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Alfred Binet et les Échecs

Alfred Binet
Alfred Binet, pédagogue et psychologue (1857-1911).

Si nous pouvions voir dans le cerveau d’un joueur d’échecs, nous y verrions tout un monde de sentiments, d’images, d’idées, d’émotion et de passion.

Alfred Binet

Alfred Binet est plus connu pour la création du Coéficient d’intelligence ( Q.I.) que pour ses études dans les champs des Échecs et de la mémoire. L’ouvrage qu’il publie en 1894, Psychologie des grands calculateurs et joueurs d’Échecs, est pourtant un texte fondateur, une analyse approfondie d’individualités psychologiques remarquables, une importante contribution à la psychologie de l’expertise en calcul et aux Échecs à laquelle les chercheurs se réfèrent encore actuellement. Jouer aux Échecs est une activité qui fait appel à la mémoire et au calcul. C’est à cet aspect-là que Binet, disciple de Charcot, s’est intéressé.

Il mit en évidence que bien que de nombreux mathématiciens se sont intéressés au jeu, peu y réussirent. Mathématique et Échecs ont une direction commune et le même intérêt pour les combinaisons, l’abstraction et la précision. Une caractéristique qui manque chez le matheux est la combativité qui semble plus l’apanage du joueur.


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Sculpture Échiquéenne

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Si la stratégie est un bloc de marbre, la tactique est le ciseau que manie le maître pour créer des chefs-d’œuvre.

Tigran Petrosian

Après un tournoi, Tigran déclara aux journalistes : « Ma stratégie ? Ne pas perdre ! » Une déclaration qui caractérise très bien le style de Petrosian. Ce style de jeu défensif lui valut maintes fois de vives critiques de la part des journalistes et des supporters, lui reprochant son manque d’ambition. Profondément affectés, songent à abandonner les Échecs, seul l’appui de ses amis l’encouragea à poursuive. Il avait aussi derrière lui le soutien de tout un peuple, l’Arménie qui célébrait ses victoires avec ferveur. Un jour, il reçut l’appel glacial d’un passionné arménien en colère : « Qui vous a autorisé à perdre ? » C’est pour eux qu’il décida de poursuivre la lutte sur l’échiquier.

Cependant, Petrosian était un grand tacticien, pouvant calculer aussi loin que Mikhail Tahl, mais utilisant sa vision combinatoire pour éviter l’attaque et créer une intense frustration chez ses adversaires, qui ne pouvaient atteindre son roi.

Dans cette partie Simagin s’attendait à 44. Nxf7 Qd1+ 45. Bg1 Qh5+ et la nulle par échecs perpétuelles, mais…

Le plaisir des Échecs

Tigran Petrosian
Tigran Petrosian

Les échecs sont un jeu par leur forme, un art par leur essence et une science par sa difficulté d’acquisition. Ils peuvent vous procurer autant de plaisir qu’un bon livre ou une belle musique, mais vous n’aurez une réelle joie que si vous arrivez à bien jouer.

Tigran Petrosian

Malgré toute la beauté de notre noble jeu, Tigran savait aussi s’accommoder d’arrangement moins esthétiques. Au cours d’une Olympiade, il s’accorda avant la partie avec son adversaire Florin Gheorghiu d’une nulle. À la fin de l’ouverture, il en fait la demande formelle. Gheorghiu répond :

Jouons encore un peu pour le public.

Un stratagème qu’il utilisait souvent, car si son adversaire, confiant dans l’accord passé, jouait mollement, il n’avait alors aucun scrupule à gagner le match. Petrosian joue encore quelque coup, pestant contre l’importun. Florin Gheorghiu s’absente quelques instants pour aller aux toilettes. Tigran le suit et lui dit :

— Si tu joues un seul coup de plus, je t’arrache la tête devant le public.

Les Échecs rendent heureux !

siegbert tarrasch
Siegbert Tarrasch

J’ai toujours senti une vague pitié pour l’homme qui ne connaît rien aux Échecs, tout comme j’en avais pour un homme ignorant de l’amour. Les Échecs, comme la musique ou comme l’amour ont le pouvoir de rendre heureux.

Siegbert Tarrasch

Tarrasch possédait un éminent talent tactique, bien qu’il décida de quitter le chemin romantique plus fleuri pour la voie positionnelle plus aride, mais plus courte indiquée par Steinitz. C’était un homme têtu avec une grande confiance en ses capacités, qualité pour un joueur d’Échecs, mais qui précipita sa chute, le rendant incapable d’absorber les idées nouvelles et positives des jeunes joueurs modernes comme Rubinstein, Reti, Nimzowitsch, Euwe et Tartakower qui, là où les classiques considéraient l’occupation du centre comme une nécessité, prônaient un contrôle à distance de ce dernier.

