Archives de catégorie : Peinture

Échecs au féminin

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The Chess Players – 3 female figures – Hermann-Paul, pseudonyme de René Georges Hermann Paul.

La Dame, la pièce la plus puissante de l’échiquier depuis le XVe siècle, est bien absente aujourd’hui de notre jeu. Le monde échiquéen est devenu un désert féminin. Les femmes y étaient pourtant bien présentes à l’origine et le rapport homme-femme était même un enjeu symbolique primordial. Dans l’art, cependant, elles restent présentes devant l’échiquier. Mais tous ces jolis modèles sont-ils des « pousseuses de bois », ou le jeu est-il là comme simple élément de la composition ?

Un jeu pour rêver

echecs rever
Somebody to blame par the-surreal-arts, Deviant Art

« Car le jeu d’échecs n’est pas vraiment fait pour jouer. Il est fait pour rêver. Rêver à la marche des pièces et à la structure de l’échiquier. Rêver à l’ordre du monde et au destin des hommes. Rêver à tout ce qui se cache derrière la réalité apparente des êtres et des choses ».

Michel Pastoureau, Le jeu d’échec médiéval – Une histoire symbolique.

Un Homme et une femme

Jacopo Cessole
Une femme et un homme jouant aux échecs, Jacobus de Cessolis, De ludo scachorum vers 1390-1408.

Jacopo da Cessole, dominicain lombard, né dans la seconde moitié du XIIIe siècle, connu comme l’auteur d’un des premiers livres de moralités sur les échecs. Il prêche quotidiennement sur « les mœurs des hommes et les devoirs des nobles à travers le jeu d’échecs ». Cédant aux demandes des clercs et des « gentils gens » qui le pressent de compiler par écrit ses sermons, le prédicateur compose en latin le Liber de moribus hominum et officiis nobilium sive super ludum scacchorum, traité de morale qui puise sa trame dans le jeu d’échecs. Voici une enluminure d’un des nombreux manuscrits, conservé à la Houghton Library d’Harvard.

Prise de tête

prise tete echecs
Rudolf Köselitz – Schachspieler (1910)

Une prise de tête, les échecs ? En tout cas sûrement pour les peintres qui semblent penser que se tenir le front aide à la concentration. À tester…

Étude échiquéenne

Merlyn Oliver Evans
Evans, Merlyn Oliver – First Study for ‘The Chess Players’, Bolton Library & Museum Services, Bolton Council.

Merlyn Oliver Evans 1910–1973, peintre, graveur et sculpteur. Né à Cardiff, il grandit à Glasgow, où il étudia à l’École d’Art. Au cours de cette période, il travaillait déjà comme artiste abstrait. Une bourse de voyage lui permit d’aller en France, Allemagne, Danemark et en Suède. Il y rencontra de nombreux grands artistes, entre autres Kandinsky et Mondrian. Voici une première étude et le tableau final Les Joueurs d’échecs, 1973.

Merlyn Oliver Evans

Normands ambassadeurs des Échecs

De l’Inde, les échecs se répandirent au Moyen-Orient. Ils atteignent l’Europe via les conquêtes arabes de l’Espagne et de la Sicile, mais aussi par les croisés de retour de Jérusalem, et à travers des contacts byzantins avec la Scandinavie.

Normands ambassadeurs Échecs
Pièces siciliennes (Catania), XIe – XIIe siècle : rois ou reines.

L’inclusion de joueurs d’échecs dans des scènes de cour sur le plafond de la chapelle Palatine de Palerme indique que le jeu était à la mode dans la Sicile normande*. Sa popularité croissante dans les cours anglaises et françaises fut probablement en raison de leur contact étroit avec les rois normands.

La peinture la plus ancienne d’une partie de Shatranj est située en Sicile au plafond de la magnifique chapelle Palatine de Palerme, faisant partie du Palais des Normands.

Le royaume de Sicile, également appelé royaume normand de Sicile, fut créé en 1130 par Roger II sur l’île de Sicile, la Calabre, les Pouilles et Naples. L’histoire normande en Italie méridionale commence au début du XIe siècle avec Rainulf Drengot aventurier et mercenaire devenu vers 1030 comte d’Aversa en Campanie. Le suivi vers 1035 Guillaume Bras-de-Fer, premier des frères Hauteville qui allaient marquer de leur empreinte la région.

Le Point de l’échiquier

point échiquier
Le fils prodigue joue aux dés sur un échiquier – Cathédrale de  Chartres, Vitrail de la baie n°11, éléments n°12

Rien n’est simple, sur l’échiquier comme en histoire. Ce fils prodigue guette inquiète le jet de dés lancés par son adversaire. Il est vrai qu’il est déjà aux abois, ayant perdu jusqu’à sa chemise que l’on découvre derrière le second joueur. Mais joue-t-il au Jeu des Rois ? L’échiquier est vide de pièce. Ne serait-ce pas le Dringuet, encore appelé le Point de l’échiquier ou le Blanc ou noir, ce jeu médiéval où les adversaires lancaient les dés dans l’espoir qu’ils atteignent tous une case de même couleur pour empocher la mise.

Les Échecs moralisés

Jacques de Cessoles, à la fin du XIIIe siècle, réunit plusieurs sermons populaires à l’époque pour écrire son œuvre « Liber de moribus hominum et officiis nobilium ac popularium super ludo scacchorum ». Voici l’un des très nombreux manuscrits en latin de son œuvre, conservé à la bibliothèque municipale de Dijon.

Échecs moralisés Cessoles
Le roi Evil-Mérodak, roi de Babylone en 562-560 avant J.-C., et le philosophe Xerxès jouant aux échecs

« Au nom du Seigneur, amen. Ici commence le prologue de ce Livre des Mœurs des Hommes et des Devoirs des Nobles, au travers du Jeu des Échecs, qui fut composé par le frère Jacques de Cessoles, de l’ordre des Frères Prédicateurs. Ayant été prié par des frères de l’Ordre, ainsi que par divers séculiers, de transcrire l’amusant jeu des échecs, qui contient un enseignement remarquable quant à la conduite des moeurs ainsi que celle de la guerre, je réalise leur désir. Il est vrai que j’en avais prêché au préalable le contenu au peuple, et cela avait plu à moult gentilshommes. »

Échecs moralisés CessolesEn Italie au début du XIVsiècle, le dominicain Jacques de Cessoles prêche sur « les mœurs des hommes et les devoirs des nobles à travers le jeu d’échecs ». L’ouvrage est une compilation de ses sermons, traduit en français par un dominicain parisien, Jean Ferron, et par Jean de Vignay, traducteur de nombreux textes latins. Sous la forme d’un traité de morale qui trouve dans le jeu d’échecs son fil conducteur, l’auteur fait l’histoire du jeu, puis décrit les pièces nobles et les pièces secondaires en donnant à chacune une valeur symbolique représentative des rapports sociaux de son temps. Le manuscrit est illustré de 13 miniatures représentant les figures des échecs (différentes de celles du jeu actuel). Sur la page de titre sont représentés le roi Evil-Mérodak, roi de Babylone en 562-560 avant J.-C., et le philosophe Xerxès jouant aux échecs.

La provenance est incertaine, mais sûrement bourguignonne. La reliure du XVe siècle fait penser que le manuscrit pourrait provenir de l’abbaye de Cîteaux, mais cette traduction française ne figure dans aucun catalogue de la bibliothèque de l’abbaye qui conservait en 1480 trois exemplaires latins. Le manuscrit serait entré à la Bibliothèque de Dijon après la confiscation des biens de l’abbaye pendant la Révolution.


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