Archives de catégorie : Pièces et Échiquiers

Le Cavalier de Weoley Castle

Weoley piece echecs
Manoir médiéval, proche de Birmingham, entouré de douves, construit vers 1270.

Une série de fouilles archéologiques de 1930 et 1950 ont révélé sur ce site une riche collection de découvertes, en particulier une pièce d’échecs en os du XIVe ou XVe siècle. Les Échecs étaient alors fort appréciés au moyen-âge, mais seules les personnes riches pouvaient s’offrir de telles pièces coûteuses.

Cavalier de style islamique en os

L’échiquier de Marcel Duchamp

Marcel Duchamp a toujours eu une fascination pour les échecs. Ostensiblement « retiré de l’art » en 1923, il consacre les dix années suivantes de sa vie à des tournois professionnels et, en 1925, il obtient la qualification de Maître de la Fédération Française des Échecs. Alors qu’il vivait à New-York, il jouait régulièrement au Marshall Chess Club, où il rencontrait entre autres Picabia, Man Ray et Roché. Le goût pour les échecs était considéré comme un signe d’intelligence et, pour les artistes surréalistes, une revendication en continuité avec d’autres types d’intelligence. Non seulement les échecs étaient un thème important dans le travail de Duchamp, mais il a parfois aussi caché des messages codés dans ses œuvres qui ne pouvaient être compris que par les joueurs de ce jeu. Pour Duchamp, bien que tous les artistes ne soient pas des joueurs d’échecs, tous les joueurs d’échecs étaient des artistes » et que « l’art et les échecs étaient inséparables ».

echiquier marcel duchamp
Jeu de voyage en cuir de Marcel Duchamp(1944), 16.5 x 10.1 cm

Duchamp utilisait ce jeu d’échecs de voyage manufacturé où les pièces étaient maintenues par de petites encoches découpées dans un panneau de cuir. Il conçut par contre ses propres pièces et les fit imprimer sur celluloïd, puis inséra de petites épingles pour sécuriser les pièces pendant le transport.

echiquier marcel duchamp
Les pièces en celluloïd créées par Duchamp

John Myers, rédacteur en chef du magazine surréaliste View, le vit un jour jouer et lui demanda :
Contre qui joues-tu ?
Marcel contre Duchamp, répondit-il gentiment.

echiquier marcel duchamp
Jeu d’échecs de poche avec gant en caoutchouc

Au moins vingt-cinq de ces échiquiers furent assemblés à New-York en 1943-44. En 1944, Julien Levy organise une exposition intitulée The Imagery of Chess et demande à trente-deux artistes surréalistes de créer leur propre jeu d’échecs. Duchamp a présenté un exemplaire de son jeu de poche, auquel il a ajouté un gant de caoutchouc (ce travail a depuis disparu, mais a été répliqué plus tard). La partie représentée était celle qu’il joua contre le Maitre George Koltanowski, en simultanée contre sept artistes, les battant tous excepté l’architecte visionnaire Frederick Kiesler.

Ce jeu d’échecs de poche fut un cadeau de Duchamp à Harold M. Phillips, président de la United States Chess Federation (USCF) de 1950 à 1954, président des clubs Manhattan et Marshall Chess Clubs et organisateur du match révolutionnaire de 1954 entre les Soviétiques et les Américains en équipes. Ce jeu de voyage est estimé 200 000 – 300 000 $ par Sotheby’s.

Le Fou de Wallingford

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La pièce de jeu d’échecs trouvée lors des fouilles.

En 2016, lors d’une fouille de l’arrière-cour du Wallingford Museum dans l’Oxfordshire, une petite figurine fut découverte. Tout d’abord, les conservateurs du musée pensèrent que l’artéfact était une minuscule sculpture de chat, mais un examen plus précis révéla qu’il s’agissait d’une pièce de jeu d’échecs en bois de cerf. Le bâtiment principal du musée était autrefois le prieuré de Wallingford, une abbaye bénédictine et dont seules les fondations demeurent aujourd’hui, toutes souterraines.

