Archives de catégorie : Psychologie

Intelligence

goethe

Les Échecs, c’est la pierre de touche de l’intelligence.

Johann Wolfgang Von Goethe

Il aura fallu attendre plusieurs décénies avant qu’une étude ne prouve scientifiquement cette affirmation. Psychologue à l’université de Göttingen, Roland Grabner affirme que les tests d’intelligence réalisés sur des joueurs experts et novices « démontrent qu’à la fois l’expertise et l’intelligence impactent les performances de tâches liées au domaine d’expertise ». C’est à dire que la réussite aux Échecs serait dû à la fois à une pratique assidue et à une intelligence innée. D’où la conclusion du chercheur qui estime que « le jeu d’Échecs expert n’est pas isolé de l’intelligence ».

Mais restons modestes et n’oublions pas notre grand philosophe Denis Diderot : « Il est tout à fait possible pour un homme sage de devenir un grand joueur d’Échecs, mais il est également possible pour un grand joueur d’Échecs d’être un imbécile ».

Les fous de la diagonale

Le jeu d’Échecs comme métaphore

Les Nuits Magnétiques, émission d’Olivier Biegelman et  Gislène David, diffusée sur France-Culture
dans les années 90, évoquant toutes les facettes de notre jeu. Durée : 1 h 23.

Les fous de la diagonale

Ce n’est plus au Palais-Royal ni au Café de la Régence, comme au XVIIIe siècle, que l’on « pousse le bois ». Les joueurs d’Échecs se réunissent maintenant au jardin du Luxembourg et dans d’autres cafés, où ils s’entraînent aux parties rapides, les blitz et où ils rencontrent des Américains, des Polonais ou quelques autres citoyens du monde venus partager là une commune et universelle passion. Jeu tout juste bon pour les esprits mécaniques, ou bien « science », disait Leibniz, réservée à des cerveaux magnifiquement organisés ? Diderot, qui s’amusait beaucoup à voir jouer aux échecs, prétendait que « si l’on peut être homme d’esprit et grand joueur d’échecs, on peut être aussi un grand joueur d’échecs et un sot ». L’émission ne tranchera pas cette question, mais enseignera quantité de choses, notamment sur les règles du jeu qui ont évolué parallèlement aux structures sociales, sur la fragilité des joueurs, sur la morale, et sur les échecs comme inépuisable source de création littéraire, de Zweig à Nabokov, de Duchamp à Beckett. Tout se lit sur un échiquier, et ce qui s’y joue, c’est l’amour, la loi, la guerre ou la mort. La parole de joueurs anonymes, petits ou grands, illustre ces métaphores : « J’ai joué une fois contre Kasparov à un championnat d’étudiants en 1981, dit l’un d’entre eux. Chacun de ses coups sur l’échiquier, c’est un coup de poing de Cassius Clay qu’on reçoit en pleine figure ». On retiendra de belles histoires sur la « décompensation psychotique des grands champions », comme disent les psys requis ce soir-là, et qui pour l’occasion ne manquent pas de poésie. Cette poésie qui entoure toujours les Bobby Fisher, les Murphy, les Spassky et un peu moins les Kasparov et Karpov.

Psychanalyse et Échecs

Anna FreudLa vie et les déterminants précoces de la vie psychique, c’est comme une partie d’Échecs. Les premiers coups donnent la direction de la partie, mais tant que la partie n’est pas terminée, il reste de jolis coups à jouer.

Anna Freud, fille de Sigmund Freud

Notre jeu fut l’objet de maints décryptages de la part des psychanalystes, mais aussi fut une source inépuisable de métaphores. Abordant des questions techniques, Freud compare la psychanalyse au jeu d’Échecs : dans les deux situations seuls les mouvements du début et de la fin peuvent être décrits avec quelque précision. Ce qui se passe entre ces deux bornes s’oppose à toute explication exhaustive.

Une bonne mémoire pour bien jouer aux Échecs ?

Échecs

Ah ! Vous êtes joueurs d’Échecs, s’intéresse votre interlocuteur, se retenant pour ne point dire :
Que vous devez être ennuyeux ? mais opte pour le plus civilisé :
Vous devez avoir une excellente mémoire !

De toutes les idées reçues sur notre jeu, la plus courante est que les joueurs d’échecs ont une mémoire d’éléphant et que ce jeu contribue à l’améliorer. Pillsbury en est l’exemple le plus célèbre, pouvant jouer quinze parties d’Échecs et de dames à l’aveugle, tout en jouant aux cartes et mémorisant une liste énorme de mots ésotériques, les récitant à la fin de l’expérience. Kasparov pouvait se souvenir de toutes les parties de maîtres qu’il avait jouées. Cela d’ailleurs causa un incident amusant sur la chaîne télévision Thames : Gary Kasparov expliquait sa victoire sur Sofia Polgar dans le Thames Television European Speed Championships, quand le commentateur Ray Keene intervient pour corriger le Champion du Monde qui s’était souvenu des coups de manière incorrecte : la partie avait seulement été jouée la veille !

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Comment un grand maître peut-il jouer en simultané de nombreuses parties et les gagner, jouer des parties en aveugle sans voir les échiquiers, ou battre des ordinateurs dont la puissance de calcul excède très largement ses capacités cérébrales ? A-t-il une intelligence hors du commun ? Une mémoire surhumaine ? Apparemment non ! Récemment, l’imagerie cérébrale a révélé que l’activité cérébrale des spécialistes ne diffère pas notablement de celle des novices. De plus, les tests de mémorisation usuels ne mettent pas en lumière de capacités hors norme chez ces grands maîtres. Les joueurs expérimentés et les novices se distinguent par leur découpage visuel de l’échiquier. Un grand maître d’Échecs regarde entre les pièces. En identifiant les régions du cerveau mobilisées lors d’une partie d’Échecs, les chercheurs semblent dès à présent certains que la qualité du joueur allie aptitude spatiale et raisonnement analogique. Une étude américaine publiée en 2003 utilisant l’IRM (imagerie par résonance magnétique) révèle que des joueurs débutants devant déterminer mentalement le meilleur coup n’activent pas les aires du raisonnement et de la logique (partie latérale du lobe frontal), mais les lobes pariétaux, sièges des compétences spatiales. Les Échecs nécessiteraient avant tout des compétences spatiales, repérages des pièces, anticipation de leurs déplacements, positionnement de l’attention au bon endroit sur l’échiquier, identification de la pièce essentielle pour le prochain coup. Dans notre jeu, la vision jouera donc un rôle prépondérant.