Archives de catégorie : Histoire

Une tour de Nishapur

Pièce d’échecs en ivoire sculptée sous la forme d’un char tiré par une paire de chevaux
menés par deux cavaliers (H : 5 cm L : 3,5cm), VII-VIIIe siècle, Iran – Metroplitan Museum

Cette pièce est très semblable à celles mise au jour à Afrasiyab près de Samarcande et, dans un premier temps, on lui attribua la même origine. Elle aurait été découverte, en fait, dans le district de Nishapur du Khurasan iranien.

Un roi venu d’Égypte

roi Egypte échecs
Roi ou reine en ivoire 3 cm, Egypte ou Irak Xe-XIe siècle

Toujours difficile de différencier le roi ou la reine dans ces époques médiévales. Cette pièce étant isolée, il n’est pas possible de dire s’il s’agit d’un roi ou d’un vizir, la dénomination ancienne de notre reine moderne, la forme de ces deux figures étant identique. Jusqu’au Xe siècle, seule la taille les différenciait au sein d’un même jeu.

Cette pièce, malgré sa stylisation islamique, semble garder quelque chose de sa splendeur indienne. L’arrière, plus élevé, représente le roi sur son palanquin porté par un éléphant dont on reconnaît les défenses réduites à deux petites excroissances latérales. Les arabesques allongées à l’avant et au dos pourraient symboliser la trompe et la queue de l’animal.

Le Cavalier de Tønsberg

Tønsberg cavalier pièce échecs

Les archéologues de l’Institut norvégien de recherche sur le patrimoine culturel (NIKU) ont trouvé une petite pièce d’échecs médiévale (un cavalier) richement décorée avant Noël, lors d’une fouille à la porte Anders Madsens à Tønsberg, dans une maison datant du XIIe siècle. Tønsberg est la plus ancienne ville de Norvège et les fouilles y sont suivies de près par les historiens et les archéologues. La pièce, cylindrique, en bois de cervidé, conçue selon la tradition islamique où aucune figure humaine ne doit être représentée, est haute de 3 cm sur 2,6 de diamètre. Les échecs furent introduits en Norvège à la fin de l’ère viking. De l’Orient, ils se frayèrent un chemin vers la Scandinavie au travers des vastes étendues sauvages de la Russie.

Tønsberg cavalier pièce échecs

Une Reine brisée

Reine allemande en ivoire de morse du XIVe – XVe siècle 5,7 cm, British Museum

Pièce en ivoire, sculptée sur toutes ses faces. La reine, assise sur un trône à haut dossier crénelé, portant manteau et couronne, tient son sceptre à la main. Elle est encadrée d’un personnage portant un navire à gauche et d’un soldat armé à droite.

Un pinacle (partie la plus élevée) au dos est manquant. Une fissure profonde, courant en diagonale vers le bas-côté droit, du soldat tenant la lance aux genoux de la reine, indique que la pièce a été cassée puis recollée.

Pièces fatimides en cristal de roche

Une pièce en cristal de roche fatimide, Egypte, XIe siècle, sculptée avec des motifs foliacés profonds en biseau et des traits incisés. Hauteur : 4cm.

Du sous-continent indien et à travers la Perse, le jeu d’échecs gagna des centres tels que Bagdad ou Le Caire, d’où provient probablement cette pièce, attribuée soit aux califats abbasides ou fatimides, car elle partage un certain nombre de caractéristiques stylistiques et techniques avec des exemples de pièces de jeu similaires dans diverses collections. Un exemple particulièrement proche de la forme, du style et de la taille se trouve au Victoria and Albert Museum de Londres.

Roi d’Égypte ou d’Iraq  de la fin du IXe ou  du début du Xe siècle. Victoria and Albert Museum

Pièce d’échecs en cristal de roche taillée en forme de deux lobes inégaux, courbés à une extrémité et plats à l’autre. La pièce est percée sur le dessus de la protubérance et a probablement été utilisé comme reliquaire pour contenir de saintes reliques dans un contexte chrétien plus tardif. Sur un lobe, deux oiseaux s’affrontent. Du lobe plus petit, se dresse une tige pointue avec des projections ressemblant à la tige d’un arbre taillé.

