Archives de catégorie : Enluminures

Das Schachzabelbuch

Das Schachzabelbuch de Kunrats von Ammenhausen

Konrad von Ammenhausen, né vers 1300, est un moine bénédictin suisse. Il traduisit en haut allemand le Liber de moribus hominum et officiis nobilum ac popularium super ludo scacchorum de Jacobus de Cessolis, qu’il termina en 1337. Son œuvre survit dans plus de vingt manuscrits et fut de nombreuses fois imprimé au XVIe siècle.

Hesperis de Basinius Parmensis

Basinius Parmensis, Hesperis, Ms-630 réserve Folio 74r. Parchemin de 137 feuillets (340 × 230 mm).
Écriture italienne du XVe siècle (humanistique) – Bnf Bibliothèque de l’Arsenal

Ce manuscrit fut offert en 1499 par Roberto Malatesta à Francesco Capello. Il a appartenu à Paris de Meyzieu , au baron d’Heiss puis au M. de Paulmy.

Les Vœux du paon

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Les Vœux du paon par Jacques de Longuyon – Parchemin 22,3 x 14 cm · France · vers 1310
Fondation Martin Bodmer, Cologny Suisse

Vers 1310, l’évêque de Liège, Thibaut de Bar, chargea Jacques de Longuyon d’écrire le Vœux du paon, qui prolonge la tradition du roman d’Alexandre. Treize miniatures et plusieurs initiales en filigrane ornent les strophes alexandrines du monorhyme* du poème.

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* Poème dont tous les vers comportent une rime identique.

Singeries

singe moyen age enluminure echecs
Bréviaire à l’usage de Tournai vers 1407 – Bibliothèque municipale de Cambrai

« Nul autre support n’offre tant d’exemples de singes que le manuscrit à peinture. Ce n’est pas par centaines, mais par milliers que l’on peut les y compter. L’artiste peut représenter un singe comme animal, comme motif grotesque ou comme personnage qui parodie les activités humaines. C’est donc toujours le don d’imitation du singe qui retient l’attention des hommes du Moyen Âge.¹ » Cette représentation de ces deux singes devant un échiquier vide n’est peut-être guère valorisant pour ce jeu. « Offense à la perfection de la Création, jusqu’à son inachèvement par absence de queue, cette insupportable imitation de l’homme représentait le diable et le péché.² »

singe moyen age enluminure echecs
Cette enluminure traduit sans doute l’ambivalence de l’église, entre anathème et fascination, envers les échecs : condamné comme jeu de hasard — il se jouait encore avec des dés — elle en illustre ses bréviaires. L’on peut imaginer, un brave prélat, après une lecture méditative des Saintes Écritures, entreprendre une partie enfiévrée avec l’un de ses moinillons, comme l’atteste les nombreux artefacts archéologiques découverts dans les couvents.

échecs chinon

C’est dans un petit bout de terrain, ancien cimetière, proche de la collégiale Saint-Mexme de Chinon, que furent découvertes ces trois pièces : deux pions et un cavalier du XIIe siècle. Leur découverte dans un tel lieu est curieuse, même difficile à expliquer. Qui sait si les chanoines et leurs élèves, malgré l’interdit de l’Église, venaient en ce lieu jouer en cachette parmi les tombes ?

¹ Le singe au Moyen Âge, Françoise Baron – Bulletin de la Société nationale des Antiquaires de France.
² Le singe médiéval – Histoire d’un animal ambigu : savoirs, symboles et représentations, Amandine Gaudron.

Max sur un bateau

dorothea tanning echecs
Dorothea Tanning – Max dans un bateau bleu, 1947 huile sur toile de 61 x 51 cm

Dorothea se peint avec son mari, Max Ernst, jouant aux échecs dans un bateau. Alors que Max occupe le centre de la composition, l’artiste est à peine visible par sa chevelure, exprimant peut-être son malaise, car malgré son immense talent, elle était toujours considérée comme la femme de l’artiste respecté, restant toujours aux yeux des critiques en arrière-plan. L’échiquier, cependant, symbolise l’union des époux, non seulement en tant qu’amant, mais aussi en tant que compagnon intellectuel. La voile est un gigantesque Loplop, reconnaissance de l’épouse du monde poétique de son compagnon. C’est vers 1930 qu’apparaît dans l’œuvre de Max Ernst une figure dominante, énigmatique, qui prend la forme d’un oiseau et n’est pas sans présenter quelques traits de son créateur. Loplop est susceptible de toutes les métamorphoses : passant du règne animal à celui des objets, tantôt coq ou serpent, il se mue souvent en chevalet de peintre pour donner à voir les collages les plus divers et les plus inattendus.

Tristant Yseut echecs
Tristan boit le philtre d’amour, enluminure, 1470 du “Livre de Messire Lancelot du Lac” de Gautier de Map, fol. 239 (2e livre), Paris Bnf

Dorothea a-t-elle pensé à cette enluminure du XIVe siècle en composant son tableau ? Sur le bateau qui les emporte vers la Cornouaille, Tristant et Yseut boivent par mégarde le philtre d’amour.

Les échecs : une origine biblique ?

Bible historiée toute figurée, 1301-1400 Folio 17v – Bnf

Parchemin de 92 feuillets (295 × 200 mm) avec des miniatures italiennes à chaque page. Cet exemplaire n’est pas, comme on l’a cru, celui qui avait appartenu à la reine Jeanne d’Évreux, femme de Charles le Bel, puis au roi Charles V.

