Archives de catégorie : Peinture

Soldat jouant aux Échecs

Jean Metzinger
Jean Metzinger – Soldat jouant aux Échecs, 1916, un portrait cubiste magistral.

Jean MetzingerJean Dominique Antony Metzinger (1883-1956) est un peintre, théoricien, écrivain, critique d’art et poète français. Mobilisé en 1915 comme aide infirmier dans la Marne pendant la Première Guerre mondiale et rapidement blessé, il continua à peindre malgré les conditions précaires. Plutôt que de décrire les horreurs des tranchées, Metzinger choisit de représenter un poilu, peut-être un auto-portrait, assis devant un échiquier, fumant une cigarette. « Le sujet militaire de ce portrait soulève une question particulièrement débattue à l’époque, écrit-on sur le site du Musée de Lodève qui souhaite acquérir cette œuvre, comment représenter la guerre moderne ? Aucune des peintures de Metzinger à cette époque ne révèle les horreurs de la guerre, il utilise au contraire son art pour donner un certain ordre au monde qui l’entoure. La guerre est toutefois bien présente dans cette œuvre par la métaphore du jeu d’Échecs et par l’anonymat du personnage uniquement identifié par le numéro de son uniforme militaire ».

Échecs et Folie

Hans Fahrni – Grand maître (cata)tonique

Hans Fahrni
Hans Fahrni en1905.

Hans Fahrni (1874 – 1939) était un grand maître suisse. Originaire de Prague, la famille Fahrni s’installe en Allemagne quand Hans est encore enfant. Après le suicide de son père et la mort de sa mère, Hans est élevé par son frère. Très jeune, il entretient deux passions : la flûte et le jeu d’Échecs. En 1916, il est hospitalisé pour la première fois à la Waldau. Sa santé mentale s’améliore et Fahrni quitte l’hôpital pour s’installer à Berne. De nouveau interné, il continue d’écrire sur les Échecs pour des journaux et des magazines internationaux. En 1921, ses médecins diagnostiquent une schizophrénie catatonique. La schizophrénie de type catatonique est caractérisée par une perturbation psychomotrice importante, pouvant comporter : immobilité motrice (catalepsie ou stupeur), maintien d’une position rigide résistant aux tentatives de mobilisation ou aux instructions, adoption volontaire de positions inappropriées ou bizarres. Cette forme est extrêmement rare aujourd’hui en raison de l’amélioration du traitement de la schizophrénie. Il passera le reste de sa vie entre des séjours à l’hôpital de la Waldau et les tournois d’Échecs.

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Hans Fahrni ,étranger aux courants et influences stylistiques, représentant de l’art but selon Dubuffet.

C’est en 1921 que Fahrni se met à dessiner. Il développe une technique assez particulière, qui consiste à découper dans les journaux des photos de femmes qu’il replace dans un environnement totalement différent. De ses dessins au crayon de couleur se dégage une étrange ambiance, qui mélange un érotisme provocant avec l’onirisme des contes de fées.

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Un clic sur l’image pour agrandir.

Il écrivit une monographie sur la Défense Alekhine et composa divers études et problèmes.

L’hirondelle, 1928
Mat en 2 coups

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Un clic pour la solution

Karpov et Dali

Karpov Dali
Anatoly Karpov photographié avec Salvador Dali  dans un restaurant new-yorkais en 1979.

Karpov se souvient de sa rencontre avec le peintre surréaliste Savador Dali : « Je ne vis cette photo qu’il y a une douzaine d’années. Elle fut prise presque par accident par un des participants à ma seule rencontre avec cet artiste, trente-cinq ans auparavant. J’étais à New York, sur le chemin de retour d’un tournoi en Amérique du Nord (probablement le supertournoi de Montréal 1979, où Karpov a terminé à égalité au premier rang avec Mikhail Tal) pour une série d’exhibitions.

Les organisateurs du tournoi connaissaient l’intérêt de Dali pour les Échecs et quand ils apprirent que j’étais aussi intéressé par son travail… le résultat fut que nos chemins devaient tout simplement se croiser dans l’un ou l’autre des restaurants du centre-ville pour notre plus grand bénéfice à tous deux.

Nous pûmes communiquer en anglais que je maîtrisais maintenant et, de son côté, Dali vivait aux États-Unis depuis quelques années. Malgré ma jeunesse — j’avais vingt-huit ans —, Dali ne montra aucune arrogance. Nous parlâmes d’égal à égal. La différence entre nous, qui ne pouvait pas nous aider, était tout autre. Imaginez : Salvador était accompagné par deux de ses fans, deux dames extrêmement chics, alors que moi, j’étais chaperonné d’un officier du KGB. C’était normal à l’époque. Par exemple, quand peu de temps avant sa mort, Mikhail Tal m’aida lors de mon affrontement contre l’indésirable Viktor Korchnoi à Baguio, la menace d’emprisonnement qui pesait sur lui fut levée. Il était fini si je perdais. Cela semble exagéré, mais c’était ce genre de fardeau que nous devions porter durant ces années.

