Archives de catégorie : Pièces et Échiquiers

Un évêque finement sculpté

Évêque (fou) en ivoire de morse, XIVe siècle – Munich, Bayerisches Nationalmuseum, Gothic Ivories Project

Cet évêque à cheval du nord de l’Allemagne avec mitre et croix, dont le haut est brisé, est entouré de trois moines chantant ou priant, tenant des livres ouverts ; des arbalétriers assurent sa protection ; un clerc tient une croix, un autre un livre de prières. Il est en tout point semblable, bien que plus finement sculpté, au prélat exposé au Staatliche Kunstsammlungen de Dresde.

Échiquier de voyage

Lorsqu’il voyageait en calèche, le roi Louis XIII aimait jouer aux échecs. Les routes de France, point encore revêtues par Mister McAdam, devaient être bien chaotiques pour notre jeu paisible. Pour éviter l’éparpillement des pièces, notre bon roi jouait sur un échiquier brodé sur un oreiller, faisant tenir les pièces par des épingles. Dans le beau royaume de France, nous n’avions pas de belles routes, mais des idées.

La pratique de ces jeux d’échecs à épingle était assez commune et répandue dans toute l’Europe.

Figures d’un ensemble de broches en ivoire, sculptées vers 1950, probablement sur un modèle ancien.

Un roi sage

roi echecs moyen-âge cologne
Roi allemand en ivoire de morse (1300-1320) – © Victoria and Albert Museum, Londres

Au début de la période gothique, les pièces avaient déjà pris forme humaine. Ce roi assis, sans doute fabriqué à Cologne, est installé sur son trône à haut dossier. Il porte une couronne basse et un long manteau par-dessus une robe et tient un sabre gainé dans sa main droite. Les deux mains sont gantées et il tire l’attache de son manteau avec son pouce gauche, suggérant une autorité monarchique et une sage réflexion. Le trône est décoré sur les côtés et à l’arrière avec de simples motifs en losange.

Les ateliers de Cologne avaient une longue tradition de sculpture sur l’ivoire de morse et des pièces d’échecs y étaient encore fabriquées dans la seconde moitié du XIVe siècle, dans un style moins évolué par rapport à cette pièce.

Matrone royale

matrone royale échecs reine
Reine assise d’origine allemande ou scandinave, fin du XIIIe, début du XIVe siècle – Glasgow Museums, Gothic Ivories Project

Reine couronnée sur son trône à décor feuilleté, encadrée de deux soldats en armure, tenant épées et boucliers à fleur de lys, et de ses dames de compagnie.

Une imposant matrone royale, superbement sculptée, mais nous sommes loin de la beauté hiératique et énigmatique des dames de Lewis, un siècle plus tôt.

Cavalier ou Tour ?

échecs tour bargello
Tour, scandinavie XIVe siècle, 7,5 cm – Florence, Museo Nazionale del Bargello,
Gothic Ivories Project

Cette pièce en ivoire de morse, sans doute une tour,  peut-être un cavalier, représente un chevalier en armure à cheval, un soldat avec un bâton et un bouclier et deux soldats avec des boucliers. Mentionnée pour la première fois dans le catalogue de 1826 pour la première exposition d’antiquaires à Lyon : « Pièce d’échecs, anciens guerriers français, de travail extrêmement barbare ».

Skye Chess Piece

Skye Chess Piece
Tour : The ‘Skye Chess Piece’ – Gothic Ivories Project

Cette pièce (une tour), connue comme The Skye* Chess Piece, représente deux hommes à pied, dos à dos et en armures, regardant au travers d’un scrollwork (décoration composée de lignes ou de motifs en spirale). La demi-fleur de lis sur l’un des boucliers a un aspect résolument nord-européen, voire scandinave, mais les armes ont défié l’identification jusqu’à présent. L’héraldique et la forme du bouclier date la pièce vers le milieu du XIIIe siècle.

pièces échecs tour médiévale
Tour en ivoire de morse, Europe du Nord vers I250 – National Museum of Antiquities of Scotland

Le roc oriental (le chariot) peut se retrouver sur la vue de face de cette pièce rectangulaire et le V du scrollwork évoque l’encoche de la pièce islamique.

Le chariot, l’ancêtre de la tour des terres islamiques occidentales – Metropolitan Museum of Art

* Skye est une île montagneuse dans les Hébrides intérieures

La reine des tourbières

Reine en ivoire de morse, 73 mm, Scandinavie XIIIe – Dublin, National Museum of Ireland, Gothic Ivories Project

La reine est assise sur son trône comme ses consœur de l‘Île de Lewis, avec cette attitude particulière et énigmatique de la main contre le visage. Que peut-elle exprimer : le chagrin, le désespoir, la patience, le calcul, la désapprobation ou la surprise ?

Elle aurait été trouvée dans une tourbière dans le comté de Meath avec plusieurs autres pièces vers 1817 et fut acquise par la Royal Irish Academy dans le cadre de la collection de George Petrie en 1866. Si d’autres pièces ont effectivement été trouvées, elles sont aujourd’hui inconnues.