Archives de catégorie : Grands Joueurs

Distraction hippopotamesque

Mikhail Tal hippopotame échecs Vasiukov

« Je n’oublierai jamais, raconte Tal dans son livre The Life and Games of Mikhail Tal, ma partie contre le Grand Maître Vasiukov au championnat d’URSS. Nous avions atteint une position très compliquée et je songeais à sacrifier un Cavalier. Le sacrifice n’était pas évident, car il y avait un grand nombre de variations possibles. Mais quand j’ai commencé à m’y plonger, je découvris avec horreur que je n’aboutissais à rien. Les idées s’entassaient dans ma tête, passant d’une variante à l’autre, trouvant toujours une réfutation correcte pour mon adversaire. Dans mon esprit, se forma une masse chaotique de coups, parfois même sans aucun rapport les uns avec les autres, et l’infâme arbre d’analyse, où les entraîneurs vous conseillent d’élaguer les petites branches, commença à croître monstrueusement. Je ne sais pas pourquoi, mais à ce moment-là, je me suis souvenu de la célèbre comptine de Korney Ivanović Tchoukovski :

Ô, combien est difficile la besogne,
De sortir du marais l’hippopotame !

Je ne saurais expliquer par quelle association cet hippopotame emergea sur l’échiquier, mais la vérité est que, tandis que les spectateurs croyaient que j’analysais la position, je pensais comment, diable, je pourrais tirer ce foutu hippopotame de son marécage. Je me souviens, que dans ma tête, s’empilaient treuils, leviers, hélicoptères, et même une échelle de corde. Après de nombreuses tentatives, j’admis la défaite en tant qu’ingénieur. Je ne trouvais aucune méthode acceptable pour le sortir de sa fâcheuse position, et je pensais avec méchanceté : « Eh bien qu’il se noie ! ». Et soudain, l’hippopotame se volatilisa. Il disparut de l’échiquier juste comme il était venu… de son propre chef ! Aussitôt, la position ne me parut pas si compliquée. Je réalisais maintenant qu’il n’était pas possible de calculer toutes les variantes et que le sacrifice du Cavalier était, par sa nature même, purement intuitif. Et comme il promettait un jeu intéressant, je ne pus m’empêcher de le faire.

Et le jour suivant, c’est avec plaisir que je lus dans le journal comment Mikhail Tal, après avoir soigneusement réfléchi à la position pendant 40 minutes, effectua un sacrifice d’une grande précision. »

Dans cette position, Tal finit tout de même par sacrifier son Cavalier par :

La partie dans son intégralité

Patti Smith rencontre Bobby Fischer

En 2007, Patti Smith, l’une des références du punk-rock du milieu des années soixante-dix, voyage en Islande et on lui demande d’être l’invitée spéciale d’un tournoi à Reykjavik. En retour, on lui permettra de photographier la table où Fischer et Spassky ont  joué certaines de leurs parties du match pour le titre mondial en 1972. Patti adore prendre des photos sur son vieil appareil Polaroid de 1967 qui l’accompagne partout. Ces clichés sont une sorte de jalon de son voyage spirituel. Elle accepte donc la proposition. La journée se passe sans incident et Patti put se livrer à sa passion. Elle-même dut poser avec les gagnants et la presse  couvrit l’événement.

Le lendemain, surprise, elle reçoit un appel d’un personnage qui se présente comme le garde du corps de Bobby Fischer, lui transmettant le désir de son patron de la rencontrer le soir même à minuit dans un salon privé de l’Hôtel Borg. Patti, qui de sa vie, n’avait jamais eu de garde du corps, en embauche un pour l’occasion. Se questionnant sur ce dont elle pourrait parler avec Bobby, son intérêt pour le jeu étant purement esthétique, le garde du corps de Bobby l’avertit :
Surtout ne mentionnez pas les échecs !
Pendant la rencontre, Fischer, comme on pouvait s’y attendre, montra son pire côté, se comportant très rudement avec ses commentaires racistes et conspirationnistes habituels, exprimés dans un langage très vulgaire. Mais Patti n’est pas femme à se laisser démonter. Elle lui renvoya aussitôt qu’elle pouvait être tout aussi désagréable que lui, sur d’autres sujets. Curieusement apaisé par la réplique, Fischer baisse la garde et lui demanda :
Connais-tu une chanson de Buddy Holly ?
Bobby était un passionné de Rock & Roll, et Patti et lui passèrent les heures suivantes à chanter de vieilles chansons des Chi-Lites, des Four Tops ou de Chuck Berry. « Fischer, raconte Patti, a beaucoup chanté. Quand il a osé entonner le refrain de Big Girls Do not Cry, son garde du corps s’est précipité pour voir si quelque chose était arrivé. »

