Archives de catégorie : Citation

Les échecs comme un rite

Héctor Rojas Herazo echecs rite citaiton
Hector Rojas Herazo devant trois de ces toiles

« Les échecs, malgré ce qu’il semble, n’ont rien d’un jeu. C’est, au contraire, un enchevêtrement aléatoire de logique et de magie, de tension perceptive, d’étonnement. Ceux qui les pratiquent, savent qu’ils exercent un aspect, peut-être le plus compliqué, de la philosophie de la lutte. Et ils savent que leurs deux plus grands ennemis sont l’espace et le temps. Avec eux, c’est la bataille. Et contre l’hallucination des formes. Parce que les échecs sont une forêt qui, dans le meilleur des cas — quand les deux joueurs arrivent à une finale exhaustive — doit être abattue par des avancées et retraits furtifs, des affûts méditatifs, de grave suspens dans lequel vous ressentez, à part égale, la volupté du succès, le flamboiement de la colère, l’angoisse et enfin l’espoir agitant ses ailes. Et en marge, un désalignement : le temps des échecs est un temps inaltérable, à l’état pur, qui n’a rien à voir avec notre temps vital et chronométrique. Son royaume commence à cette limite où les chiffres s’érigent comme des anges. »

Héctor Rojas Herazo

Hector Rojas Herazo (1921 – 2002) est un poète, romancier, peintre et journaliste colombien.

Manque de temps

échecs alekhine citation

« Parfois, on se retrouve dans un tel zeitnot que l’on n’a même pas le temps d’abandonner. »

Alexandre Alekine

Alekhine nous laissa ce commentaire ironique sur le manque de temps à l’occasion du 34e coup des Blancs dans la partie Opočenský – Capablanca aux Olympiades de Buenos Aires en 1939.

Les pièces ensorcelées

Héctor Rojas Herazo echecs citation« Bien qu’ils le paraissent, comme tous s’accordent à le définir, les échecs ne sont pas un jeu. Ils sont, selon l’angle de vue, un rite, une passion kabbalistique ou une lutte symbolique de l’homme avec le fatalisme et le moment où son destin s’accomplit. Mais ce n’est pas un jeu. »

Hector Rojas Heraz, Las piezas embrujadas : el ajedrez como rito

Les Échecs comme un rite est un texte de l’écrivain et artiste colombien Héctor Rojas Herazo (1921-2002), écrit en l’année emblématique de 1968.

Les échecs de Paul Ygartua

Paul Ygartua échecs
Paul Ygartua – Check Mate

« Pour moi, le jeu d’échecs est comme le jeu de la vie. Le but du jeu est de gagner, de survivre, comme dans la vie réelle. L’objectif est de gagner, mais le défi consiste à concevoir et à mettre en œuvre une stratégie pour atteindre cet objectif — comme dans la vie, vous devez constamment évaluer et modifier votre stratégie de jeu. »

Paul Ygartua

Paul Ygartua, né en 1945 à Liverpool d’un père espagnol basque et d’une mère anglaise. Il fait ses études d’art au Liverpool Art College avant de partir s’installer à 19 ans à Vancouver, où il commence à peindre. Il s’est largement inspiré du jeu d’échecs pour ses compositions riches en couleurs. En voici quelques exemples :

 Plus d’œuvres →

Échecs jazzy

« On me dit que je joue du piano, comme on joue aux échecs… La marelle, c’est un jeu ! La musique et les échecs sont une science, un art, un combat… C’est très profond. »

René Urtreger


Il participe régulièrement au tournoi du Monde des artistes des Rencontres internationales et nationales d’échecs au Cap D’Agde. « Dans un entretien intimiste, en marge de la 14e édition de CapEchecs en octobre dernier, le jazzman aux mille vies parle de ses deux arts de prédilection avec amour, célébrant leur caractère à la fois noble et populaire.* »

* Le Journal des Activité sociales de l’énergie

Don Quichotte

Don Quichotte echecs citation
Andreas Paul Weber (1893-1980) – Don Quichotte et Sancho Panza

