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Little story about East Orange

orange dylan echecs

Un texte de 1961 de Bob Dylan, apparemment jamais mis en musique. East Orange, une banlieue résidentielle de Newark, au sud de Paterson, est l’endroit où Woody Guthrie fut hospitalisé et décéda. Dylan lui rendit visite à l’hôpital. Ce texte exprime la désillusion précoce de Dylan. Il travaille, mais ça ne paie rien. Un monologue de Bob Dylan au Gas Light Cafe*,  le 6 septembre 1961

La première fois que j’ai travaillé à East Orange, dans le New Jersey,
Les gars, n’allez jamais à East Orange, dans le New Jersey,
C’est une ville horrible.
Je devais y jouer dans une cafétéria.
C’était tellement, tellement mauvais, les gens jouaient aux échecs.
C’était la seule chose à laquelle ils pensaient.
Échecs, échecs et échecs.
Les gens venaient vers moi :
« Si tu chantes, alors chante une chanson vraiment tranquille ».
Et au milieu de la chanson, on entendait : « Échec ».
Ou : « Hey, ce coup était très bon. »
Et toutes sortes de choses comme ça.

Oui, mes amis, c’était tellement horrible que j’ai fait un petit rêve,
La première nuit où j’ai travaillé, à jouer aux échecs.
Je rêvais que je travaillais à East Orange, dans le New Jersey,
Et quand j’ai fini, deux jours plus tard,
J’ai demandé au gars de me donner mon fric :
« J’ai travaillé deux jours pour toi. »
Il a dit : « Bon, okay, mais nous ne donnons pas de blé par ici. »
J’ai dit : « Ah Ouais ? » Il a dit : « Bien. »
Il m’a dit : « Nous payons avec des pièces d’échecs. »
J’ai en quelque sorte pas vraiment compris
J’ai dit : « Eh bien, donne-moi mes pièces d’échecs. J’ai travaillé deux jours ».
J’étais un peu… Je pensais… Je pensais qu’au début, il mentait,
Mais je les ai quand même prise.

Il m’a donné un roi et une dame pour deux jours de travail.
J’ai dit: « C’est bon, c’est bon. » Alors, j’ai pris mon roi et ma dame.
Je suis allé dans un bar, le bar le plus proche que j’ai pu trouver.
Je suis entré dans le bar et commandé une bière.
Je suis dans le bar. « Barman, que je dis, je peux avoir une mousse ? »
Que je sois damné s’il ne me donne pas une pinte.

Il m’a demandé de l’argent.
Je lui ai donné mon roi et ma dame.
Bon sang, il prend le roi et la dame,
Les colle dans sa caisse
Et me rend la monnaie : quatre pions, deux fous et une tour.
C’est toute l’histoire sur East Orange, New Jersey.

« First time I ever worked in East Orange New Jersey – folks, never go to East Orange New Jersey. It’s a horrible town. I went there to play in a coffeehouse in East Orange New Jersey.

It was a chess playing coffeehouse out there. It was so bad, uh, so bad, people playing chess out there. Uh, that’s all I thought about was chess and chess and chess. People come up to me, you play a song, and play a real quiet song and in the middle of the song you hear « check » and « hey they was a good move! » and all kinds of stuff like that.

And folks, it was so bad I had a little dream out there the first night I worked about this chess playing stuff. I dreamt I went to work out in East Orange New Jersey and uh by the time I quit in two days and I went there to ask the guy for my money.

I says « Can I have some money I worked two days for you » – he says « uh well okay we don’t pay money around here though » – and I says « uh, yeah? » – he says « uh well, » he says « uh yeah we pay chess men. » – I said « uh well give me my chess men then I worked two days » – I sort of – didn’t really figure – I thought he was lying at first but I took it anyway.

He gave me a king and a queen for working two days. I said fine I said okay. So I took my king and queen went down to a bar. Nearest bar I could find I walked in the bar and I ordered a pint. I got in the bar. Bartender I says « Can I have a pint? » I’ll be damned if he didn’t give me a pint.

