Archives de catégorie : Jeu des rois

Art divinatoire

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Husraw Ier et son vizir Buzurdjmihr. Firdawsî, Shâh-nâma. Iran, Shîrâz, XVe siècle

L’échiquier primitif de l’ancien jeu indien est un diagramme unicolore de soixante-quatre cases. Dans l’Inde védique, une telle figure géométrique est déjà employée par les brahmanes pour établir les plans des temples et des cités. Les quatre cases centrales incarnent la résidence de Brahma, le dieu créateur, les soixante autres celles des dieux secondaires du panthéon hindou.

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Les jeux de plateaux à l’origine étaient sans doute des instruments magiques et divinatoires, permettant aux prêtres de prédire l’avenir, annonçant l’issue victorieuse ou funeste d’une bataille à leur suzerain. « En dirigeant la chute d’objets sur un plan de divination, les dieux pouvaient communiquer avec les mortels, proposent David Hooper et Kenneth Whild dans leur Oxford Companion to Chess. Plus tard, les dés ont été ajoutés pour désigner impérativement les pièces à bouger et ainsi révéler davantage des intentions divines. Puis un sacrilège a eu l’audace de convertir le procédé en jeu, éliminant peut-être les dés à ce moment-là. C’est sans doute cette personne qui, ayant sécularisé le rite religieux, a le plus droit au titre d’inventeur du jeu d’Échecs ».

Les Échecs du Messager

Cette variante du jeu d’Échecs, apparue au milieu du Moyen Âge, est sans doute une des plus connues. Elle fut jouée dans certaines régions d’Allemagne, particulièrement à Ströbeck, pendant une assez longue période. Le fait le plus remarquable fut l’introduction du Messager (Laufer en allemand) se déplaçant le long des diagonales et préfigurant notre Fou moderne. Une autre raison de sa célébrité, le peintre hollandais fut que Lucas van Leyden l’utilisa au centre d’une de ses compositions La Partie d’Échecs, vers 1508.

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La Partie d’Échecs de Lucas van Leyden (fragment).

Elle se jouait sur un plateau de douze cases sur huit et les références littéraires ou artistiques indiquent que, habituellement, l’échiquier était repéré alternativement de cases de couleurs différentes (mais pas nécessairement). Il était commun de jouer avec le bord clair à sa droite.

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De gauche à droite : la Tour, le Cavalier, l’Archer, le Messager, le Sage, le Roi, la Reine, l’Espion et les pions en première ligne.

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Chaque joueur dirigeait 24 pièces : le Roi situé au départ sur la case f7 se déplaçant comme le roi moderne, mais sans pouvoir roquer et sans pouvoir être pris ; la Dame très limitée en mouvement, une seule case sur les quatre diagonales, suivant la règle des échecs médiévaux jusqu’à la révolution de la fin du XVIe avec l’apparition des eschés de la dame ou jeu de la dame enragée qui renforça le pourvoir de la Reine ; le Sage ou Conseiller, se déplaçant comme le roi, mais pouvant être capturé ; l’Espion avançant d’un pas sur les rangées et colonnes, deux Messagers qui furent la réelle nouveauté de ce jeu et lui donnèrent d’ailleurs son nom, préfigurant les Fous modernes, ils se déplacent sur toutes les cases vides de toutes les diagonales, l’un de cases blanches, l’autre de cases noires ; deux Archers qui sont en faite l’équivalent des Fous du Moyen Âge issu des Fils persans (les éléphants) qui se déplacent de deux cases sur les diagonales en sautant éventuellement si une case est occupée sur le chemin ; puis deux Cavaliers et deux Tours semblables à ceux d’aujourd’hui ; et enfin 12 pions se déplaçant d’une case sans le double saut initial et prenant en diagonale. Rien n’est dit sur la promotion et ils devaient obéir sans doute aux règles échiquéennes de l’époque : revenir à leur case d’origine au moyen de joyeux bonds, comme il était dit, sur la même colonne, de la 8e à la 6e rangée, puis à la 4e et enfin à la seconde où ils recevaient la consécration de la promotion en Reine.

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Les Échecs du Messager étaient pour les joueurs allemands d’une très grande nouveauté, habitués comme ils étaient à jouer les équivalents des Fous de cette manière limitée héritée du chatrangj persan. Les joueurs de l’époque n’étaient point accoutumés à visualiser les diagonales dans toute leur longueur et croyaient que cette pièce surprenante dépassait en force la Tour et donnèrent ainsi le non de ce messager à ce jeu.

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Un passionné a récré ce jeu au partir du tableau en vente sur Courier Chess.com

La première mention du jeu apparaît vers 1200 dans Le Cavalier de la Roue de la Fortune, un roman arthurien allemand de Wirnt von Gravenberg, inspiré par Li bel inconnu (Le bel inconnu) du français Renaud de Beaujeu et la dernière en 1661 dans un autoportrait de l’artiste hollandais Jan de Bray, où l’on retrouve certaine ressemblance avec les pièces peintes par van Leyden. Il semble que le jeu disparut avec la naissance du XIXe siècle.

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Les Échecs du Messager dessinés par Jan de Bray ( peut-être un autoportrait ), 1661.

La Partie d’Échecs de Van Leyden

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Lucas van Leyden, peintre et graveur hollandais (1494 – 1533) – La Partie d’Échecs, vers 1508

Une jeune femme et un homme dispute une étrange partie, les Échecs du Messager (Kurierspiel en allemand), variante ancienne du jeu, souvent métaphore de la rencontre amoureuse, qui s’était propagée depuis le XIIIe siècle. La jeune femme assise est conseillée probablement par son père. En face d’elle, son futur mari détourne son visage et plisse les yeux, semblant se désintéresser du jeu. Il ne devrait pas ! Les pièces ne sont guère identifiables, mais il est en mauvaise posture, la gente demoiselle s’apprête à lui donner échec de sa Tour.

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Les Échecs du Messager étaient un jeu de plateau de la famille des Échecs, qui dans sa forme originale se joua pendant au moins 600 ans. La pièce du Messager est l’ancêtre de notre Fou moderne et ce jeu joua un rôle important dans l’évolution des Échecs médiévaux vers la modernité.