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L’art des Échecs ou les échecs de l’art

Marcel Duchamp

Ayant été proche des artistes et des joueurs d’Échecs, je suis arrivé à la conclusion personnelle que bien que tous les artistes ne soient pas des joueurs d’Échecs, tous les joueurs d’Échecs sont des artistes.

Marcel Duchamp

FontaineLe peintre Marcel Duchamp, joueur d’Échecs passionné, écrit Ivan Gros dans Métaphorologie du jeu d’Échecs, a poussé très loin la recherche d’une convergence entre les Échecs et l’art au point de mettre en concurrence ces deux pratiques, faisant d’une part de sa vie de joueur son œuvre et pensant d’autre part les Échecs comme un horizon possible de l’art. Cet artiste iconoclaste et extravagant, qui affubla la Joconde de moustaches, inventeur du readymade, créateur de la fontaine-pissotière et généralement perçu comme celui qui tua la peinture, était en fait un joueur remarquablement conformiste.

Voici une partie où il tient tête à Savielly Tartakover et sans la gaffe finale, la nulle lui était acquise.

Le Tableau du Maître flamand

Arturo Pérez-ReverteSouvent, sur un échiquier, ce ne sont pas deux écoles d’Échecs qui s’opposent dans la bataille, mais deux philosophies… deux manières de concevoir le monde.

Arturo Pérez-Reverte, Le Tableau du Maître flamand

Dans ce roman policier, les Échecs sont le moyen par lequel vont se formuler les conflits. Problématique de deux mondes irréconciliables dont la collision n’offrira d’autre issue que la destruction réelle ou imaginaire de l’adversaire.

Kasparov répond à Stefan Zweig

Kasparov

J’aime trop la vie et je suis trop intelligent pour me laisser enfermer dans le jeu d’échecs.

Garry Kasparov

Kasparov toujours s’est opposé à cette image romantique du joueur, mégalomane paranoïaque, tel que présenté par Zweig ou Vladimir Nabokov dans son roman La Défense Loujine , isolé en lui même et absorbé tout entier par cette quête unique : tuer le roi !

Stefan Zweig : Enfermement échiquéen

Stefan Zweig, Le Joueur d'échecsComment concevoir la vie d’une intelligence tout entière réduite à cet étroit parcours, uniquement occupée à faire avancer et reculer trente-deux pièces sur des carreaux noirs et blancs, engageant dans ce va-et-vient toute la gloire de sa vie ! Comment s’imaginer un homme doué d’intelligence, qui puisse, sans devenir fou, et pendant dix, vingt, trente, quarante ans, tendre de toute la force de sa pensée vers ce but ridicule : acculer un roi de bois dans l’angle d’une planchette !

Stefan Zweig, Le Joueur d’échecs

Dans sa nouvelle, Zweig évoque l’enfermement : pour l’un de ces personnages, il s’agit d’un enfermement mental représenté par cette monomanie du joueur d’échecs passionné jusqu’à la folie. Pour l’autre, d’une privation réelle de liberté, d’un néant vertigineux, qui le mènera lui aussi dans un emprisonnement psychique et le conduira vers la même monomanie.

Souplesse et vivacité

Stefan Zweig

… le jeu d’échecs possède cette remarquable propriété de ne pas fatiguer l’esprit et d’augmenter bien plutôt sa souplesse et vivacité.

Stefan Zweig, Le joueur d’Échecs

Notre jeu, poussé à l’extrême peut conduire à l’enfermement. Stefan Zweig illustre avec une ambiguïté magnifique ce propos dans sa nouvelle Le Joueur d’Échecs où le jeu est simultanément émancipation et déshumanisation.