Archives de catégorie : Pièces et Échiquiers

Plus d’une tour dans son sac

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Roc (tour) 65 mm, pièce française ou anglaise, milieu du XIIIe siècle – Musée Vivenel à Compiègne

La tour actuelle s’est métamorphosée au cours de son voyage vers l’Occident chrétien, gardant toujours une importante force symbolique, mais connaissant des fortunes diverses. « C’est la plus puissante pièce du jeu indien, le char de guerre, corps d’armée spectaculaire grâce auquel les Aryens — ancêtres communs aux Indo-Européens — conquirent la vallée de l’Indus au IIe millénaire avant notre ère* », peut-on lire sur le site de la Bnf. En arrivant en Perse, le char est remplacé par le rukh, rapace fabuleux de la mythologie iranienne capable de capturer un éléphant dans ses griffes. Il s’est d’abord maintenu tel quel, puis se transforme en différents animaux (lion, dragon), ou en une scène montrant saint Michel tuant le dragon, voire en un couple de personnages (Adam et Ève, Abel et Caïn, deux chevaliers joutant, scène de chasse, etc.).

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Roc, pièce française en ivoire d’éléphant, vers 1140-50, 64 mm. Une face montre deux cavaliers joutant à la lance,
l’autre face représente Adam et Ève mangeant le fruit défendu. Paris, Musée du Louvre.

La tour moderne est arrivée que tardivement sur l’échiquier, s’y installant définitivement que vers le XVe. La char arabe rukh fut traduit en latin par rochus, puis roc en français, se calquant sur le mot italien rocca, désignant une forteresse. « Comment la tour s’est-elle imposée ? Sans doute grâce à l’esthétique stylisée des pièces arabes et persanes. Ainsi les deux pointes profilées en arc de cercle du rukh arabo-persan ont-elles été considérées comme une tour crénelée. Enfin l’anglicisme rook signifiant château, elle prend rapidement la forme d’une tour outre-Manche. Les quatre tours d’angle sont adoptées au XIVe siècle, symboles à la fois du donjon féodal et du mur d’enceinte de la villeneuve  médiévale.* »

* Le jeu d’échecs, Bnf

Légendes insulaires

Les pièces de Lewis sont largement reconnues pour être parmi les pièces les plus attrayantes de la sculpture médiévale. Ces figurines miniatures, toutes sculptées en ivoire, mesurant moins de 10 centimètres, possèdent charme et personnalité. Contrairement à d’autres pièces médiévales, délicatement ciselées mais fragiles, les Lewis Chessmen, solidement campés sur l’échiquier, son fonctionnellement bien conçus pour jouer aux échecs, bras, épées, crosses pourtant finement taillés dans la masse, ne font pas courir au joueur maladroit le risque de les briser.

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Au temps de leur fabrication, vers la fin du XIIe siècle, le jeu d’échecs était relativement nouveau en Europe du Nord. Où et comment furent-elles trouvées ? Où furent-elles fabriquées. Pour qui ? Depuis le début du XIXe, les propositions scientifiques plus ou moins plausibles s’associent à de bonnes histoires.

Il est généralement admis que le trésor fut découvert en 1831 sur la plage d’Uig, sur la côte ouest de l’île de Lewis. Étonnamment, il existe peu de preuves contemporaines directes, et des recherches récentes ont proposé que Mèalasta, toujours sur la côte, mais à plusieurs kilomètres au sud d’Uig Strand, est probablement un site plus probable. Il ne fallut pas longtemps avant que naissent diverses légendes sur leur découverte. Maden, en 1832, raconte qu’elles furent trouvées par un « paysan en creusant le sable ». Wilson, vingt ans plus tard, ajoute que le paysan trouva les figurines dans une « petite construction souterraine en pierre, un peu comme un four, à peu de profondeur sous la surface ». En 1861, Thomas rapporte une histoire plus élaborée et plus dramatique qu’il tiendrait d’un certain Donald Morrison, mort en 1834 : au début du XVIIe siècle, un marin s’échappait d’un naufrage avec un sac contenant « les richesses de son navire. » Le marin, découvert, est tué, mais quand son meurtrier examine le contenu du sac, ces petits personnages lui paraissent trop incriminants et il parcours alors 10 miles pour les enterrer dans un banc de sable à Uig, où elles sont restées jusqu’en 1831 pour être découvertes par Malcolm Macleod. Dans certaines versions, une vache se joint à l’histoire.

