Archives de catégorie : Enluminures

Au jeu des échecs et de l’amour

Le Jeu des eschez moralisé de Jacques de Cessoles, imprimé en 1504

Un couple royal jouant aux échecs (sur un échiquier à trente-six cases, mais avec des pièces allongées très « modernes ». Dans les compartiments latéraux, on voit différents personnages symbolisant tout ensemble les pièces et plusieurs métiers ou états de la société. Bnf

« Dans la lyrique des troubadours, écrit Merritt R. Blakeslee dans son article Lo dous jocx sotils paru dans les Cahiers de civilisation médiévale en 1985, la métaphore de la partie d’échecs amoureuse, qui se range sous la rubrique générale des métaphores du jeu érotique, traduit d’une part l’idée d’un combat entre deux adversaires de haute valeur et d’autre part celle de l’amour comme un rite astreint à des règles complexes et rigides. La métaphore de la partie de dés traduit l’idée de l’amour malheureux ou désordonné. À la spontanéité du coup de dés, qui incite à la licence et à la jouissance immédiate, s’opposent la lenteur, la cérémonie, les contraintes de l’amour dont le symbole est la partie d’échecs, qualités qui imposent un certain ordre au désordre du désir sexuel et à l’imprévu des rapports affectifs ».

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Jacques de Cessoles, Le Livre de la moralité des nobles hommes et des gens du peuple sur le jeu des échecs (Liber de moribus…). Trad. Jean du Vignay. Paris, fin du XIVe siècle ou début du XVe. Parchemin (305 feuillets). BNF, Manuscrits (fr. 1166 f° 14v°)

Il est certain que notre jeu, reflet de la société féodale hiérarchisée et de la prédominance de la noblesse, tenait une place privilégiée dans la vie aristocratique médiévale. Il passait pour exiger de l’intelligence et de l’instruction, « convenir aux vieillards et aux sages, mais aussi à une jeunesse précoce et brillante. C’était probablement un ju de Cambre (jeu de chambre), un divertissement inaccessible aux basses classes qui avait lieu dans la chambre de la dame, ce théâtre conventionnel des passe-temps cultivés de la société courtoise médiévale — lecture, conversation, jeux — et bien sûr, celui des scènes d’amour* ».

Le combat échiquéen évoque de plus doux combats, renforcée par la position de la jambe gauche du joueur
(allusions phalliques). Métaphore pour nous aujourd’hui étrangère, mais qui n’échappait pas à l’homme du  Moyen Âge.

La pensée médiévale, éminemment symbolique, pouvait trouver dans ce jeu mettant en scène rois, reines, cavaliers et pions un espace riche de projection métaphorique. La partie d’Échecs amoureuse, comme la partie de dé, était l’image du jeu érotique , du joc coni selon l’expression de Marcabru, écrivain et troubadour du XIIe siècle. « La métaphore du jeu de l’amour, lo dous joc qu’entre amigua et aman se fai, figure sous une forme ou une autre dans environ onze pour cent des pièces des troubadours* ». La partie d’Échecs évoque deux idées médiévales fondamentales : l’amour comme lutte entre deux adversaires de hautes valeurs et l’amour comme un rituel aux règles subtiles, mais aussi rigides. « Les échecs, qui anoblissent ceux qui s’y adonnent selon les règles prescrites, sont à la fois représentation, divertissement, et contestation où les tensions du désir sexuel s’incarnent sous forme d’un rite dans les tensions du jeu* ».

* Lo dous jocx sotils : la partie d’échecs amoureuse dans la poésie des troubadours, Merritt R. Blakeslee – Cahiers de Civilisation Médiévale Année 1985 28-110-111 pp. 213-222

Deux joueurs, deux paons et un chien

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Enluminure Jehan de Grise du « Roman d’Alexandre ». À côté des joueurs, deux paons et un chien, vers 1340.

Le Roman d’Alexandre est un recueil de légendes concernant les exploits d’Alexandre le Grand. Source des différents miroirs des princes médiévaux (manuel composé de conseils et de préceptes moraux destinés à montrer au souverain la voie à suivre pour régner selon la volonté de Dieu), il fut, malgré la diversité des versions, l’un des livres les plus répandus au Moyen Âge.

