Archives de catégorie : Cinéma

Alekhine contre un officier nazi

Cette anecdote est tirée du film La Blanche Neige de Russie (Белый снег России) de 1980 d’après le livre Blancs et Noirs du Grand Maître Alexandre Kotov sur une période de la vie d’Alexander Alekhine, de 1927 quand il ravit la couronne à Capablanca, jusqu’à sa mort dans la triste chambre de l’hôtel Palace d’Estoril au Portugal. En 1943, Alekhine donne une simultanée à l’aveugle à Prague contre des officiers nazis. En cette année, les troupes allemandes subissent leurs premiers revers militaires et la situation n’est plus propice pour organiser des tournois utilisant la figure du champion à des fins de propagande. Alekhine, affaibli par une hospitalisation suite à une scarlatine, est convalescent et souhaite quitter les territoires sous contrôle allemand pour gagner la péninsule ibérique. Les Allemands acceptent à condition qu’il donne une simultanée pour les officiers de la Wehrmacht. Alekhine, fatigué, y consentit à la condition que, se sentant trop faible pour déambuler devant les échiquiers pendant de longues heures, ce soit à l’aveugle.

La Blanche Neige de Russie de Yuri Vishinski, scénario Alexander Kotov.

Un Général Allemand
alekhine1Alekhine

— J’abandonne, dit l’officier, je ne peux pas me défendre du mat en h8. Si je joue 1. .. g6 suivra 2. Qh7+ Kf8  3. Qh8+! Bxh8  4. Rxh8 mat.

— C’est bien, dit Alekhine, je vais jouer avec vos pièces noires. Et il commence à jouer : 1. .. Rh4.

Les personnes présentes sussurraient à l’oreille du Général de prendre la tour avec le Cavalier et non avec la Tour.

— Comme si je ne voyais pas qu’il me donnera le mat si je prends avec la Tour ! Après 1. .. Rh4  2. Nxh4  Qc3

Le nazi reste pensif puis de nouveau abandonne, indiquant que 3. Kc1, Qa1+  4. Kd2 Qxh1 et le Cavalier est perdu…

— Vous vous trompez, dit Alekhine, donnez-moi à nouveau les Blancs…

Et l’Allemand joua 1. .. Rh4 et Alekhine contesta 2. Nh4, Qc3  3. Qh8+!!  Kxh8  4.Ng6+ double Kg8  5.Rh8 mat.

alekhine1


Samuel Reshevsky vs Charlot

Samuel Reshevsky
Samuel Reshevsky joue contre Chaplin dans les années 20.

La partie est sans doute inventée pour la galerie, car dans son autobiographie, Chaplin consacre deux pages au petit prodige des Échecs et avoue ne pas savoir jouer.

tumblr_lvr4ofRpGj1qgfx0uo1_500 6387953_original
Chaplin, Douglas Fairbanks (en costume pour les « Three Musketeers ») et l’enfant prodige Samuel Reshevsky vers 1921.

Chaplin et le jeune Reshevsky

charliechaplinthetramp
Durant les prises de vue du Kid en 1921, Samuel Reshevsky, âgée de sept ans, visite le studio. Samuel Herman Reshevsky (né Szmul Rzeszewski le 26 novembre 1911 à Ozorków, Pologne, mort le 4 avril 1992 à New York) est un joueur et journaliste échiquéen américain d’origine polonaise. Grand maître international, il fut l’un des meilleurs joueurs américains des années 1930 aux années 1970. Il apprend à jouer aux Échecs à l’âge de 4 ans et rapidement reconnut comme un joueur prodige. À 8 ans, il bat régulièrement des joueurs aguerris et joue des parties simultanées. En novembre 1920, sa famille déménage aux États-Unis dans le but de profiter financièrement du talent de l’enfant. À l’âge adulte, cependant, il refuse de devenir joueur professionnel et s’inscrit à l’Université de Chicago. Il obtient un diplôme en comptabilité et c’est en tant que comptable qu’il subvint financièrement aux besoins de sa famille.

Reshevsky
Samuel Reshewsky au cours d’une simultanée donnée en France en 1920.

Il devait donné une simultanée à l’Athletic Club, contre une vingtaine de forts joueurs, parmi eux, le Dr Griffiths, champion de Californie. Chaplin, dans son autobiographie, le décrit : « Il avait un petit visage maigre et intense avec de grands yeux qui vous fixait agressivement. On m’avait averti qu’il était capricieux et ne disait pas bonjour. Son manager nous présenta en quelques mots, le garçon restant debout, me fixant en silence. Je suis allé à la salle de montage regarder quelque rushs. Un instant plus tard, je me tournai vers lui.