He uh, asked me for the money. I gave him my king and queen. I’ll be damned. He took took that king and queen, threw them under the counter and brought me out four pawns, two bishops and a rook for change. That’s a story about East Orange New Jersey. »

* Le Gaslight Cafe, situé dans le quartier de Greenwich Village à Manhattan., également connu sous le nom de The Village Gaslight, ouvre ses portes en 1958 et devient un lieu de prédilection pour la musique folk.

L’imagerie des échecs

imagerie  échecs
Ce photomontage fut réalisé par Dorothea Tanning à partir de trois photographies prises par le galeriste Julien Levy lors d’une simultanée à l’aveugle que le Grand Maître George Koltanowsky donna contre sept adversaires pendant l’exposition L’imagerie des échecs : Julien Levy, Frédéric Kiesler, Alfred Barr, Xanti Schawinsky, Vittorio Rieti, Dorothea Tanning et Max Ernst. Marcel Duchamp joua le rôle d’interprète entre Koltanowsky et les joueurs. Tous ces artistes étaient aussi des passionnés du jeu et l’introduire à plusieurs reprises dans leurs œuvres.

Les échiquiers de Man Ray

Le photographe surréaliste Man Ray a participé aux grands courants artistiques de son temps et révolutionné l’art photographique. On lui doit de nombreux portraits ainsi que des photos pleines de créativité.  Joueur d’échecs passionné, il créa, en 1920, son propre échiquier et les figurines associées.

Man Ray échiquier photo
Man Ray – Mode au Congo, 1937 Adrienne Fidelin

En 1936, Man Ray rencontre Adrienne Fidelin. Elle devient alors sa muse pour le magazine Vogue, afin d’illustrer un poème d’Eluard et la première femme noire mannequin. Vêtue de bijoux africains, sculpturale, yeux clos, la tête fermement maintenue par ses mains, pièce d’échecs en attente du prochain mouvement.

Man Ray – Deux joueuses de profil devant un jeu d’échecs, Paris, 1928. 16,5 x 22 cm sur binoche et giguello

Photographie d’Angelica Gainza et Mercedes Doll, datée novembre 1928, devant un jeu d’échecs en acier conçu par Man Ray La photographie est contrecollée sur un carton sur lequel figure la signature autographe postérieure au crayon de Man Ray et située Paris. Cette photographie porte la signature autographe à l’encre des deux joueuses.

Le printemps et l’été 1946 furent marqués par une nouvelle vague d’activité créative dans un domaine qui a toujours intéressé Man Ray, la conception de jeux d’échecs. Le motif géométrique régulier de l’échiquier avait été une image clé dans le travail de Man Ray depuis 1911, quand il avait créé la Tapisserie.

Man Ray Tapestry, 1911 – Patchwork en laine cousu sur toile de lin libre 210 x 151,8 x 2,2 cm
Centre Pompidou

« Cela vous aide à comprendre la structure, à maîtriser le sens de l’ordre, écrivait-il à l’époque. Quand les anciens maîtres composaient une peinture, ils divisaient la surface en carrés réguliers. »

Man Ray entreprit de monter une industrie artisanale, construisant un premier groupe de trente-six échiquier en bois et aluminium anodisé et de les vendre en édition, signée et numérotée sur la base du roi blanc. « Les galeries d’art l’ont commercialisé pour moi pour 6 000 $ pièce et me donnaient 40 $. Bien sûr, si elles étaient produites en quantité, elles seraient moins chères et beaucoup plus de gens achèteraient. »

Man Ray échiquier photo
Une des versions de l’échiquier de Man Ray dessiné en 1944 (roi 8.9 cm) – Philadelphia Museum of Art

Cet échiquier est une version modifiée de celle que l’artiste a conçue entre 1920 et 1924 pour l’exposition The Imagery of Chess de 1944-45 à la galerie Julien Levy de New-York. Après l’exposition, l’ensemble a été publié dans une édition limitée de six, chacun en bois et signé et daté par Man Ray.

