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Steinitz, fan de Wagner

steinitz-Wagner

Un jour, au club d’Échecs de Vienne, Wilhelm Steinitz joue quelques parties avec un inconnu. Quand tard dans la nuit, ce dernier prend congé disant qu’il devait se rendre le lendemain matin à Bayreuth, faisant partie, comme violoncelliste, de l’orchestre du festival, Steinitz s’écrie : « Alors, vous verrez Richard Wagner ! Dites au maître que moi, en tant que champion du monde, je le porte en plus haute estime que Mozart et Beethoven – et même que je considère sa musique comme le sommet de l’art ! »
Comme le hasard fait souvent bien les choses, quelques semaines plus tard, les deux hommes se sont à nouveau rencontrés au club.
Avez-vous transmis mes paroles à Wagner ? » s’est immédiatement enquis Steinitz. Le violoncelliste répond alors en faisant un signe de tête :
Oui, et le maître m’a répondu : Votre Steinitz comprend probablement autant de la musique que des Échecs !

Mais Wilhelm avait pour le moins l’esprit de contradiction. L. Bachmann, dans son livre sur Steinitz, rapporte cette petite anecdote « Cet homme extraordinairement sensible était un admirateur inconditionnel de Mozart. Je lui dis alors que je partageais son admiration, mais il se mit soudain à faire l’éloge de Wagner. Nous passâmes plusieurs soirées à débattre sur la musique de Wagner, sa beauté, sa mélodie, et si celle de Mozart pouvait lui être comparée. En dépit de tous mes efforts, Steinitz s’obstinait en insistant sur la beauté de Lohengrin , et en affirmant que la musique de Mozart était nettement inférieure ».

Aux Échecs cependant, l’esprit de contradiction est souvent fructueux. C’est en remettant en cause les idées reçues que Steinitz fit progresser la théorie échiquéenne. Il fut le premier à jouer d’une manière négative, c’est-à-dire à contrecarrer les intentions de l’adversaire avant même de songer à attaquer. Si cela peut sembler banal aujourd’hui, c’était inconcevable et révolutionnaire à l’époque.

Voici le Prelude de l’Act I de Lohengrin par le Bayreuth Festival Orchestra sous la direction de Woldemar Nelsson :

Maurice Ravel

Voici une autre partie de Maurice Ravel datant de 1913, cette fois-ci, contre Frederick Delius (1862 – 1935),  compositeur postromantique britannique, qui vécut une partie de sa vie en France. Notre Maurice se retrouve rapidement en difficulté !

Une mazette à n’en pas douté devant l’échiquier, notre Ravel national. Mais quel talent devant son piano. Voici Jeux d’eau interprétée par Hélène Grimaud au piano. « Dieu fluvial riant de l’eau qui le chatouille » écrivit Ravel sur sa partition, sa musique ruisselle, eau vive, fluide et changeante, parfois cristalline, parfois sombre. Elle emporte bien loin les lourdes Pensées mélodieuses de Delius interprété par Charles Abramovic.

Prokofiev versus Ravel

Cubitus Cubitus
Sergei Prokofiev et Maurice Ravel.

Sergei Prokofiev (1891-1953) est surtout connu pour des œuvres telles que Pierre et le loup, la Symphonie classique, des opéras Guerre et Paix, le ballet Roméo et Juliette et pour ses musiques de film. Né et mort en Russie, il fuit son pays après la révolution russe avant de revenir en 1932. Dans cette période comprise entre son retour et sa mort (le même jour, à la même l’heure que Staline), le compositeur rencontra beaucoup de problèmes avec les autorités soviétiques. Elles lui reprochaient particulièrement que sa musique n’exaltât pas suffisamment les vertus du régime stalinien.

À un âge précoce, il apprend le piano de sa mère et les Échecs de son père et ces deux intérêts dominèrent sa vie. Il  compose son premier  opéra à l’âge de neuf ans et entra au Conservatoire de Saint-Pétersbourg à l’âge de treize. Il devient membre d’une forte équipe d’Échecs et son intérêt pour le jeu, à la fois jouer et regarder, dura tout au long de sa vie (il a même nommé ses deux chiens Lasker et Tarrasch). Ses adversaires : le compositeur anglais Frederick Delius, les Français Maurice Ravel et Maurice Delage et le célèbre violoniste russe et chef d’orchestre David Oïstrakh, qui était considéré comme un joueur encore meilleur que Prokofiev. Prokofiev était en bons termes avec les Grands Maîtres importants de son époque, y compris Capablanca, Botvinnik et Tartakover. Il bat Capablanca dans une simultanée, perd contre Emanuel Lasker dans un autre, et a également battu Tartakover dans un match amical que Tartakover a généreusement publié. Son style sur l’échiquier était une prolongation de sa façon d’être et de composer. Imaginatif et créatif, jouant agressivement, attaquant sans relâche, essayant de trouver une composante artistique dans ses parties. Botvinnik a écrit de lui, « Sergei Prokofiev aimait passionnément les Échecs… J’ai joué avec lui à plusieurs reprises. Il avait un jeu vigoureux et direct. Sa méthode habituelle était de lancer une attaque qu’il dirigeait habilement et ingénieusement ». Notre Ravel en fait les frais dans cette partie !