Plus tard, Patti lui rappela qu’ils se connaissaient déjà, alors qu’elle était très jeune et travaillait comme employé dans une librairie. Apparemment, Fischer était venu dédicacer certains de ses livres chez Scribner, à l’angle de la 5e et la 49e Sud. Mais, devant l’avalanche humaine que l’événement provoqua, Bobby paniqua et Patti l’aida à fuir de ses admirateurs, l’escortant jusqu’à la porte de derrière. Fischer ne se souvenait plus de l’anecdote.

Bobby demanda si elle pouvait lui obtenir des livres. Et jusqu’à la fin de sa vie, Patti lui envoya des « livres d’histoire sombres » qu’elle trouvait avec beaucoup d’efforts. D’une certaine manière, ils ont gardé ce que Patti appelle une « amitié abstraite » jusqu’à la mort de Bobby. Amitié basée sur la distance, les livres et le Rock & Roll.

The Ballad Of Bobby Fischer

La ballade de Bobby Fischer fait partie de la bande sonore du film 64 cases pour un genie Bobby Fischer (Liz Garbus, HBO Documentary Films, 2011). Texte, musique et interprétation de Micah Ellison.

When New York city summer sweats
And the boys are rolling their cigarettes
The girls are singing into their phones
But Bobby Fischer is all alone

Parks are buzzing with the birds and the bees
Friends are hugging into them trees
The lovers are kissing and exchanging their rings
But Bobby Fischer is playing 18 games

A screaming and crying in the YMCA
« Bobby Bobby why did you go away? »
His mother is whispering, quite alone
« Bobby Bobby where did you go? »

Newspapers rolls are all over town
From the glistening sky tops to the filth on the ground
They bang and explode all over Times Square
« Bobby is gone and no one knows where »

Is he in London or is he in Spain
As he cut off his hair, he changed his last name
Is he under that rock or behind that tree
Oh Bobby Bobby, where can you be?

Bobby came back with his poor little sack,
and his eyes were on fire and his fingernails cracked,
screamin and hollerin and stinkin of gin.
Oh Bobby, Bobby, where have you been?

« I’ve traveled this world, chasin the sun.
I lived as a king and I lived as a bum.
But to answer your question, it’s really quite clear:
I never was gone, cuz I never was here. »

Well they’re screamin and cryin at the YMCA,
« Bobby, Bobby, why don’t you go away? »
His mother’s whisperin, quiet and low,
« Bobby, Bobby, please boy, go. »

Micah Ellison

Quand les sueurs d’été de New-York
Et que les garçons roulent leurs cigarettes
Que les filles chantent dans leurs téléphones
Bobby Fischer est tout seul

Les parcs bourdonnent d’oiseaux et d’abeilles
Des amis s’étreignent sous les arbres
Les amoureux s’embrassent et échangent leurs bagues
Mais Bobby Fischer joue ses 18 parties

Cri et pleure dans l’YMCA
« Bobby Bobby pourquoi es-tu parti? »
Sa mère chuchote, toute seule
« Bobby Bobby où es-tu allé? »

Les journaux sont partout dans la ville
Des sommets scintillants aux sols crasseux
Ils claquent et explosent partout dans Times Square
« Bobby est parti et personne ne sait où »

Est-il à Londres ou est-il en Espagne ?
Il s’est coupé les cheveux, changé son nom de famille
Est-ce sous ce rocher ou derrière cet arbre ?
Oh Bobby Bobby, où peux-tu être ?

Bobby revint avec son pauvre petit sac,
et ses yeux étaient en feu et ses ongles craquelés,
Criant, hurlant et sentant le gin.
Oh Bobby, Bobby, où étais-tu ?

« J’ai voyagé dans ce monde, chassé le soleil.
J’ai vécu comme un roi et comme un clochard.
Mais pour répondre à ta question, il est vraiment clair :
Je ne suis jamais parti, parce que jamais je n’ai été là ! »

Eh bien, ils crient et pleurent au YMCA,
« Bobby, Bobby, pourquoi ne pars-tu pas ? »
Le murmure de sa mère, calme et bas,
« Bobby, Bobby, s’il te plaît, mon garçon, pars ! »

Human Chess Machine

Les lettres de Casablanca sont extrêmement rares, surtout quand il parle des échecs et à une date aussi précoce de sa carrière. Cette lettre, adressé F.D. Rosenbault, date de 1909 et il était alors renommé pour son talent exceptionnel et sa rapidité de jeu qui lui valurent le surnom de « Human Chess Machine ».