Man Ray échiquier photo
Man Ray – Échecs vers 1945, Négatif gélatino-argentique sur support souple 9 x 12 cm Centre Pompidou

Toujours en 1946, Man Ray fait la connaissance de Juliet Browner. Cette danseuse et modèle américain deviendra sa femme la même année. La cérémonie de mariage se déroulera en même temps que celle de Max Ernst et Dorothea Tanning. Man Ray finira sa vie avec elle et la photographia souvent devant l’un de ces célèbres échiquiers.

« Pour moi, il n’y a pas de différence entre le rêve et la réalité, écrivait-il. Je ne sais jamais si ce que je fais est le produit du rêve ou de l’éveil. » Inhumé au cimetière Montparnasse de Paris, le personnage Man Ray se résume en une inscription sur sa pierre tombale : « Unconcerned but not indifferent ».

Un curieux Tournoi d’Échecs

alekhine simulanée 1925
Alexandre Alekhine donnant une similtanée dans le grand hall du « Petit Parisien », le 1er février 1925. Agence Rol, Bnf

« Citoyen du monde par sa notoriété. Russe de naissance, le célèbre recordman du monde des parties d’échecs dites à l’aveugle, Alexandre AleKhine, est sur le point d’être Français d’adoption, pouvait-on lire dans La Presse du 13 janvier 1925. Pour célébrer sa naturalisation française, Alexandre Alekhine donnera le 1er février une séance de parties simultanées sans voir, où il battra son record, disputant vingt-huit parties au lieu de vingt-six jouées par lui à New-York.
— Quel régal pour les initiés, et quelle chose impressionnante pour les profanes, eux-mêmes ! Une centaine d’excellents joueurs d’échecs se répartiront en vingt-huit groupes et coordonneront leurs efforts contre le seul Alexandre Alekhine qui aura à répondre à douze cents coups et à improviser des milliers de variantes et de sous-variantes dans une partie qui durera douze heures environ.
— Alekhine les aura unis, nous aura tous, je veux dire, nous a déclaré l’un de ses adversaires éventuels.
Cependant, l’air malicieux, il nous a confié :
— Cependant, je lui prépare un de ces coups !…
Mais Alekhine est un magnifique improvisateur… dans la riposte. »

« Un joueur prodigieux », titre Le Figaro du lendemain. « Des murs blancs. De grandes glaces. Aujourd’hui, c’est, pour tous les joueurs d’échecs de Paris, comme un sanctuaire. Alexandre Alekhine joue simultanément vingt-huit parties «à l’aveugle ».
Il y a, autour de la vaste table en fer-à-cheval que recouvre un tapis d’un vert ministériel, une assistance recueillie. On songe aux rites méticuleux de sociétés secrètes. Mais il ne s’agit point d’illuminisme. Ces carbonari contemporains dédient leur ferveur aux dieux des combinaisons savantes et des variantes complexes. Et c’est l’échiquier qui requiert toute leur pieuse attention.
Un homme est là, perdu dans un grand fauteuil de cuir sombre. Il tourne le dos aux joueurs. Devant lui l’on aperçoit les reliefs de son dîner : des assiettes, du pain, une tasse de café, de l’eau minérale. C’est le prince de cette assemblée, l’alchimiste précis qui règne par la sainte vertu des nombres.
On annonce l’attaque de tel ou tel joueur qui a poussé un pion de c2 en d3. Un silence : tous les regards sont tournés vers la tête blonde que l’on aperçoit au-dessus du fauteuil. Et une voix paisible et nette annonce bientôt la parade ou la riposte. Quelle attention, sur tous ces visages ! Une dame aux cheveux blancs, immobile, fixe son échiquier. Seul un léger battement des paupières dénonce en elle l’émotion et l’effort. Un officier de marine bourre et allume sa pipe avec cette lenteur concentrée qui est le masque des grands nerveux. Mais quel calme chez Alekhine ! Ce champion allume une cigarette, croise et décroise ses longues jambes avec des mines de félin dédaigneux.
Un joueur vaincu se lève et s’éloigne, un pli amer au coin des lèvres, image vivante de la défaite. Alekhine, impitoyable, répond à tous les coups, et ce n’est pas sans un peu d’effroi que l’on assiste à ce prodige de mémoire et de lucidité, comme à ce mystère que l’on découvre, chaque fois que l’on se penche sur la vie.
Enfin, la multiple partie prit fin. Alexandre Alekhine avait joué pendant douze heures cinquante-huit minutes. Il avait gagné vingt-deux parties et en avait perdu trois. Les trois autres étaient nulles. Il se leva et passa la main sur les yeux, comme s’il s’éveillait. Il avait un regard énigmatique et vague, comme on imagine celui des monstres marins que l’on arrache brusquement à leur vie amère. »