« L’identification, rapporte la conservatrice Judy Dewey, a montré que la pièce était une pièce d’échecs de style arabe datant du moyen-âge. C’est l’une des 50 pièces médiévales d’échecs en Angleterre, et, avec ses 21, 7 mm de haut, elle est unique en étant la plus petite connue à ce jour dans le pays. Nous avons plaisanté en disant que nous allions retrouver les 31 autres pièces et le plateau de jeu, mais bien sûr cela est très peu probable ».

La pièce, décorée d’ocelles typiques, fut sculptée dans un bois de cerf au XIIe ou XIIIe siècle. La plupart des autres pièces de ce genre sont au moins deux fois plus grandes. Il s’agit d’un fou (l’éléphant du jeu persan), les petites pointes sommitales, stylisant les défenses de l’animal, évoquèrent pour l’occident les cornes de la mitre de l’évêque ou du chapeau du fou royal. Les pièces et l’échiquier devaient être réellement petits, faisant penser à un ensemble de voyage.

Avant la disparition de l’abbaye, les visiteurs du château de Wallingford étaient parfois logés dans le prieuré. Les échecs, étant un jeu très apprécié la noblesse et des classes éduquées, n’importe lequel de ces visiteurs, ou les moines eux-mêmes, pourraient avoir joué et perdu la pièce.

Guerre et Échecs

guerre Sécession echecs
La guerre de Sécession, « The Civil War », entre 1861 et 1865, provoqua la mort de 620 000 soldats

Au cours de la Guerre de Sécession, pour occuper les périodes d’inactivité au campement, les soldats sculptaient le matériel le plus abondant — les balles de plomb. Certaines sont devenus des pièces d’échecs, tandis que d’autres étaient converties simplement en objets utilitaires.

La Reine de Clonard

Clonard echecs piece

Cette pièce date du XIIe siècle. Découverte en 1817 dans une tourbière près de Clonard en Irlande, elle représente une reine en ivoire ou os poli avec un noyau de plomb. Une petite pointe de fer à la base permettait vraisemblablement la fixation sur l’échiquier.

Clonard echecs pieceLa figurine porte une couronne et un long voile recouvrant les épaules. Le manteau aux bords repliés, révèle une bordure décorative de points et de croix. La main gauche, posée sur la joue, est soutenue au coude par la main droite. Le dossier de le chaise, aux bras saillants, est décoré d’une paire de dragons à deux pattes. Leurs queues, semblables à des poissons, sont entrelacées et leurs gueules jointes par un parchemin perlé. Les lettres S, P et K sont écrites au dos en écriture lombarde. Une perforation à travers le cou semble avoir été ajoutée plus tard, indiquant que la figurine fut peut-être porté en pendentif.

Elle semble appartenir à la même tradition qui a produit le groupe de 78 pièces trouvées en 1831 sur l’île de Lewis en Écosse. On ne connaît que deux autres personnages du même atelier, l’un à Bargello (Florence), l’autre à Óland en Suède. Ces pièces, à la décoration de style roman, furent fabriquées dans un royaume viking dans la seconde moitié du XIIe siècle. La pièce de Clonard fut trouvée 14 ans avant celles Lewis.

Un jeu d’échecs rare

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Jeu d’échecs samanide découvert à Nishapur (Iran) Xe siècle, la plus grande pièce : 3,5 cm et la plus petite : 1,7 cm.

Il est exceptionnel de trouver un jeu d’échecs presque complet de cette première période, comme le souligne le Dr. Thomas Thomsen, président de Chess Collectors International : « Durant mes quarante années d’expérience, je ne suis au courant d’aucun autre jeu complet de cette période ». Composé de seize pièces en ivoire : les Rois et les Reines représentés par des figurines « animales » stylisées, les chevaliers et les tours sont également de forme stylisée, alors que la loi coranique interdit habituellement les représentations d’êtres vivants ; les pions, de forme abstraite, avec des têtes sphériques, sont très proches de nos pions actuels.

