Archives de catégorie : Histoire

Le Cavalier de Weoley Castle

Weoley piece echecs
Manoir médiéval, proche de Birmingham, entouré de douves, construit vers 1270.

Une série de fouilles archéologiques de 1930 et 1950 ont révélé sur ce site une riche collection de découvertes, en particulier une pièce d’échecs en os du XIVe ou XVe siècle. Les Échecs étaient alors fort appréciés au moyen-âge, mais seules les personnes riches pouvaient s’offrir de telles pièces coûteuses.

Cavalier de style islamique en os

Le Fou de Wallingford

Wallingford piece echecs
La pièce de jeu d’échecs trouvée lors des fouilles.

En 2016, lors d’une fouille de l’arrière-cour du Wallingford Museum dans l’Oxfordshire, une petite figurine fut découverte. Tout d’abord, les conservateurs du musée pensèrent que l’artéfact était une minuscule sculpture de chat, mais un examen plus précis révéla qu’il s’agissait d’une pièce de jeu d’échecs en bois de cerf. Le bâtiment principal du musée était autrefois le prieuré de Wallingford, une abbaye bénédictine et dont seules les fondations demeurent aujourd’hui, toutes souterraines.

« L’identification, rapporte la conservatrice Judy Dewey, a montré que la pièce était une pièce d’échecs de style arabe datant du moyen-âge. C’est l’une des 50 pièces médiévales d’échecs en Angleterre, et, avec ses 21, 7 mm de haut, elle est unique en étant la plus petite connue à ce jour dans le pays. Nous avons plaisanté en disant que nous allions retrouver les 31 autres pièces et le plateau de jeu, mais bien sûr cela est très peu probable ».

La pièce, décorée d’ocelles typiques, fut sculptée dans un bois de cerf au XIIe ou XIIIe siècle. La plupart des autres pièces de ce genre sont au moins deux fois plus grandes. Il s’agit d’un fou (l’éléphant du jeu persan), les petites pointes sommitales, stylisant les défenses de l’animal, évoquèrent pour l’occident les cornes de la mitre de l’évêque ou du chapeau du fou royal. Les pièces et l’échiquier devaient être réellement petits, faisant penser à un ensemble de voyage.

Avant la disparition de l’abbaye, les visiteurs du château de Wallingford étaient parfois logés dans le prieuré. Les échecs, étant un jeu très apprécié la noblesse et des classes éduquées, n’importe lequel de ces visiteurs, ou les moines eux-mêmes, pourraient avoir joué et perdu la pièce.

La Reine de Clonard

Clonard echecs piece

Cette pièce date du XIIe siècle. Découverte en 1817 dans une tourbière près de Clonard en Irlande, elle représente une reine en ivoire ou os poli avec un noyau de plomb. Une petite pointe de fer à la base permettait vraisemblablement la fixation sur l’échiquier.

Clonard echecs pieceLa figurine porte une couronne et un long voile recouvrant les épaules. Le manteau aux bords repliés, révèle une bordure décorative de points et de croix. La main gauche, posée sur la joue, est soutenue au coude par la main droite. Le dossier de le chaise, aux bras saillants, est décoré d’une paire de dragons à deux pattes. Leurs queues, semblables à des poissons, sont entrelacées et leurs gueules jointes par un parchemin perlé. Les lettres S, P et K sont écrites au dos en écriture lombarde. Une perforation à travers le cou semble avoir été ajoutée plus tard, indiquant que la figurine fut peut-être porté en pendentif.

Elle semble appartenir à la même tradition qui a produit le groupe de 78 pièces trouvées en 1831 sur l’île de Lewis en Écosse. On ne connaît que deux autres personnages du même atelier, l’un à Bargello (Florence), l’autre à Óland en Suède. Ces pièces, à la décoration de style roman, furent fabriquées dans un royaume viking dans la seconde moitié du XIIe siècle. La pièce de Clonard fut trouvée 14 ans avant celles Lewis.

Un jeu d’échecs rare

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Jeu d’échecs samanide découvert à Nishapur (Iran) Xe siècle, la plus grande pièce : 3,5 cm et la plus petite : 1,7 cm.

Il est exceptionnel de trouver un jeu d’échecs presque complet de cette première période, comme le souligne le Dr. Thomas Thomsen, président de Chess Collectors International : « Durant mes quarante années d’expérience, je ne suis au courant d’aucun autre jeu complet de cette période ». Composé de seize pièces en ivoire : les Rois et les Reines représentés par des figurines « animales » stylisées, les chevaliers et les tours sont également de forme stylisée, alors que la loi coranique interdit habituellement les représentations d’êtres vivants ; les pions, de forme abstraite, avec des têtes sphériques, sont très proches de nos pions actuels.

