Archives de catégorie : Citation

Agacement

MontaignePourquoi ne jugerais-je pas Alexandre quand il était à table devisant et buvant sec ? Ou quand il jouait aux échecs ? Quelle corde était pincée, dans son esprit, par ce jeu stupide et puéril ? (Jeu que je déteste et que je fuis, car ce n’est pas assez un jeu, et qu’il nous amuse trop sérieusement : j’ai honte de lui porter une attention qui suffirait à quelque chose de bien). Alexandre n’était pas plus absorbé qu’aux échecs quand il préparait son célèbre passage dans les Indes.

Michel de Montaigne, Essais Livre I

Montaigne fut sans doute l’un des tous  premiers  auteurs  moralistes  à  constater  avec  agacement  : « voyez combien notre âme grossit et amplifie cet  amusement  ridicule ». S’absorber dans ce jeu, se séparant de tout, enclos en soi même, c’est suspendre « le temps en se rendant stupide, en se mettant en état de ne pas penser¹ ».

¹ Rousseau, joueur d’Échecs au café, Annales de la société Jean-Jacques Rousseau, t. 42 : Rousseau visité, Rousseau visiteur Les dernières années (1770-1778). Actes du colloque de Genève du 21-22 juin 1996 Édité par Jacques BERCHTOLD, Michel PORRET

Aventure en 64 cases


Pierre-Mac-Orlan

Il y a plus d’aventures sur un échiquier que sur toutes les mers du monde.

Pierre Mac Orlan

L’espace apparemment clos de l’échiquier est une porte ouverte sur l’infini : l’infini des possibilités combinatoires, mais aussi sur l’infini de notre imaginaire, l’échiquier devenant spectacle séducteur et fascinant de personnages représentés et incarnés, fous, cavaliers, reines… marionnettes nostalgiques d’un passé révolu.

Le jeu d’Échecs fortifie des qualités précieuses

Francklin

Le jeu d’Échecs fait naître et fortifie en nous plusieurs qualités précieuses dans le cours de l’existence, telles que la prévoyance, parce qu’il oblige à anticiper ; la vigilance, parce qu’il exige que l’on observe tout l’échiquier ; la prudence, parce qu’il faut se garder de jouer des coups sans réfléchir ; enfin, nous y apprenons la plus important, une leçon pour toute la vie : quand tout semble aller mal, nous ne devons jamais nous décourager, mais toujours espérer que les choses iront mieux, toujours chercher résolument la solution de nos problèmes.

Benjamin Franklin, La morale des Échecs

Comme tant de personnalités de son époque, le savant et homme d’État américain Benjamin Franklin (1706-1790) était un joueur d’Échecs passionné.  Il s’intéressa sérieusement au jeu à partir de ses 27 ans et quand il vint à Paris en tant qu’ambassadeur en 1776, il fréquenta assidûment le célèbre Café de La Régence. Sa Morale, publiée pour la première fois dans le journal Columbian Magazine en 1786,  est un court essai s’inspirant des sermons allégoriques du Moyen Âge comme celui du moine dominicain Jacques de Cessoles.

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L’art des Échecs ou les échecs de l’art

Marcel Duchamp

Ayant été proche des artistes et des joueurs d’Échecs, je suis arrivé à la conclusion personnelle que bien que tous les artistes ne soient pas des joueurs d’Échecs, tous les joueurs d’Échecs sont des artistes.

Marcel Duchamp

FontaineLe peintre Marcel Duchamp, joueur d’Échecs passionné, écrit Ivan Gros dans Métaphorologie du jeu d’Échecs, a poussé très loin la recherche d’une convergence entre les Échecs et l’art au point de mettre en concurrence ces deux pratiques, faisant d’une part de sa vie de joueur son œuvre et pensant d’autre part les Échecs comme un horizon possible de l’art. Cet artiste iconoclaste et extravagant, qui affubla la Joconde de moustaches, inventeur du readymade, créateur de la fontaine-pissotière et généralement perçu comme celui qui tua la peinture, était en fait un joueur remarquablement conformiste.

Voici une partie où il tient tête à Savielly Tartakover et sans la gaffe finale, la nulle lui était acquise.

Le Tableau du Maître flamand

Arturo Pérez-ReverteSouvent, sur un échiquier, ce ne sont pas deux écoles d’Échecs qui s’opposent dans la bataille, mais deux philosophies… deux manières de concevoir le monde.

Arturo Pérez-Reverte, Le Tableau du Maître flamand

Dans ce roman policier, les Échecs sont le moyen par lequel vont se formuler les conflits. Problématique de deux mondes irréconciliables dont la collision n’offrira d’autre issue que la destruction réelle ou imaginaire de l’adversaire.

Kasparov répond à Stefan Zweig

Kasparov

J’aime trop la vie et je suis trop intelligent pour me laisser enfermer dans le jeu d’échecs.

Garry Kasparov

Kasparov toujours s’est opposé à cette image romantique du joueur, mégalomane paranoïaque, tel que présenté par Zweig ou Vladimir Nabokov dans son roman La Défense Loujine , isolé en lui même et absorbé tout entier par cette quête unique : tuer le roi !

Stefan Zweig : Enfermement échiquéen

Stefan Zweig, Le Joueur d'échecsComment concevoir la vie d’une intelligence tout entière réduite à cet étroit parcours, uniquement occupée à faire avancer et reculer trente-deux pièces sur des carreaux noirs et blancs, engageant dans ce va-et-vient toute la gloire de sa vie ! Comment s’imaginer un homme doué d’intelligence, qui puisse, sans devenir fou, et pendant dix, vingt, trente, quarante ans, tendre de toute la force de sa pensée vers ce but ridicule : acculer un roi de bois dans l’angle d’une planchette !

Stefan Zweig, Le Joueur d’échecs

Dans sa nouvelle, Zweig évoque l’enfermement : pour l’un de ces personnages, il s’agit d’un enfermement mental représenté par cette monomanie du joueur d’échecs passionné jusqu’à la folie. Pour l’autre, d’une privation réelle de liberté, d’un néant vertigineux, qui le mènera lui aussi dans un emprisonnement psychique et le conduira vers la même monomanie.

Souplesse et vivacité

Stefan Zweig

… le jeu d’échecs possède cette remarquable propriété de ne pas fatiguer l’esprit et d’augmenter bien plutôt sa souplesse et vivacité.

Stefan Zweig, Le joueur d’Échecs

Notre jeu, poussé à l’extrême peut conduire à l’enfermement. Stefan Zweig illustre avec une ambiguïté magnifique ce propos dans sa nouvelle Le Joueur d’Échecs où le jeu est simultanément émancipation et déshumanisation.