Archives de catégorie : Radio-Chess

Archéologie du jeu de société

archeologie echecs
Cavalier d’origine anglaise, Allen Memorial Art Museum, Oberlin College USA.

Le Salon noir, magazine de France Culture, évoque les jeux de société, entre autre les échecs, et leur rapport avec l’archéologie en lien avec l’exposition Art du jeu, jeu dans l’Art, de Babylone à l’occident médiéval au Musée de Cluny en 2012.

Avec Isabelle Bardiès-Fronty, conservateur en chef au musée de Cluny, et Anne-Elisabeth Vaturi, chargée d’Etudes au Metropolitan Museum of Arts de New York, USA. Passée maître dans les sciences des nombres, mais aussi dans celles des casse-têtes, la Chine ancienne est-elle à l’origine des jeux de société, ou tout au contraire est-ce l’Egypte, comme semble le souligner Platon, dans un discours attribué à Socrate ? Qu’ils soient de hasard, de plateau, de stratégie, tous les jeux nous renseignent sur les sociétés qui les ont pratiqués. Tric-trac, échecs, Mehen, Senet, l’objectif du Salon noir est ici de retracer dans le temps, l’origine et le cheminement de jeux parfois millénaires.

Au cœur de la guerre froide

Le lundi 17 octobre 2016, dans son émission Affaires Sensibles, Fabrice Drouelle évoque le duel Fischer – Spassky dans le « Match du Siècle » de 1972.

À l’été 1972, sur une île isolée de l’océan atlantique, deux des plus grands champions d’échecs de tous les temps, deux immenses génies de la catégorie reine des Grands Maîtres se font face et s’affrontent dans ce qui reste aujourd’hui encore pour de nombreux spécialistes de la discipline comme : le « Match du Siècle »…
Conflit Est-Ouest oblige, la rencontre d’un américain et d’un soviétique pour une finale de championnat du monde, quelle qu’elle soit, ne pouvait pas rester exclusif au simple domaine du sport. Non, très vite, le combat intellectuel que se livrent Bobby Fischer et Boris Spassky dépasse de loin l’objectif de consécration personnelle et devient un enjeu de prestige national ! Avec en toile de fond, cette question devenue récurrente à l’époque : qui des États-Unis d’Amérique ou de l’Union Soviétique remportera cette victoire oh combien symbolique dans la bataille de l’image ?

Ainsi au cœur de l’été 1972, pendant 2 mois, l’épicentre de la guerre froide n’est plus à Cuba, ni au Vietnam, ni même à Berlin. Il est en Islande : sur un échiquier de 64 cases posé sur une table de bois dans le palais des sports de sa capitale, Reykjavik. Quant à l’équilibre du monde, celui qui mobilise d’habitude les espions, les chars de guerre et autres missiles balistiques, il tient désormais entre les mains de ces deux hommes qui, lorsqu’ils déplacent leur pion sur la table de jeu, donnent le sentiment de faire faire à leur pays respectif un pas imaginaire sur la carte du monde !

Fischer contre Spassky… Spassky contre Fischer… Retour sur l’une des plus fascinantes et des plus retentissantes rencontres d’échecs du siècle dernier !

Après le récit, pour revenir avec nous sur cette histoire et surtout pour en décrypter le contexte, nous recevrons, l’éminent historien spécialiste des questions de relations internationales et de la guerre froide, Maurice Vaïsse*.

Programmation musicale :

JAMIROQUAI – King for a day

BAZBAZ – Les échecs

* Texte de présentation de l’émission sur le site de France Inter.

La Nuit des Échecs de Radio Nova

La Nuit des Échecs de Radio Nova – Samedi 17 novembre 2012

Au détour du Net, je découvre cette émission de cette radio pour djeunes et le vieux schnock que je suis a eu du mal à aller plus loin que le générique, mais elle mérite l’écoute pour Christophe Bouton.