Nous parlâmes bien évidemment de peinture. Ma bibliothèque comportait une vaste collection de reproductions de son travail, de sorte que je connaissais bien le sujet. Lui, par contre, n’avait pas la moindre idée sur les Échecs — il savait simplement que j’avais gagné un championnat du monde et me posa quelques questions purement techniques. Bien sûr, nous avons parlé de sa vie. Dali était une personnage extraordinaire à l’image de ses œuvres avec une vie riche d’épisodes intéressants.

Je m’attendais qu’il montra un intérêt pour la Russie — après tout, une de ses épouses, Gala (Elena Diakonova) était russe. Il me demanda d’où j’étais et quand je répondis du sud de l’Oural, cela clôt sa curiosité pour la Russie. Par ailleurs, disait-on, l’on devait remercier son épouse russe de certaines de ses extravagances choquantes de sa vie. J’étais prêt à tout, car je connaissais certaines histoires sur la façon dont Salvador pouvait accueillir ses invités dans son château. En particulier comment un Dali nu avait galopé derrière le compositeur soviétique Aram Khatchatourian sur l’accompagnement tonitruant de la Dance du Sabre. Le pauvre Khatchatourian avait attendu deux heures pour cette entrée et sortie dramatique pour se faire annoncer aussitôt par le majordome que l’audience était terminée. J’avais la chance que nous étions dans un restaurant où il lui serait difficile de se livrer à des fantasmes similaires.

L’original de cette photographie fut vendu plus de 600 dollars sur eBay. Ce fut vraiment un moment historique. À l’époque, je ne me rendais pas souvent aux États-Unis (c’est un euphémisme) et Dali avait déjà cessé de voyager à travers le monde. Ce fut donc notre première et seule occasion de nous rencontrer ».

Capa dit : « C’était une nulle ! »

Ilija Penuliski
Ilija Penušliski – Capa Said it was a Draw !

Le motif échiquéen peut être utilisé par les peintres de diverses manières : l’alternance des cases noires et blanches fournit à l’artiste un élément décoratif comme dans Femme à côté d’un échiquier d’Henri Matisse. L’échiquier est alors utilisé comme contrepartie visuelle au jeu des autres couleurs du tableau. L’artiste peut utiliser également le thème de la lutte intellectuelle entre deux adversaires, reliés à l’échiquier par une force invisible comme dans Les Joueurs d’Échecs de Daumier.

Ilija Penuliski a une approche totalement différente. La première chose que l’on remarque en entrant dans son atelier est l’échiquier et la pendule Garde toujours prêts à l’action. Ilija, né en 1947 à Skopje,  est un joueur passionné. Il déclare fièrement avoir joué dans les rues de pas moins de 14 capitales différentes (Washington, New York – qu’il considère comme la capitale du monde, Lisbonne, Madrid, Paris, Londres, Vienne, Zurich , Belgrade, Rome, Zagreb, Skopje, Ankara et Pékin) et c’est, sans doute, cet engagement actif dans le jeu qui rend son art particulier.

 

Hommage à Lasker est peint directement sur un vrai échiquier. L’échiquier, habituellement horizontal, fut soudainement tourné à la verticale sur le chevalet. L’espace rigidement divisé du plateau est modifié et les divisions entre les cases sont maintenant floues.

Homage to Lasker
Ilija Penušliski – Homage to Lasker

Il n’y a ni de joueurs, ni d’horloge, pas de pièces capturées et aucun spectateur chuchotant à l’oreille. Le décor normal de la scène d’Échecs traditionnelle a disparu. Reste l’essentiel, l’échiquier, dans sa presque nudité, tel que peu le ressentir le joueur : mes pièces, ses pièces, je prends, il prend, l’équilibre, l’avantage, le manque d’avantage, les cases fortes et faibles. Le monde n’existe plus. Le monde, c’est l’échiquier ! Monde créé par le regard du joueur.

Henri Matisse

Henri Matisse
Henri Matisse – Femme à côté d’un échiquier, 1928.

Matisse est fréquemment considéré, aux côtés de Marcel Duchamp et Picasso, comme l’un des trois artistes qui ont contribué à définir l’évolution révolutionnaire dans les arts plastiques durant les premières décennies du XXe siècle. « Il faut regarder toute la vie avec des yeux d’enfants », disait-il. Femme à côté d’un échiquier illustre une des façons d’utiliser le motif échiquéen en peinture : l’alternance des cases noires et blanches fournit à l’artiste un élément décoratif, l’échiquier est alors utilisé comme contrepartie visuelle au jeu des autres couleurs du tableau.

Yuri Sultanov

Yuri Sultanov
Yuriy Sultanov – Échecs, 2006 (huile sur toile 60 x 73 cm)

Né en Rervouralsk (montagnes de l’Oural) en 1975, Yuri Sultanov expose ses œuvres en Russie et à l’étranger depuis 1994. Ses motifs préférés sont le corps féminin et les compositions pittoresques. Sultanov expérimente avec les formes, l’espace et la combinaison de plusieurs points de vue reflétant simultanément différents moments dans le temps.