Archives de catégorie : Cinéma

Monnaie de singe

Monnaie de singe

Troisième film des Marx Brothers, Monkey business, réalisé en 1931 par Norman McLeod, est leur premier film réalisé à Hollywood et le premier qui fut écrit pour le cinéma. L’histoire se passe sur un bateau de croisière où les quatre frères ont embarqué clandestinement. Au cours d’une des scènes, Harpo et Chico, éternels iconoclastes, mettent à mal le Noble Jeu.

Lolita

Lolita
Lolita, film britannique de Stanley Kubrick, sorti en 1962, d’après le roman éponyme de  Vladimir Nabokov.

Humbert, interprété par James Mason, professeur de littérature française, cherche à louer une chambre pour l’été dans le New Hampshire. Il se présente chez Charlotte Haze (Shelley Winters), veuve enjôleuse en mal d’amour. Découvrant le charme de sa jeune fille, Dolorès, surnommée Lolita (Sue Lyon) et pour rester auprès d’elle, il louera la chambre puis épousera la mère. Lorsque Charlotte apprend la vérité, émue, elle s’enfuit et meurt accidentellement. Humbert,  beau-père de Lolita, devient le tuteur légal. Leurs amours, d’abord platoniques, deviennent passionnées…

Dans cette scène, Humbert et Charlotte jouent : « Vous allez prendre ma Reine », se désole-t-elle, quand survient Lolita. Elle embrasse sa mère du bout des lèvres, mais dans le baiser à Humbert, il y a déjà beaucoup plus qu’un simple baiser de Bonne Nuit.


2001, l’Odyssée de l’espace

2001, l'Odyssée de l'espace
Franck Poole (Gary Lockwood), l’un des deux astronautes du vaisseau Dicovery, joue aux Échecs contre l’ordinateur HAL.

Dans le silence absolu de l’espace, à six cents millions de kilomètres de la terre, la navette Discovery sillonne l’obscurité en approche de Jupiter. L’astronaute Franck Poole affronte aux Échecs le superordinateur HAL. De sa voix monocorde, HAL annonce un mat en trois coups. Poole abandonne et reconnaît la supériorité de la machine sans discuter. La machine dépasse son créateur.

HAL odysFranck Poole

Cette scène, extraite de l’énigmatique 2001, l’Odyssée de l’espace, réalisé par Stanley Kubrick en 1968, un an avant l’arrivée de l’homme sur la lune, ne dure que 46 secondes. HAL met à l’épreuve l’astronaute. La partie, que Franck suit sur le moniteur, est tirée de la partie Roesch – Willi Schlage joué à Hambourg en 1910. Hal utilise la notation descriptive.

FRANCK : Q prend pion
HAL : B prend pion du N
FRANCK : Re8
HAL : Je regrette, Franck, vous avez raté le coche, Q à c3, B prend Q, N prend B échec et mat.
FRANCK : Eh oui, bien joué ! C’est imparable.
HAL : Merci Franck, c’était une partie très agréable.

Si nous écoutons attentivement ce bref dialogue, nous découvrons deux erreurs subtiles faites par HAL, erreurs inconcevables venant d’un superordinateur, capable de diriger l’astronef et  mener à bien cette mission complexe. Tout d’abord, une erreur dans la description de l’un des mouvements. Dans la version française, HAL annonce : Q à c3 (le Q ne change pas de place), plus fin en anglais : Queen to Bishop 3 (Q à la troisième case de la colonne du B : Qf3). Contrairement à la notation algébrique, où chaque case a un code unique, dans la notation descriptive utilisée par HAL, les rangées se comptent de 1 à 8 du point de vue de chaque camp. Plus simplement dit, la troisième rangée blanche sera la sixième noire. Par conséquent, le coup annoncé par HAL aurait dû être Queen to Bishop 6. Aucun ordinateur ne pourrait commettre une telle une erreur. La seconde erreur est dans l’annonce du mat en deux qui est uniquement exacte si les Blancs prennent la Q noire avec le B, mais il est possible pour les Blancs de retarder la mort du roi de quelques coups (mat en 5) par 16. Qe6 ou 16. Qh6.

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Le navire Discovery dans les environs de Jupiter et l’œil de HAL 9000.