Les origines du jeu d’échecs sont identifiées étymologiquement au sous-continent indien, bien qu’aucune pièce d’échecs n’ait encore été découverte dans le sous-continent, d’où le chaturanga sanskrit aurait été plus tard adapté en persan, devenant le shatranj. Les échecs sont mentionnés dans les écrits de l’époque, notamment par le poète persan Abū-l-Qāsim Manṣūr ibn Ḥasan al-Ṭūṣī, nommé également Firdausi (934-1020) qui décrit le jeu comme venant de l’Inde. Le poète Omar Khayyam (1048-1131) compare lyriquement le jeu d’échecs au destin :

Tout est un échiquier de nuits et de jours
Où le destin joue des hommes comme des pièces
Les poussant çà et là, puis vient le mat et la mort
Et, un par un, ils finiront dans la boîte.

Rapidement devenus le jeu d’intérieur le plus populaire sous la dynastie abbasside, les échecs se répandent vers le Levant, en Afrique du Nord et dans l’Empire Byzantin via les conquêtes islamiques. Aux XIe et XIIe siècles, les échecs n’étaient joués que dans les cercles nobles et royaux, et les pièces et échiquiers étaient fabriqués dans des matériaux précieux tels que l’ivoire et le cristal de roche. Sa valeur est estimée à 30 000 €.

Les piece de l’abbaye de Rievaulx

Rievaulx piece echecs

Le jeu d’échecs est arrivé en Angleterre vers le XIIe siècle et les premiers jeux montrerent de fortes influences stylistiques perses et indiennes. Les échiquiers étaient probablement en bois et ces pièces ont pu être jouées jusqu’au XVIe siècle.

Rievaulx piece echecs
Une tour et un roi

Ces pièces d’échecs médiévales proviennent de l’abbaye de Rievaulx, mais sont conservées au Helmsley Archaeology Store. Adoptées par les Arabes et amené en Europe occidentale à partir du XIIe siècle, elles ont plus de 800 ans, mais sont pourtant encore très actuelles par leur forme.

Rievaulx piece echecsLa pièce blanche, découpée dans un fémur d’un bœuf, mesure 5 cm de haut sur 4,5 cm de large. C’est une représentation stylisée d’un roi indien monté sur un éléphant – la partie supérieure ressemble à un trône, alors que la partie inférieure représenterait l’éléphant. Finement sculptée et lissée, elle était peut-être une pièce décorative peinte, bien qu’il n’y ait aucune preuve de cela aujourd’hui. La deuxième pièce, une tour élégante en bois fossile (Whitby jet) décorée d’ocelles en argent, fut découverte à une certaine distance du roi blanc. Les décorations en anneau et en point sont typiques des influences islamiques représentées au XIIe siècle. Ces pièces sont assez grandes et l’on peut imaginer la taille de l’échiquier utilisé pour jouer. Il est tentant de les voir comme provenant peut-être du même ensemble, avec les pièces blanches faites d’os et les noirs en bois fossile, mais rien ne le prouve.

Rievaulx piece echecsIndication d’un style de vie moins austère, évoquant l’adoucissement des anciennes règles cisterciennes ? La présence de pièces d’échecs du XIIe siècle à l’abbaye de Rievaulx ne signifie pas que les moines consacraient leur loisir à ce jeu ; elles ont pu être introduites sur le site à une date ultérieure ou appartenir à des visiteurs.

Ces pièces sont rares, peut-être seulement une cinquantaine d’exemplaires connus en Angleterre et, à partir de la fin du XIIe siècle, de telles pièces stylisées furent remplacées par d’autres pièces de forme humaine, ce qui nous permet aujourd’hui de reconnaître nos pièces d’échecs.

Bayley Lane, Coventry

Coventry echecs

Une série de fouilles menées par Birmingham Archaeology à Coventry a mis au jour une pièce d’échecs médiévale, sans doute un roi ou une reine. Récupérée dans une petite fosse peu profonde qui contenait aussi des poteries datées du 14e siècle, la pièce mesure 40 mm de haut sur 40 mm de diamètre. Sculptée dans le style islamique avec des décorations en forme d’anneau et de point formant des croix répétées trois fois sur les côtés.

