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Aux échecs, il faut garder…

… la tête sur les épaules !

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La procédure de destitution de Louis XVI, 1791 – Bnf

Louis XVI, qui, au jeu de la politique, ne sut pas garder la tête froide, joue sa dernière partie contre un garde nationale. Pour Marie-Antoinette, derrière le prélat, la partie fut belle. « Je vous ais porté malheur », avoue Élisabeth de France, la sœur du roi. Le dauphin et sa sœur se chamaille la couronne. Marie-Thérèse Charlotte de France, surnommée « Madame Royale », la fille aînée du roi, fut la seule à sauver sa tête dans cette partie d’échecs révolutionnaire.

Notre bon roi n’a point écouté les sages préceptes de François-André Danican Philidor, pourtant d’actualité, il n’a pas sut jouer avec le peuple des petits pions : « Mon but principal et de rendre recommandable par une nouveauté dont personne ne s’est avisé, où peut-être n’en a été capable ; c’est celle de bien jouer les pions. Ils sont l’âme des échecs, ce sont eux uniquement qui forme l’attaque et la défense, et de leur bon ou mauvais arrangement, dépend entièrement le gain ou la perte de la partie. »

La Partie d’échecs, eau-forte bistre 13,5 x 18 cm, 1792 – Bnf

Philidor met en scène innocemment sur l’échiquier, les idées politiques nouvelles qui émergent dans ce siècle des lumières, illustrant une fois de plus cette étrange symbiose entre ce jeu et la vie des hommes. La portée de la révolution introduite sur l’échiquier ne fut probablement pas clairement perçue par tous ces lecteurs, et le succès de l’ouvrage doit plus de son vivant aux larges victoires de son auteur sur ses rivaux européens qu’à la profondeur de ses conceptions. Mais c’est bien une transformation radicale des échecs qu’opère L’analyse du jeu des Échecs, et qui ne se limite pas au progrès qu’elle apporte dans le jeu. Dans ce jeu des élites politiques et militaires où, depuis le moyen-âge, les pièces figurent nobles et chevaliers et les pions, le petit peuple, il n’est pas illogique que dans cette perspective, personne ne s’avisa en effet, que les pions étaient  l’âme autant sur l’échiquier que dans la vie d’une nation.

Le jeu d’échecs politique

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Le jeu d’échecs politique – Estampe 1701-1788, J. Martin Will éditeur, Bnf.

Parfois, l’art imite la vie ; certains jeux aussi et les échecs en particulier. Les parallèles avec la politique sont nombreux et persistant au cours des siècles. Du Moyen Âge à nos jours, les échecs apportent leur témoignage sur le rapport que les hommes entretiennent avec le monde, sur l’histoire des idées et des mentalités. Il existe, pour Jacques Bernard, un « lien entre les transformations du jeu d’échecs et les évolutions sociales au sens large, entre l’apparition de nouvelles théories échiquéennes et l’évolution de la structure de pensée des contemporains de ces transformations […] la stratégie du jeu, dans son aspect le plus technique, est d’ordre essentiellement social ou plutôt, pour respecter le lien de causalité, que les évolutions et les nouveautés dans des ordres aussi divers que la politique, la philosophie, la littérature, la peinture, la musique, ont des répercussions sur les nouvelles stratégies imaginées, en leur temps, par les grands champions d’échecs.¹ »

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¹ Jacques Bernard, Socio-anthropologie des joueurs d’Échecs (Paris, L’Harmattan, 2005).