Comment est-il possible que HAL commette ces erreurs ? Kubrick était connu pour son perfectionnisme méticuleux dans les moindres détails de ses films. Il était aussi un fort joueur dans sa jeunesse. Ces erreurs de script subtiles sont délibérées. « Je n’ai jamais tort », dit HAL à un autre moment du film.

Plein de nuances ambiguës, 2001, l’Odyssée de l’espace se prête à de multiples interprétations. HAL montre-t-il les débuts de son dysfonctionnement, il va tuer bientôt l’équipage du Discovery. Ou plus subtilement, HAL , qui n’a pas confiance dans la capacité humaine pour mener à bien la mission, teste la sagacité de Poole. Mais Franck ne relève pas l’erreur et ne s’aperçoit pas que quelque chose ne tourne déjà plus rond chez HAL. Il signe alors l’arrêt de mort de ses coéquipiers. Hall a pris sa décision, les humains sont faibles et dupables, il peut passer à l’action.

Si nous savons que les logiciels d’Échecs sont encore aujourd’hui que de supercalculateurs sans intelligence, Hall fait la preuve, non seulement de sa raison, mais de sa conscience.

L’Ultime Razzia

Dans son troisième long-métrage, L’Ultime Razzia (The Killing), filmé en noir et blanc, sorti en 1956, Stanley Kubrick explore les codes du film noir, y insufflant sa vision tragique de l’humanité, vision désenchantée de la condition humaine, allant parfois jusqu’à une froide distanciation vis-à-vis de ses personnages.

Ultime Razzia
Kola Kwariani, Stanley Kubrick et  Sterling Hayden pendant le tournage de The Killing.

À peine sorti du pénitencier de haute sécurité d’Alcatraz, Johnny Clay (Sterling Hayden), qui rêve de lendemains meilleurs, est résolu à tenter l’ultime grand coup, s’emparer de la caisse d’un champ de courses un jour de grande affluence. Avec deux millions de dollars à la clé, les complices ne manquent pas. L’opération est un succès. Mais…

« Le titre original, The Killing, annonce la couleur, écrit Guillemette Odicino dans Télérama, ce film de genre, le troisième de Kubrick, ne raconte pas seulement un dernier gros coup, mais comment les protagonistes de ce braquage finiront tous abattus. Par la suite, le thème du fiasco ne cessera de parcourir l’oeuvre du cinéaste. Ici, il est toute l’histoire. Johnny vient de sortir du pénitencier et n’accepte de reperdre sa liberté que pour une bonne raison : le casse du siècle, les 2 millions des caisses de l’hippodrome. Johnny a engagé les complices ad hoc : un flic endetté, un caissier minable qui doit épater sa garce de femme, un gentil barman qui veut faire soigner la sienne, un ex-catcheur philosophe et un tireur d’élite. Chacun sait ce qu’il a à faire. Johnny a juste négligé cette saleté de… facteur humain ».

Kola Kwariani, catcheur et joueur d’Échecs, y tient le rôle de Maurice Oboukhoff, engagé pour déclencher une bagarre, diversion pendant le braquage. Kubrick lui donne l’une des meilleures répliques du film : « Tu sais, je l’ai souvent pensé, le gangster et l’artiste sont semblables dans le regard des gens. Héros, ils sont admirés et adorés, mais reste toujours présent un désir sous-jacent de les voir détruits à l’apogée de leur gloire ».

Pour la petite histoire Kola Kwariani, qui donne la réplique à Sterling Hayden, était un catcheur professionnel d’origine ukrainienne… et joueur d’Échecs. Kubrick et lui fréquentaient le Chess and Checker Club à New York, connu comme The Flea House (la Maison de la Puce). Selon le magazine Chess Review, Kwariani était le seul lutteur professionnel aux États-Unis à la fois joueur d’Échecs. En février 1980, alors qu’il entrait au Chess and Checker Club, Kwariani est grièvement agressé par un groupe d’adolescents. L’incident a été décrit plus tard par le joueur compatriote et éditeur Samuel Sloan : « Nick arrive un soir au moment ou cinq jeunes Noirs s’en vont. Ils se heurtèrent. Des mots sont échangés. Nick n’a jamais été grossier avec quiconque, mais bientôt une risque éclate. Nick pouvait sans doute encore s’en tirer avec un ou deux d’entre eux, mais les cinq, c’était trop. Nick fut battu à mort. Transporté à l’hôpital, il décède peu de temps après à l’âge de 77 ans ». Triste fin pour un catcheur joueur d’Échecs !