– Eh bien, reprit don Quichotte, la même chose arrive dans la comédie de ce monde, où les uns font les empereurs, d’autres les pontifes, et finalement autant de personnages qu’on en peut introduire dans une comédie. Mais quand ils arrivent à la fin de la pièce, c’est-à-dire quand la vie finit, la mort leur ôte à tous les oripeaux qui faisaient leur différence, et tous redeviennent égaux dans la sépulture.
— Fameuse comparaison ! s’écria Sancho, quoique pas si nouvelle que je ne l’aie entendu faire bien des fois, comme cette autre du jeu des échecs ; tant que le jeu dure, chaque pièce a sa destination particulière ; mais quand il finit, on les mêle, on les secoue, on les bouleverse et on les jette enfin dans une bourse, ce qui est comme si on les jetait de la vie dans la sépulture.

Miguel de Cervantes Saavedra, Don Quichotte, tome II

Sancho se réfère aux vers d’Omar Kheyam, poète persan du Moyen-Age : « Nous sommes les pions de la mystérieuse partie d’Échecs jouée par Dieu. Il nous déplace, nous arrête, nous pousse encore, puis nous lance un à un dans la boîte du Néant. »

L’un des contemporains et compatriotes de Cervantes, le poète et dramaturge Lope de Vega (1562-1635), avec qui ils partagèrent les miels du siècle d’or espagnol, écrit :

Piezas somos de ajedrez
y el loco mundo es la tabla
pero en la talega juntos
peones y reyes andan.

« Nous sommes des pièce d’échecs et le monde fou est l’échiquier, mais dans le sac entremêlés, les pions et les rois s’en iront. »

Don Quichotte echecs citation

L’anonymat de la perfection

Julien Gracq échecs

Julien Gracq, décédé en 2007, n’était pas seulement un grand écrivain, mais aussi un passionné d’échecs. Un jeu découvert très tôt, dès ses 13 ans au lycée de Nantes, où il fabriqua lui-même son échiquier et ses pièces. Plus encore que joueur, il était, de son propre aveu, « un lecteur de parties ». « Cela se rattache sans doute au plaisir que je prends aux ouvrages de stratégie : j’ai du goût pour la stratégie en chambre […] Je n’ai jamais été initié au jeu d’échecs. J’ai tâtonné dans leur direction, obstinément je leur ai appartenu dès le début sans que j’y eusse la moindre aptitude, comme la boussole au pôle magnétique. »

Julien Gracq échecs
Une partie de Louis Poirier, dit Julien Gracq, contre sa sœur aînée Suzanne
dans les années vingt.

« En réalité, le jeu d’échecs penche plutôt, quand il s’agit des très grands joueurs, du côté de l’art que du côté de la science. Il y a un fait très curieux : le style personnel apparaît à un très haut niveau, c’est-à-dire seulement chez les très grands joueurs, là où il devrait disparaître puisque le grand joueur doit approcher de la perfection, c’est-à-dire de l’anonymat en somme. »

Julien Gracqau cours d’un entretien radiophonique du 28 mars 1977.

Musique échiquéenne

Juan Gris -Carafe, verre et damier, 1917

« Dans le domaine de la peinture, de la gravure et de la sculpture, dès la première décennie de notre siècle, les artistes abandonnent la représentation de la partie d’échecs pour se concentrer sur les pièces, sur les échiquiers et sur toutes les variations auxquelles les unes et les autres peuvent donner lieu. On passe en quelque sorte d’un thème social à un thème musical (au sens de la musica médiévale, c’est-à-dire d’une notion qui inclue le rythme, l’harmonie, la construction et la déconstruction, etc.). Graphiquement et picturalement, l’échiquier apparaît comme une structure ouverte, dynamique, d’une richesse infinie, autorisant toutes les combinatoires et débouchant sur des mouvements et des rythmes de nature exponentielle. »

Michel Pastoureau