Archives de catégorie : Histoire

Des Échecs à la guerre

Au Moyen-Âge, on joue aux échecs comme on fait la guerre.
Mais bientôt, on fera la guerre, comme on jouera aux échecs.

échecs moyen-âge guerre
Chevalier en armure et à cheval, tenant une épée, se jette dans la mêlée, 1remoitié du XIIIe siècle (9 cm) .
Berlin, Skulpturensammlung und Museum für Byzantinische Kunst, Gothic Ivories Project

Quand vers le Xe siècle, l’Islam offre à l’Occident ce magnifique cadeau qu’est le Jeu des Rois, les Européens ne connaissent rien de ce jeu étrange. Non seulement, ils ne savent pas jouer, mais ils sont complètement déroutés quand ils tentent d’apprendre. Dérouté « par les principes du jeux, par la nature et la marche des pièces, par l’opposition des couleurs et par la structure de l’échiquier. C’est un jeu oriental, né aux Indes, transformé en Perse, remodelé par la culture arabe. Mise à part sa parenté symbolique avec l’art militaire, tout ou presque y est étranger aux chrétiens de l’an mille. Il faut donc pour assimiler ce jeu nouveau le repenser quelque peu, l’adapter aux mentalités occidentales, lui redonner une image plus conforme aux structures de la société féodale. Cela prit sans doute quelques décennies et explique que les textes narratifs ou littéraires, qui au XIe et XIIe siècle parlent des échecs, soient si confus, si contradictoires, si imprécis.¹ »

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Évêque XIIIe siècle. Des soldats prêt au combat – Berlin, Skulpturensammlung und Museum für Byzantinische Kunst, Gothic Ivories Project

Pour l’historien Michel Pastoureau, ce qui déconcerte les occidentaux, c’est le déroulement même de la partie et son but : la recherche de la victoire ! Le but final du jeu, le mat, est aussi impensable : on ne capture pas un roi ! Et, en cette époque, où les batailles, se terminant le plus souvent en débandades, se déroulaient dans un tel désordre qu’il était même parfois difficile de déterminer qui avait gagné, cette planification stratégique du combat déroute. On fonce sus à l’ennemi, comptant sur la force brute. C’est de même que l’on joue aux Échecs, sacrifiant sans remords la piétaille, pour permettre aux pièces lourdes et nobles de s’affronter rapidement. Le combat cesse quand vient la nuit, quand l’hiver s’approche, mais pas quand l’adversaire est mis en déroute. On recommence le lendemain, au printemps suivant. Se battre est plus important que gagner. On retrouve cela, la paix revenue, dans ces parties interminables qui pouvaient durer plusieurs jours, entrecouper d’une chasse, d’un festin, d’un bal. Jouer est plus important que gagner.

échecs moyen-âge guerre« En fait, poursuit Michel Pastoureau, la partie d’échecs ressemble à la bataille et non pas à la guerre, deux choses très différentes pour les chrétiens.¹ » Dans l’Occident des XIe et XIIe siècles, les batailles véritables sont très rares et remplissent une fonction ordalique², se déroulant selon un rituel quasi-liturgique. Bien différente est la guerre, raison d’être du seigneur soit, mais qui fait aussi partie de sa vie quotidienne. Notre nobliau revêt son harnois, comme notre cadre, aujourd’hui, prend le matin son attaché-case. La guerre « est faite d’incessants combats de petits groupes, de harcèlement répétés, d’escarmouches infructueuses, de chevauchées incertaines, de recherches de butin […] Elle n’a rien d’une sanction divine comme la bataille, et ne s’apparente guère à une partie d’échecs.¹ »

« Il faut donc imaginer la confusion et le stress des combattants dans ces mêlées indescriptibles et inextricables, comme lors d’un orage qui décharge son électricité dans des éclairs fulgurants. L’adrénaline n’est pas une ressource inépuisable et passé les premiers instants de fureur aveugle  il y a fort à parier, qu’on en revenait très vite au chacun pour soi.³ »