Kubrick : les Échecs et le cinéma

« Dès sa jeunesse, écrit François Fastrez dans Il était une fois le cinéma, Kubrick joue aux Échecs. Il ne perdra jamais cette passion. Toute sa vie, il considérera les Échecs comme une illustration assez juste de la vie. Pour Kubrick, le jeu est une passion ; il joue avec ses acteurs durant les tournages, interrompt les parties entre deux prises et recommence à jouer. D’après Jack Nicholson, Stanley Kubrick comparait la réalisation d’un film à une partie d’Échecs : il fallait bien disposer ses pièces et préparer soigneusement ses coups. Kubrick considérait que peu de choses devaient être totalement improvisées. Malgré tout il laissait une grande autonomie à ses collaborateurs, les encourageant à chercher le mieux ».

Kubrick
Sur le tournage du Docteur Folamour (1964).

Les Échecs lui apprirent l’art de la discipline, de la patience. Il développa, grâce à eux, une certaine rigueur mathématique et le sens de la stratégie. « Les Échecs, disait-il, vous apprennent à surmonter l’émotion initiale que vous donne un mouvement au premier abord favorable et à prendre le temps de l’analyser. En ce qui concerne le cinéma, les Échecs vous apprennent plutôt à éviter les fautes qu’à avoir des idées. Les idées ont l’air de venir spontanément, mais le vrai problème, c’est d’avoir la discipline de les analyser. Les Échecs exercent aussi la concentration ».

Dans ses films, Kubrick se comporte vis-à-vis du réel comme le joueur d’Échecs face à son adversaire : il ne s’agit pas de s’enfermer dans une tactique préalablement conçue, mais de prendre son adversaire très au sérieux et d’envisager à chaque coup toutes les combinaisons dont il est capable.

À la question de Michel Ciment, critique de cinéma : « Vous êtes un joueur d’Échecs et je me demande si le jeu et sa logique ont des parallèles avec ce que vous dites ? », Kubrick répondit : « Tout d’abord, même les plus grands grands maîtres internationaux, aussi profonde que soit leur analyse d’une position, ne peuvent que rarement voir jusqu’à la fin de la partie. De sorte que leur décision pour chaque mouvement est en partie fondée sur l’intuition. J’étais un très bon joueur, mais bien sûr, pas de cette catégorie. Auparavant, j’avais quelque chose de mieux à faire (que des films), jouer aux Échecs, participant aux tournois des Marshall et Manhattan Chess Clubs de New York, et pour de l’argent dans les parcs et ailleurs. Parmi beaucoup d’autres choses que les Échecs vous enseignent, ils vous apprennent à contrôler l’excitation initiale que vous ressentez quand vous voyez quelque chose qui semble bien, il vous entraîne à réfléchir avant de vous précipiter, ils vous apprennent à penser objectivement quand vous êtes en difficulté. Quand vous réalisez un film, vous devez prendre la plupart de vos décisions dans la précipitation et tirer l’arme à la hanche. Cela demande plus de discipline que vous pourriez imaginer de penser, même pendant trente secondes, dans la confusion, le bruit, l’intense pression d’un plateau de tournage. Mais quelques secondes de réflexion peuvent souvent éviter une grave erreur, alors que vous pensiez faire bien au premier regard. Les Échecs sont utiles pour vous empêcher de commettre de telles erreurs. Les idées viennent spontanément et une discipline est nécessaire pour les évaluer et les mettre à profit. C’est le vrai travail du metteur en scène ».

Stanley Kubrick

Stanley Kubrick
Stanley Kubrick, Autoportrait

Vous êtes assis devant l’échiquier et tout à coup votre cœur bondit. Votre main tremble pour prendre la pièce et la déplacer. Mais ce que les Échecs vous enseignent est que vous devez rester assis calmement et réfléchir encore pour savoir si c’est vraiment une bonne idée et s’il n’y en a pas d’autres, de meilleures idées.

Stanley Kubrick

Stanley Kubrick, réalisateur (1928 – 1999), est surtout connu pour des films comme 2001, l’Odyssée de l’espace, Full Metal Jacket et le scandaleux Orange Mécanique. Après des débuts dans la photographie, Kubrick, autodidacte, sera également son propre directeur de la photographie, producteur, scénariste ou encore monteur. Ses treize longs métrages en quarante-six ans de carrière l’imposent comme un cinéaste majeur du XXe siècle.