Radio Nova Échecs

On vous entend déjà : « les Échecs ? Ce jeu de société d’un autre âge ? Hey, on est sur Nova là, pas dans un club de seniors. Pourquoi pas le bridge pendant que vous y êtes ? »
On vous arrête tout de suite.
D’accord, les Échecs existent depuis tellement longtemps qu’on n’arrive même pas à se souvenir qui les ont inventés – peut-être un roi indien 3000 ans avant notre ère, ou encore la Guerre de Troie, si ce n’est pas la Perse du Ve siècle ou l’Europe en l’an mille (plein d’autres pistes sur Wikipédia).
D’accord, vous avez appris à y jouer avec votre grand-père lors de longues soirées d’hiver, ou lorsque vos parents vous ont offert la version électronique sponsorisée par Kasparov pour votre 8e anniversaire, arguant que ça travaillerait votre logique et que vous feriez des progrès en maths. Bref, les Échecs vous évoquent surtout l’ennui, les vieux, la lenteur, la poussière et les Russes un peu flippants.
Hé bien tout ça, c’est fini. En 5000 ans d’existence supposée, les Échecs ont eu le temps d’évoluer, de se moderniser, de se réinventer. Et aujourd’hui, rien n’est plus in que de décliner une invitation sous le prétexte « j’peux pas, j’ai Échecs ».

Réécoutez la Nuit Échecs sur Nova en 3 parties :

Au cours de cette soirée, des  joueurs affrontèrent Bachar Kouatly lors d’une partie majoritaire à la cadence de 3 minutes par coup :


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Alekhine au micro

Alekhine

En 1938, la BBC réalisa une interview d’Alekhine et fort heureusement pour les amoureux des Échecs, l’enregistrement ne fut pas perdu. Une opportunité fantastique de voyager dans le temps et d’écouter en direct un des plus grands mythes de l’histoire échiquéenne !

Interviewer : Dr Alekhine, maintenant, dites-moi : diriez-vous que le talent échiquéen est inné, ou pensez-vous que l’on puisse devenir un grand joueur d’Échecs par une dure pratique ?
Alexander Alekhine : Non, franchement, je pense que le talent du joueur d’Échecs idéal est inné. Bien sûr, je considère les Échecs comme un art et de la même façon que vous ne pouvez pas devenir un grand musicien ou peintre sans ce talent inné pour la musique ou la peinture, cette même capacité doit être présente pour devenir un joueur exceptionnel. Il y a quelque chose de plus dans un championnat d’Échecs que de simplement suivre des règles quelque peu limitées. Pour jouer excellemment, vous devez posséder une vision. La vision est de la même nature que celle de l’artiste créateur qui élève sa performance hors de la sphère commune.
Interviewer : Oui, bien sûr, mais de même que la vision, je pense que l’excellence aux Échecs a besoin d’une mémoire très bien entraînée également, non ?
Alexander Alekhine : Oh, non ! Contrairement à ce que l’on pense, nous n’avons pas besoin d’une mémoire exceptionnelle. La seule chose à faire est anticiper continuellement.
Interviewer : Il me semble que c’est un jeu parfait pour les optimistes.
Alexander Alekhine : Oui, vous pouvez le dire. Je ne regarde jamais en arrière sur une partie ou un match, mais j’essaie tout le temps de voir comment je pourrais améliorer mon jeu. Dans peu de temps, je jouerai aux Échecs depuis trente ans. Je devins Maître à 16 ans, savez-vous ?
Interviewer : 16 ans ? Cela est incroyable !
Alexander Alekhine : Oui. Puis j’ai gagné ensuite la coupe du Tsar que j’ai toujours gardée. Je suis autorisé à la faire sortir. En fait, c’est la seule chose qui m’a permis de sortir de Russie en 1921. Mais, même cette expérience de 30 ans, ne m’a pas encore tout appris ce que je devrais savoir sur ce jeu.
Interviewer : Eh bien, je suppose que maintenant, Dr Alekhine, vous devez connaître toutes les réponses.
Alexander Alekhine : Oh non, croyez-moi, une vie ne suffit pas pour tout apprendre sur les Échecs. Si cela était, j’arrêterais de jouer complètement. La technique, oui, elle peut être maîtrisée. Mais il y a toujours tellement plus à savoir sur l’art actuel du jeu. Ainsi, par exemple, prenez mon adversaire dans le dernier match, le Dr Euwe. Il est considéré comme étant l’un des experts dans le jeu d’ouverture. Et malgré tout, dans notre dernière partie, sa position était perdue après déjà cinq coups. Donc, voyez-vous, chacun de nous a beaucoup à apprendre.
Interviewer : Oui, oui. Mais ne trouvez-vous pas que ce championnat implique une grande quantité de stress mental ?
Alexander Alekhine : Le stress mental, non. Mais il y a une tension nerveuse, et aussi physique. Il est indispensable de se préparer physiquement pour un tel match, car ce que vous devez réaliser exige une grande quantité d’énergie. Pour moi, je me prépare toujours en menant une vie campagnarde tranquille et saine. Et je me détends, vous pouvez rire, en jouant au ping-pong.
Interviewer : [Rires]
Alexander Alekhine : Oui, au ping-pong. C’est un de mes plus grands passe-temps.
Interviewer : Mais, euh, vous n’avez pas d’ambitions pour le titre mondial de ping-pong ? N’est-ce pas ?
Alexander Alekhine  : Oh, pas du tout. Je vais me concentrer bien évidemment sur la défense de mon titre aux Échecs. Et maintenant, je vais partir avec mon épouse pour l’Amérique du Sud pour organiser le prochain match.
Interviewer: Eh bien, je vous remercie beaucoup, M. Alekhine et bonne chance !