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Les questions soulevées par la horde de Lewis continuent d’intriguer les érudits et le public, tandis que les figurines conservent leurs expressions énigmatiques, résignées, inquiètes ou féroces.

L’Échiquier de Charlemagne

Échiquier Charlemagne
L’échiquier de Charlemagne, cabinet des Médailles. Crédit photo : Lulu’s photo blog

L’ensemble de pièces en ivoire, datant de la fin du XIe siècle, appartenant initialement au trésor de Saint-Denis, est actuellement conservé au Cabinet des médailles, à Paris. Charlemagne, né trop tôt et trop à l’ouest, ne joua jamais aux échecs, puisque ce jeu apparut en Occident qu’au pourtour de l’an mille. « De bonne heure, toutefois, explique Michel Pastoureau dans son ouvrage L’Échiquier de Charlemagne, la légende en a fait un adepte des échecs, un champion invincible et surtout le possesseur de pièces merveilleuses, que le calife de Bagdad Haroun el-Rachid lui aurait offert à l’occasion de son couronnement impérial en l’an 800. Très tôt, le roi des jeux était devenu le jeu des rois, et le souvenir du grand empereur ne pouvait pas ne pas y être associé.* »

Vers la fin du XIIIe, l’abbaye de Saint-Denis possédait dans son trésor un ensemble de pièces en ivoire provenant, croyait-on, de l’empereur Carolus Magnus, Charles Ier dit le Grand, notre Charlemagne. Peut-être est-il nécessaire de revenir sur cette notion de trésor au Moyen Âge. C’était l’ensemble des biens précieux (reliques, objets cultuels, métaux précieux, pièces de monnaie, bijoux, vaisselle, armes, harnachements, fourrures, etc.) que possédait toute personne détenant un pouvoir : souverain, prélat, abbaye. « Musée imaginaire, explique Michel Pastoureau, dont la mise en valeur, la conservation ou l’exposition publique font partie intégrante de la liturgie du pouvoir.* » Tout un bric-à-brac parfois hétéroclite, mais cependant marque symbolique de puissance que l’on montrait aux visiteurs de marque. Ces objets, aux origines légendaires, revêtaient parfois un caractère merveilleux, magique, thérapeutique. « Ce sont, poursuit Michel Pastoureau, en effet les croyances qui entourent ces objets et la richesse de leurs matériaux qui leur donnent toute leur efficacité. En revanche, le travail artistique ou intellectuel par lequel ils ont été produits compte peu. Ils ont pour les hommes du Moyen Âge, une forte dimension ontologique, économique et onirique, mais pas esthétique, du moins pas au sens où nous entendons ce mot aujourd’hui. Ils sont là, ils valent cher et ils font rêver.* »

C’est donc dans le trésor de l’abbaye de Saint-Denis, nécropole dynastique, qu’étaient conservées les pièces du jeu de Charlemagne, sans doute depuis la fin du XIIIe siècle jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. Quand, comment et pourquoi, elle s’y retrouvèrent ? Nous l’ignorons. Nous ignorons également si ce jeu fut un jour complet, mais leur nombre s’amenuisa au cours des siècles, trente au début du XVIe, puis vingt-trois en 1598, elles ne sont plus que seize (deux rois, deux reines, quatre éléphants, quatre cavaliers, trois chars et un fantassin), le 13 décembre 1793, lors de la confiscation révolutionnaire où elles furent déposées au Cabinet des antiques de la Bibliothèque nationale. Très proche du pouvoir royal, l’abbaye, cependant, s’appauvrit au fil des siècles, perdant peu à peu ses privilèges et le trésor s’amenuisa, les pièces furent peut-être vendues pour permettre la survie des moines. Aucune des pièces disparues ne fut retrouvée, mais des pièces semblables, provenant sans doute du même atelier italien, furent découvertes ici ou là, les plus célèbre sont les rois conservés au musée de Bargello à Florence.