The Rutland Psalter

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Enluminure du Psautier de la reine Marie

The Rutland Psalter, fut écrit vers 1260 en Angleterre. Les origines précises du manuscrit ne sont pas connues. Il pourrait avoir été exécuté pour Isabelle de France (1295-1358), reine consort d’Angleterre ou son époux Édouard II d’Angleterre. Aux côtés des Psaumes, le livre contient un certain nombre d’illustrations, des miniatures de pages entières et partielles, ainsi que des initiales historiées et enluminées. Ce qui frappe particulièrement dans le manuscrit, cependant, c’est la marginalité. Aux côtés des Psaumes, le texte contient des images d’hommes, de femmes, d’animaux, d’hybrides, de dragons ainsi que des scènes de la vie quotidienne, quoique souvent influencées par les bestiaires.

Deux joueurs se disputent, l’un ne portant plus qu’un caleçon, ayant perdu jusqu’à sa chemise au jeu. Il faut se rappeler qu’aux premiers temps du Moyen-Âge, les échecs se jouaient avec des dés et pour de l’argent. Le joueur chanceux vient de lancer trois dés sur l’échiquier.

Prêchi-prêcha

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Jacques de Cessole, « Le jeu des échecs moralisés », traduit par Jean de Vignay.. Date d’édition : 1375-1400. Bnf

Quand il arriva en Europe, amené dans les fontes des conquérants arabes, le jeu d’échecs était encore un jeu de hasard, se jouant avec des dés et pour de l’argent. Il n’était donc pas en odeur de sainteté, condamné et banni par l’église qui plus tard adoucit sa position en raison de la popularité croissante du jeu. Le traité allégorique Quaedam moralitas de scaccorio, attribué au pape Innocent III (1198-1216), fut une première tentative de « moraliser » le jeu. Plus tard, le moine dominicain italien, Jacques de Cessoles, écrivit des sermons inspirés par le jeu. Vers 1315, il décida de les réunir  sous le titre Liber de moribus hominum et officiis nobilium sive super ludum sacchorum, qui débute ainsi : « Au nom du Seigneur, amen. Ici, commence le prologue de ce livre de la morale des hommes et des devoirs des nobles d’après le jeu des échecs, qui a été écrit par le frère Jacques de Cessoles de l’ordre des Prêcheurs. Ayant été invité par les frères de l’Ordre, ainsi que par de nombreux profanes, à écrire sur le jeu divertissant des échecs qui couvre un nombre remarquable d’enseignement sur la morale aussi bien que sur la guerre, je cède à leur demande. Il est vrai que j’ai déjà prêché sur ce sujet au peuple, et cela plaisait à beaucoup de nobles. »

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Le jeu des eschies

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Jacques de Cessoles , Jean de Vignay , Jeu des échecs moralisé . Albertan de Brescia , Renaut de Louhans, Mélibée et Prudence. Christine de Pisan, Epitre à la reine. Geoffroi de la Tour Landry, Livre pour l’enseignement de ses filles. Gervais du Bus, Roman de Fauvel.

Selon Christine Reno et Inès Villela-Petit, ce manuscrit serait une commande du duc de Berry.  Le jeu des échecs moralisés fut écrit en latin au XIIIe siècle par Jacobus de Cessolis, un frère dominicain italien. Cessolis profita de l’occasion pour utiliser ce jeu relativement nouveau, les échecs, pour décrire une société idéale à travers la métaphore de l’échiquier. Écrit à une époque d’instabilité politique, son travail fut lu, des siècles plus tard, comme un guide de comportement approprié, à la fois en raison de la nature facilement comprise de la métaphore et les références à la littérature biblique et classique qui soutiennent l’argumentation.

Chaque pièce et ses attributs sont décrits en détail. Par exemple, si le Chevalier peut se déplacer devant un Pion, c’est parce que le rôle et la responsabilité du Chevalier est de protéger le roturier, qui à son tour, sert le Chevalier. La morale est prescrite : le roi qui laisse sa femme pour autrui agit contre la nature ; la reine doit être chaste, docile et soucieuse de l’éducation de ses fils ; le paysan doit respecter les lois et servir le seigneur. Chacun des huit pions représente un groupe de personnes, tels que les aubergistes ou les médecins et les apothicaires. Pour Cessolis, une société entremêlée d’obligations mutuelles est proprement conçue, « les talents sont distribués de telle sorte que personne ne se suffise à lui-même, mais n’a de valeur que dans ses relations avec les autres ».