Aimez-vous les pêches ?
Oui, répondit-il.
Eh bien, nous avons un arbre rempli dans le jardin, vous pouvez y grimper et en prendre quelques-unes et m’en ramener une par la même occasion. Son visage s’illumina.
Ooh, bon! Où est l’arbre ?
Carl va vous montrer, dis-je. Quinze minutes plus tard, il revint exalté avec ses pêches. Ce fut le début de notre amitié.
Savez-vous jouer aux Échecs ? demanda-t-il. J’ai dû admettre que je ne savais pas.
Je vais vous apprendre. Venez me voir jouer ce soir. Je joue contre une vingtaine de joueurs en même temps, dit-il avec fanfaronnade.

Il n’était pas nécessaire de comprendre les échecs pour apprécier le drame de cette soirée. Vingt hommes d’âge moyen assis devant leurs échiquiers, de chaque côté d’un grand hall, regardant en silence, certains condescendants, l’étudiant avec des sourires de Mona Lisa. Le garçon était incroyable, et pourtant cela me dérangeait, car je sentais, quand je regardais ce petit visage concentré, passant du rouge au blanc, qu’il payait le prix fort pour sa santé. « Ici ! » appelait un joueur. L’enfant étudiait l’échiquier quelques secondes et jouait son coup abruptement ou bien lançait « échec et mat ! » et un éclat de rire parcourait l’assistance. Je le vis mater en une rapide succession huit joueurs. Ensuite il retourna vers le Dr Griffiths, toujours profondément concentré.

— Vous n’avez encore pas joué ? dit l’enfant impatiemment. Le docteur secoua la tête
Oh, allez, dépêchez-vous ! L’enfant le regarda farouchement.
— Vous ne pouvez pas me battre ! Si vous déplacez ceci, je vais jouer ça ! Il montre une succession rapide de sept ou huit coups .
— Nous serons là toute la nuit, nous allons donc appeler cela un nul. Le Dr Griffiths acquiesça. »

Charles Chaplin

chaplin_theTramp

Le prisonnier – Échec et mat

Le Prisonnier (The Prisoner) est une série britannique en 17 épisodes de 52 minutes, créée par l’écrivain et ancien agent des services secrets George Markstein et Patrick McGoohan, acteur principal, scénariste, et producteur, série culte dont le tournage démarra en 1966.

Un agent secret démissionne. Alors qu’il boucle ses valises,  un gaz s’échappe. Endormi, il se réveille prisonnier du village. Il s’agit d’un lieu aux apparences idylliques, mais l’envers du décor est le suivant : personne n’a de noms, ce sont tous des numéros. Mélangé avec des prisonniers et des gardiens que rien ne permet de distinguer, à chaque épisode le protagoniste affronte l’impensable interrogatoire comme un procès kafkaïen fondé sur la fameuse réplique : “Nous voulons des renseignements”. Il tentera de s’échapper 17 fois. Seule, la dernière sera la bonne, mais avant de réussir cet exercice périlleux, le numéro 6 jouera métaphoriquement une partie d’Échec contre l’énigmatique numéro 1 via le numéro 2. « Ce n’est pas sans rappeler le chevalier du Septième Sceau, écrit Gilles Visy sur Cadrage.net, qui combat la mort sur l’échiquier de la vie. »

Le Prisonnier
Patrick McGoohan sur le tournage du Prisonnier.

Dans le neuvième épisode, le numéro 6 est invité à participer à une partie d’Échecs géante, où les pièces sont remplacées par des humains. Lui-même tient le rôle de pion de la reine. Durant la partie, le roi avance de sa propre initiative, ce qui lui vaut d’être immédiatement expulsé du jeu et emmené par des gardes à l’hôpital, où l’attend un traitement musclé de réhabilitation. À l’issue de la partie, le numéro 6 discute avec un ancien champion, un homme âgé marchant à l’aide d’une canne. Celui-ci lui explique qu’il est impossible de s’évader du village, à moins de déterminer au préalable qui sont les gardiens et qui sont les prisonniers. Le prisonnier s’attelle immédiatement à la tâche…

L’épisode en entier sur youtube_logo.

A Chess Dispute de Robert W. Paul (1903)

Paul-RW-01Robert W. Paul, amis de Méliès, fut un pionnier du cinéma britannique, produisant plus de 70 courts métrages de 1895 à 1910. Ayant reçu une formation d’électricien et de fabricant d’instruments scientifiques,  il n’était, à l’origine, rien de plus qu’un constructeur de caméras cinématographiques et de systèmes de projections, piratant le Kinétographe de Thomas Edisson, mais il commenca vite à produire ses propres films pour satisfaire la demande nouvelle de divertissement engendrée par cette technologie naissante. A Chess Dispute est peut-être le premier film sur les Échecs.