Son père lui enseigne à jouer aux Échecs lorsque il a 12 ans. Il devient rapidement un excellent joueur et un arnaqueur (chess hustler) jouant pour de l’argent à Central Park. À l’âge de 17 ans, on lui offre un emploi comme apprenti photographe pour le magazine Look. Pendant ce temps, Stanley joue dans les tournois organisés par le Marshall Chess Club et le Manhattan Chess Clubs. Il joue également dans les parcs tels que Washington Square et dans Greenwich cherchant à gagner de l’argent de manière pas toujours honnête. Il pouvait jouer 12 heures par jour pour 25 cents la partie, gagnant environ 20 $ par semaine. Il était l’ami du GMI Larry Evans.

« Les Échecs, disait-il encore, vous aident à développer la patience et la discipline dans le choix entre des alternatives à un moment où une décision impulsive semble très attrayante… Ils vous apprennent à contrôler l’excitation initiale que vous ressentez quand vous voyez quelque chose qui semble bien, ils vous apprennent à penser objectivement quand vous êtes en difficulté ».

Sur le tournage du Docteur Folamour (1964) avec George C. Scott.

Betty Boop

Betty Boop

Betty Boop fut l’héroïne d’une série de dessins animés américains créée par les Fleischer Studios entre 1930 et 1931, devenue le sex-symbol de l’âge d’or de l’animation américaine. Mais, à cause de sa jupe trop courte, Betty Boop fut censurée pendant quelque temps (le temps que le studio rallonge sa robe. Betty et ses amis ont une curieuse façon de jouer aux Échecs !

Betty Boop – Chess nuts (1932).

Bons Baisers de Russie

Dans le dernier James Bond 007 Spectre, l’on peut voir l’acteur Daniel Craig assis devant un échiquier. Ce n’est pas la première fois que notre jeu donne la réplique à l’agent 007. Dans Bons baisers de Russie (From Russia with Love) réalisé par Terence Young en 1963, le film s’ouvre sur un certain Tov Kronsteen jouant aux Échecs.

James Bond
Bons Baisers de Russie de Terence Young avec Sean Connery,1963.

Le MI6 reçoit un message d’une secrétaire russe du consulat soviétique à Istanbul, Tatiana Romanova, qui leur propose de leur apporter une machine de déchiffrement top secret appelée Lektor, à condition qu’on l’aide à fuir à l’Ouest. En réalité, elle a été engagée sans le savoir par Rosa Klebb, membre important du SPECTRE et ancien colonel du KGB, afin d’éliminer James Bond,  cause de la chute d’un de leurs meilleurs éléments, le docteur No.

Kronsteen, l’un des méchants, interprété par Vladek Sheybal, espion pour le compte du SPECTRE, est aussi Grand Maître international. Lorsqu’on lui demande si son plan sera couronné de succès, il répond :

Il le sera ! J’ai anticipé toutes les variantes possibles de contre-jeu.
Kerim Bay, collègue de Bond averti James :
Ces Russes sont grands joueurs d’Échecs. Quand ils fomentent un complot, ils l’exécutent avec brio. Le jeu est planifié avec minutie, les gambits de l’ennemi sont prévus…

Le nom de l’agent du spectre, Kronstein, est une transformation de Bronstein et la séquence d’ouverture du film, où il affronte le Canadien McAdams au Tournoi International de Vienne, est tirée de la partie de Boris Spassky contre David Bronstein au 27e Championnat d’URSS de Leningrad en 1960 (premier diagramme).

     

Position après 21. Bb3 !

La seule différence entre les deux parties est l’absence dans le film des pions d4 et c5, magistrale erreur, car les Noirs peuvent peut-être s’en sortir avec 2. .. Ne6 plutôt que 22. .. Kh7. La partie Spassky – Bronstein se termina ainsi :  21. Bb3 Bxe5 22. Nxe5+ Kh7 23. Qe4+

James Bond

James Bond
Daniel Craig dans le dernier James Bond sorti en novembre 2015.

Entre les Échecs et le septième art, c’est une histoire d’amour plus que centenaire, puisque l’on estime à plus de 2000 le nombre de films évoquant le jeu d’Échecs, même si souvent ils ne sont qu’un élément décoratif, sans apporter un sens particulier à l’intrigue. C’est le cas dans le dernier James Bond 007 Spectre de Sam Mendes avec Daniel Craig.