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Guerrier viking, fin du XIIe siècle en proie à la fureur du combat, 7 cm – Stockholm, Historiska museet, Gothic Ivories Project

« Au tournant des XIIe-XIIIe siècles, toutefois, cette situation évolue, conclut Michel Pastoureau. La lutte conte les infidèles a progressivement donné aux chrétiens l’habitude et le goût des batailles, et en 1214 se déroule la première grande bataille entre chrétiens : Bouvines. Dès lors, la guerre féodale se transforme, les guerres nationales apparaissent, et les rapports se font plus étroits entre le jeu d’échecs et les enjeux militaires. Peu à peu, le comportement des rois et des chevaliers au combat devient échiquéen.¹ »

¹ Michel Pastoureau, L’Échiquier de Charlemagne – un jeu pour ne pas jouer, 1990 Éditions Adam Biro.
² L’ordalie, ou « jugement de Dieu », est une forme de procès à caractère religieux qui consiste à soumettre un suspect à une épreuve, douloureuse voire potentiellement mortelle, dont l’issue, théoriquement déterminée par une divinité, permet de conclure à la culpabilité ou à l’innocence du dit suspect.
³ La guerre au moyen âge, Medievart

Les origines des pièces de Lewis

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The Lewis chessmen

De nouvelles recherches ont jeté le doute sur les théories traditionnelles concernant l’historique des pièces de Lewis. Ces 93 pièces, actuellement réparties entre les musées d’Édimbourg et de Londres, furent découvertes sur l’île de Lewis en 1831 et considérées comme des pièces de jeu d’échecs d’origine scandinave, fabriquées à Trondheim en Norvège, le centre de la taille de l’ivoire de morse au Moyen-Âge.

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Mais les recherches, dirigées par le Dr David Caldwell du National Museum of Scotland, suggèrent qu’elles ont peut-être été utilisées à la fois aux échecs et au Hnefatafl¹, un jeu pratiqué dans la Scandinavie médiévale, mentionné dans de nombreuses sagas islandaises, où l’on retrouvait des rois et des pions. Cela jette également un doute sur la théorie traditionnelle selon laquelle ces pièces d’ivoire furent  perdues ou enterrées par un marchand. Le Dr Caldwel estime que ces pièces étaient plus susceptibles d’appartenir à une personne de haut rang, vivant sur l’île : « Nous pensons toujours que les pièces sont d’origine scandinave, peut-être fabriquées dans un atelier par plusieurs maîtres dans une ville comme Trondheim. Mais l’une des principales choses que nous affirmons dans nos recherches est qu’il est beaucoup plus probable que la horde soit de Lewis, appartenant à une personne qui y vivait plutôt qu’abandonnée par un commerçant de passage. Pour prendre un exemple relativement simple, un poème de louange dédié au milieu du XIIIe siècle à Angus Mor of Isla, dit que ce dernier à hérité de pièces d’échecs en ivoire de son père Donald, faisant d’Angus le tout premier Macdonald et aussi le roi de Lewis. Bien sûr, il serait stupide de prendre tout dans ce poème de louange au pied de la lettre, mais néanmoins, cela nous donne une idée d’une société de l’ouest de l’Écosse où de grands leaders comme Angus Mor, des évêques, des chefs de clan, appréciaient de jouer aux échecs et y voyaient un de leurs accomplissements. »

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Pions d’échecs ou de hnefatafl ?