« À partir du XIIIe siècle, la pratique du jeu d’échecs est devenue courante en Occident. Des joueurs éclairés ont voulu assurer au roi des jeux le prestige et la légitimité de la haute Antiquité. De nombreuses fables et légendes ont alors circulé. Sachant que le jeu provenait d’Orient, certains ont imaginé le roi Salomon jouant aux échecs pour éblouir la reine de Saba. D’autres, le philosophe Xerxès offrant au roi de Babylone Evilmodorach ce jeu de guerre pour apaiser sa folie meurtrière. » Bnf

Cheval de Troie

pizan échecs Épître Othéa
Christine de Pizan, Épître d’Othéa  (1363 -1431) Bnf

L’Épître Othéa, rédigée sans doute vers 1399-1400, est le premier ouvrage en prose de Christine de Pizan. C’est une allégorie, présentée sous la fiction d’une lettre qu’Othéa, déesse de Sapience et de Prudence inventée par Christine, aurait envoyée au jeune prince troyen Hector à l’époque de ses quinze ans. L’Épître est divisée en un prologue et cent chapitres et présente cent « textes » ou courts poèmes évoquant un moment de la guerre de Troie ou un aspect de la mythologie grecque, sujets très appréciés à l’époque. Sous la plume de Christine défilent les dieux et déesses principaux de l’Olympe, ainsi que d’autres personnages mythologiques comme Hercule, Narcisse, Écho, Hermaphrodite, Pyrame et Thisbé, et les acteurs principaux de la guerre de Troie : Hector, Achille, Ulysse, Priam, Hécube, Pâris, Hélène, Cassandre, Patrocle, Andromaque, Anténor, et Troïlus, parmi d’autres. Chaque « texte » est accompagné d’une interprétation morale, intitulée « glose », conseillant l’exercice d’une vertu chevaleresque et contenant une citation philosophique en français.

pizan échecs Épître Othéa
Ulysse jouant aux échecs. Il est clair qu’aucun Grec, fut-il Troyen, ne joua au Échecs !

« Christine de Pizan se fait l’écho d’une légende selon laquelle l’ingénieux Ulysse aurait inventé le jeu d’échecs sous les murs de Troie pour divertir l’armée grecque. Parmi les héros de L’Iliade, Palamède et Achille disputent à Ulysse cette illustre paternité dans l’imaginaire médiéval. » Bnf

l’Épitre d’Othea

Bodmer Épître Othea échecs pisan
Christine de Pisan, Épitre d’Othea · 150 ff. · 28 x 20 cm – Fondation Martin Bodmer, Cologny Suisse

Ce manuscrit de langue française, Le Codex Bodmer, fut commandité par le grand bibliophile Antoine de Bourgogne au modèle de son père Philippe Le Bon. Il contient l’Épître d’Othea, texte écrit par la première femme à vivre de sa plume, Christine de Pisan. Vers 1460, sans doute à Bruges, un copiste et un enlumineur réalisent une magnifique version d’un texte écrit soixante ans plus tôt par la première femme écrivain professionnel en français, Christine de Pizan, qui le destinait à de riches mécènes. Cette épître est la lettre d’une femme, Othéa, déesse de la prudence, derrière laquelle se cache l’auteur. Il est orné par une centaine de magnifiques peintures (le cycle complet), dont l’enluminure de dédicace, où l’on voit quatre personnages que l’on a identifiés comme Philippe le Bon, Charles le Téméraire et les deux bâtards David et Antoine de Bourgogne.
Bodmer Épître Othea échecs pisan

Le manuscrit compte 99 vignettes de 105 mm sur 75 mm, au début de chaque chapitre à l’exception du premier. En grisailles avec des pointes de vert, de bleu, de rouge et d’or. La grisaille était une technique utilisant plusieurs niveaux de gris, du blanc jusqu’au noir, ton sur ton. Le premier à utiliser cette technique sera Giotto au XIV siècle. Elle sera utilisée autant en peinture, en miniature que dans le vitrail.

Le Jeu des eschés moralisé

Un autre manuscrit, parmi les quatre-vingt connus, du Jeu des échecs moralisés de Jacques de Cessoles, traduit ici par Jean de Vignay.  Deux siècles de traduction et éditions dans presque toutes les langues européennes. Il existe trois versions françaises, à peu près contemporaines. Entre 1335 et 1350, Jacques de Vignay se charge de la première traduction. Le texte de Cessoles s’intitule désormais le Jeu des eschés moralisé. De cette traduction, 48 manuscrits et éditions du XVIe furent conservés.

Ce manuscrit, de 88 feuillets ( 257 × 192 mm), a appartenu à Jean de Berry, frère de Charles V. Au folio 88 vo, cette note autographe : « Ce livre est au duc de Berry. — Signé : Jehan. » Écriture de la fin du XIVe siècle, à longues lignes. Initiales ornées en or et couleur et titres rouges

Entre incarnation et abstraction, les échecs fascinent, en témoignent leurs représentations dans la littérature et les arts. La puissance métaphorique des échecs fut perçue dès leur implantation en Occident. Le Moyen Âge exploite en effet les possibilités du jeu en proposant plusieurs types d’interprétations symboliques : les pièces de l’échiquier peuvent reproduire la société civile, être à l’image de la stratégie militaire, représenter les combinaisons infinies du ciel et des planètes, ou servir d’allégorie aux batailles amoureuses. L’image du jeu sert une représentation harmonieuse de la société, le jeu devenant un instrument d’une propagande royale. Panorama sociale original, mais naïf et quelque peu artificiel.