« J’ai gagné les 23 matchs ici, il y a deux nuits, et tous les 30 à Buffalo la nuit dernière… J’ai reçu le colis et envoyé une lettre recommandée à Milwalkee, où il sera samedi et dimanche. Je ne peux rien dire à propos du match de Marshall, car je ne sais pas si je resterai pour jouer et quand je reviendrai — C’est un voyage très fatigant. Si vous avez le temps d’écrire à vos amis à Detroit — à propos des filles — »

A vous, J. R. Capablanca

Capablanca était en tournée aux États-Unis et au Canada à cette époque, montrant sa capacité et sa vitesse aux échecs. Jouant 602 matchs dans 27 villes, il obtint 96,4 %, un pourcentage beaucoup plus élevé de Géza Maróczy (88 %) et Frank Marshall (86 %) en 1906. Cette performance lui valut le parrainage d’un match d’exhibition cette année contre Marshall, le champion américain qui avait remporté le tournoi de Cambridge en 1904 devant le Champion du Monde Emanuel Lasker. Le match eut lieu au printemps, d’avril à juin, dans plusieurs villes américaines et Marshall, à la surprise générale, fut sèchement battu : 8 à 15 (-8 =14 +1).

Human Chess Machine
Tout ce qui vient de Capablanca est rare, mais trouver une lettre parlant de ses matchs et d’un autre joueur célèbre est exceptionnel.

Olga Chagodaev parle de son époux

« Capablanca ne travaillait jamais les Échecs. La première fois que je le vis travailler, ce fut dans les derniers mois de sa vie, quand on lui demanda de parler sur le jeu pour les auditeurs d’une radio d’Amérique du Sud. Il commença, alors, à préparer les leçons. Il souhaitait être parfait en tout et il l’était en réalité. Son premier amour fut le bridge. L’intéressait également le tennis et le golf. Il était très beau et on l’appelait Valentino. À cette époque, l’on disait que les trois hommes les plus élégants du monde étaient Ramon Novarro, Valentino et Capablanca… Cependant, il restait un homme modeste. Toutes les femmes du monde le harcelaient, mais je n’avais pas de raison d’être jalouse, parce qu’il était sincère et loyal avec moi…

olga chagodaev capablanca

Nous nous rencontrâmes peu après qu’il ait perdu le titre de champion du monde dans le match contre Alekhine. Il me disait souvent en ce temps : « Je suis toujours le meilleur du monde. » Et c’est vrai qu’il gagnait tous les tournois européens et je crois qu’il aurait récupéré le titre s’il n’était tombé malade. Nous vivions dans la 57e Avenue à New York dans un appartement petit, mais très coquet. Cet appartement situé pas très loin du Manhattan Chess Club lui plaisait beaucoup ».

Propos recueillis pas D. Bjelica

Esprit de Contradiction

contradiction-steinitzAux Échecs, l’esprit de contradiction est souvent fécond. C’est en contestant les idées reçues que Steinitz a fait faire tant de progrès à la théorie échiquéenne. Il fut le premier à imaginer que l’on puisse jouer d’une manière négative, c’est-à-dire de contrecarrer les intentions de l’adversaire avant même de songer soi-même à attaquer. Si cela peut sembler banal aujourd’hui, c’était inconcevable à l’époque. Mais pour cette boule de nerfs aux insomnies fréquentes, la vie n’était pas toujours facile. Steinitz était parfaitement conscient de sa fragilité émotionnelle et quelques crises l’incitèrent même à se faire soigner. Il suivit des traitements hydrothérapiques, à base de bains froids.

L’agacement de ses contemporains était amplifié par son orgueil démesuré. On raconte que dans sa jeunesse, au club de Vienne, il jouait un jour contre un puissant banquier de la ville nommé Epstein. Une dispute s’engagea à propos d’un coup. Epstein lui dit alors :

Comment osez-vous me parler ainsi ? Ne savez-vous pas qui je suis ? Sur quoi Steinitz répliqua :
Oui, vous êtes Epstein le financier. Mais ici, c’est moi qui suis Epstein !