On peut se demander comment ces pièces luxueuses, d’une grande valeur à l’époque, sont arrivées sur cette terre désolée. Caldwell pense qu’il existait une richesse raisonnable dans ces îles occidentales au XIIIe siècle, peut-être parce que l’économie médiévale accordait une plus grande valeur à une terre relativement stérile pouvant servir à l’élevage. « Il existait là certainement des chefs pouvant gagner beaucoup d’argent en élevant du bétail ou faisant des raids. Jusqu’au XIIIe siècle, survivait encore un mode de vie viking. »

« Je serais très déçu si nous avions écrit le dernier mot. Nous espérons avoir ouvert le débat et montré qu’il est possible, même avec un sujet très connu, de découvrir de nouvelles choses.² » Les pièces de l’Île de Lewis resteront sans doute encore longtemps entourées de mystères.

¹ Tafl signifie « table » en vieux norois. Grâce à un plateau de hnefatafl découvert dans un tombeau de l’âge du fer au Danemark, on sait que ce jeu existait en Scandinavie dès 400 après Jésus-Christ. Les Vikings l’ont introduit en Islande, en Grande-Bretagne et en Irlande où il devint l’unique jeu de plateau pratiqué par les Saxons. Il resta populaire jusqu’à l’introduction des échecs au Xe siècle. Les règles de l’époque en sont aujourd’hui perdues.
² Recherches publiées dans Medieval Archaeology en novembre 2009.

Un éléphant sur un fil

Cavalier monté sur un éléphant sculpté sur une base ovale (hauteur : 4,7 centimètres), Ouzbékistan XI-XIIe siècle – British Museum

Le fīl (fyala, afyāl), ou l’Éléphant du jeu indien, se déplaçait selon les diagonales, faisant un bond de deux cases à partir de sa case d’origine, que la case intermédiaire soit occupée ou vide. Le fīl capturait, comme notre cavalier aujourd’hui, la pièce qui se trouvait éventuellement sur la case d’arrivée. Les Éléphants droits et gauches étaient distingués comme aujourd’hui nos Fous et Cavaliers : fīl ash-shāh et fīl al-firzān, l’éléphant du Roi (shāh) et du conseiller (firzān).

Quand les échecs arrivèrent en Perse, le nom sanscrit fut traduit en pil. Les musulmans, pour convenir à la phonologie arabe, le transformèrent en fil et alfil (en préfixant l’article défini arabe al). Son mouvement d’origine reste incertain. H.J.R. Murray dans son History of Chess considérait que le saut en diagonale à deux cases était sans doute le mouvement original, faisant alors de l’éléphant et du vizir les pièces les plus faibles du jeu, raison principale, selon lui,  des changements qui rendirent l’alfil et le ferz (devenant respectivement le fou et la reine) plus forts dans les échecs modernes à la Renaissance.

Éléphant de verre

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Pièce en forme d’éléphant 6,2 cm diam. 9 cm hauteur, verre taillé Perse ou Syrie, X-XIVesiècles

Les échecs étaient le jeu d’intérieur le plus populaire du Califat abbasside, puis ils se propagèrent au Levant, en Afrique du Nord et dans l’Empire byzantin via les conquêtes islamiques. Aux XIe et XIIe siècles, les échecs n’étaient joués que dans les cercles nobles et royaux, et les pièces étaient souvent fabriquées à partir de matériaux de luxe tels que l’ivoire et le cristal de roche.

De verre turquoise, de forme cylindrique à base plate et au-dessus légèrement bombé, cette pièce est rare, estimée à plus de 35 000 €. Des pièces en forme d’éléphant ont été trouvées au travers du Moyen-Orient, de Iran ou de l’Inde, ainsi que dans les régions d’Asie centrale, bien qu’elles aient généralement été de forme abstraite et ne ressemblent pas à l’animal comme dans cet exemple. Cependant, peu d’entre elles ont été trouvées en verre.

