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Deux fous gagnent, jamais trois !

Deux fous gagnent, jamais trois
Alexandre Alekhine vers 1926, photographié par Man Ray.

Deux fous gagnent, mais jamais trois.

Alexandre Alekhine

Question folie, notre vieux Alekine en connaissait un rayon. Excentrique et alcoolique impénitent, ont le découvrit, peu de temps avant une de ces parties de championnat du monde contre Max Euwe en 1935, gisant ivre mort, dans un champ voisin. Quelques jours plus tard, devant donner une exhibition en simultanée, il se présenta si cuité qu’il commença par uriner devant ses adversaires. La simultanée fut annulée devant une si lamentable exhibition.

Bien évidemment, dans de telles conditions, il perdit son titre pour le récupérer en 1937. Sans doute, fut-il un peu moins fou. Voici la partie qui fit basculer ce second match :

Marcher sur son ombre

Vouloir jouer aux Échecs contre soi-même est aussi paradoxal que vouloir marcher sur son ombre.

Stefan Zweig

Marcher sur son ombreM, le héros du Joueur d’Échecs, explique : « Eh ! bien, je ne sais pas jusqu’à quel point vous avez réfléchi à l’état d’esprit où vous plonge ce roi des jeux. Mais il suffit d’une seconde pour faire comprendre que, le hasard n’y ayant aucune part, c’est une absurdité de vouloir jouer contre soi-même. L’attrait du jeu d’Échecs réside tout entier en ceci que deux cerveaux s’y affrontent, chacun avec sa tactique. L’intérêt de cette bataille intellectuelle vient de ce que les noirs ne savent pas comment vont manœuvrer les blancs, et qu’ils cherchent sans cesse à deviner leurs intentions pour les contrecarrer, tandis que de leur côté, les blancs essaient de percer à jour les secrètes intentions des noirs et de les déjouer. Si donc les deux camps sont représentés par la même personne, la situation devient contradictoire. Comment un seul et même cerveau pourrait-il à la fois savoir et ne pas savoir quel but il se propose, et, en jouant avec les blancs, oublier sur commande son intention et ses plans, faits la minute précédente avec les noirs ? Un pareil dédoublement de la pensée suppose un dédoublement complet de la conscience, une capacité d’isoler à volonté certaines fonctions du cerveau, comme s’il s’agissait d’un appareil mécanique. Vouloir jouer aux Échecs contre soi-même est donc aussi paradoxal que vouloir marcher sur son ombre ».

Esprits supérieurs ou Imbéciles


encyclopédieCertaines personnes frappées de ce que le hasard n’a point de part à ce jeu, et de ce que l’habileté seule y est victorieuse, ont regardé les bons joueurs d’Échecs comme doués d’une capacité supérieure : mais si ce raisonnement était juste, pourquoi voit-on tant de gens médiocres, et presque des imbéciles, qui y excellent, tandis que de très beaux génies de tous ordres et de tous états n’ont pu même atteindre à la médiocrité ? Disons donc qu’ici comme ailleurs, l’habitude prise de jeunesse, la pratique perpétuelle et bornée à un seul objet, la mémoire machinale des combinaisons et de la conduite des pièces, fortifiée par l’exercice, enfin ce qu’on nomme l’esprit du jeu, sont les sources de la science de celui des échecs, et n’indiquent pas d’autres talents ou d’autre mérite dans le même homme.

 Louis de Jaucourt

La citation est attribué à Diderot, mais l’article sur les Échecs de L’encyclopédie est du Chevalier Louis de Jaucourt.

La misère du monde

J’ai gagné beaucoup de parties qui ne m’ont pas rendu heureux, et quand je perds, je suis aussi malheureux. Mes amis me demandent « alors, quand es-tu heureux ? ». Les échecs sont ainsi. Vous n ’êtes heureux que rarement. Le reste n ’est que de l’amertume.

Ljubomir Llubojevic

Ljubomir LlubojevicSi pour Siegbert Tarrasch, les Échecs, comme la musique et l’amour, « ont le pouvoir de rendre heureux », d’autres joueurs portent un regard plus amer sur notre jeu, propre à  « augmenté la misère du monde » se désole le joueur israélien Amatzia Avni. Mais point que de l’amertume pour Ljubomir, car il écrit aussi dans une dédicace : « Quand s’éteignent les lumières de la scène échiquéenne, restent les souvenirs de diverses natures, des victoires et des défaites, mais ce qui reste éternellement, ce sont les amitiés forgées dans les rivalités et les adversités orageuses ».

Alfred Binet et les Échecs

Alfred Binet
Alfred Binet, pédagogue et psychologue (1857-1911).

Si nous pouvions voir dans le cerveau d’un joueur d’échecs, nous y verrions tout un monde de sentiments, d’images, d’idées, d’émotion et de passion.

Alfred Binet

Alfred Binet est plus connu pour la création du Coéficient d’intelligence ( Q.I.) que pour ses études dans les champs des Échecs et de la mémoire. L’ouvrage qu’il publie en 1894, Psychologie des grands calculateurs et joueurs d’Échecs, est pourtant un texte fondateur, une analyse approfondie d’individualités psychologiques remarquables, une importante contribution à la psychologie de l’expertise en calcul et aux Échecs à laquelle les chercheurs se réfèrent encore actuellement. Jouer aux Échecs est une activité qui fait appel à la mémoire et au calcul. C’est à cet aspect-là que Binet, disciple de Charcot, s’est intéressé.

Il mit en évidence que bien que de nombreux mathématiciens se sont intéressés au jeu, peu y réussirent. Mathématique et Échecs ont une direction commune et le même intérêt pour les combinaisons, l’abstraction et la précision. Une caractéristique qui manque chez le matheux est la combativité qui semble plus l’apanage du joueur.


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Sculpture Échiquéenne

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Si la stratégie est un bloc de marbre, la tactique est le ciseau que manie le maître pour créer des chefs-d’œuvre.

Tigran Petrosian

Après un tournoi, Tigran déclara aux journalistes : « Ma stratégie ? Ne pas perdre ! » Une déclaration qui caractérise très bien le style de Petrosian. Ce style de jeu défensif lui valut maintes fois de vives critiques de la part des journalistes et des supporters, lui reprochant son manque d’ambition. Profondément affectés, songent à abandonner les Échecs, seul l’appui de ses amis l’encouragea à poursuive. Il avait aussi derrière lui le soutien de tout un peuple, l’Arménie qui célébrait ses victoires avec ferveur. Un jour, il reçut l’appel glacial d’un passionné arménien en colère : « Qui vous a autorisé à perdre ? » C’est pour eux qu’il décida de poursuivre la lutte sur l’échiquier.

Cependant, Petrosian était un grand tacticien, pouvant calculer aussi loin que Mikhail Tahl, mais utilisant sa vision combinatoire pour éviter l’attaque et créer une intense frustration chez ses adversaires, qui ne pouvaient atteindre son roi.

Dans cette partie Simagin s’attendait à 44. Nxf7 Qd1+ 45. Bg1 Qh5+ et la nulle par échecs perpétuelles, mais…