Archives de catégorie : Peinture

Henri Matisse

Henri Matisse
Henri Matisse – Femme à côté d’un échiquier, 1928.

Matisse est fréquemment considéré, aux côtés de Marcel Duchamp et Picasso, comme l’un des trois artistes qui ont contribué à définir l’évolution révolutionnaire dans les arts plastiques durant les premières décennies du XXe siècle. « Il faut regarder toute la vie avec des yeux d’enfants », disait-il. Femme à côté d’un échiquier illustre une des façons d’utiliser le motif échiquéen en peinture : l’alternance des cases noires et blanches fournit à l’artiste un élément décoratif, l’échiquier est alors utilisé comme contrepartie visuelle au jeu des autres couleurs du tableau.

Yuri Sultanov

Yuri Sultanov
Yuriy Sultanov – Échecs, 2006 (huile sur toile 60 x 73 cm)

Né en Rervouralsk (montagnes de l’Oural) en 1975, Yuri Sultanov expose ses œuvres en Russie et à l’étranger depuis 1994. Ses motifs préférés sont le corps féminin et les compositions pittoresques. Sultanov expérimente avec les formes, l’espace et la combinaison de plusieurs points de vue reflétant simultanément différents moments dans le temps.

La partie d’Échecs

«Si tous les artistes ne sont pas des joueurs d’Échecs, tous les joueurs d’Échecs sont des artistes ». La phrase célèbre est de Marcel Duchamp, inventeur du ready made et passionné d’échecs, discipline dans laquelle il excellait.

Marcel Duchamp
La partie d’Échecs, Marcel Duchamp, 1910

Clairement influencé par Les Joueurs de cartes de Paul Cézanne, Duchamp représente ses deux frères, eux-mêmes joueurs d’échecs réguliers, en train de jouer, tandis que leurs épouses, assises dans l’herbe, semblent s’ennuyer. « Exemple de l’influence de Cézanne, explique Marcel Duchamp, ce jeu d’Échecs entre mes deux frères. Peint pendant l’été de 1910 dans le jardin de Puteaux où ils habitaient, il fut présenté au Salon d’Automne de la même année. Le jury du Salon d’Automne m’accorda le titre de Sociétaire qui me donnait le privilège d’exposer sans passer par le jury. Curieusement, je ne profitai pas de cette distinction et n’exposai plus jamais au Salon d’Automne. Devant mes deux frères jouant aux échecs, on voit mes deux belles-sœurs prenant le thé ».

Ce second tableau, Les Joueurs d’Échecs, réalisé à Neuilly un an plus tard en 1911, montre de manière saisissante l’évolution rapide du peintre. Il représente toujours les deux frères de Duchamp. Tableau-manifeste témoignant d’une nouvelle phase de sa pratique picturale, qui connaît une évolution profonde et rapide depuis 1908. Joueur d’échecs passionné, il peint ici ses deux frères, Jacques Villon et Raymond Duchamp-Villon, disputant une partie. Peinte à la lumière du gaz, l’œuvre affiche des tons sombres qui caractérisent les recherches cubistes au tournant des années 1910.

Marcel Duchamp
Les joueurs d’Échecs, 1911. Huile sur toile, 50 x 61 cm.

Les commentaires de Marcel témoignent de l’intérêt théorique qu’il porte à la thématique échiquéenne, non seulement dans son traitement du mouvement, mais dans l’insertion de ce mouvement au coeur de l’espace identifiable ou indéfini de la toile. Il écrit :

« Utilisant une fois de plus la technique de la démultiplication dans mon interprétation de la théorie cubiste, je peignais les têtes de mes deux frères en train de jouer aux Échecs, cette fois non pas dans un jardin, mais dans un espace indéfini. À droite se trouve Jacques Villon et à gauche Raymond Duchamp Villon le sculpteur, chaque tête étant indiquée par plusieurs profils successifs au milieu de la toile, quelques formes simplifiées de pièces d’Échecs disposées au hasard. Une des autres caractéristiques de ce tableau est la tonalité grisâtre de l’ensemble. On peut dire que généralement, la première réaction du Cubisme contre le Fauvisme fut l’abandon des couleurs violentes et leur remplacement par des tonalités atténuées. Ce tableau fut peint à la lumière du gaz pour obtenir cet effet d’atténuation lorsqu’on le regarde au jour ».

