Archives de catégorie : Peinture

Les joueurs de Minas Avetisian

Minas Avetisian – Chess players

Minas Avetisian (1928-1975) est un peintre arménien, décédé sous les roues d’une voiture. Selon certaines sources, il aurait été assassiné par le KGB. En 1915, les parents de l’artiste échappent au massacre, alors que des milliers de personnes sont tuées. Souvent, les soirs d’hiver, assis près du foyer de sa maison de campagne, le peintre a entendu des récits de témoins qui avaient vécu ces terribles événements. Les peintures d’Avetisyan sont devenues un hommage silencieux à ces morts innocents.

Duchamp devant l’échiquier


L’artiste, passionné du jeu, rencontra à New-York pour la première fois un rival de haut niveau en 1922, José Raúl Capablanca, qui sera champion du monde cinq ans plus tard. L’année suivante, à 36 ans, il commence une carrière en tant que joueur d’échecs dans des tournois professionnels. À ce moment-là, les critiques et les historiens de l’art perdent sa trace. Duchamp, dont le travail avait grandement influencé l’évolution des mouvements artistiques du XXe siècle, se consacra pendant plus de dix ans  à sa passion. « Quand vous jouez, c’est comme concevoir quelque chose ou construire un mécanisme par lequel vous gagnez ou perdez. Le jeu lui-même est très plastique. C’est probablement ce qui m’a tellement attiré vers lui ». Le peintre avait trouvé dans les échecs une forme d’expression artistique immatérielle ou, en d’autres termes, un moyen d’exprimer la pensée dans toute sa pureté. Duchamp cessa d’être un artiste actif pendant douze ans et se consacra presque exclusivement aux échecs, avec un style très influencé par Aaron Nimzowitsch, le père des échecs hypermodernes. Bien qu’il n’atteignit jamais un niveau équivalent au reste de son art, il devint un très bon joueur¹ et participa à de nombreux tournois aux côtés des meilleurs joueurs du monde. Le voici devant l’échiquier dans le film de Lewis Jacobs In His Own Words, réfléchissant à sa vie et son œuvre.

¹ Chessmetrics (site qui évalue la force des joueurs dans toute l’histoire des échecs sur la base de calculs statistiques et d’autres techniques) a calculé que Duchamp avait atteint 2455 point elo en 1929.

Max sur un bateau

dorothea tanning echecs
Dorothea Tanning – Max dans un bateau bleu, 1947 huile sur toile de 61 x 51 cm

Dorothea se peint avec son mari, Max Ernst, jouant aux échecs dans un bateau. Alors que Max occupe le centre de la composition, l’artiste est à peine visible par sa chevelure, exprimant peut-être son malaise, car malgré son immense talent, elle était toujours considérée comme la femme de l’artiste respecté, restant toujours aux yeux des critiques en arrière-plan. L’échiquier, cependant, symbolise l’union des époux, non seulement en tant qu’amant, mais aussi en tant que compagnon intellectuel. La voile est un gigantesque Loplop, reconnaissance de l’épouse du monde poétique de son compagnon. C’est vers 1930 qu’apparaît dans l’œuvre de Max Ernst une figure dominante, énigmatique, qui prend la forme d’un oiseau et n’est pas sans présenter quelques traits de son créateur. Loplop est susceptible de toutes les métamorphoses : passant du règne animal à celui des objets, tantôt coq ou serpent, il se mue souvent en chevalet de peintre pour donner à voir les collages les plus divers et les plus inattendus.

Tristant Yseut echecs
Tristan boit le philtre d’amour, enluminure, 1470 du “Livre de Messire Lancelot du Lac” de Gautier de Map, fol. 239 (2e livre), Paris Bnf

Dorothea a-t-elle pensé à cette enluminure du XIVe siècle en composant son tableau ? Sur le bateau qui les emporte vers la Cornouaille, Tristant et Yseut boivent par mégarde le philtre d’amour.

Jihel

Les dessins sont toujours proposés aimablement par Jihel. Merci à lui.