Gilbert Charles

alekhine simulanée 1925
Le compte-rendu  dans la Petite Gironde du 3 février. Un clic pour lire l’article en grossissant l’image.

Lire sur le même sujet : La prodigieuse victoire d’Alekhine.

Un modèle de président

Nancy Berg échecs
Nancy Berg, 1956 – Pthopgraphie de Inge Morath, Magnum

Nancy Berg, modèle et actrice américaine, née en 1931, commença sa carrière, après s’être enfuie de chez elle à 16 ans, dans des publicités télévisées pour les appareils ménagers. Le 4 août 1954, le chroniqueur Leonard Lyons la décrivait comme un « modèle à prix élevé » qui rapporte quarante dollars de l’heure. Le jeu n’est pas un élément du décor, passionnée des échecs, elle fut la présidente de l’Actors Studio Chess Club.

    Nancy Berg échecs    Nancy Berg échecs

Avec son mari, l’acteur Geoffrey Horne – Dino Jarach, 1958 et photographiée par Anthony Calvacca en 1955

Dans un parc

Erwin Volkov photographie échecs
Erwin Volkov, Ukraine, 1957

Erwin Volkov (1920-2003) est un photographe russo-allemand à l’étrange destin, fils d’un soldat allemand capturé par l’armée russe au cours de la Première Guerre mondiale et d’une mère russe. Quelques années plus tard, Volkov, lui-même soldat allemand pendant la Seconde Guerre mondiale, rattrapé par le destin de son père, est capturé par l’Armée rouge en 1942. En fin de compte, il est vrai que l’histoire se répète. Après la guerre, Volkov décida de s’installer en République Démocratique Allemande aujourd’hui disparue. En 1957, le journal allemand Wochenpost lui commande un reportage photographique sur l’URSS. Le voyage dura dix ans et lui permit de composer une impressionnante fresque photographique de la vie en Union soviétique entre les années 50 et 60.

Le public d’un tournoi d’échecs

Man Ray – Extérieurs (autre titre) vers 1930, négatif gélatino-argentique sur support souple 4 x 6,5 cm

« Man Ray, écrit Patrick de Haas, est peut-être l’artiste qui, au début du siècle, a le mieux réussi à faire de l’art un terrain de jeux et d’expérimentations. Il ne s’agit pas pour lui de réaliser des œuvres suscitant l’admiration pour la perfection de leur réalisation, mais d’inventer de nouvelles techniques permettant d’explorer l’inconnu. » Au centre du cliché, la silhouette imposante d’Alexandre Alekhine.

Échecs au parc

Emerson echecs
Vue stéréoscopique de Ralph Waldo Emerson jouant aux échecs dans un parc, fin XIXe

Ralph Waldo Emerson, (1803 – 1882), essayiste, philosophe et poète américain, chef de file du mouvement transcendantaliste du début du XIIe siècle, joue, à gauche, dans un parc entouré d’amis et de membres de sa famille.

Emerson cita les échecs dans ses œuvres à diverses occasions, en particulier Morphy pour expliciter la différence entre le regard du professionnel quel qu’il soit et le regard du spectateur amateur : « Morphy a un jeu très audacieux : mais l’audace n’est qu’une illusion du spectateur, car ses coups sont forts et sûrs.* »

* Ralph Waldo Emerson, Les œuvres complètes. 1904. Vol VII. Société et Solitude.