Archives de catégorie : Peinture

Érotisme échiquéen

Partarrieu échecs
Mattin Laurent Partarrieu, peintre basque français, a un style figuratif proche des comics, axé sur les coutumes traditionnelles du Pays Basque, avec leurs sports ancestraux et une certaine nostalgie d’un passé rural et préindustrielle. Ses œuvres sont empruntes d’un érotisme subtil, dans lequel il ne peut y avoir ni violence ni drame. L’artiste a un goût particulier pour les bistros, les terrasses de café. « J’aime m’imprégner des ambiances de bistrots. Je m’assois à une table, je m’imbibe de l’ambiance et je fais des croquis sur mon calepin. Je suis un peintre du quotidien ».

La tête à Sarko

Deux dessins période Charlie, aimablement proposés par Jihel

Connu pour ses orientations politiques anarchistes, JIHEL, de son vrai nom Jacques Camille Lardie, à tout au long de son parcours pictural, exercé son talent à la réalisation de nombreux dessins, cartes postales et affiches en soutien à la cause libertaire. Il avait déjà, dans les années 90, réalisé une série de cartes sur le thème échiquéen. « J’ai beaucoup dessiné sur les échecs, me confia-t-il, c’est un sujet qui se prête agréablement à la satire, je me souviens même avoir fait une affiche en mai 68 ». Il se paye ici, pour Charlie Hebdo, la tête à Sarko.

« Au vu de l’abondance de cartes de Marilyn créées par Jihel, écrit Aurore Rouzeau, on peut sans conteste dire qu’elle est une des muses les plus inspiratrice pour l’artiste » qui l’affiche ici avec Kennedy. Ces cartes m’ont été aimablement envoyez par JIHEL. En le remerciant de sa gentillesse.

Échiquier mural

échiquier mural marcel duchamp
Marcel Duchamp – Maquette pour pièce d’échecs pour un échiquier mural, vers 1930 (7 cm)

Marcel Duchamp, passionné d’échecs, se fabrique un échiquier murale avec du papier coloré collé sur un disque en carton. « Objectivement, déclarait-il au banquet de l’association d’échecs de New-York, en 1952, une partie d’échecs ressemble beaucoup à un dessin à la plume, avec cette différence que le joueur d’échecs peint avec les formes blanches et noires déjà prêtes, au lieu d’inventer des formes comme le fait l’artiste. Le dessin ainsi élaboré sur l’échiquier n’a apparemment pas de valeur esthétique visuelle, et ressemble d’avantage à une partition de musique, qui peut être jouée et rejouée. Dans les échecs, la beauté n’est pas une expérience visuelle comme en peinture. C’est une beauté plus proche de celle qu’offre la poésie : les pièces d’échecs sont l’alphabet majuscule qui donne forme aux pensées ; et ces pensées, bien qu’elles composent un dessin visuel sur l’échiquier, expriment leur beauté, comme un poème. En fait, je crois que tout joueur d’échecs connaît deux plaisirs esthétiques mélangés : l’image abstraite apparentée à l’écriture, et le plaisir sensuel de l’exécution idéographique de cette image sur l’échiquier. Mes contacts étroits avec les artistes et les joueurs d’échecs m’ont induit à conclure que, si tous les artistes ne sont pas des joueurs d’échecs, tous les joueurs d’échecs sont des artistes ».

Le médecin et la mort

Descarsin échecs peinture
Remi-Fursy Descarsin – Portait du Dr C. venant de sauver un malade

On sait peu de chose de Remi-Fursy Descarsin, peintre français né en 1747, protégé du comte de Provence, le futur roi Louis XVIII, si ce n’est qu’il est un portraitiste actif à Paris dans le dernier tiers du XVIIe siècle. « La mort, peut-on lire sous le tableau, s’avoue vaincue. Elle vient d’être fait échec et mat. » La faucheuse, cependant, guigne dangereusement de coup du bon docteur. Prémonition de l’artiste : ses sympathies monarchiques le conduisent à la guillotine, à Nantes, le 14 novembre 1793 à l’âge de 46 ans.

Le dix-huitième siècle fut caractérisé par la confiance en la raison et le progrès de la science et du savoir. Dans ce contexte, la lutte de la médecine contre la maladie est institutionnalisée. La maladie cesse d’être une diablerie et la superstition et la foi cèdent la place à la recherche et à la science. Le médecin et le pharmacien remplacent le sorcier et le prêtre. Parallèlement, les bases de la santé publique future sont posées. L’innocence de l’époque imaginait un avenir où la maladie serait éradiquée par la Raison. Descarsin illustre cette foi dans la science par une partie d’échecs entre le médecin (le fait d’être anonyme le rend universel, représentant le médicament lui-même) et la mort, représentée d’une manière traditionnelle, un squelette couvert par un linceul et portant la faux. Le triomphe de la science fait reculer la mort. Que cette victoire ne soit pas facile, est explicite : le bon docteur a dû vaincre la mort par le plus difficile des mats élémentaires K N B contre K.

Le modèle de pièces est de style Régence caractéristique de l’époque, utilisé par Philidor et son maître, le seigneur de Légal, dans le plus célèbre des cafés où l’on jouait aux échecs : le Café de la Régence à Paris.