Joueuse

Dans un petit village de Corse, la vie d’Hélène, effacée et discrète, est faite de jours qui s’enchaînent et se ressemblent… Hélène est une femme de chambre sans histoires qui vit une existence rangée aux côtés de son mari, Ange, et de sa fille, Lisa. Tout bascule le jour où, faisant le ménage d’une des chambres de l’hôtel, elle surprend, fascinée, un jeune couple d’Américains très séduisants qui joue aux Échecs sur une des terrasses. Intriguée par le jeu tendu qui se déroule sous ses yeux, elle décide d’en apprendre les règles. Monsieur Kröger, un habitant du village, devient son mentor et ami. Mais cette métamorphose positive vers une nouvelle liberté pour Hélène, ne se fera pas sans modifier profondément, ses relations avec sa famille, ses amis et les habitants de village. Hélène se prend d’une telle passion pour les Échecs qu’elle se heurte à l’incompréhension de son entourage, met en danger son couple et risque sa réputation. Monsieur Kröger la convainc de participer à un tournoi…

joueuse
Sandrine Bonnaire dans le film Joueuse de Sandrine Botaro, 2009.

« Évidemment, écrit Télérama, on souhaiterait, dans la mise en scène, un peu de la fièvre qui s’empare de l’héroïne. Mais non : les jeunes cinéastes actuels (y sont-ils forcés, ou est-ce inscrit dans leurs gènes ?) ont la prudence dans le sang. Si l’on excepte, donc, quelques idées – pas très heureuses, au demeurant (le carrelage de la véranda de l’hôtel qui se transforme en un échiquier géant !), c’est avec tenue et retenue que Caroline Bottaro dirige son premier long métrage. Elle a, en revanche, la qualité précieuse d’aimer ceux qu’elle observe et de nous les rendre tous aimables. Si la passion d’Hélène embellit sa vie, elle modifie, aussi, son entourage, qui semble contaminé par sa grâce soudaine et son euphorie : un instant tentés par la bassesse, son mari, sa fille se ressaisissent et progressent, eux aussi. À sa façon, Caroline Bottaro est une humaniste. Et puis il y a Sandrine Bonnaire, dont on ne se lasse pas d’admirer l’éclat fragile, l’ardeur tenace. Face à elle, Kevin Kline, génial cabotin parfois, qui ici ne fait rien. Rien de rien. Mais superbement… Les voir tous deux se mesurer, s’apprivoiser peu à peu suffit à notre plaisir ».

Le jeu d’Échecs se conçoit ici comme une métaphore à la fois d’un amour platonique et d’une élévation spirituelle. Un film magnifiquement servi par la prestation des deux acteurs principaux, Sandrine Bonnaire et Kevin Kline, dont c’est ici le premier film en français.

Face à Face

Face à FaceFace à face (Knight Moves), réalisé par Carl Schenkel en 1992,  est un thriller un peu daté par son esthétique, il n’en demeure pas moins un film agréable à suivre et prenant de bout en bout grâce à l’ambiguïté du personnage principal interprété par Christophe Lambert qui ferait le coupable idéal. 1972, dans l’État de Washington. Un tournoi d’Échecs oppose deux adolescents. À la fin de la partie, le perdant transperce la main de son adversaire avec un stylo. Un psychologue explique au père du jeune dément que celui-ci ne doit plus jamais s’approcher d’un échiquier. Lorsque, à quelque temps de là, le père quitte le domicile conjugal, la mère s’ouvre les veines sous les yeux du garçon, qui joue placidement aux échecs.

Quelques années plus tard, à Portland, le vainqueur d’un tournoi international, Peter Sanderson, passe la nuit avec son attachée de presse. Le lendemain, on retrouve le corps de la jeune femme, exsangue. Bien évidemment, la police soupçonne Peter. « Au départ, une bonne, voire même excellente idée de scénario, écrit Vincent Remy pour Télérama, sur une île du Pacifique où se déroule un tournoi, un mystérieux tueur conçoit chacun de ses meurtres comme un coup sur un échiquier. Le maître Peter Sanderson (Christophe Lambert) est-il l’instigateur ou la victime de cette partie sanglante ? À l’arrivée, échec sur presque tous les tableaux : des personnages convenus, de fausses pistes balisées et un coup de théâtre final qui frôle l’arnaque. L’intimisme, en revanche, est calamiteux : Christophe Lambert et Diane Lane au lit — à l’écran comme dans la vie ? — c’est voile de tulle, soul music, et ralentis extatiques. L’érotisme kitsch comme on n’en avait plus vu depuis longtemps ».