* L’échiquier de Charlemagne de Michel Pastoureau, 1990 – Editeur Adam Biro, Collection Un Sur Un

Un éléphant sa trompe

Pièce d’échecs en forme d’éléphant en ivoire taillé, Perse ou Asie centrale, IXe -Xe siècle 6.2 cm x 4.8 cm.

L’éléphant, notre fou moderne, est agenouillé et porte un howdah, une sorte de palanquin, sur son dos. Le personnage en à disparu. Les pièces animalières de la première période islamique sont rares. Un autre exemple est exposé au Museo Nazionale Del Bargello de Florence.

Museo Nazionale Del Bargello, Florence

 L’évolution de ses représentations, comme sa marche sur l’échiquier, est assez déroutante. À l’origine, la pièce représente l’éléphanterie, puissant corps de l’armée indienne. Dénommée al fil dans le jeu arabo-persan, l’éléphant se déplace de deux cases en diagonale, sautant par-dessus les pièces. Ainsi était-ce une des pièces les plus faibles de l’échiquier.

Pièce en ivoire VI – VIIe siècle Islam occidental, 5,5 x 5 cm – Metropolitan Museum New-York

Cet éléphant des terres islamiques occidentales, datant du VII – VIIIe siècle, ne s’est pas encore tout à fait détaché de ses origines indiennes. La plupart des pièces le représentent genou fléchi, prêt à accueillir son cavalier.

Les pièces d’échecs zoomorphes de la première période islamique sont extrêmement rares. La loi coranique interdisant la représentation d’être vivant, l’al fil arabe avait plutôt cette forme stylisée, les deux pointes sommitales symbolisant les défenses de l’animal :

Al fil en ivoire peint découvert en Iran, Nishapur, 9 – 12e siècle 2,3 cm

En arrivant en Europe,  elle quitte le règne animal pour prendre un visage humain sous l’appellation latine peu claire d’alphinus, devenu « alphin » en français. Au XIIIe siècle, l’alphin prend l’équivalence d’un juge, assimilé à l’évêque outre-Manche, les défenses évoquant les cornes de la mitre de l’ecclésiastique médiéval. Peut-être déjà plus frondeur ou plus badin, le français identifie les ergots comme les pointes à clochettes du chapeau du fou, proche du souverain et, s’il n’est juge, peut être son conseiller.

Pièce d’échecs scandinave ivoire de morse. Évêque avec deux serviteurs, 1150-1200 (9,6 x, 6,3 x, 3,6 cm). Metropolitan Museum of Art de New-York.

L’évêque fut introduit sur l’échiquier européen au XIIe siècle, remplaçant l’éléphant de la tradition islamique. La substitution d’un homme d’église à un animal utilisé au combat peut sembler curieuse, mais les évêques médiévaux ont souvent servi avec les armées, et même combattu. Il n’est pas ici dans ce rôle militaire, mains dans sa fonction d’ecclésiastique. Les plus petites figures représentent probablement les hommes qui le servent durant les cérémonies. L’un est tonsuré, son lecteur, il porte le livre de son maître ; l’autre, tenant un bâton et la main à l’oreille, est peut-être le Precentor en charge de la chorale.

Camas Ùig

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Un roi de Lewis sur les dunes de Uig et la stèle commémorant la découverte des fameuses pièces. Sculpture de Stephen Hayward, 2006.

La plage de Uig, Camas Ùig en gaélique, est surtout connue comme le site où les 78 grandes pièces de Lewis, Tàileasg Ùig, furent mises au jour en 1830 après une tempête. Lieu magique pour ces magnifiques pièces. Le fermier qui les découvrit fut, dit la légende, effrayé de ces personnages superbement sculptés dans l’ivoire de morse, croyant découvrir elfes et gnomes, ces minuscules esprits malins du folklore celtique. Ces pièces sont maintenant exposé au Museum of Scotland d’Édimbourg et au British Museum de Londres.

