Archives de catégorie : Pièces et Échiquiers

Le tueur de dragon

Cavalier français vers 1250 (7,8 x 6,5 x 3,5 cm) en ivoire de morse – Metropolitan Museum

La figurine représente Saint-Georges terrassant le dragon. Le personnage, coiffé d’un casque fermé à sommet plat, est revêtu d’une cuirasse sur une tunique. Protégé de son large bouclier triangulaire, il brandissait une lance dans sa main droite, mais malheureusement le bras a été brisé à l’épaule. La pointe est encore visible dans la gueule grimaçante du monstre. Son destrier se cabre sur cet horrible dragon. Sa queue se fond dans un enchevêtrement de volutes florales comme une suggestion d’une forêt enchantée où notre héros poursuivra sa quête.
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Cette pièce, finement ciselée, beaucoup plus élégante que les pièces habituelles de cette époque, était réservée à l’élite aristocratique. Elle est contemporaine des pièces non-figuratives, utilisées par tous les degrés de la société médiévale.

L’éléphant qui se prenait pour un cheval

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Un roi ou une reine du XIè siècle – Collection de Nicolas Devigne

Habituellement, le décrochement entre l’arrière, le souverain sur son trône, et l’avant, l’éléphant porteur, est plus important. La vue de face évoquerait, avec la partie sommitale triangulaire, plutôt la tête du cheval d’un Cavalier islamique, mais pourrait tout aussi bien stylisé la face et la trompe d’un éléphant.

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Le Cavalier de Tübingen

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Cette pièce du XI-XIIe siècle fut découverte en 1932, lors de fouilles dans le centre-ville médiéval de Tübingen. D’environ quatre centimètres de hauteur, en bois de cervidé, elle représente un cavalier de type arabe. Sa surface, suite à une utilisation fréquente, est extrêmement lisse et sombre. La pièce appartient à la collection du département d’archéologie du Moyen Age de l’Université de Tübingen.

Jeu d’orient

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Jeu d’échecs islamique, sans doute du XVIIIe siècle

Dans la péninsule islamique, à partir du modèle arabo-persan qui fut introduit en Europe, les formes continuèrent à évoluer, tout en restant abstraites, à la différence de l’Occident. Ce jeu est du modèle C, mais où la Tour (en forme de champignon) appartient plus au style de la période suivante.

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Les différents styles par ordre chronologique

Les échiquiers de Man Ray

Le photographe surréaliste Man Ray a participé aux grands courants artistiques de son temps et révolutionné l’art photographique. On lui doit de nombreux portraits ainsi que des photos pleines de créativité.  Joueur d’échecs passionné, il créa, en 1920, son propre échiquier et les figurines associées.

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Man Ray – Mode au Congo, 1937 Adrienne Fidelin

En 1936, Man Ray rencontre Adrienne Fidelin. Elle devient alors sa muse pour le magazine Vogue, afin d’illustrer un poème d’Eluard et la première femme noire mannequin. Vêtue de bijoux africains, sculpturale, yeux clos, la tête fermement maintenue par ses mains, pièce d’échecs en attente du prochain mouvement.

Man Ray – Deux joueuses de profil devant un jeu d’échecs, Paris, 1928. 16,5 x 22 cm sur binoche et giguello

Photographie d’Angelica Gainza et Mercedes Doll, datée novembre 1928, devant un jeu d’échecs en acier conçu par Man Ray La photographie est contrecollée sur un carton sur lequel figure la signature autographe postérieure au crayon de Man Ray et située Paris. Cette photographie porte la signature autographe à l’encre des deux joueuses.

Le printemps et l’été 1946 furent marqués par une nouvelle vague d’activité créative dans un domaine qui a toujours intéressé Man Ray, la conception de jeux d’échecs. Le motif géométrique régulier de l’échiquier avait été une image clé dans le travail de Man Ray depuis 1911, quand il avait créé la Tapisserie.