À cette époque, Duchamp participe aussi, avec ses frères, aux discussions du groupe de Puteaux. Démultipliant les formes, allant vers une notion de quatrième dimension et de décomposition du mouvement qu’il illustre dans cette troisième œuvre sur le thème échiquéen :

Marcel Duchamp
Portrait de joueurs d’Échecs, 1911. Huile sur toile, 108 x 101 cm

« La peinture ne doit pas être exclusivement visuelle ou rétinienne. Elle doit intéresser aussi la matière grise, notre appétit de compréhension. Il en est ainsi de tout ce que j’aime : je n’ai jamais voulu me limiter à un cercle étroit et j’ai toujours essayé d’être aussi universel que possible. C’est pourquoi par exemple, je me suis mis à jouer aux Échecs. En soi, le jeu d’Échecs est un passe-temps, un jeu, quoi, auquel tout le monde peut jouer. Mais je l’ai pris très au sérieux et je m’y suis complu parce que j’ai trouvé des points de ressemblance entre la peinture et les Échecs. En fait, quand vous faites une partie, c’est comme si vous esquissiez quelque chose, ou comme si vous construisiez la mécanique qui vous fera gagner ou perdre. Le côté compétition de l’affaire n’a aucune importance, mais le jeu lui-même est très, très plastique et c’est probablement ce qui m’a attiré. »

Victor Vasarely

Gyoso Vásálrhelyi dit Victor Vasarely est un artiste plasticien hongrois naturalisé français en 1961, reconnu comme étant le père de l’art optique. Il jouait aux échecs et son œuvre est parsemée de références au Jeu des Rois :

Victor Vasarely
Échiquier, 1935 – huile 61 x 41 cm

Victor Vasarely est un plasticien tout à fait singulier dans l’histoire de l’art du XXème siècle. Accédant à la notoriété de son vivant, il se distingue dans l’art contemporain par la création d’une nouvelle tendance : l’art optique. Son œuvre s’inscrit dans une grande cohérence, de l’évolution de son art graphique jusqu’à sa détermination pour promouvoir un art social, accessible à tous.

Victor Vasarely
Échiquier vers 1975, sérigraphie papier 80 x 76 cm.

Vasarely a la révélation que « la forme pure et la couleur pure peuvent signifier le monde ».

Victor Vasarely
Échiquier, 1979 – plexiglas et sérigraphie sur plexiglas, pièces en plexiglas transparent et opaque.

Galanterie échiquéenne

Pourquoi si peu de femmes devant l’échiquier ? On a beaucoup argumenté et même déliré sur ce sujet sans pourtant apporter vraiment de réponse cohérentes. Il n’en fut cependant pas toujours ainsi. Particulièrement au Moyen Âge où les femmes pratiquaient ce jeu autant que les hommes. « Aux Échecs, écrit Harold Murray dans son History of Chess, les gens des deux sexes se rencontraient sur un pied d’égalité et on appréciait beaucoup la liberté dans les rapports que permettait ce jeu. Il était même autorisé de rendre visite à une Dame dans sa chambre pour jouer aux Échecs avec elle, ou pour son amusement¹ ». Les Échecs étaient peut-être le seul espace de rencontre d’égale à égale entre les hommes, guerriers et chasseurs, peu enclin à l’exercice intellectuel et les femmes confinées le plus habituellement à une fonction nourricière. « Et cette rencontre autorisait une liberté surprenante dans les comportements sexuels, où la femme tenait souvent le rôle le plus actif² », notent Jacques Dextreit et Norbert Engel dans Jeu d’Échecs et sciences humaines.