Une reine perdue

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La Reine perdue de Trondheim

Récemment, la consultation de documents datant de 1890 et concernant des fouilles qui eurent lieu dans les ruines de l’église St Olav à Trondheim en Norvège, révéla le dessin d’une petite figurine humaine fragmentaire. Le découvreur, le Major Otto Krefting, fournit seulement de pauvres informations sur l’objet : « Dans les graviers ont été trouvés des fragments brûlés d’une petite Madone avec l’enfant Jésus (Christchild), magnifiquement sculptée en ivoire. » Malheureusement, le dessin et la description de Krefting sont tout ce qui a survécu, la pièce semble avoir été perdue. Probablement à cause de son absence, et de l’obscurité de la publication contenant le dessin, aucune autre idée ne semble avoir été donnée sur la fonction de l’objet, âge et iconographie. Cependant, lors d’une nouvelle évaluation, il peut être considéré comme une des découvertes les plus importantes de son genre. Le dessin dépeint, sans doute fragmentairement, la forme caractéristique et les détails d’une reine d’échecs du type si familier des pièces en ivoire de morse découvert en 1831 sur l’île de Lewis.

L’illustration comprend des vues avant, droites et arrières de la tête fragmentaire et torse supérieur d’une petite figurine humaine, avec, en outre, deux fragments apparemment séparés de forme et d’origine plus ambiguës. La référence de Krefting à un Christchild est clairement fantaisiste, et peut être ignoré.

La figurine est comparable aux reines de l’île de Lewis par les matières premières, taille, forme et détails sculpturaux. En ce qui concerne la matière première, Krefting déclare que la pièce est composée d’ivoire et  probablement entendait-il, ivoire de morse. Les huit reines de Lewis varient considérablement en taille. Cependant, la hauteur de la partie survivante de la figurine de Trondheim est de 4,5 cm, soit une hauteur totale de 9 cm (4,5 cm supplémentaires pourraient accueillir un corps inférieur et un trône convenablement proportionné), semblable avec les deux plus grandes reines de Lewis. Le trait le plus frappant et évocateur et l’indice le plus éloquent, sont l’attitude caractéristique de la souveraine, la main droite reposant contre la joue. De même, le voile, recouvrant les épaules, la place de manière concluante dans la compagnie des reines d’échecs de Lewis. La manière précise dont le voile de la reine de Trondheim est plié et disposé sur les épaules, est reproduit presque exactement sur les deux plus grandes reines de Lewis, tandis que la bande de décoration perlée le long de son ourlet est répétée sur l’une des plus petites reines. La bande décorative entourant la tête est clairement la base décorée d’une ancienne couronne. Bien que le visage soit endommagé, les yeux fixes et les sourcils forts sont compatibles avec le visage emphatique caractéristiques et l’expression intense des reines Lewis.

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Les fragments trouvés avec la figurine, en ivoire noirci à la chaleur, sont plus ambigus. Celui de droite peut éventuellement appartenir au devant de la reine, les deux paires de lignes parallèles faisant peut-être à l’origine partie de l’ourlet décoré de sa robe. Le fragment de gauche est encore plus énigmatique, et la présence ostensible de petits motifs point et cercle, les ocelles, une forme de décoration presque entièrement absente des pièces de Lewis, soulève quelques doutes quant à savoir si ce fragment provient réellement de la reine.

Il ne fait aucun doute que la reine provient du même atelier qui a produit les pièces de Lewis, atelier que l’on situe précisément à Trondheim, bien qu’une controverse argumentée, originerait les pièces en Islande. Cette reine est probablement l’une des premières formes de représentation des pièces d’échecs connue en Scandinavie et la présence de ce nouveau membre de la « famille Lewis » sur le sol norvégien renforcerait la pertinence de la présence de cet atelier au cœur même de Trondheim, une des plus anciennes villes scandinaves, riche d’ateliers médiévaux de sculpture sur bois et sur ivoire.

Bibliographie : A drawing of a Medieval Ivory chess piece from the 12th-century church of St Olav, Trondheim, Norway (pp 151-154) Christopher McLees and Oystein Ekroll.