Man Ray Tapestry, 1911 – Patchwork en laine cousu sur toile de lin libre 210 x 151,8 x 2,2 cm
Centre Pompidou

« Cela vous aide à comprendre la structure, à maîtriser le sens de l’ordre, écrivait-il à l’époque. Quand les anciens maîtres composaient une peinture, ils divisaient la surface en carrés réguliers. »

Man Ray entreprit de monter une industrie artisanale, construisant un premier groupe de trente-six échiquier en bois et aluminium anodisé et de les vendre en édition, signée et numérotée sur la base du roi blanc. « Les galeries d’art l’ont commercialisé pour moi pour 6 000 $ pièce et me donnaient 40 $. Bien sûr, si elles étaient produites en quantité, elles seraient moins chères et beaucoup plus de gens achèteraient. »

Man Ray échiquier photo
Une des versions de l’échiquier de Man Ray dessiné en 1944 (roi 8.9 cm) – Philadelphia Museum of Art

Cet échiquier est une version modifiée de celle que l’artiste a conçue entre 1920 et 1924 pour l’exposition The Imagery of Chess de 1944-45 à la galerie Julien Levy de New-York. Après l’exposition, l’ensemble a été publié dans une édition limitée de six, chacun en bois et signé et daté par Man Ray.

Man Ray échiquier photo
Man Ray – Échecs vers 1945, Négatif gélatino-argentique sur support souple 9 x 12 cm Centre Pompidou

Toujours en 1946, Man Ray fait la connaissance de Juliet Browner. Cette danseuse et modèle américain deviendra sa femme la même année. La cérémonie de mariage se déroulera en même temps que celle de Max Ernst et Dorothea Tanning. Man Ray finira sa vie avec elle et la photographia souvent devant l’un de ces célèbres échiquiers.

« Pour moi, il n’y a pas de différence entre le rêve et la réalité, écrivait-il. Je ne sais jamais si ce que je fais est le produit du rêve ou de l’éveil. » Inhumé au cimetière Montparnasse de Paris, le personnage Man Ray se résume en une inscription sur sa pierre tombale : « Unconcerned but not indifferent ».

Les pièces de Novgorod

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Trois pièces d’échecs en bois du XIVe siècle, Novgorod : une tour et deux rois

La découverte de ces pièces montre la popularité du jeu dans l’ancienne république de la ville russe de Novgorod, bien que l’église l’ait déjà interdit au XIIIe siècle. Mais, parmi les passions que l’homme peut difficilement interdire, il y a le jeu d’échecs. L’Église orthodoxe russe, comme celle d’occident, a tenté encore et encore de garder ses ouailles loin du jeu, interdisant les échecs, même si ce n’était plus un jeu de hasard depuis 1286. La découverte de ces pièces vieilles de 600 ans à Novgorod prouve que ces efforts furent infructueux. Un des rois, probablement sculpté dans du genévrier, fut retrouvé à proximité de l’ancienne résidence de l’archevêque de la ville.

« Le fait que la figure finement sculptée ait été trouvée près de la résidence d’un ecclésiastique témoigne du fait que ce jeu était très populaire malgré l’interdiction », explique Elena Rybina de l’Université d’Etat de Moscou. « Selon les chroniques, le jeu à Novgorod est connu depuis 1280. Dans une fouille du XIIIe siècle, 13 pièces furent mises à jour et 46 au XIVe siècle. Le jeu arriva à Novgorod via l’Inde et l’Arabie, le prouve les formes coniques des figurines courantes en Arabie. Les pièces européennes avaient par contre des caractéristiques clairement humaines ou animales. »

Novgorod était au Moyen-Age une république urbaine dotée de relations commerciales étendues. La ligue hanséatique y a conservé un de ses bureaux. Vraisemblablement, ce sont principalement les commerçants qui ont apporté le jeu avec leurs marchandises.