Voici, de Prokoviev, la présentation de l’Oiseau dans Pierre et le loup et, de Ravel, le magnifique Trois beaux oiseaux de paradis, extrait de Trois chansons pour chœur mixte sans accompagnement composées en décembre 1914. « Il a donné lui-même le plus pur de son cœur avec les Trois chansons, disait Léon Leclère de Ravel. Je ne parle pas seulement de la musique, du ravissant arrangement des voix, ni du tour mélodique cette fois vraiment proche du populaire ; je parle des textes eux-mêmes. Ravel adorait la féerie puérile. Cet agenceur madré de croches et d’instruments avait en lui le plus frais des jardins secrets. Ce mathématicien de l’orchestre conservait des ingénuités de grand enfant. Le folklore ressuscite dans les poèmes de Ravel, avec ses familiarités, ses étrangetés, ses rapprochements singuliers. Comment a-t-on pu parler de sécheresse à son sujet ? »

Je n’ai malheureusement rien trouvé sur l’intérêt de Ravel pour les Échecs.

Échecs op. 96

Jean Absil
Jean Absil – Échecs, superbe suite de six pièces de virtuosité dont l’écriture est inspirée par les mouvements de pièces.

Jean Absil (1893 – 1957) n’a pas seulement l’honneur d’occuper les premières pages de tous les dictionnaires de musique : il est aussi un des plus importants compositeurs belges du XXe siècle. Au cours d’une longue et prestigieuse carrière qui lui ouvrit les portes des principaux éditeurs européens, il a écrit des œuvres qui lui ont valu l’amitié et le respect de compositeurs aussi divers que Florent Schmitt, Darius Milhaud ou Béla Bartók. Il compose Échecs, op. 96 en 1957, joué ici par Daniel Blumenthal.

Checkmate

CheckmateLa métaphore protéiforme du jeu d’Échecs se démultiplie à l’infini sous forme d’analogies diverses avec le monde politique, militaire, cosmologique, érotique, dramatique, et cetera. Bien que de manière moins importante que dans la littérature ou les Beaux Arts, la musique, elle aussi utilise le thème échiquéen. Voici le ballet Checkmate du compositeur anglais Arthur Bliss (1891 – 1975).

Les pièces du jeu s’animent. Le Cavalier Rouge s’éprend de la Reine Noire. Dans le prologue, deux joueurs sont prêts à en découdre. Le joueur en or représente l’amour et choisit le côté rouge. Le joueur en noir représente la mort et prendra le camp noir. Le ballet  commence quand les pions s’installent sur l’échiquier, puis les Cavaliers Rouges, suivis bientôt de la cavalerie noire qui se prosterne, craintive, devant leur suzeraine. La Reine Noire fait des avances au Chevalier Rouge et lui jette une rose. Il devient éperdument amoureux de la Reine Noire.

Checkmate d’Arthur Bliss, Sadler’Wells Royal Ballet et Orchestra,  sous le direction de Peter Wrigth  et Barry Wordsworth.

Olga Chagodayev et Prokoviev

Olga Chagodayev
Olga Chagodayev, la superbe princesse russe que notre latin lover, Capablanca, rencontra au printemps 1934.

Nous connaissons l’amitié qui liait Capablanca au compositeur russe Serge Prokoviev depuis 1914. Sympathie que ne semblait pas partager la belle Olga Chagodayev, épouse du grand Capa.

« Un autre musicien bien connu venait souvent dîner à la maison, raconte Olga. Je me souviens que le groom, presque chaque soir, annonçait :
M. Prokoviev attend
Heureusement, nous étions tous bientôt partir pour d’autres destinations. Je n’ai jamais beaucoup apprécié la compagnie de M. Prokofiev. Il était, ce qu’aujourd’hui, on nommerait un grincheux. Je ne pense pas que, lui aussi, m’aima beaucoup, car je représentais un peu de la vieille Russie, qu’il devait officiellement détester. Nous avons eu quelques disputes. Si je devais le comparer à quelqu’un, je dirais Alekhine, la même teinte de méchanceté dans un visage plutôt incolore ».

En hommage à nos deux tourtereaux, voici La Danse des Chevaliers de Roméo et Juliette. Prokoviev composa la musique de son célèbre ballet en 1935, mais celui-ci ne fut représenté pour la première fois qu’en 1938. Ce fut à peu près la durée de la relation de nos amoureux qui ne se termina point par une mort dramatique, mais par un prosaïque divorce.

