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Ennemis publics

Bruce PandolfiniNous ne savons pas exactement comment le jeu a été inventé, quoiqu’il y ait des soupçons. Aussitôt que nous découvrirons les criminels, nous vous en ferons part.

Bruce Pandolfini

La plaisanterie de Pandolfini reflète bien la relation ambivalente qu’entretient le joueur avec ce jeu : pleine de passion et de haine mêlées. Sir Henry Campbell-Bannerman aurait ajouté : « Les Échecs ne sont pas un jeu, mais une maladie ».

Intelligence

goethe

Les Échecs, c’est la pierre de touche de l’intelligence.

Johann Wolfgang Von Goethe

Il aura fallu attendre plusieurs décénies avant qu’une étude ne prouve scientifiquement cette affirmation. Psychologue à l’université de Göttingen, Roland Grabner affirme que les tests d’intelligence réalisés sur des joueurs experts et novices « démontrent qu’à la fois l’expertise et l’intelligence impactent les performances de tâches liées au domaine d’expertise ». C’est à dire que la réussite aux Échecs serait dû à la fois à une pratique assidue et à une intelligence innée. D’où la conclusion du chercheur qui estime que « le jeu d’Échecs expert n’est pas isolé de l’intelligence ».

Mais restons modestes et n’oublions pas notre grand philosophe Denis Diderot : « Il est tout à fait possible pour un homme sage de devenir un grand joueur d’Échecs, mais il est également possible pour un grand joueur d’Échecs d’être un imbécile ».

Sage ou Imbécile ?

Denis diderot

Il est tout à fait possible pour un homme sage de devenir un grand joueur d’échecs, mais il est également possible pour un grand joueur d’échecs d’être un imbécile.

Denis Diderot

Diderot, ami de Philidor, qu’il aida à publier L’analyse des Échecs, fréquentait le célèbre Café de la Régence, comme il l’évoque dans son livre largement autobiographique Le neveu de Rameau. Joueur modeste, mais supérieur à d’Alembert, autre encyclopédiste, son intérêt pour le jeu était réel. Il lui arrivait même de proposer un avis à Sir Legal, le professeur de Philidor. Il s’inclinait cependant contre Jean-Jacques Rousseau :

« L’homme ambitionne la supériorité, même dans les plus petites choses. Jean-Jacques Rousseau, qui me gagnait toujours aux Échecs, me refusait un avantage qui rendît la partie plus égale.
Souffrez-vous à perdre, me disait-il.
Non, lui répondais-je. Mais je me défendrais mieux et vous en auriez plus de plaisir.
Cela se peut, répliquait-il, laissons pourtant les choses comme elles sont ».

Psychanalyse et Échecs

Anna FreudLa vie et les déterminants précoces de la vie psychique, c’est comme une partie d’Échecs. Les premiers coups donnent la direction de la partie, mais tant que la partie n’est pas terminée, il reste de jolis coups à jouer.

Anna Freud, fille de Sigmund Freud

Notre jeu fut l’objet de maints décryptages de la part des psychanalystes, mais aussi fut une source inépuisable de métaphores. Abordant des questions techniques, Freud compare la psychanalyse au jeu d’Échecs : dans les deux situations seuls les mouvements du début et de la fin peuvent être décrits avec quelque précision. Ce qui se passe entre ces deux bornes s’oppose à toute explication exhaustive.

Piété Échiquéenne

saint Charles BorroméeQue feriez-vous si vous étiez en train de jouer aux Échecs et que la fin du monde arrive ?
Je continuerais à jouer.

Saint Charles Borromée (1538 – 1584), religieux

Tandis que ceux qui l’entouraient parlaient de ce qu’ils s’empresseraient de faire, s’ils avaient la certitude de mourir dans l’espace d’une heure, le Saint déclara, que pour sa part, il finirait sa partie d’Échecs. Car il l’avait commencée seulement pour la gloire de Dieu, afin de se rendre mieux à même, après cette récréation nécessaire, de le servir plus activement. Dès lors, il ne pouvait désirer rien de plus avantageux que d’être appelé au tribunal du souverain juge, au milieu d’une action entreprise pour sa gloire.

