Archives de catégorie : Politique

Lénine : le jeu des puissants

Lénine
Oliver Dunne & Siobhan Mc Cooey – Lénine jouant aux Échecs, collage.

Vladimir Ilitch Lénine (1870-1924) s’intéressait aux Échecs et joua dans les cafés européens durant son exil. À son retour en Russie, il ne joua plus aux Échecs que sur le plan géopolitique, avec un enjeu beaucoup plus élevé : la vie et la mort ! Sa maîtrise du jeu du pouvoir fit de lui le fondateur de l’État soviétique et la figure de proue du développement de l’école soviétique des Échecs.

Lénine était un joueur redoutable même si, selon l’auteur russe Maxime Gorki, il se fâchait quand on le battait. Voici une partie de Vladimir Lenine lors d’un séjour chez Maxim Gorki à Capri, entre le 10 et 17 avril 1908 :

Lénine affrontant Alexander Bogdanov en 1908, ches Maxim Gorki à Capri.

Le GMI Vladimir Poutine

putin456

Peu de jeu sont aussi présents dans les représentations collectives et dans l’imaginaire que les Échecs. « Il existe, pour les néophytes, écrit Jacques Bernard dans sa Socio-anthropologie des joueurs d’Échecs, une forte identification entre la maîtrise des Échecs et l’intelligence, les capacités d’analyse et de mémoire prêtées aux joueurs ». Les comparaisons entre les Échecs et les stratégies politiques sont innombrables « suggérant la distinction, la rigueur ou encore la supériorité intellectuelle, poursuit Jacques Bernard. Pourquoi l’image du jeu d’Échecs possède-elle cette singulière force d’évocation, alors même que la connaissance réelle du jeu n’est partagée que par un tout petit nombre d’individus ? »

Quoi qui l’en soit, les métaphores du jeu son fréquentes dans de nombreux secteurs de la vie politique à l’image des coups joués sur l’échiquier de la diplomatie internationale. À en croire les journalistes, Vladimir Poutine serait un grand maître de l’échiquier, tout comme son célèbre opposant, Garry Kasparov. Voici quelques extraits de presse et caricatures illustrant cette métaphore :

« Le poker est un jeu américain, autant que les échecs sont un sport russe. Mais, aujourd’hui, le champion mondial de poker est un Russe, tandis que le maître international des échecs est un Américain. Les dirigeants des deux premières puissances militaires mondiales ne jouent pas le même jeu, ni selon les mêmes règles, et c’est ce qui rend si difficile la lecture de ce qui se passe en ce moment en Syrie, mais aussi à l’échelle mondiale ». Le Monde

« En géostratégie comme dans les jeux, Vladimir Poutine est un adversaire redoutable. Le maître du Kremlin a ainsi remporté une très délicate partie d’échecs avec son chef de cabinet. Vladimir Poutine a ainsi utilisé une technique dont il a le secret, réussir à convaincre son adversaire que les pions sur l’échiquier n’étaient pas contrôlés par lui ». Le Gorafi

« Pendant que Poutine joue aux Échecs, Hollande joue à la belote ». Le Figaro

Un clic sur une image pour faire défiler la galerie.

Lèche-botte échiquéen

Botvinnik Staline

De la Révolution d’Octobre jusqu’à la fin de la guerre froide, le jeu d’Échecs fut politisé dans l’Union Soviétique. Dès les prémices de la révolution en 1917, Iline-Genevsky, grand maître et compagnon de combat de Lénine, déclarait : « les Échecs et le communisme peuvent s’entraider ».

« Cette entraide va s’instaurer et s’amplifier tout au long du siècle, écrit Jacques Bernard, et illustre parfaitement la fierté que concevait l’appareil politique dans son entier — c’est à dire, en principe, le reflet global de la pensée de la nation — de voir ses représentants établir leur supériorité dans un champ somme toute assez restreint — le jeu d’échecs. De manière symétrique, les champions d’échecs n’hésitaient pas à faire allégeance au régime communiste, et à confirmer ainsi cette identification entre le bien- fondé du système et le succès des joueurs soviétiques aux échecs¹ ».

Le jeune Botvinnik (25 ans) envoie ce télégramme à Staline, au lendemain de sa première grande victoire dans un tournoi international, le tournoi de Nottingham en 1936.

« Cher et très aimé maître et dirigeant,

C’est avec un sentiment de très grande responsabilité que je me suis rendu au tournoi d’Échecs de Nottingham pour y défendre l’honneur des échecs soviétiques dans le plus grand tournoi de ces dernières années. Mon ardent désir de défendre l’honneur des échecs soviétiques rendit mon jeu plus fort, plus intelligent, plus énergique. Je suis infiniment heureux d’être à même d’annoncer la victoire d’un représentant soviétique dans un tournoi où figurait l’ex-champion du monde Capablanca.

Ceci ne fut possible que grâce au soutien de tout mon pays, à l’attention de notre gouvernement et de notre parti, et, par-dessus tout, grâce à vous, notre grand dirigeant qui ne cessez de prendre soin de porter notre grand pays à des honneurs inégalés et de susciter les représentants d’une jeunesse soviétique saine et joyeuse, présente dans tous les secteurs de la construction socialiste.

Inspiré par votre grand slogan surmontez et dépassez, je suis heureux d’avoir pu le réaliser, même si ce n’est que dans un domaine très réduit, celui que notre pays m’avait assigné pour y combattre. »

Mikhaïl Moïseevitch Botvinnik

Botvinnik termina ex æquo avec José Raúl Capablanca. Ce tournoi compta parmi les plus forts de l’histoire avec la participation des huit meilleurs joueurs de l’époque et des cinq champions du monde de la première moitié du vingtième siècle.

La partie contre Capablanca se termina par une nulle. La voici, commentée par Alekhine :

¹ Jacques Bernard, Socio-anthropologie des joueurs d’Échecs L’Harmattan 2005