La scène du bal des Capulets de l’acte II, scène 4, avec la célèbre danse des chevaliers. Roméo rencontre Juliette pour la première fois.

David Oistrakh et Prokoviev

David Oistrakh Prokoviev
David Oistrakh jouant avec Serge Prokoviev à Moscow, observée par Liza Hilels, violoniste également, mai1943.

De retour en Russie, en 1936, Prokoviev trouva en David Oistrakh, le violoniste, un parfait partenaire de jeu. « Prokoviev était un joueur avide, raconte-t-il, capable de passer des heures de réflexion sur un coup. Nous étions voisins et nous blitzions souvent. J’aimerais que vous eussiez pu voir son excitation quand il dessinait toute sorte de diagrammes colorés de ses gains et de ses pertes, combien il était heureux après chaque victoire et combien il pouvait être dévasté après chaque défaite ».

Le deuxième mouvement Scherzo, Vivacissimo du Concerto pour violon N° 1 en ré majeur, Op. 19 de Serge Prokoviev, interprété par David Oistrakh :

Le Livre du Soleil

La passion de Sergeï Prokoviev pour le jeu royal remonte à son enfance et l’accompagna toute sa vie. Nous savons comment il se lia d’amitié avec Capablanca, mais il fut aussi très proche de son rival Alexander Alekhine. Le compositeur le rencontra dans sa Russie natale au début du siècle. Alekhine était membre du comité d’organisation d’un tournoi et Prokofiev s’était porté volontaire pour accueillir les invités et les joueurs et, au fil des années, leur amitié se consolida.

Prokoviev
Serge Prokoviev composant au piano.

Depuis son enfance, Prokoviev collectionnait les autographes, mais pour ne pas « que ces grands ne me maudissent, se cassant la tête à trouver quoi écrire dans mon album, je leur posais cette question : Que pensez-vous du soleil ? » Capablanca y nota : « Le soleil est la vie. Quand nous le voyons, nous sommes heureux. Quand il se cache derrière les nuages, le découragement emplit nos cœurs ». Le 27 avril 1917, Sergeï demande à Alekhine d’écrire dans son Livre du Soleil. Après une longue réflexion, le futur champion du monde griffonna : « Par des jours gris et nuageux, je l’espère… mais quand il est là, aussitôt je cherche sur sa surface les taches sombres… Durant les éclipses, je prends plaisir à l’attente douloureuse de son retour… »

Ces quelques lignes, nous apprennent beaucoup sur la nature lumineuse et méridionale de Capa opposée au caractère sombre et tumultueux d’Alexander Alekhine.

En 1966, le singulier Glenn Gould interprète la sonate pour piano N° 7, Op.83 de Serge Prokoviev :

Le journal du jeune Prokofiev

Sergei Prokofiev, outre un musicien exceptionnel, était aussi un passionné du jeu des rois. Et un assez bon joueur (assez bon pour battre son ami Capablanca au moins une fois). Voici les notes de son journal sur quelques-uns des plus grands joueurs de son époque :

« À huit heures, je suis allé à l’ouverture du championnat¹ et je me trouvai transporté immédiatement dans un royaume enchanté, un royaume vivant avec l’activité la plus incroyable dans les trois salles du club lui-même et trois autres salles mises à disposition par la commission de l’Assemblée. Ce tournoi est une affaire de haut niveau, tout le monde en habit, les maîtres entourés chacun d’une foule d’admirateurs… Le favori, Capablanca, jeune, élégant, gai et avec un sourire constant sur son beau visage, circule à travers la salle en riant et en bavardant avec la grâce facile de celui qui sait déjà qu’il sera le vainqueur.

journal prokofiev
Serge Prokoviev au piano vers 1930.

Lasker, un peu plus gris depuis le tournoi 1909, avec son visage distinctif, sa stature légère et un air de connaître sa propre valeur ; Tarrasch — typiquement allemand debout avec les moustaches du Kaiser Wilhelm et une expression arrogante ; notre propre Rubinstein, au visage grossier et inintelligent de commerçant modeste, mais talentueux comparé à Tarrasch, erratique, dangereux ; Bernstein, l’allure prospère avec un beau visage effronté, la tête rasée et un nez colossal, des dents éclatantes et, sans relâche, les yeux brillants. Notre talentueux Alekhine avec son manteau d’avocat et les traits un peu pincés, légèrement désagréables d’homme de loi, plus sûr de lui que jamais, mais néanmoins un peu subjugué par la magnificence de l’entreprise. Marshall, l’Américain, un Yankee typique, avec une touche de Sherlock Holmes, farouchement passionné pendant le jeu, mais ridiculement taciturne en privé. Yanovsky de Paris, un déserteur dans sa jeunesse du service militaire et de retour à titre exceptionnel grâce à une dispense spéciale pour revenir sans encombre pour le championnat, vêtu d’un costume clair d’une élégance exquise, autrefois un célèbre bourreau des cœurs, mais aujourd’hui dans sa cinquième décennie, accusant son âge et portant des lunettes d’or. Le végétarien combatif Nimzowitsch, l’étudiant allemand typique et fauteur de troubles. Enfin, deux hommes âgés, destinés à être les victimes de tous, le corpulent Günsberg, portant sur son visage une expression blessée en permanence, Blackburne, encore, en dépit de ses 72 ans, capables de produire des combinaisons originales et élégantes ».