Cessole échecs manuscrit enluminure
Ce parchemin (320 x 260 mm), 1405-1410, contient entre autre : « Livre des nobles hommes et des gens de peuple
selon le jeu des eschies, translaté de latin en françoiz par Frere Jehan de Vignay »

En mettant l’accent sur le comportement sociétal plutôt que sur les règles du jeu, il serait presque impossible d’apprendre à jouer aux échecs à partir de ce texte, mais il est clair que les règles des échecs médiévaux sont très différentes de celles d’aujourd’hui, le roi, par exemple, a été limité dans son mouvement aux trois premières rangées de l’échiquier, car il est de son devoir de rester près de chez lui et de défendre le pays.

Quel est ce jeu ?

échecs perse
Encre et gouache, rehauts d’or sur papier 34.5 sur 22.3 cm, estimé à 4 000 € par Sotheby’s.

Page enluminée d’un manuscrit démembré datant de 1666, illustré par l’artiste perse Safavide Mu’in Musavvir. Un émissaire indien à la cour d’Anushirvan offrira un tribu à quiconque découvrira comment jouer à ce jeu venu de l’Inde : les échecs.

Les Échecs courtois

Comment les échecs du Moyen Âge se sont-ils associés à l’amour ? Courtoisie, galanterie et mots tendres ne vont plus de pair avec ce combat moderne intense entre adversaires compétitifs, généralement masculins et mal rasés. Et pourtant, pour une période de quatre à cinq cents ans, ce jeu de guerre fut la métaphore du jeu amoureux. Peu de temps après que la reine apparût sur l’échiquier, au tournant du XIIe siècle, remplaçant le vizir oriental, l’échiquier devint le champ de conquêtes romantiques autant que militaires.

Réservé à la noblesse, ce jeu martial illustre les vertus de ces guerriers dont la valeur au combat n’a d’égale que leur maîtrise de l’échiquier. Pendant le siège de Cordes, rapporte la Chanson de Roland, les chevaliers les plus valeureux et « les plus sages » se délassent devant l’échiquier. La littérature médiévale élève ce divertissement à une dignité où se reconnaît la noblesse féodale. Mais, au tournant du XIIe siècle, les mœurs s’adoucissent sous l’influence de l’Église, qui instaure sa Paix de Dieu et « ce divertissement s’adapte à l’émergence de nouvelles valeurs et porte, pour les esprits éclairés de l’époque, à l’acquisition de qualités éminemment courtoises, telles que la modestie et le contrôle de soi, la modération du geste et la domination des mouvements passionnels¹. » Les échecs ne sont plus seulement une distraction militaire, mais aussi le divertissement raffiné de cette élite aristocratique où s’incarne la supériorité de ses rites et de ses codes. Le jeu d’échecs devient dès lors le symbole d’un raffinement moral et intellectuel, représentant l’affrontement symbolique des amants sur le terrain du jeu et de la séduction.

‘Hi ceygit de kuningin den markis scach’ et ‘Hi leret der markis arablen der kuninginnen den kristenden loben’ (folio 24 & 25r)
du Codex Willehalm de Wolfram von Eschenbach, 1334. Bibliothèque de l’Université de Kassel, Allemagne.

L’amour courtois, « la fin amor », ce genre littéraire va se propager à une vitesse fulgurante au point de devenir une véritable révolution idéologique. Il se répand d’abord en Occitanie grâce à l’intervention des troubadours, ces poètes-musiciens de langue d’oc, et gagne peu à peu le Nord de la France puis l’Angleterre. Il faut peut-être aussi se replonger dans les mœurs de cette époque où de charmantes jouvencelles étaient offertes à de nobles, mais soudards maris, plus à l’aise dans la violence d’un champ de bataille que dans les galanteries poétiques et courtoises. Inversant les rôles traditionnels du masculin et du féminin, accordant à la femme tous les pouvoirs sur l’homme, nous pouvons aisément imaginer quel accueil elles purent prodiguer à ces ménestrels cultivés, sans doute roturiers, mais de belle tournure. « Un troubadour à succès, écrit Marilyn Yalom dans son livre Birth of the Chess Queen, se devait d’être sophistiqué, poète et spirituel, chanteur, musicien, et — surtout, n’oublions pas — joueur d’échecs² ». Ces trouvères furent sans doute le vecteur de cette nouvelle culture et de ce nouveau jeu venu d’orient. Guère étonnant, donc, qu’il soit devenu une de leurs métaphores poétiques de prédilection. « Bernard de Ventadour, se plaignant de l’indifférence de l’aimée, se comparait au perdant d’une partie d’échecs. Conon de Bethune, poursuit Marilyn Yalom, reconnaît qu’il était parfaitement capable d’enseigner les règles du jeu, mais incapable de se protéger d’un échec et mat parce que le jeu de l’amour lui faisait perdre la tête². »

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Couple jouant aux échecs à la fenêtre, vers 1448, maison de Jacques Cœur, Passage de la Chapelle à Bourges.