« L’artiste Jihel (Jacques Lardie) est sans aucun doute, parmi tous les adeptes de l’art de la caricature, le plus important qui existe aujourd’hui en France, et peut-être même dans le monde entier. Il a très certainement hérité d’une longue tradition française de l’art de la caricature, pratiqué par le passé notamment par des maîtres en la matière comme Rostro et Orens. Comme eux, il construit souvent ses images comme des montages d’éléments étranges et à première vue incongrus tirés de diverses sources humaines, animales et inanimées. Une fois associés, il en ressort souvent une sorte d’histoire, qui peut toutefois être interprétée bien différemment d’une personne à l’autre. Ces récits visuels sont le plus souvent centrés sur une sorte de commentaire satirique sur l’histoire, sur les événements contemporains et la culture populaire, sur les personnes ou sur la vie en général. »

Richard Meyer

Une partie d’échecs de George Tooker

George Tooker échecs
Georges Clair Tooker – A Game of Chess (1946-1947)

George Tooker (1920-2011) est un peintre figuratif américain adepte du « réalisme magique », introduisant des éléments surnaturels et irrationnels dans un environnement réaliste. Tooker utilise une technique traditionnelle, la tempera à l’œuf, la détrempe de l’œuf sur plâtre, qui permet d’obtenir une finition fine et mate et des couleurs pastel. Travail lent et méthodique demandant quatre mois pour réaliser une peinture de taille moyenne. Cette technique s’accorde bien avec un travail très réfléchi et soigneusement exécuté.

George Tooker échecsTooker se refuse à expliquer ses œuvres qui expriment l’angoisse existentielle et l’aliénation générées par les sociétés technologiques et urbaines modernes, la solitude et l’isolement des individus. Ce tableau est énigmatique : un couple joue sous le regard sévère d’une matrone. La partie semble déjà perdue pour l’homme (autoportrait de l’artiste ?) qui semble prêt à fuir sous le regard hostile de ces femmes et des chats prêts à bondir. Derrière une porte vitrée, deux autres femmes contemplent la scène. Le sol de la salle reprend le motif de l’échiquier, suggérant que l’homme est en train de perdre la partie sur l’échiquier comme dans sa vie.

Musique échiquéenne

Juan Gris -Carafe, verre et damier, 1917

« Dans le domaine de la peinture, de la gravure et de la sculpture, dès la première décennie de notre siècle, les artistes abandonnent la représentation de la partie d’échecs pour se concentrer sur les pièces, sur les échiquiers et sur toutes les variations auxquelles les unes et les autres peuvent donner lieu. On passe en quelque sorte d’un thème social à un thème musical (au sens de la musica médiévale, c’est-à-dire d’une notion qui inclue le rythme, l’harmonie, la construction et la déconstruction, etc.). Graphiquement et picturalement, l’échiquier apparaît comme une structure ouverte, dynamique, d’une richesse infinie, autorisant toutes les combinatoires et débouchant sur des mouvements et des rythmes de nature exponentielle. »

Michel Pastoureau

Jeu de plein air

lithographie jeu échecs
Lithographie sans doute d’origine allemande vers 1860 – © Victoria and Albert Museum, London

Deux hommes assis sous un arbre en train de jouer aux échecs, tandis qu’une servante en tenue régionale leur verse du café ou du thé. À gauche, un groupe de garçons et un chien jouent à la guerre avec des drapeaux et des épées jouets, un petit garçon chevauchant les épaules d’un autre. Sur la droite, deux filles jouent une variante de jeu de graces*, avec un bâton (plutôt que deux) pour lancer le cerceau.

* Le jeu des grâces, inventé en France au cours du premier quart du XIXe siècle était une activité populaire pour les jeunes filles au début des années 1800.

Joueurs d’échecs

Suzanne Roger échecs
Suzanne Roger – Joueurs d’échecs ,  Paris Centre Pompidou

Mariée au peintre et sculpteur français André Beaudin (1895-1979), Suzanne Roger reste aujourd’hui encore trop dans l’ombre de ses contemporains. Son style s’appuie sur des lignes épurées que viennent emplir et déstructurer des aplats de couleur.

L’échiquier de voyage de Duchamp

Duchamp échiquier voyage
Jeu de voyage en cuir de Marcel Duchamp (1944) – Musée du du château de Blérancourt

Croquis-projet de Marcel Duchamp pour son échiquier de voyage, réalisé en au moins vingt-cinq exemplaires à New-York entre 1943-44. Les pièces en celluloïd étaient maintenues par de petites encoches découpées dans un panneau de cuir.

Centre Pompidou – Musée national d’art moderne

Nature morte

Henri Hayden échecs
Henri Hayden – Nature morte au jeu d’échecs (55,8 x 47,2 cm), 1913

Henri Hayden (1883 – 1970) est un peintre et lithographe français d’origine polonaise. Sous l’Occupation allemande, il se réfugie dans le sud de la France. De retour à Paris en 1944, il retrouve son atelier pillé.