Échecs des antipodes

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Pièce d’échecs en os, tournées et sculptées

Ces deux pièces d’échecs en os furent trouvées sous le plancher de deux maisons d’ouvriers de l’époque victorienne en Australie à Darling Harbour, un quartier de Sydney. Probablement fabriquées en Grande-Bretagne pour un marché en plein essor, ces jeux portatifs faisaient partie d’une longue tradition d’objets d’utilité, de plaisir et de décoration en os, ivoire et corne.

Un tel travail ou « scrimshaw » est généralement associé aux marins, mais pouvait également être réalisé par des prisonniers de guerre, des condamnés ou des esclaves pour obtenir de la nourriture ou de l’argent. De petits objets similaires étaient également faits de pierre ou d’autres matériaux facilement disponibles. On les trouve dans de nombreux sites du dix-huitième et dix-neuvième siècle dans le monde, en particulier ceux qui ont un lien militaire ou maritime, tel que les forts, les camps de prisonniers, les forts, les épaves et les carcasses.

Un chevalier d’Henry VIII

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Reconstruction d’un Cavalier vers 1510–30 – Metropolitan Museum

Ce cavalier en ivoire, semblable à une pièce d’échec similaire dans la collection du Metropolitan Museum (n° 68.95), donne une bonne impression d’une armure complète pour homme et cheval portée dans toute l’Europe au début du XVIe siècle.

Malgré la représentation quelque peu stylisée de l’armure, plusieurs éléments de la figure sont remarquables. Dans le cadre d’une armure complète, l’homme d’armes porte un casque, des défenses d’épaules (épaulières) avec de grandes brides droites pour une protection supplémentaire du cou (haute-pièces) et une jupe textile. De la lance, qui reposait jadis sur le côté de la selle, seule subsiste la partie sous la main droite du cavalier.

Le harnachement du destrier comprend un chamfron (pièce de fer qui couvrait autrefois le devant de la tête d’un cheval armé) léger et ouvert, sans protection des oreilles ou des yeux ; une crinière de plusieurs plaques de métal associées et flexibles, probablement muni d’une défense supplémentaire pour la gorge ; un pectoral et une croupière. Les deux derniers éléments montrent peu de détails, à l’exception d’un bossage proéminent de chaque côté du pectoral et d’une bande qui court le long des bords principaux, mais leur apparence générale indique que les deux sont faits de cuir plutôt que de métal.

Alors que l’armure du corps du cheval est d’un type porté dans toute l’Europe au début du XVIe siècle, jusqu’en 1540 au moins, sa combinaison avec plusieurs éléments de l’armure de l’homme, permet une datation un peu plus précise. La combinaison de l’armure avec un plastron globuleux, de grandes épaulières avec de hauts gardes droits (haute pièces), et une jupe indique plutôt le début du XVIe siècle. Ce mélange particulier de traits stylistiques italiens et allemands est caractéristique de la mode à la cour anglaise du temps de Henry VIII. Ces jupes, souvent fabriquées à partir de textiles tissés ou brodés, étaient portées avec des armures en Italie depuis au moins le milieu du XVe siècle, mais sont devenues populaires dans le reste de l’Europe peu après 1500. Si l’on considère les hautes pièces extrêmement hautes des épaulières rarement découvertes avant 1510, et le fait que les harnachements de ce type devinrent moins populaires peu après la troisième décennie du siècle, la date la plus probable pour cette pièce d’échecs se situe entre 1510 et 1530 environ.

Un chevalier en armure

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Cavalier en ivoire d’éléphant, Europe de l’est (6 x 6,4 cm), vers 1350 – Metropolitan Museum

Ce remarquable Cavalier en ivoire, le survivant solitaire d’un ensemble disparu, fournit une description rare d’une armure complète de la fin du XIVe siècle à la fois pour l’homme et le cheval. En outre, il est l’une des plus anciennes représentations avant le XVIe siècle.