« La reine des échecs et le culte de l’amour ont grandi ensemble et ont formé une relation symbiotique, chacun se nourrissant de l’autre². » Une fois la reine apparue sur l’échiquier, elle légitima la présence des femmes devant l’échiquier, jusqu’alors terrain de jeu entièrement masculin. Les filles de bonne famille purent utiliser ces rencontres mixtes, riches de toutes les perspectives romantiques. « Les échecs fournirent aux amoureux une excuse pour se rencontrer dans l’intimité des jardins et des boudoirs, partageant leurs sentiments ainsi que le jeu. Et contrairement aux dés, qui étaient associés à la licence et au désordre, les échecs devaient être joués avec une cérémonie prudente. C’était une métaphore parfaite pour l’amour et le culte de l’amour². » La métaphore du jeu d’échecs épouse sans difficulté le formalisme des conventions courtoises qui dictent les rapports amoureux. « À l’inverse des jeux de dés, précise Maxime Kamin, qui évoquent l’empressement d’une jouissance vulgaire, les échecs reflètent la lenteur et la persévérance d’un amour ritualisé qui s’épanouit dans l’exaltation de la femme aimée. Ce jeu s’enrichit d’une dimension érotique donnant lieu à de nombreux jeux de mots sur le terme « mat », qui désigne aussi bien la tristesse, la folie ou le bonheur de l’amant tantôt vaincu par la dame, tantôt triomphant de celle-ci. L’art de jouer se conjugue ainsi à un art d’aimer dont la poésie des troubadours offre un témoignage éclatant¹. »

¹ Maxime Kamin, revue L’Éléphant N° 14, 2016.
² Marilyn Yalom, Birth of the Chess Queen (Harper Collins 2004).

Un Homme et une femme

Jacopo Cessole
Une femme et un homme jouant aux échecs, Jacobus de Cessolis, De ludo scachorum vers 1390-1408.

Jacopo da Cessole, dominicain lombard, né dans la seconde moitié du XIIIe siècle, connu comme l’auteur d’un des premiers livres de moralités sur les échecs. Il prêche quotidiennement sur « les mœurs des hommes et les devoirs des nobles à travers le jeu d’échecs ». Cédant aux demandes des clercs et des « gentils gens » qui le pressent de compiler par écrit ses sermons, le prédicateur compose en latin le Liber de moribus hominum et officiis nobilium sive super ludum scacchorum, traité de morale qui puise sa trame dans le jeu d’échecs. Voici une enluminure d’un des nombreux manuscrits, conservé à la Houghton Library d’Harvard.

Les Échecs Médiévaux

La marche des pièces : le Pion et le Roi

Échecs Médiévaux
Le Codex Buranus, Abbaye bénédictine de Beuron en Bavière – Manuscrit du XIIIe siècle

Nés en Inde, au VIe siècle, les Échecs (ou chatarunga) firent leur apparition en Europe aux alentours de l’an mille, rapportés de Perse par les Seigneurs arabes d’Espagne et sans doute également par les Croisés à leur retour d’Orient. Au fil des siècles, les pièces et les règles ont évolué, notamment dans les déplacements des pions.

Pion de l’Île Lewis

Au Moyen-âge, les pions se déplaçaient peu alors que durant la Renaissance, leur mobilité a nettement augmenté. Le pion avançait comme aujourd’hui, d’un pas en avant, sans avoir le privilège d’avancer sur la quatrième et cinquième rangée, s’il était encore sur sa case d’origine, bien que dans certaines régions d’Europe, le double pas initial du pion était déjà pratiqué.