Interviewer : Now Dr. Alekhine, tell me, would you say that chessplayers are born, or do you think a great chessplayer can be made by hard practice?
Alexander Alekhine : No, frankly, I think the ideal chessplayer is born. Of course, I look upon chess as an art, and just as you cannot make a great painter or a musician, unless the gifts of painting or music are innate in a person, so also I believe that for anyone to become outstanding at chess the ability must be born with the player. There is something much more in championship chess than just following the somewhat limited rules of the game. To play a really good chess, you must have vision. Vision is something of the same way that a creative artist must have if he would lift his performance out of the common realm.
Interviewer : Well, of course, as well as vision, I expect first class chess needs a very well trained memory too, doesn’t it?
Alexander Alekhine : Oh, no. That is where chess is just unlike bridge. One does not require an, uh, an outstanding memory. Look forward all the time is the thing to do.
Interviewer : Sounds to me like the perfect game for optimists.
Alexander Alekhine : Yes, you might say so. I never look back on a game or a match but try all the time to see how I may improve my play. Soon, I shall have been playing [?] chess for 30years. I became a chess master, you know, at 16.
Interviewer : 16? That’s amazing!
Alexander Alekhine : Yes. I won then the vase of the Tsar which I still am keeping. It was…, I was allowed to bring it out. As a matter of fact, it was the only thing I was allowed to bring out of Russia in 1921 when I left. But even my 30 years experience has not yet taught me all I should know of chess.
Interviewer : Well, I suppose by now Dr. Alekhine, you must know all the answers, as they say.
Alexander Alekhine : Oh no, believe me, a lifetime is not enough in which to learn everything about chess. If it were, I should soon be getting ready to stop playing altogether. The technique, yes, that can be mastered. But there is always so much more to know about the actual art of the game. So for instance, take my opponent in the last match, Dr. Euwe. He’s considered as being one of the outstanding experts in the opening play. And even being that, in our last match, in one game, he got a lost position after already five moves. So you see, every one of us has quite a lot to learn.
Interviewer : Yes, yes. But do you find that playing championship chess involves a great amount of mental stress?
Alexander Alekhine : Mental stress, no. But there is a nervous strain, and also physically [?] It is very necessary to prepare oneself physically for a contest, for as you must realize, it demands a great amount of energy. For myself, I prepare always for a match by leading a quiet, healthy, country life. And I relax, you may laugh, by playing ping pong.
Interviewer : [Laughs]
Alexander Alekhine : Yes, ping pong. It is just one of my biggest hobbies.
Interviewer : But, uh, you have no ambitions for the world ping pong title, have you?
Alexander Alekhine : Oh, not at all. I must concentrate of course in defending my chess title. And now soon I am off with my wife for South America to arrange for the next world contest to be held there.
Interviewer : Well, thank you very much Dr. Alekhine and all the best of luck.