Le motif en forme de V inversé indique un trône stylisé. Difficilement datables, les exemples médiévaux vont du 11e au 14e siècle.

 

Un roi sans tête

roi échecs medieval
Roi du XIVe – XVe, Italie, Lazio, province de Rome, 10 cm. British Museum.

Les nombreuses pièces découvertes au cours des fouilles archéologiques permettent de supposer que les échecs étaient couramment pratiqués au Moyen Age, du moins par les classes nobles. Leurs dispositions sur les sites, dans ou autour des habitats de la classe aristocratique, ne laissent point de doute. Les dés, le trictrac, les merelles médiévales, où deux joueurs devaient aligner des pions, étaient plus joués par la soldatesque et le bas peuple. Cette différence n’était pas uniquement culturelle, le coût d’acquisition élevé d’un échiquier et de ses pièces réservait ce jeu à l’élite. Les fictions littéraires de l’époque témoignent également de la pratique des échecs par l’ensemble de la noblesse, mais là encore, le prix d’un bel échiquier limitait sans doute la diffusion du jeu, « cette omniprésence des soixante-quatre cases n’était certainement pas aussi marquée. La prégnance de l’échiquier dans la vie des aristocrates ne serait donc parfois qu’un stéréotype littéraire sans rapport avec la réalité – les formules récurrentes dans les textes décrivant un noble jouant a dés, as tables, as eschés seraient la marque de ce cliché. Cependant, le public à qui s’adressent ces textes devait quand même connaître les échecs, sans quoi on comprendrait mal la permanence de ce topos¹. »

Un roi sort de son château, précédé d’un lion. Les archers veillent sur les chemins de ronde et ses chevaliers, armes à la main, l’entourent et le protègent. On peut aisément imaginer à la finesse et la richesse de la décoration que ces pièces devaient coûter les yeux de la tête, que le pauvre roi à perdu d’ailleurs.

Les échecs étaient alors, pour tout jeune aristocrate, un support d’apprentissage favorisant l’acquisition d’un savoir, de capacités intellectuelles. Ils furent adoptés par les cours chrétiennes féodales comme un jeu qui servait à affiner les compétences stratégiques de ses joueurs. On pensait que l’impassibilité et la prévoyance nécessaires au jeu reflétaient les attributs et les vertus d’un vrai prince guerrier. « Reconnus à la fin du Moyen Âge à condition d’avoir rompu toute attache avec l’argent et le hasard¹. »

¹ La règle du jeu au Moyen Âge : « On ne peut bien sans regle ouvrer » d’Amandine Mussou et Laëtitia Tabard, 2010.

Le castrum d’Andone

échecs andonne
Tour et deux pions du Castrum d’Andone

« Moi, Guillaume, comte, il m’est venu à l’idée d’édifier un château appelé Montignac, à la place du château d’Andone. » C’est ainsi qu’en 1020, le vieux comte Guillaume IV d’Angoulême abandonne le castrum construit par son père Arnaud Manzer, soixante an plus tôt. Le site ne fut jamais réoccupé.

échecs andonneCette résidence médiévale est établie dans la seconde moitié du Xe siècle, dans les années 970-980, par les comtes d’Angoulême de la dynastie des Taillefer, aristocrates apparentés aux Carolingiens. Le très riche mobilier associé à ces structures (plus de 100 000 pièces) permet de saisir la vie quotidienne d’un groupe aristocratique, essentiellement des cavaliers.

Le bâtiment résidentiel et ses abords immédiats ont livré quelques pièces d’échecs, confectionnées dans des bois de cerf, parmi les plus anciennes découvertes en Occident. La tour est de modèle islamique, échancrée en V, afin de dégager deux pointes latérales habituelles et moins courant, un petit ergot central. De profondes cannelures verticales creusent ses faces. Deux pions furent également découverts, grossièrement taillés dans des segments d’andouillers. La dernière pièce, pyramide à quatre pans, est plus atypique et n’appartient peut-être pas à un jeu d’échecs. « Comme d’autres objets en matières osseuses (pièces d’arbalètes, placages de coffrets), ces jeux semblent avoir été en partie confectionnés dans l’enceinte de la résidence¹ ».

¹ Luc Bourgeois : Introduction et mutations du jeu d’échecs en Occident (Xe -XIIIe siècles) dans Échecs et trictrac, catalogue de l’exposition présentée du 23 juin au 18 novembre 2012 au musée du château de Mayenne.