Archives de catégorie : Cinéma

Les tontons-flingueurs

Aujourd’hui considéré comme culte, Les Tontons flingueurs, le film réalisé par Georges Lautner, sur un scénario d’Albert Simonin et des dialogues de Michel Audiard, n’a pourtant pas fait grand bruit lors de sa sortie, en 1963. Dans une scène, Francis Blanche prend son petit-déjeuner devant un échiquier, étudiant le livre Pour Apprendre À Jouer Aux Échecs de Maurice Beaucaire, livre d’initiation de toute une génération.

La Fièvre des échecs

Le jeu d’échecs a toujours inspiré le cinéma. Un des premiers films réalisé autour de la thématique du jeu d’échecs fut La Fièvre des échecs, de Vsevolod Pudovkin, tourné durant le tournoi de Moscou de 1925. Mais l’apparition des échecs la plus ancienne est sans doute dans cette courte saynète Chess Dispute, film britannique réalisé par Robert William Paul en 1903 qui utilisa pour la première fois au cinéma le hors-champ.

« Quel rapport entre Will Smith, Patrick Bruel, Jude Law, Yves Montand ? Des acteurs ? Non, des joueurs d’échecs, écrivait Stéphane Escafre dans la revue « Échec et mat » N° 86 de 2006. L’histoire d’amour passionnée que les échecs et le cinéma entretiennent est plus que centenaire. Entre La Dispute et X-Men 3, plus de deux mille films évoquent les échecs. » La suite de l’article …

Le dictateur

« Les Échecs, le seul d’entre tous les jeux qui échappe à la tyrannie du hasard », écrivait Stephan Zweig, c’est bien le seul lien (sinon l’utilisation politique que put en faire la tyrannie soviétique) que l’on peut faire entre notre jeu et la dictature. Cependant, Chaplin introduit une partie d’échecs dans une scène du Great Dictator. Je ne résiste pas à ajouter, la scène mythique d’Hynkel dansant avec le monde, où Chaplin, jouant de sa ressemblance physique avec Hitler – même petite moustache brune – ridiculise le dictateur.

Pawnographie

Chess Mating, écrit, dessiné et réalisé par Ivan Dixon, nous offre un épisode glauque de la vie secrète des pièces d’échecs. Rubber House est un studio d’animation basé à Melbourne et à Sydney, dirigé par les réalisateurs Greg Sharp et Ivan Dixon. Rubber House crée des animations dessinées à la main pour des publicités, des vidéos musicales, des séries pour enfants et des jeux.

Le pacte

Dans le Pacte (Seeking Justice) de Roger Donaldson, le héros, Will Gerard, interprété par Nicolas Cage joue un blitz endiablé pendant que sa femme, musicienne, répète avec son orchestre, puis se fait violemment agresser. Will est contacté par une mystérieuse organisation. Face à une police inefficace et incompétente, un groupe de citoyens s’est réuni pour faire respecter la justice. Ils proposent à Will de venger sa femme en éliminant le coupable en échange d’un petit service qu’il devra leur rendre plus tard. Lorsqu’il comprend que pour effacer sa dette, il devra lui aussi tuer un homme, il réalise qu’il est pris au piège et que les membres de cette organisation sont implantés à tous les niveaux de la société. Une autre partie d’échecs commence…

Échecs très spéciaux

Agents très spéciaux de Guy Ritchie, avec Henry Cavill, Armie Hammer, Alicia Vikander, est  l’adaptation cinématographique de la série télévisée The Man from UNCLE (Des agents très spéciaux) diffusée de 1964 à 1968 sur le réseau NBC.

Cette scène est une variation de plus sur les échecs comme métaphore du jeu amoureux, présente depuis le Moyen Âge. Scène quelque peu tapageuse, bien de notre époque, loin des galanteries médiévales d’antan ou, plus proches de nous, de l’érotisme feutré de L’Affaire Thomas Crown. Comment les échecs du Moyen Âge se sont-ils associés à l’amour ? Courtoisie, galanterie et mots tendres ne vont plus de pair avec ce combat moderne intense entre adversaires compétitifs, généralement masculins et mal rasés. Et pourtant, pour une période de quatre à cinq cents ans, ce jeu de guerre fut la métaphore du jeu amoureux. Peu de temps après que la reine apparût sur l’échiquier, au tournant du XIIe, remplaçant le vizir oriental, l’échiquier devint le champ de conquêtes romantiques autant que militaires.