Agacement

MontaignePourquoi ne jugerais-je pas Alexandre quand il était à table devisant et buvant sec ? Ou quand il jouait aux échecs ? Quelle corde était pincée, dans son esprit, par ce jeu stupide et puéril ? (Jeu que je déteste et que je fuis, car ce n’est pas assez un jeu, et qu’il nous amuse trop sérieusement : j’ai honte de lui porter une attention qui suffirait à quelque chose de bien). Alexandre n’était pas plus absorbé qu’aux échecs quand il préparait son célèbre passage dans les Indes.

Michel de Montaigne, Essais Livre I

Montaigne fut sans doute l’un des tous  premiers  auteurs  moralistes  à  constater  avec  agacement  : « voyez combien notre âme grossit et amplifie cet  amusement  ridicule ». S’absorber dans ce jeu, se séparant de tout, enclos en soi même, c’est suspendre « le temps en se rendant stupide, en se mettant en état de ne pas penser¹ ».

¹ Rousseau, joueur d’Échecs au café, Annales de la société Jean-Jacques Rousseau, t. 42 : Rousseau visité, Rousseau visiteur Les dernières années (1770-1778). Actes du colloque de Genève du 21-22 juin 1996 Édité par Jacques BERCHTOLD, Michel PORRET

Aventure en 64 cases


Pierre-Mac-Orlan

Il y a plus d’aventures sur un échiquier que sur toutes les mers du monde.

Pierre Mac Orlan

L’espace apparemment clos de l’échiquier est une porte ouverte sur l’infini : l’infini des possibilités combinatoires, mais aussi sur l’infini de notre imaginaire, l’échiquier devenant spectacle séducteur et fascinant de personnages représentés et incarnés, fous, cavaliers, reines… marionnettes nostalgiques d’un passé révolu.

Le jeu d’Échecs fortifie des qualités précieuses

Francklin

Le jeu d’Échecs fait naître et fortifie en nous plusieurs qualités précieuses dans le cours de l’existence, telles que la prévoyance, parce qu’il oblige à anticiper ; la vigilance, parce qu’il exige que l’on observe tout l’échiquier ; la prudence, parce qu’il faut se garder de jouer des coups sans réfléchir ; enfin, nous y apprenons la plus important, une leçon pour toute la vie : quand tout semble aller mal, nous ne devons jamais nous décourager, mais toujours espérer que les choses iront mieux, toujours chercher résolument la solution de nos problèmes.

Benjamin Franklin, La morale des Échecs

Comme tant de personnalités de son époque, le savant et homme d’État américain Benjamin Franklin (1706-1790) était un joueur d’Échecs passionné.  Il s’intéressa sérieusement au jeu à partir de ses 27 ans et quand il vint à Paris en tant qu’ambassadeur en 1776, il fréquenta assidûment le célèbre Café de La Régence. Sa Morale, publiée pour la première fois dans le journal Columbian Magazine en 1786,  est un court essai s’inspirant des sermons allégoriques du Moyen Âge comme celui du moine dominicain Jacques de Cessoles.

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L’art des Échecs ou les échecs de l’art

Marcel Duchamp

Ayant été proche des artistes et des joueurs d’Échecs, je suis arrivé à la conclusion personnelle que bien que tous les artistes ne soient pas des joueurs d’Échecs, tous les joueurs d’Échecs sont des artistes.

Marcel Duchamp

FontaineLe peintre Marcel Duchamp, joueur d’Échecs passionné, écrit Ivan Gros dans Métaphorologie du jeu d’Échecs, a poussé très loin la recherche d’une convergence entre les Échecs et l’art au point de mettre en concurrence ces deux pratiques, faisant d’une part de sa vie de joueur son œuvre et pensant d’autre part les Échecs comme un horizon possible de l’art. Cet artiste iconoclaste et extravagant, qui affubla la Joconde de moustaches, inventeur du readymade, créateur de la fontaine-pissotière et généralement perçu comme celui qui tua la peinture, était en fait un joueur remarquablement conformiste.

Voici une partie où il tient tête à Savielly Tartakover et sans la gaffe finale, la nulle lui était acquise.

Le Tableau du Maître flamand

Arturo Pérez-ReverteSouvent, sur un échiquier, ce ne sont pas deux écoles d’Échecs qui s’opposent dans la bataille, mais deux philosophies… deux manières de concevoir le monde.

Arturo Pérez-Reverte, Le Tableau du Maître flamand

Dans ce roman policier, les Échecs sont le moyen par lequel vont se formuler les conflits. Problématique de deux mondes irréconciliables dont la collision n’offrira d’autre issue que la destruction réelle ou imaginaire de l’adversaire.