Une partie qu’il joua quelques années plus tard, en 1933 contre le vieux Lasker qui donnait une simultanée à Paris :

1933 est l’année où Prokoviev décide de rentrer en Russie, attiré par les promesses du gouvernement soviétique. C’est une autre période fructueuse (Roméo et Juliette, Cendrillon, Ivan le Terrible) qui prend fin avec la guerre. Après de graves problèmes de santé, persécuté par l’URSS, Prokofiev s’éteint presque dans l’oubli, effacé par la mort de Staline le même jour.

En 1933 également, Sergeï compose la musique d’un film Lieutenant Kijé qui devint la suite d’orchestre opus 60. L’argument : Une erreur de transcription dans un document militaire fait apparaître le nom d’un lieutenant qui n’existe pas. Mais nul n’ose l’avouer au tsar. Il s’ensuit un personnage fantôme, qui sert de prête-nom en diverses circonstances. Le jour où le tsar voudra faire la connaissance de cet officier exemplaire, on lui annoncera sa mort, et assistant à l’enterrement d’un cercueil vide, le tsar dira : « Mes meilleurs hommes s’en vont ! »

Serge Prokoviev – Lientenant Kijé, suite d’orchestre op. 60

¹ En 1914, le jeune Prokovief assiste, ravi, au Championnat du Monde se déroulant à Saint-Pétersbourg. Depuis l’enfance, il suivait les victoires et les défaites de ces champions. Ce tournoi fut une merveilleuse occasion où il put rencontrer ses idoles venues pour l’occasion des quatre coins de la terre, particulièrement José Capablanca qui devint un ami proche et joie suprême, il remporta une victoire sur le grand Capa dans une simultanée. Dans ses carnets Prokofiev a laissé une description détaillée et extrêmement intéressante du championnat, auquel il assista en tant que spectateur. Voir sur ce sujet : Capablanca & Prokoviev et La Gloire de Sergueï Sergueïevitch.

La Partie d’Échecs

douai
Jacques Douai (1920-2004).

Jacques Douai, de son vrai nom Gaston Tanchon, « le troubadour des temps modernes », bien loin du mercantilisme du « métier » et de ses impératifs de vente et de modes, trouve dans les Échecs, jeu de guerre par excellence, la métaphore poétique pour décrire la sottise de la guerre.

Un clic pour écouter.

Le café brûlant ce matin,
C’est la dernière fois peut-être.
Les canons grondent au lointain,
La mort est-elle en train de naître ?

Nous les soldats on s’en va voir,
Comment contre une jambe, un bras,
On peut gagner un peu de gloire.
Le doux clairon qui sonne là.

Les dieux assis sur les nuages,
Jouent aux échecs d’un geste las.
Sur l’échiquier champ de bataille,
Manquent bien des pièces déjà.

Du gris de plomb dessus nos têtes,
Avec quelques flaques de bleu,
La victoire ou bien la défaite,
Ne lit pas qui veut dans les cieux.

On est partis le long des routes,
Devant les arbres au garde à vous.
Ah ! Revenir coûte que coûte,
Quitte à se traîner à genoux.

Les dieux assis sur les nuages,
Avancent les pions de l’Histoire.
On dit que les blancs jouent et gagnent,
Suis-je un pion blanc, suis-je un pion noir ?

Combien reviendrons-nous du feu ?
Nous les élus du sacrifice.
Que père et mère soient de ceux,
Qui pourront étreindre leur fils.

Je ne vais pas pleurer quand même,
Les héros ça reste impassible.
Regardez-le le capitaine,
Quel bonheur de servir de cible.

Les dieux assis sur les nuages,
Repris par le démon du jeu,
Là haut font un divin carnage,
Préparent des coups prodigieux.

À quoi pense un soldat qui marche ?
Ne sait s’il sera là ce soir.
À quoi pensent les bœufs qui marchent ?
Que l’on conduit aux abattoirs.

Que mes jambes sont fatiguées,
Que mon fusil pèse à l’épaule.
On traverse un ruisseau au gué,
Une balle siffle et me frôle.

Quand irons-nous, ô mon amour,
Nous asseoir à l’ombre d’un saule ?
Qui de nous deux à mon retour,
Ira porter des fleurs à l’autre ?