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Poison échiquéen

échecs wells

Il n’y a pas de remords comme les remords aux Échecs. Ce sont une malédiction pour un homme. Il n’y a pas de bonheur aux Échecs. La passion pour jouer aux Échecs est l’une des plus inexplicables dans ce monde.

Herbert George Wells

En 1897, Herbert George Wells publie un essai  intitulé Certaines questions personnelles (Certain Personal Matters), où dans un des articles, il livre sa vision peu aimable des Échecs. En fait, comme beaucoup de joueurs, il entretenait avec ce jeu une relation ambivalente de haine et de passion mêlées. « Si vous voulez détruire un homme, apprenez lui les Échecs. Vous pourrez l’annihiler plus sûrement qu’avec le poison », disait-il encore.

La fête de la victoire

échecs Saint-Exupéry

J’ai vu le vaincu d’Échecs jouer des années durant dans l’espoir de la fête de la victoire. Car tu es plus riche de ce qu’elle existe si même elle n’est point pour toi. Ainsi de la perle du fond des mers.

Antoine de Saint-Exupéry

Antoine était grand amateur d’Échecs. Un échiquier se trouvait dans sa chambre et était toujours dans les effets personnels du pilote inventoriés en janvier 1945 et fut réclamé par sa mère à l’Armée de l’Air. « J’écris depuis ma petite chambre, lui écrit-il. Il règne un désordre rassurant. Mes livres, mon échiquier, mon encrier et ma brosse à dents sont entassés sur la table ».

Logé dans un hôtel, à Perpignan, Antoine de Saint-Exupéry joue aux Échecs tous les soirs avec son camarade instructeur Jean Gonord : « Tous les soirs, après le dîner, ils se retrouvaient autour d’un échiquier. Ils commençaient une partie que Antoine interrompait vers minuit pour téléphoner à Consuelo. Une demi-heure plus tard, il revenait et mettait Gonord mat en quelques coups¹ ».

Réfugié en Tunisie en 1942, André Gide se rend à Alger après la libération de l’Afrique du Nord. Il habite chez Anne Heurgon-Desjardins, une grande maison où il croise d’autres invités tels qu’André Maurois (revenu des États-Unis), Albert Camus, Jean Amrouche, Max-Pol Fouchet et, en 1943, Antoine de Saint-Exupéry. Gide et Saint-Exupéry jouent aux échecs, mais Max-Pol Fouchet surprend Gide en train de tricher, essayant ainsi de gagner au moins une partie contre ce redoutable adversaire².

¹ Cité dans echecsinfos.
² Antoine de Saint-Exupéry.

Mauvaise santé

Siegbert TarraschJ’ai eu un mal de dents pendant ma première partie. Dans la seconde, j’ai eu mal à la tête. Dans la troisième, j’ai eu une crise de rhumatisme. Dans la quatrième, je ne me sentais pas bien. Et pour la cinquième ? Eh bien, est-ce que l’on doit gagner toutes les parties ?

Siegbert Tarrasch

Voila un fait bien connu, personne n’a jamais gagné contre un joueur bien portant !

Soif de Victoire

Emanuel Lasker

Les Échecs sont une sorte de sublimation du besoin de victoire, réprimé et rationalisé dans la civilisation technique.

Emanuel Lasker

Le jeu d’Échecs est-il un moyen d’exprimer et de satisfaire une volonté de puissance ? Pour beaucoup d’entre nous, ils ne sont et resteront qu’un divertissement. Mais qu’en est-il de ces joueurs gravissant peu à peu les échelons, de ceux qui « pendant dix, vingt, trente, quarante ans, tendent de toute la force de leur pensée vers ce but : acculer un roi de bois dans l’angle d’une planchette* », gagnant, de tournoi en tournoi, leurs galons échiquéens, Maîtres et enfin Grands Maîtres internationaux ? Et quand ils ne pourront plus vaincre dans le monde réel, la soif de puissance jamais assouvie n’amènera-t-elle pas les plus fragiles d’entre eux à se réfugier dans la folie ?

* Stefan Zweig, Le joueur d’Échecs

Monomanie Échiquéenne

Zweig Monomanie ÉchiquéenneLes monomaniaques de tout poil, les gens qui sont possédés par une seule idée m’ont toujours spécialement intrigué, car plus un esprit se limite, plus il touche par ailleurs à l’infini.

Stefan Zweig, Le joueur d’Échecs

Une fois de plus Kasparov s’insurge : « Les écrivains ont utilisé les Échecs pour analyser les côtés extrêmes de la nature humaine. Dans ce cadre, les échecs offrent un champ d’expérimentation idéal. Mais on pourrait faire la même chose avec la peinture. Et là, en vous référant à Van Gogh, vous ne tirerez pas de conclusion définitive sur les peintres ».

L’image du joueur d’Échecs obsessionnel, hors du monde, l’esprit perdu dans les labyrinthes de notre jeu, isolé en lui même, tout entier dans cette quête unique de tuer le roi, cette image romantique sera véhiculée encore longtemps par la littérature et le cinéma. Notre jeu est-il ce mystérieux poison mathématique ? Ou plutôt comme l’évoque le champion britannique Bill Hartston : « Les Échecs ne rendent pas les gens fous, ils permettent aux fous de rester sains d’esprit ».

Ennemis publics

Bruce PandolfiniNous ne savons pas exactement comment le jeu a été inventé, quoiqu’il y ait des soupçons. Aussitôt que nous découvrirons les criminels, nous vous en ferons part.

Bruce Pandolfini

La plaisanterie de Pandolfini reflète bien la relation ambivalente qu’entretient le joueur avec ce jeu : pleine de passion et de haine mêlées. Sir Henry Campbell-Bannerman aurait ajouté : « Les Échecs ne sont pas un jeu, mais une maladie ».

Intelligence

goethe

Les Échecs, c’est la pierre de touche de l’intelligence.

Johann Wolfgang Von Goethe

Il aura fallu attendre plusieurs décénies avant qu’une étude ne prouve scientifiquement cette affirmation. Psychologue à l’université de Göttingen, Roland Grabner affirme que les tests d’intelligence réalisés sur des joueurs experts et novices « démontrent qu’à la fois l’expertise et l’intelligence impactent les performances de tâches liées au domaine d’expertise ». C’est à dire que la réussite aux Échecs serait dû à la fois à une pratique assidue et à une intelligence innée. D’où la conclusion du chercheur qui estime que « le jeu d’Échecs expert n’est pas isolé de l’intelligence ».

Mais restons modestes et n’oublions pas notre grand philosophe Denis Diderot : « Il est tout à fait possible pour un homme sage de devenir un grand joueur d’Échecs, mais il est également possible pour un grand joueur d’Échecs d’être un imbécile ».