Une anecdote pour illustrer son ego surdimensionné : en 1894, Tarrasch dispute un match sans pendule contre Carl Walbrodt, les adversaires pouvant réfléchir aussi longtemps qu’ils le souhaitent. Tarrasch écrivit « Jamais on ne vit un jeu si parfait que le mien ! » Toujours en confrontation, fréquemment de mauvaise humeur, il possédait un caractère de chien, entretenant souvent avec ses rivaux de mauvaises relations. Il détestait perdre et ses réactions frisaient parfois le grotesque. Pour justifier sa défaite contre Lasker dans le Championnat du Monde en 1908, il évoqua l’inconfort du climat maritime de Düsseldorf… cité située à plus de 200 kilomètres de la côte !

Personnage peu sympathique ? Il n’était sans doute pas dupe de ses caprices de diva puisqu’il écrivait :  « J’ai eu un mal de dents pendant ma première partie. Dans la seconde, j’ai eu mal à la tête. Dans la troisième, j’ai eu une crise de rhumatisme. Dans la quatrième, je ne me sentais pas bien. Et pour la cinquième ? Eh bien, est-ce que l’on doit gagner toutes les parties ? » Personnalité riche et attachante comme beaucoup de nos grands joueurs de cette époque.

Dans cette partie en concertation jouée à Naples en 1914, les Blancs semblent tenir, du moins contre une catastrophe immédiate, la Q noire empêche Qb7 suivit de Kxa5 et Ra1#. Mais…

Les Échecs… un être vivant

Reuben Fine

Dieu merci, les Échecs ne sont pas une science définitive, mais un être vivant qui se développe sans arrêt.

Reuben Fine

Dans les années 1930 et 1940, Reuben Fine fait partie de l’élite mondiale. Après la Seconde Guerre mondiale, il abandonne la compétition pour se concentrer sur la psychologie et la psychanalyse. Il est l’auteur de l’incontournable Les idées cachées dans les ouvertures d’Échecs qui fait partie des quelques ouvrages marquant la littérature échiquéenne. Écrit juste après la Seconde Guerre mondiale, il fut à l’origine de l’avance prise par les maîtres américains dans les ouvertures par rapport à leurs collègues européens dans les années cinquante.

Noblesse d’Âme

Tartakower
Xavier Tartakower par David Friedmann

Personne n’a amélioré sa position en abandonnant!

Xavier Tartakower

Tartakower est l’une des personnalités marquantes des Échecs, non seulement pour son style brillant, mais aussi pour sa vie richement remplie et ses qualités humaines. Toujours, il se montra incapable de profiter d’une situation avantageuse mais indigne, un mode de comportement d’ailleurs en accord avec son époque où un certain esprit chevaleresque existait encore dans le monde des Échecs.

La vie d’un joueur fut toujours difficile sur le plan économique et Tartakower n’échappa point à la règle, passant par des moments de dépression financière. Quelques-uns de ses admirateurs, au portefeuille mieux garni, prenant conscience de sa situation précaire, décidèrent de l’aider. Ils organisèrent à son intention un tournoi de parties rapides au premier prix particulièrement élevé, avec la conviction que Tartakower terminera premier sans problème. Cependant, alléchés, d’autres forts joueurs accoururent et Tarta fut battu par le maître hongrois Alexander Takacs. Les organisateurs tentèrent de retourner la situation et après une discussion avec le hongrois, lui retirent un point pour une mystérieuse raison. Ainsi, Tartakower obtenait son premier prix. Xavier se rendit compte du stratagème et se sentit terriblement offensé. Hans Kmoch raconte le dénouement de l’histoire : « Obsequieusement, le président offre le premier prix à Tartakower, une respectable montagne de pièces de monnaie. Tartakower se lève, contenant difficilement son désir de jeter cet argent au visage du président, et d’un geste rageur de la main, le jette au sol ».

Orgueil

Bogoliubov
Efim Bogoljubov au cours d’une simultanée dans les années 50.

Quand je joue avec les Blancs, je gagne parce que je fais le premier coup. Quand je joue avec les Noirs, je gagne aussi parce que je suis Bogoliubov.

Efim Dmitriyevich Bogolyubov

« Au cours de tournois, écrit Emil Joseph Diemer, il m’est arrivé souvent de me trouver en compagnie d’Alekhine pendant des semaines. Nous étions de très bons amis. Bogoljubov et moi étions également très amis, mais c’était différent. Ce dernier avait le contact excellent, quelqu’un avec qui l’on pouvait, comme dit le proverbe, voler des chevaux ensemble! C’est qu’il était un enfant du peuple. Originaire de la ville de Kiev, il était d’ailleurs au départ, destiné à devenir prêtre orthodoxe. Ses parents étaient ce que l’on appelle ordinairement des petits-bourgeois. Alekhine, au contraire, était officier du Tsar et descendait d’une vieille et noble famille. Il n’était donc pas possible de se comporter avec lui sans faire de façons ».