Enfin, pour rester dans les anecdotes, les Cahiers de l’Échiquier Français de 1925 relatent la suivante à propos des éventuelles tricheries possibles aux échecs. Steinitz était opposé à un amateur pour jouer quelques parties légères. Pendant le jeu se produisait un phénomène bizarre son adversaire tendait le bras pour jouer une pièce, en l’occurrence un mauvais coup. Mais au dernier moment, comme arrêté par un signe des dieux, sa main était freinée, sa décision changée, et il effectuait un coup bien meilleur. Comme la scène se répétait plusieurs fois, Steinitz flaira la machination, et il observa autour de la table. Un spectateur, assis bien sagement à côté de son adversaire, suivait attentivement la partie. Quand ce fut le tour de l’amateur de jouer, Steinitz regarda discrètement et s’aperçut qu’avant qu’il n’ait eu le temps de jouer son mauvais coup, son collègue approchait son pied et administrait une légère pression sur celui de l’amateur. Steinitz, qui possédait quand même un certain humour, comprit la réaction à adopter. À lui de jouer maintenant. Il fit volontairement la grosse bourde, plaçant carrément sa dame en prise. Surpris, mais content de pouvoir enfin gagner une partie, l’amateur avança sa main. Mais, sous la table, le pied de Steinitz faisait son travail. On peut imaginer le regard interrogateur que l’amateur a dû envoyer à son ami, et la gêne de celui-ci. Extraits tirés du livre La fabuleuse histoire des champions d’Échecs de Nicolas Giffard.

Recette Miracle

Carlos Torre RepettoLe jeune Maître mexicain Carlos Torre Repetto jouait son premier tournoi international et l’appariement de la première ronde ne l’oppose à rien de moins qu’à Alekhine. Le voyant préoccupé, le Dr Tarrasch lui dit :
Mon jeune ami, voulez-vous savoir comment vaincre Alekhine et gagner toutes les autres parties ?
Le jeune homme désir ardemment connaître un tel secret et Tarrasch lui propose une petite promenade, parlant de choses et d’autres, mais sans évoquer son extraordinaire méthode. Sur des charbons ardents, Torre le presse de lui révéler le secret de la victoire. Et Tarrasch de dire :
L’unique chose que vous avez à faire est d’observer une règle bien simple : jouez toujours le meilleur coup !

Je ne sais si cette rencontre avec Alekhine fut au tournoi de Baden Baden en 1925, mais si c’est le cas, le conseil du Dr Tarrasch fut suffisamment efficace pour lui permettre la nulle :

Une vie étrange que la vie de Carlos Torre Repetto, né dans le Yucatan en 1904 et mort, obscur maître d’Échecs, dans la pauvreté en 1978. Torre arrête les Échecs en 1926, à l’âge de 22 ans, après seulement deux années en professionnel et promettant d’être un challenger sérieux pour le prochain Championnat du monde. Jouant contre trois champions, Alekhine, Capablanca et Lasker, Torre obtient un score positif (+1 =2). Il reçut rétrospectivement le titre de grand maître international de la Fédération internationale des échecs en 1977 pour ses résultats des années 1920.

Remotivation

Rudolph Spielmann

Lorsque Rudolph Spielmann perdait ses parties, il avait l’habitude de sombrer dans un complet découragement. Cela lui arriva ainsi à Carlsbad en 1923. Dans la troisièmement ronde, il battit Reti, mais il perdit la quatrième contre Rubinstein et commença à tout perdre.

Un soir, Reti le culpabilisa : « Mon vieux Spielmann, vous qui êtes l’un des plus grands joueurs d’attaque de tous les temps, je me sens presque enclin à me demander si c’était joli de votre part de m’avoir battu si brillamment à la troisième ronde pour ensuite si simplement faire cadeau de mes points à mes concurrents ! »

Cela du émouvoir Spielmann qui assura :

Bon, demain, je vais gagner ! Ce qui étonna beaucoup Reti.
Mais vous jouer contre Alekhine !
Cela ne fait rien.
Et vous avez les noirs !
D’autant mieux.

Reti ne fut pas convaincu et pensa sincèrement que Spielmann allait se faire massacrer. Ce qui donna cette partie :

Rudolf Spielmann, né en 1883 à Vienne et mort le 20 août 1942 à Stockholm, était surnommé « le maître de l’attaque » et « le dernier chevalier du gambit du roi ». Par son jeu, ponctué de sacrifices et de thèmes nouveaux, il imposait à son adversaire de jouer pour le gain. Lors du tournoi de Carlsbad, aucune de ses parties ne s’est terminée par une nulle. « Un bon sacrifice n’est pas nécessairement celui qui est correct, mais celui qui laissera votre adversaire ahuri et confus », disait-il. Pragmatique, il conseillait : « Ne cherchez pas toujours et objectivement le meilleur coup. Il n’existe pas. Tout cela est question de goûts. Cherchez simplement celui qui vous convient ».