C’est probablement un roi. Au Moyen-Orient, à l’origine, le roi paradait sur un éléphant bien reconnaissable. Cependant, sa forme est rapidement devenue très stylisée, et sa caractéristique principale est son manque de symétrie avant et arrière. Cette pièce a une base ovale basse, plate et évidée. Le corps principal a un sommet arrondi et a été sculpté en trois éléments distincts. Une bande haute avec une surface supérieure décorée sépare deux faces qui s’incurvent vers l’extérieur. Le devant montre une paire d’oiseaux qui s’affrontent. Ils dessinent un motif qui ressemble un peu au visage d’un éléphant. Le dos est beaucoup plus bas et est décoré d’un motif de rouleaux feuillus. Il a été endommagé quand un trou a été percé dans le haut. Cela peut être arrivé lorsque le roi a été réutilisé comme reliquaire (un réceptacle pour des reliques saintes).

L’éléphant accouche d’une souris

pièce échecs persanes Nishapur
Un vizir (5,6cm.) et un cavalier (4,1 cm) persans originaires de Nishapur, vers le XIIe siècle

Le fou est en ivoire avec les deux protubérances sommitales habituelles symbolisant les défenses de l’éléphant. Le cavalier, en céramique recouverte d’un glaçage turquoise, avec sa tête stylisé ressemble à une souris. Ces deux pièces représentent de bons exemples des formes abstraites des jeux persans après l’influence musulmane. C’est ainsi que le jeu fut introduit en Occident, les musulmans travaillant pour des commandes européennes. Ces modèles furent ensuite copiés par les artisans européens pendant des décennies avant de s’affranchir de cette influence.

Les pièces de Charavines-Colletière

piece echecs Charavines
Reconstitution du site de Paladru

Sur le site de trois habitats construit au XIe siècle au bord du lac de Paladru (Isère) furent découverts, dans le bâtiment principal, au centre de la fortification, onze pièces d’échecs en bois de cerf, de noisetier, d’aulne et de saule. Les épaisses litières végétales répandues sur le sol, favorisaient la perte de petits objets. La montée des eaux du lac, amenant l’abandon du site trente ans plus tard, les recouvrit et les conserva en excellent état, les pièces en bois traversant habituellement mal les siècles.

 

« Alors que les dés et les jetons de trictrac sont recueillis dans les bâtiments secondaires ou les dépotoirs, explique Luc Bourgeois, les pièces d’échecs proviennent surtout de l’édifice central, occupé par des personnages d’un rang social plus élevé¹ », la famille dominante, riche et cultivée : les milites. « Ses membres possèdent des instruments de musique élaborés (muse, vièle) tandis que leurs voisins en ont de plus modestes (flûtes, flageolets). Toutefois, la différence de rang social entre les maîtres du domaine et leur entourage se marque également au niveau des jeux de table. En effet, si les échecs semblent l’apanage des premiers, les seconds jouent exclusivement aux dés et au trictrac.¹ »

Les pièces, de modèle arabe, antérieure aux années 1020, sont taillées au couteau dans des branchettes de bois tendre. Un cavalier, une tour et quelques pions sculptés dans des bois de cerf, plus noble, appartenaient sans doute au seigneur du lieu. Leurs tailles réduites, leurs formes et la simplicité des matériaux en font des pièces pour jouer au quotidien. On ne sais guère comment les joueurs différenciaient les deux camps. Les nuances de couleurs sont plus dues aux conditions de gisement. Pas de pigment rouge et blanc retrouvé, les couleurs habituelles de l’époque. Les incisions sur certaines pièces en os permettaient peut-être de les distinguer. Les échiquiers ne furent pas retrouvés.

¹ Luc Bourgeois : Introduction et mutations du jeu d’échecs en Occident (Xe -XIIIe siècles) dans Échecs et trictrac, catalogue de l’exposition présentée du 23 juin au 18 novembre 2012 au musée du château de Mayenne.

Monstre ailé

pièce échecs iran Saqqizabad
Pièce en ivoire découverte à Saqqizabad en Iran (9.8 x 6.7 cm), XI -XIIe siècle

Pièce persane, sans doute une tour. Un homme chevauche une créature ailée qui a perdu sa tête. Le cavalier porte un pantalon aux motifs hachurés et une veste avec des plis suggérés. Sa tête est également incomplète. La base est décorée par une bordure de perle.