Galanterie échiquéenne
Tristan de Léonois, Tristant et Yseult buvant le filtre d’amour (XIVe siècle)

Les textes et l’iconographie du Moyen Âge et de la Renaissance attestent la présence des femmes devant l’échiquier. Dans les enluminures du manuscrit du roi Alphonse X de Castille, Le livre des jeux d’Échecs et de dés datant de 1283, les jolies dames nobles jouent et jouent certainement fort bien au Jeu des Rois comme l’illustre la légende de Dilaram ou les textes courtois comme Huon de Bordeaux ou encore l’épopée de Raoul de Cambrai. Jacques de Cessoles dans la seconde moitié du XIIIe siècle, dans l’un des premiers livres de moralités sur les Échecs, Le Liber de moribus hominum et officiis nobilium sive super ludum scacchorum, peint le tableau de la société médiévale idéale calquée sur les mouvements des pièces. Le jeu devient un mode de communication délicat, mais aussi un artifice utilisé pour les déclarations courtoises et galantes.

« L’affrontement des joueurs est une métaphore à peine voilée de l’affrontement des amants lors de la conquête amoureuse », écrit Nicolas Coutant sur Images de l’amour courtois aux XIVe et XVe siècles. « Peu de temps après que la Reine apporta sa présence féminine sur l’échiquier, le jeu fut considéré comme le lieu de conquêtes romantiques autant que militaires », explique Marilyn Yalom dans son livre Birth of the Chess Queen. Un peu comme si l’existence de la Reine dans l’univers des soixante-quatre cases légitima la présence des femmes devant l’échiquier réservé jusque-là à la gent masculine. « Les filles de bonne famille, conclut Marilyne Yalom, pouvaient envisager ces rencontres mixtes, avec toutes les possibilités romantiques qu’elles pouvaient offrir. Les Échecs fournissaient un alibi pour les amoureux d’une rencontre dans l’intimité des jardins et des boudoirs, où ils pouvaient s’entraîner à leurs sentiments autant qu’à la pratique du jeu. Et contrairement aux dés, associés à la licence et au désordre, les Échecs devaient être joués avec une cérémonie prudente. C’était une métaphore parfaite pour l’amour… »

Au seizième siècle encore, les  peintres comme Lucas de Leyde, Hans Muelich, Giulio Campi, Sofonisba Anguissola et bien d’autres immortalisent le beau sexe affrontant des adversaires masculins.

 

¹ Harold Murray, History of Chess (London : Oxford University Press, 1913).
² Jacques Dextreit et Norbert Engel, Jeu d’échecs et sciences humaines (Payot 1984).
³ Marilyn Yalom, Birth of the Chess Queen (Harper Collins 2004).

La Partie d’Échecs de Van Leyden

Échecs Leyden
Lucas van Leyden, peintre et graveur hollandais (1494 – 1533) – La Partie d’Échecs, vers 1508

Une jeune femme et un homme dispute une étrange partie, les Échecs du Messager (Kurierspiel en allemand), variante ancienne du jeu, souvent métaphore de la rencontre amoureuse, qui s’était propagée depuis le XIIIe siècle. La jeune femme assise est conseillée probablement par son père. En face d’elle, son futur mari détourne son visage et plisse les yeux, semblant se désintéresser du jeu. Il ne devrait pas ! Les pièces ne sont guère identifiables, mais il est en mauvaise posture, la gente demoiselle s’apprête à lui donner échec de sa Tour.

Échecs Leyden

Les Échecs du Messager étaient un jeu de plateau de la famille des Échecs, qui dans sa forme originale se joua pendant au moins 600 ans. La pièce du Messager est l’ancêtre de notre Fou moderne et ce jeu joua un rôle important dans l’évolution des Échecs médiévaux vers la modernité.