L’armure de l’homme et du cheval peuvent être datées de la seconde moitié du XIVe siècle. Celle de l’homme d’armes se compose d’un bassinet à visière avec une protection du cou (camaille en côte de maille), d’une chemise à manches longues, de gantelets en forme de sablier, de genouillères et de jambières. Le personnage se protège de son bouclier de cavalier, une targe. L’épée de guerre ou « grande épée » est suspendue à son flanc gauche, tandis que sa main droite tenait autrefois une lance reposant devant l’arc de selle ; seule la partie inférieure de la lance a survécu.

cavalier ivoire échecs pièce médiévalL’élément le plus notable du harnachement est le grand chamfron (ou chanfrein), la large pièce de fer qui entoure toute la tête de l’animal. Le chamfron s’étend avec habileté de l’arrière jusqu’à la pointe du museau, où il est percé pour la ventilation. La zone des oreilles est trop usée pour révéler toute défense, mais les yeux sont couverts par des protections en forme de coupes. Une ligne étagée de chaque côté de la tête suggère que la grande plaque principale est reliée par des charnières à d’autres plaques protégeant le dessous de la mâchoire inférieure du cheval. Le chanfrein est prolongé à l’arrière par deux nervures qui semblent entourer complètement le cou. Une côte de maille protège le bas du cou, la poitrine et l’arrière-train et s’étend à l’origine jusqu’au genou et au jarret de l’animal, aujourd’hui manquants.

En plus, le cheval porte quatre panneaux. Le premier, en forme de pectoral est suspendu à la base du cou, protégeant la poitrine ; un panneau carré de chaque côté des quartiers arrières et un panneau en forme de bouclier à l’arrière, cachant complètement la queue, sont suspendus à un système de sangles au travers la croupe. Ces panneaux, servant à la fois de protections supplémentaires et de parures, étaient en cuir durci recouvert de textiles peints ou brodés avec les armoiries du chevalier.

L’absence d’armure de plaque pour le torse et les bras de l’homme, ou d’un revêtement textile pour son corps, est inhabituel pour la fin du XIVe siècle, mais les représentations de ce type particulier de chamfron peuvent être trouvées dans la dernière moitié du XIVe jusqu’au moins la deuxième décade du XVe. Les protège-yeux du destrier en forme de cuillère, le manque d’armure de plaque pour le cavalier et le fait que les côtes de mailles recouvrant les chevaux sont rapidement tombés en désuétude après le début du XVe siècle, plaident pour une datation de cette pièce au quatorzième siècle.

Au début du haut Moyen Âge, les épées sont portées au côté gauche au moyen d’un double pontet vertical (sorte de boucle rigide).

Le tueur de dragon

Cavalier français vers 1250 (7,8 x 6,5 x 3,5 cm) en ivoire de morse – Metropolitan Museum

La figurine représente Saint-Georges terrassant le dragon. Le personnage, coiffé d’un casque fermé à sommet plat, est revêtu d’une cuirasse sur une tunique. Protégé de son large bouclier triangulaire, il brandissait une lance dans sa main droite, mais malheureusement le bras a été brisé à l’épaule. La pointe est encore visible dans la gueule grimaçante du monstre. Son destrier se cabre sur cet horrible dragon. Sa queue se fond dans un enchevêtrement de volutes florales comme une suggestion d’une forêt enchantée où notre héros poursuivra sa quête.
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Cette pièce, finement ciselée, beaucoup plus élégante que les pièces habituelles de cette époque, était réservée à l’élite aristocratique. Elle est contemporaine des pièces non-figuratives, utilisées par tous les degrés de la société médiévale.

L’éléphant qui se prenait pour un cheval

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Un roi ou une reine du XIè siècle – Collection de Nicolas Devigne

Habituellement, le décrochement entre l’arrière, le souverain sur son trône, et l’avant, l’éléphant porteur, est plus important. La vue de face évoquerait, avec la partie sommitale triangulaire, plutôt la tête du cheval d’un Cavalier islamique, mais pourrait tout aussi bien stylisé la face et la trompe d’un éléphant.

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