La plage de Uig, région éloignée de Lewis, est située sur la côte atlantique accidentée de l’île, paysage vallonné et dramatique, combinaison de myriades d’îlots, de falaises sauvages et de sable doré immaculé. Ces figurines de 2 à 10 cm, découvertes sur cette île éloignée des Hébrides, comme les créatures magiques de la mythologie nordique, apparurent de nulle part. Personne ne sait exactement quand elles furent trouvées. Les érudits ne savent pas exactement qui les a sculptées vers le XIIe siècle.

Même l’histoire de leur découverte sur cette île balayée par le vent dans les années 1700 ou 1800 est enveloppée d’un mystère aussi épais que le brouillard qui recouvre souvent les montagnes et les landes de l’extrême nord-ouest de l’Écosse. Selon des récits contradictoires, les Lewis Chessmen furent trouvés sur une plage à la suite d’une tempête violente, enterrés à 4 mètres sous terre dans un conteneur en pierre ou à l’intérieur d’une salle voûtée d’un ancien couvent. On raconte même qu’une paisible vache, creusant le sable avec sa corne, les aurait amenés au jour.

Les pièces concervées au National Museums Scotland

Le trésor comprenait 78 pièces d’échecs, 14 disques utilisés pour un autre jeu de plateau et une boucle qui provenait peut-être du sac qui les contenait. Façonnées à partir d’ivoire de morse récolté au Groenland (à l’exception de quatre pièces sculptées à partir de dents de baleine), les figurines pourraient faire partie d’au moins cinq jeux ensablés après un naufrage ou enterrés par un marchand ambulant ou un résident de l’île. Cependant, leur présence sur l’île de Lewis indique la forte interconnexion entre les îles britanniques et la Scandinavie au cours de l’âge viking et au-delà. Probablement fabriquées à Trondheim, en Norvège, qui au XIIe siècle abritait des artisans hautement qualifiés, riches patrons, qui pouvaient se permettre l’achat de défenses de morse coûteuses et des sculptures semblables. En 2010, les Islandais Gudmundur Thorarinsson et Einar Einarsson ont fait la une des journaux en soulignant le rôle clé joué par les Islandais dans le commerce de l’ivoire. Nancy Marie Brown dans son livre Ivory Vikings pense, elle aussi, qu’il est tout à fait possible que ses pièces furent fabriquées en Islande, commandées par Pall Jonsson, un évêque de Skalholt, éduqué en Angleterre, et conçu par une femme nommée Marget l’Adroite, qui selon les sagas islandaises sculptait l’ivoire de morse « si habilement que personne en Islande n’avait vu un tel art auparavant. »

Aucune preuve archéologique prouve que les Vikings jouaient aux échecs, mais les sagas les décrivent cependant jouant à ce jeu. Quand les Scandinaves attaquaient l’Europe, les échecs y étaient déjà fermement implantés et ils ont certainement pu les apprendre et les ramener avec eux.

Une tour attaquée

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Tour (ou un roi en son château) en ivoire de morse sculpté en relief, milieu du XIIIe siècle

La finesse d’exécution de cette pièce, fabriquée en Angleterre au milieu du XIIIe siècle, la rend unique. Bien que légèrement endommagée, il s’agit de l’une des plus belles sculptures médiévales en ivoire. L’ivoire est relativement facile à sculpter et, au fil des siècles, les artisans ont réalisé des œuvres virtuoses pour montrer leur talent et leur ingéniosité pour le plaisir de riches mécènes. En plus d’un roi, la scène représente sept soldats défendant un château aux murs couverts de feuillage.

Images : © Victoria and Albert Museum, London

En 1200, apportés de l’Inde via le Moyen-Orient dans la période moyenâgeuse, les échecs étaient populaires en Europe. Aux XIIIe et XIVe siècles, le jeu d’échecs s’est imposé comme le passe-temps noble par excellence.

Elfes et gnomes

« Fin songea au fermier qui avait découvert, enterrées dans le sable, les figurines de Lewis, sculptées au XIIe siècle dans des défenses de morse par des Norvégiens. Il pouvait imaginer, comme le disait la légende, que ce fermier avait pu penser qu’il s’agissait d’elfes et de gnomes, les minuscules esprits malins du folklore celtique, et tourner les talons pour s’enfuir comme si sa vie en dépendait. »

Peter May, L’Île des chasseurs d’oiseaux

Un roi survivant

Roi allemand en ivoire 6 cm, XIVe siècle. Un clic pour agrandir.