 

La marche du pion

Depuis l’origine du jeu, le roi est la pièce principale, mais aussi la plus vulnérable : il se déplace d’une case seulement et ne peut pas se défendre. Le but du jeu est de l’empêcher de se déplacer, pour finalement le « mater », c’est-à-dire, étymologiquement, le mettre à mort. Au sens figuré, cette expression signifie « soumettre quelqu’un ». Au Moyen Age, le but n’est pas encore de faire « mat », mais plutôt de massacrer les pions de son adversaire : comme dans les combats réels, la stratégie n’est pas encore vraiment développée. On peut même dire qu’il n’existe pas de stratégie du jeu au moyen-âge. Les parties se présentent comme un combat féodal. Ce n’est qu’au XVIIIe siècle, sous l’influence du Français Philidor, que les joueurs se poseront le problème du déroulement tactique qui rend les parties si passionnantes.

Achille dans sa tente – Histoire ancienne jusqu’à César. XIVe ou XVe siècle. BNF, Manuscrits*

La marche royale du monarque moyenâgeux est la même qu’aujourd’hui, Son Altesse s’avance d’un seul pas majestueux. Des règles régionales permettent au Roi ou à la Reine d’effectuer un saut à deux cases (sans prise) à leur premier mouvement. Le roque n’existe pas encore. C’est vers 1560, pour parer aux effets dévastateurs des pièces aux pouvoirs renforcés, que le roque est inventé et, progressivement, remplacera le saut initial du Roi ou de la Dame qui devient obsolète. Le Roi est l’une des deux seules pièces, avec le Cavalier, a avoir traversé les siècles sans que sa forme ou son déplacement n’aient été modifiés.

     
La marche royale.

Dans la position du deuxième diagramme, le Roi noir ne serait ni mat, ni en échec. Il pourrait se déplacer en toute légitimité en d8 ou e8, la Reine se déplaçant uniquement sur les diagonales.

Le Roi médiéval de l’Île Lewis

*Les auteurs médiévaux ont convoqué des noms célèbres de l’Antiquité pour assurer au « plus noble des jeux » le prestige et la légitimité d’une grande ancienneté. Achille, Ulysse, Palamède, Xerxès, Aristote et le roi Salomon sont les plus couramment évoqués.

Les Échecs moralisés

Jacques de Cessoles, à la fin du XIIIe siècle, réunit plusieurs sermons populaires à l’époque pour écrire son œuvre « Liber de moribus hominum et officiis nobilium ac popularium super ludo scacchorum ». Voici l’un des très nombreux manuscrits en latin de son œuvre, conservé à la bibliothèque municipale de Dijon.

Échecs moralisés Cessoles
Le roi Evil-Mérodak, roi de Babylone en 562-560 avant J.-C., et le philosophe Xerxès jouant aux échecs

« Au nom du Seigneur, amen. Ici commence le prologue de ce Livre des Mœurs des Hommes et des Devoirs des Nobles, au travers du Jeu des Échecs, qui fut composé par le frère Jacques de Cessoles, de l’ordre des Frères Prédicateurs. Ayant été prié par des frères de l’Ordre, ainsi que par divers séculiers, de transcrire l’amusant jeu des échecs, qui contient un enseignement remarquable quant à la conduite des moeurs ainsi que celle de la guerre, je réalise leur désir. Il est vrai que j’en avais prêché au préalable le contenu au peuple, et cela avait plu à moult gentilshommes. »

Échecs moralisés CessolesEn Italie au début du XIVsiècle, le dominicain Jacques de Cessoles prêche sur « les mœurs des hommes et les devoirs des nobles à travers le jeu d’échecs ». L’ouvrage est une compilation de ses sermons, traduit en français par un dominicain parisien, Jean Ferron, et par Jean de Vignay, traducteur de nombreux textes latins. Sous la forme d’un traité de morale qui trouve dans le jeu d’échecs son fil conducteur, l’auteur fait l’histoire du jeu, puis décrit les pièces nobles et les pièces secondaires en donnant à chacune une valeur symbolique représentative des rapports sociaux de son temps. Le manuscrit est illustré de 13 miniatures représentant les figures des échecs (différentes de celles du jeu actuel). Sur la page de titre sont représentés le roi Evil-Mérodak, roi de Babylone en 562-560 avant J.-C., et le philosophe Xerxès jouant aux échecs.

La provenance est incertaine, mais sûrement bourguignonne. La reliure du XVe siècle fait penser que le manuscrit pourrait provenir de l’abbaye de Cîteaux, mais cette traduction française ne figure dans aucun catalogue de la bibliothèque de l’abbaye qui conservait en 1480 trois exemplaires latins. Le manuscrit serait entré à la Bibliothèque de Dijon après la confiscation des biens de l’abbaye pendant la Révolution.


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