Les origines du jeu d’échecs sont identifiées étymologiquement au sous-continent indien, bien qu’aucune pièce d’échecs n’ait encore été découverte dans le sous-continent, d’où le chaturanga sanskrit aurait été plus tard adapté en persan, devenant le shatranj. Les échecs sont mentionnés dans les écrits de l’époque, notamment par le poète persan Abū-l-Qāsim Manṣūr ibn Ḥasan al-Ṭūṣī, nommé également Firdausi (934-1020) qui décrit le jeu comme venant de l’Inde. Le poète Omar Khayyam (1048-1131) compare lyriquement le jeu d’échecs au destin :

Tout est un échiquier de nuits et de jours
Où le destin joue des hommes comme des pièces
Les poussant çà et là, puis vient le mat et la mort
Et, un par un, ils finiront dans la boîte.

Rapidement devenus le jeu d’intérieur le plus populaire sous la dynastie abbasside, les échecs se répandent vers le Levant, en Afrique du Nord et dans l’Empire Byzantin via les conquêtes islamiques. Aux XIe et XIIe siècles, les échecs n’étaient joués que dans les cercles nobles et royaux, et les pièces et échiquiers étaient fabriqués dans des matériaux précieux tels que l’ivoire et le cristal de roche. Sa valeur est estimée à 30 000 €.

Les piece de l’abbaye de Rievaulx

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Le jeu d’échecs est arrivé en Angleterre vers le XIIe siècle et les premiers jeux montrerent de fortes influences stylistiques perses et indiennes. Les échiquiers étaient probablement en bois et ces pièces ont pu être jouées jusqu’au XVIe siècle.

Rievaulx piece echecs
Une tour et un roi

Ces pièces d’échecs médiévales proviennent de l’abbaye de Rievaulx, mais sont conservées au Helmsley Archaeology Store. Adoptées par les Arabes et amené en Europe occidentale à partir du XIIe siècle, elles ont plus de 800 ans, mais sont pourtant encore très actuelles par leur forme.

Rievaulx piece echecsLa pièce blanche, découpée dans un fémur d’un bœuf, mesure 5 cm de haut sur 4,5 cm de large. C’est une représentation stylisée d’un roi indien monté sur un éléphant – la partie supérieure ressemble à un trône, alors que la partie inférieure représenterait l’éléphant. Finement sculptée et lissée, elle était peut-être une pièce décorative peinte, bien qu’il n’y ait aucune preuve de cela aujourd’hui. La deuxième pièce, une tour élégante en bois fossile (Whitby jet) décorée d’ocelles en argent, fut découverte à une certaine distance du roi blanc. Les décorations en anneau et en point sont typiques des influences islamiques représentées au XIIe siècle. Ces pièces sont assez grandes et l’on peut imaginer la taille de l’échiquier utilisé pour jouer. Il est tentant de les voir comme provenant peut-être du même ensemble, avec les pièces blanches faites d’os et les noirs en bois fossile, mais rien ne le prouve.

Rievaulx piece echecsIndication d’un style de vie moins austère, évoquant l’adoucissement des anciennes règles cisterciennes ? La présence de pièces d’échecs du XIIe siècle à l’abbaye de Rievaulx ne signifie pas que les moines consacraient leur loisir à ce jeu ; elles ont pu être introduites sur le site à une date ultérieure ou appartenir à des visiteurs.

Ces pièces sont rares, peut-être seulement une cinquantaine d’exemplaires connus en Angleterre et, à partir de la fin du XIIe siècle, de telles pièces stylisées furent remplacées par d’autres pièces de forme humaine, ce qui nous permet aujourd’hui de reconnaître nos pièces d’échecs.