C’est l’une des pièces d’échecs médiévales les mieux conservées. Roi survivant, finement sculpté, d’un jeu perdu. Assis sur son trône, portant une couronne de pierres précieuses et tenant l’orbe (globus cruciger), globe surmonté d’une croix, insigne royal pour le sacre de la plupart des monarques d’Europe, il porte un vêtement rappelant ceux des empereurs du Saint-Empire romain germanique tel que Charlemagne.

Le jeu d’échecs a son origine en Inde, la connaissance des règles a été plus ou moins directement transférée en occident, mais en adaptant certaines pièces pour refléter la hiérarchie occidentale, pour les rendre conformes à la symbolique de la société médiévale. En transposant certaines pièces, les Occidentaux n’ont pas tant changé les règles techniques du jeu que sa dimension symbolique. Dans le jeu arabo-persan, les deux camps qui s’affrontaient sur l’échiquier représentaient chacun une armée, avec ses chars, sa cavalerie, son éléphanterie. Dans le jeu occidentalisé, ce ne sont plus deux armées, mais plutôt deux cours qui s’opposent : le vizir devient reine ; l’éléphant, un évêque ou un fou ; le cavalier, chevalier ; le char, « roc » puis tour. Seul le roi et le pion ont été conservés tels. En fait, la modification la plus importante intervenue au cours des tribulations du jeu est l’introduction d’un élément féminin sur l’échiquier, la reine, qui s’impose à la fin du Moyen Âge.

La représentation des pièces les plus en vue sur l’échiquier a rapidement évolué en deux groupes distincts : les figures étaient soit sur un trône, soit à cheval. La pièce présente est un excellent exemple de la première catégorie. Le type intronisé semble avoir évolué à partir d’ensemble d’ivoire du sud de l’Italie fabriqué vers 1100, dont l’un a survécu au Cabinet de Médailles de la Bibliothèque Nationale à Paris. Le concept s’est répandu rapidement. Les premières pièces d’échecs trônant en Europe du Nord, comme le roi du musée national de Copenhague, datent du XIIe siècle.

Un roi endormi

Roi en ivoire de morse, fabriqué au Danemark ou en Allemagne du Nord vers 1400

Curieusement, la forme des yeux donne l’impression que tous les personnages sont endormis. L’effet d’un maléfice, peut-être ? Ce type de pièces appartient à un groupe très particulier (rois, reines, fous et cavaliers) similaires de forme, de style et de taille (de 8 cm à 14 cm). Nonobstant les relations étroites les uns avec les autres, il n’y a pas suffisamment de preuves pour prouver que ces pièces appartenaient au même ensemble. Leurs lieux de découverte indiquent qu’ils étaient largement dispersés en Europe, bien qu’on les retrouve plus particulièrement en Allemagne.

Images : © Victoria and Albert Museum, London

En 1200, les échecs étaient un jeu populaire en Europe, ayant été apporté de l’Inde via le Moyen-Orient dans la période médiévale. Aux XIIIe et XIVe siècles, le jeu d’échecs s’est imposé comme le passe-temps courtois par excellence, comme en témoignent de nombreuses références dans les romans courtois, les illustrations de manuscrits et les œuvres d’art. Au début de la période gothique, les pièces principales avaient déjà pris forme humaine. La Tour ne semble cependant avoir pris la forme d’un bâtiment qu’au XVIe siècle, et elle est le plus souvent représentée comme une figure équestre semblable à un cavalier. Il est indéniable que presque aucun échiquier n’a survécu.

 Les ateliers les plus actifs étaient basés au nord, en Scandinavie, en Allemagne et en Angleterre. Le jeu d’échecs a dès son origine porté des associations chevaleresques et militaires. Ces qualités ont fait du jeu un passe-temps intellectuel approprié pour l’élite de l’Europe de la Renaissance. Les échiquiers de luxe et les pièces d’échecs finement sculptées devinrent courants dans les palais et comme aujourd’hui, la couleur était utilisée pour distinguer les pièces d’échecs adverses.