Archives de catégorie : Citation

Échecs jazzy

« On me dit que je joue du piano, comme on joue aux échecs… La marelle, c’est un jeu ! La musique et les échecs sont une science, un art, un combat… C’est très profond. »

René Urtreger


Il participe régulièrement au tournoi du Monde des artistes des Rencontres internationales et nationales d’échecs au Cap D’Agde. « Dans un entretien intimiste, en marge de la 14e édition de CapEchecs en octobre dernier, le jazzman aux mille vies parle de ses deux arts de prédilection avec amour, célébrant leur caractère à la fois noble et populaire.* »

* Le Journal des Activité sociales de l’énergie

Don Quichotte

Don Quichotte echecs citation
Andreas Paul Weber (1893-1980) – Don Quichotte et Sancho Panza

– Eh bien, reprit don Quichotte, la même chose arrive dans la comédie de ce monde, où les uns font les empereurs, d’autres les pontifes, et finalement autant de personnages qu’on en peut introduire dans une comédie. Mais quand ils arrivent à la fin de la pièce, c’est-à-dire quand la vie finit, la mort leur ôte à tous les oripeaux qui faisaient leur différence, et tous redeviennent égaux dans la sépulture.
— Fameuse comparaison ! s’écria Sancho, quoique pas si nouvelle que je ne l’aie entendu faire bien des fois, comme cette autre du jeu des échecs ; tant que le jeu dure, chaque pièce a sa destination particulière ; mais quand il finit, on les mêle, on les secoue, on les bouleverse et on les jette enfin dans une bourse, ce qui est comme si on les jetait de la vie dans la sépulture.

Miguel de Cervantes Saavedra, Don Quichotte, tome II

Sancho se réfère aux vers d’Omar Kheyam, poète persan du Moyen-Age : « Nous sommes les pions de la mystérieuse partie d’Échecs jouée par Dieu. Il nous déplace, nous arrête, nous pousse encore, puis nous lance un à un dans la boîte du Néant. »

L’un des contemporains et compatriotes de Cervantes, le poète et dramaturge Lope de Vega (1562-1635), avec qui ils partagèrent les miels du siècle d’or espagnol, écrit :

Piezas somos de ajedrez
y el loco mundo es la tabla
pero en la talega juntos
peones y reyes andan.

« Nous sommes des pièce d’échecs et le monde fou est l’échiquier, mais dans le sac entremêlés, les pions et les rois s’en iront. »

Don Quichotte echecs citation

L’anonymat de la perfection

Julien Gracq échecs

Julien Gracq, décédé en 2007, n’était pas seulement un grand écrivain, mais aussi un passionné d’échecs. Un jeu découvert très tôt, dès ses 13 ans au lycée de Nantes, où il fabriqua lui-même son échiquier et ses pièces. Plus encore que joueur, il était, de son propre aveu, « un lecteur de parties ». « Cela se rattache sans doute au plaisir que je prends aux ouvrages de stratégie : j’ai du goût pour la stratégie en chambre […] Je n’ai jamais été initié au jeu d’échecs. J’ai tâtonné dans leur direction, obstinément je leur ai appartenu dès le début sans que j’y eusse la moindre aptitude, comme la boussole au pôle magnétique. »

Julien Gracq échecs
Une partie de Louis Poirier, dit Julien Gracq, contre sa sœur aînée Suzanne
dans les années vingt.

« En réalité, le jeu d’échecs penche plutôt, quand il s’agit des très grands joueurs, du côté de l’art que du côté de la science. Il y a un fait très curieux : le style personnel apparaît à un très haut niveau, c’est-à-dire seulement chez les très grands joueurs, là où il devrait disparaître puisque le grand joueur doit approcher de la perfection, c’est-à-dire de l’anonymat en somme. »

Julien Gracqau cours d’un entretien radiophonique du 28 mars 1977.

Musique échiquéenne

Juan Gris -Carafe, verre et damier, 1917

« Dans le domaine de la peinture, de la gravure et de la sculpture, dès la première décennie de notre siècle, les artistes abandonnent la représentation de la partie d’échecs pour se concentrer sur les pièces, sur les échiquiers et sur toutes les variations auxquelles les unes et les autres peuvent donner lieu. On passe en quelque sorte d’un thème social à un thème musical (au sens de la musica médiévale, c’est-à-dire d’une notion qui inclue le rythme, l’harmonie, la construction et la déconstruction, etc.). Graphiquement et picturalement, l’échiquier apparaît comme une structure ouverte, dynamique, d’une richesse infinie, autorisant toutes les combinatoires et débouchant sur des mouvements et des rythmes de nature exponentielle. »

Michel Pastoureau

Une frivolité escusable

diderot encyclopédie échecs
Illustrations de Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, arts et métiers

« On n’étudie guère aujourd’hui les livres d’échecs, car les échecs sont assez généralement passés de mode ; d’autres goûts, d’autres manières de perdre son temps, en un mot d’autres frivolités moins excusables ont succédé. Si Montaigne revenait au monde, il approuverait bien la chute des échecs. D’autres personnes, au contraire, frappées de ce que le hasard n’a point de part à ce jeu, ont regardé les bons joueurs comme doués d’une capacité supérieure. »

Diderot dans la grande Encyclopédie en 1775

Aux échecs, il faut garder…

… la tête sur les épaules !

louis XVI échecs estampe
La procédure de destitution de Louis XVI, 1791 – Bnf

Louis XVI, qui, au jeu de la politique, ne sut pas garder la tête froide, joue sa dernière partie contre un garde nationale. Pour Marie-Antoinette, derrière le prélat, la partie fut belle. « Je vous ais porté malheur », avoue Élisabeth de France, la sœur du roi. Le dauphin et sa sœur se chamaille la couronne. Marie-Thérèse Charlotte de France, surnommée « Madame Royale », la fille aînée du roi, fut la seule à sauver sa tête dans cette partie d’échecs révolutionnaire.

Notre bon roi n’a point écouté les sages préceptes de François-André Danican Philidor, pourtant d’actualité, il n’a pas sut jouer avec le peuple des petits pions : « Mon but principal et de rendre recommandable par une nouveauté dont personne ne s’est avisé, où peut-être n’en a été capable ; c’est celle de bien jouer les pions. Ils sont l’âme des échecs, ce sont eux uniquement qui forme l’attaque et la défense, et de leur bon ou mauvais arrangement, dépend entièrement le gain ou la perte de la partie. »

La Partie d’échecs, eau-forte bistre 13,5 x 18 cm, 1792 – Bnf

Philidor met en scène innocemment sur l’échiquier, les idées politiques nouvelles qui émergent dans ce siècle des lumières, illustrant une fois de plus cette étrange symbiose entre ce jeu et la vie des hommes. La portée de la révolution introduite sur l’échiquier ne fut probablement pas clairement perçue par tous ces lecteurs, et le succès de l’ouvrage doit plus de son vivant aux larges victoires de son auteur sur ses rivaux européens qu’à la profondeur de ses conceptions. Mais c’est bien une transformation radicale des échecs qu’opère L’analyse du jeu des Échecs, et qui ne se limite pas au progrès qu’elle apporte dans le jeu. Dans ce jeu des élites politiques et militaires où, depuis le moyen-âge, les pièces figurent nobles et chevaliers et les pions, le petit peuple, il n’est pas illogique que dans cette perspective, personne ne s’avisa en effet, que les pions étaient  l’âme autant sur l’échiquier que dans la vie d’une nation.