Histoire des Échecs

La Marche de l’histoire, émission de France Inter de Jean Lebrun du 28 novembre 2012.

L’intensité intellectuelle, disait François Le Lionnais… la prévoyance, la prudence, la circonspection, disait Benjamin Franklin… On peut soutenir que le jeu d’Échecs, en mobilisant beaucoup de ressources rationnelles, a fait reculer la violence. N’est-il pas aussi le jeu du contrat social ? Que pourrait, sur l’échiquier, le roi sans les figures qui l’entourent ?

histoire échecs
Le jeu d’Échecs, par Charles Bargue (1826 – 1883).

Mais les Échecs laissant toujours les hommes dans l’incertitude sur leur condition, on peut tout aussi bien donner une interprétation inverse du spectacle des soixante-quatre cases. Il s’agit d’un sport violent, disait Marcel Duchamp, l’un de ses pratiquants. Fort prisé des chevaliers au Moyen Age et au XIXe, des officiers à la retraite — Napoléon compris, il reste du coté de la bataille. Et, au temps des grands championnats médiatisés des années 1970-1980, ils participèrent activement à la lutte finale est-ouest.

La conversion intellectuelle des humeurs guerrières n’est décidément pas chose aisée. Mais les Échecs étant aussi une machine à rêver, on peut imaginer qu’ils y contribuent.

Les fous de la diagonale

Le jeu d’Échecs comme métaphore

Les Nuits Magnétiques, émission d’Olivier Biegelman et  Gislène David, diffusée sur France-Culture
dans les années 90, évoquant toutes les facettes de notre jeu. Durée : 1 h 23.

Les fous de la diagonale

Ce n’est plus au Palais-Royal ni au Café de la Régence, comme au XVIIIe siècle, que l’on « pousse le bois ». Les joueurs d’Échecs se réunissent maintenant au jardin du Luxembourg et dans d’autres cafés, où ils s’entraînent aux parties rapides, les blitz et où ils rencontrent des Américains, des Polonais ou quelques autres citoyens du monde venus partager là une commune et universelle passion. Jeu tout juste bon pour les esprits mécaniques, ou bien « science », disait Leibniz, réservée à des cerveaux magnifiquement organisés ? Diderot, qui s’amusait beaucoup à voir jouer aux échecs, prétendait que « si l’on peut être homme d’esprit et grand joueur d’échecs, on peut être aussi un grand joueur d’échecs et un sot ». L’émission ne tranchera pas cette question, mais enseignera quantité de choses, notamment sur les règles du jeu qui ont évolué parallèlement aux structures sociales, sur la fragilité des joueurs, sur la morale, et sur les échecs comme inépuisable source de création littéraire, de Zweig à Nabokov, de Duchamp à Beckett. Tout se lit sur un échiquier, et ce qui s’y joue, c’est l’amour, la loi, la guerre ou la mort. La parole de joueurs anonymes, petits ou grands, illustre ces métaphores : « J’ai joué une fois contre Kasparov à un championnat d’étudiants en 1981, dit l’un d’entre eux. Chacun de ses coups sur l’échiquier, c’est un coup de poing de Cassius Clay qu’on reçoit en pleine figure ». On retiendra de belles histoires sur la « décompensation psychotique des grands champions », comme disent les psys requis ce soir-là, et qui pour l’occasion ne manquent pas de poésie. Cette poésie qui entoure toujours les Bobby Fisher, les Murphy, les Spassky et un peu moins les Kasparov et Karpov.