Tronches d’Échecs

David Friedmann
David Friedman travaillant au fusain, en 1964, sur un dessin intitulé « Libération ? », de la série « Parce qu’ils étaient juifs ! »

David Friedmann est né en 1893, à Mährisch Ostrau, maintenant Ostrava en République tchèque. À l’âge de dix-sept ans, il se hasarda à Berlin, à étudier la peinture avec Lovis Corinth et les arts graphiques avec Hermann Struck. Au cours de la Première Guerre mondiale, Friedmann a servi principalement comme artiste militaire dans l’armée austro-hongroise. Friedmann était un peintre reconnu pour ses portraits tirés de la vie. Il perfectionna sa technique tout en travaillant comme artiste indépendant pour les grands journaux de Berlin, produisant des centaines de portraits de personnalités célèbres contemporains.

Son talent pour le portrait a joué un rôle central tout au long de sa carrière et lui a sauvé la vie pendant l’Holocauste. La famille Friedman fut déportée en octobre 1941 de Prague au ghetto de Lodz en Pologne. Ses esquisses des leaders du ghetto en échange de provisions sauvèrent sa vie et celle de sa famille.

En 1923, il apprend qu’un important tournoi aura lieu dans sa ville. Il rencontre Emanuel Lasker qui s’enthousiasme pour cette idée de publier un portfolio de 14 portraits de grands maîtres.



L’esprit de Bobby Fischer

Beaucoup de joueurs ont espéré comprendre comment opérait l’esprit de Bobby pour l’appliquer dans leur propre approche du jeu. Cependant dans ses interviews et ses livres, Fischer ne révèle rien de plus inhabituel dans sa pensée que sa tendance à être terre-à-terre au point de manquer totalement de tact et sa précision paranoïaque à propos de ses erreurs.

Certains professeurs de Bobby ont évoqué le niveau très élevé de son QI (180) testé durant ses années lycée au Erasmus Hall de Brooklyn. D’autres professeurs l’ont revu largement à la baisse. Ce chiffre est sans doute irréaliste. Le manque apparent de réalisations intellectuelles de Fischer, en contraste avec les champions du passé, semble allez à l’encontre un QI élevé incroyable. Il est même considéré par beaucoup comme une sorte d’idiot savant.

intelligence bobby fischer

En 1963, Fischer remporte le New York State Open Championship à Poughkeepsie. « Au cours de la dernière ronde, j’ai joué, écrit Frank Brady, une finale compliquée contre Frank S. Meyer, qui devint plus tard le rédacteur en chef du National Review. Fischer, sur le chemin des toilettes, s’arrête brièvement à ma table — pour peut-être cinq secondes — puis s’en va. Quelques mois plus tard, il me rend visite à mon bureau, alors situé au Marshall Chess Club.

Au fait, comment ta partie s’est terminée ? me demande-t-il.
J’ai gagné, mais avec difficulté !
As-tu joué b5 ?

Je ne pouvais pas me rappeler ce que j’avais joué. Il a immédiatement mis en place la position exacte pour m’aider à me souvenir et ensuite m’a montré la variante que j’aurais dû jouer pour obtenir la victoire de façon beaucoup plus économique. Non seulement, il se souvenait de la position, mais aussi de l’analyse rapide qu’il avait effectuée au pied levé quelques mois plus tôt. »

Ces anecdotes montrent à quel point Fischer pouvait voir vite et loin. Les Maîtres qui ont pu blitzer avec lui affirment qu’à l’analyse Bobby, en une ou deux secondes, pouvait voir trois ou quatre coups en avance dans n’importe quelle situation. S’il étudiait la position quelques secondes de plus, il pouvait voir cinq ou six coups à l’avance. De temps en temps, pour s’amuser contre de forts joueurs, il mettait une minute à sa pendule contre dix pour ses adversaires et il gagnait invariablement avec du temps de reste.

intelligence bobby fischer

Plus remarquable encore est le fait que Fischer se souvenait de ses blitz. À l’issue d’un championnat du monde de blitz à Hercegnovi (Yougoslavie) en 1970, Fischer jouait de mémoire et à toute allure, ses vingt-deux parties (plus de 1000 coups) ! Et juste avant son match historique avec Taimanov, à Vancouver, en Colombie-Britannique, Fischer rencontrant le joueur russe Vasiukov, lui montra une partie de blitz qu’ils avaient joué à Moscou quinze ans auparavant.