Pauline nous raconte : « Je savais que j’avais de bonnes chances de le jouer, aussi m’étais-je bien préparée. Pas sur les ouvertures, mais à écrire son nom. Malheureusement, arrivée à la partie : gros trou de mémoire. Etait-ce Ratoko… ou Rakoto ? Par trente-sept fois je me suis trompée, reprenant une nouvelle feuille de partie. A la trente-huitième, l’arbitre m’a signalé qu’il n’y en avait plus en rab. J’étais au top de ma concentration et, miracle, j’ai réussi à écrire son nom en entier sans faute. J’ai alors regardé la pendule, il ne me restait plus que 20 secondes. Heureusement qu’on jouait en Fischer ! » Plus de peur que de mal pour Pauline qui réussit à tirer la nulle malgré le zeitnot de 40 coups. Son sympathique adversaire s’est amusé de la situation. « C’est respectueux de la part de Pauline, mais il faut bien le dire, aussi un peu con : même moi, j’écris juste Fy sur mes feuilles de partie ».

La Partie d’Échecs

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Jacques Douai (1920-2004).

Jacques Douai, de son vrai nom Gaston Tanchon, « le troubadour des temps modernes », bien loin du mercantilisme du « métier » et de ses impératifs de vente et de modes, trouve dans les Échecs, jeu de guerre par excellence, la métaphore poétique pour décrire la sottise de la guerre.

Un clic pour écouter.

Le café brûlant ce matin,
C’est la dernière fois peut-être.
Les canons grondent au lointain,
La mort est-elle en train de naître ?

Nous les soldats on s’en va voir,
Comment contre une jambe, un bras,
On peut gagner un peu de gloire.
Le doux clairon qui sonne là.

Les dieux assis sur les nuages,
Jouent aux échecs d’un geste las.
Sur l’échiquier champ de bataille,
Manquent bien des pièces déjà.

Du gris de plomb dessus nos têtes,
Avec quelques flaques de bleu,
La victoire ou bien la défaite,
Ne lit pas qui veut dans les cieux.

On est partis le long des routes,
Devant les arbres au garde à vous.
Ah ! Revenir coûte que coûte,
Quitte à se traîner à genoux.

Les dieux assis sur les nuages,
Avancent les pions de l’Histoire.
On dit que les blancs jouent et gagnent,
Suis-je un pion blanc, suis-je un pion noir ?

Combien reviendrons-nous du feu ?
Nous les élus du sacrifice.
Que père et mère soient de ceux,
Qui pourront étreindre leur fils.

Je ne vais pas pleurer quand même,
Les héros ça reste impassible.
Regardez-le le capitaine,
Quel bonheur de servir de cible.

Les dieux assis sur les nuages,
Repris par le démon du jeu,
Là haut font un divin carnage,
Préparent des coups prodigieux.

À quoi pense un soldat qui marche ?
Ne sait s’il sera là ce soir.
À quoi pensent les bœufs qui marchent ?
Que l’on conduit aux abattoirs.

Que mes jambes sont fatiguées,
Que mon fusil pèse à l’épaule.
On traverse un ruisseau au gué,
Une balle siffle et me frôle.

Quand irons-nous, ô mon amour,
Nous asseoir à l’ombre d’un saule ?
Qui de nous deux à mon retour,
Ira porter des fleurs à l’autre ?

Le jeu d'Échecs et ses rapports avec les arts, les sciences humaines, la politique, le quotidien…