At Land

At Land (1944) est un film expérimental muet écrit et réalisé par Maya Deren. Récit d’un voyage onirique d’une femme, jouée par Deren, échouée sur une plage et rencontrant d’autres personnes et d’autres versions d’elle-même, « la lutte pour maintenir son identité personnelle », selon l’auteur. Le compositeur John Cage et le poète et critique de cinéma Parker Tyler participèrent à la réalisation et apparurent dans le film, qui fut tourné à Amagansett, Long Island.

« Maya Deren trouve un nouvel espace d’expérimentation, écrit Janos Valuska dans Sens Critique, une plage mentale puisque son personnage (elle-même) est d’abord là, étendu sur le sable, comme ayant été rejeté par les vagues, accouchées par l’océan. Et c’est toute une vie qui est racontée dans son odyssée où d’une scène à l’autre, le plan donc l’espace dans lequel elle évolue, change constamment : en grimpant un arbre décharné, son corps débarque sur une table de convives ; rampant sur la longue nappe (comme un enfant le ferait sous la table) elle entre dans une forêt de feuillage avant de devoir s’extirper d’une abrupte falaise, de s’en aller à travers des dunes, de retrouver une plage déserte. On y croise deux fois un jeu d’échec, comme si déjà, dix ans avant Bergman, la mort accordait un peu de répit au personnage. Deren trouve des idées dans chaque plan : le plan des dunes, stoppé puis repris, mais donnant l’impression de continuité pour faire rétrécir le personnage ; les élégantes transitions (en guise de faux raccords) entre les changements de lieux ; et ce moment glaçant, vers la fin, où le personnage court à travers le passé, se croisant à divers moments de sa vie, dans chacune des situations que l’on vient de voir. Film-rêve, somnambulique avec ces répétitions des mouvements, succession incohérente de plans de façon à accentuer le trouble de personnalité constant. Très beau. Doux et tragique à la fois. »

Le film intégral

Le Joueur d’Échecs


Acteur, puis réalisateur des comédies de son père, Tristan Bernard, le cinéaste Raymond Bernard créa, en 1924, la société des Films historiques et connut un grand succès avec Le Miracle des loups d’après un roman mi-fiction, mi-chronique historique d’Henry Dupuy-Mazuel. En 1927, Raymond Bernard réalise le film muet à grande échelle Le Joueur d’Échecs d’après le roman du même auteur, paru en 1926. Le tournage durera presque un an et le coût total du film atteint 6 millions de francs. Wolfgang von Kempelen met au point un prodigieux automate joueur d’échecs battant avec régularité ses adversaires les plus titrés. Catherine II de Russie souhaite l’affronter, mais le mannequin mécanique cache en réalité un patriote polonais ennemi de l’empire. Pour venir en aide à un ami qui lutte contre la Russie, le baron le dissimule dans le corps de l’automate. Catherine II dispute une partie et perd. Par dépit, elle ordonne l’exécution de la machine. Le baron parvient à faire évader son ami, mais il devra prendre sa place et tombe sous le feu du peloton.

« On construit au studio de Joinville un décor gigantesque de 5 000 mètres carrés représentant la cour du Palais d’hiver de Saint-Petersbourg à l’époque de Catherine II, peut-on lire sur Dvdclassik . Puis les acteurs et les techniciens se rendent en Pologne pour filmer la charge de cavalerie avec la coopération de l’armée polonaise. Albert Préjean est à nouveau du voyage comme figurant et cascadeur. L’équipe de tournage et Pierre Blanchar partent pour Ostrolenka, un petit patelin éloigné de Varsovie. L’armée polonaise vient les recevoir à l’arrivée et leur organise une soirée bien arrosée à la vodka. Le lendemain, les cameramen sont placés en plein milieu de la charge. Préjean est inquiet avec raison. Lorsque la charge est lancée, le réalisateur et les cameramen sont renversés par les chevaux. Bujard a un bras cassé et Mundviller est évanoui. Il revient à lui, mais il est amnésique. Ils s’en sont tirés à bon compte. Raymond Bernard est ravi de voir les superbes gros plans obtenus, malgré le danger. »

Avec : Pierre Blanchar, Edith Jehanne, Charles Dullin, Marcelle Charles Dullin, Pierre Batcheff, Camille Bert, Albert Préjean

En 1938, Jean Dréville en réalisa une nouvelle version sonore avec Françoise Rosay, Conrad Veidt et Paul Cambo.