Archives de catégorie : Cinéma

La famille Addams

La famille Addams fut créée par le dessinateur Charles Addams à la fin des années trente pour le New Yorker. Inversion satirique de la famille idéale américaine, une riche, excentrique et aristocratique maisonnée, se complaisant dans le macabre et dont les membres, tous plus fous et délirants les uns que les autres, ressemblent davantage à des morts qu’à des vivants. Portée à l’écran par Barry Sonnenfeld avec Angélica Houston, Raul Julia et Christopher Lloyd. Débarque l’oncle Fétide, sosie d’un des membres de la famille disparu vingt-cinq ans plus tôt… Ne serait-il pas un usurpateur qui cherche à les doubler pour faire main basse sur leur trésor caché ?

Dans cette scène, Raul Julian joue aux Échecs contre une main, La Chose, sous le regard de l’énigmatique Angélica Huston :

Cary grant playing chess

Cary Grant
Cary Grant, dans La Justice des Hommes (The Talk Of The Town) de George Stevens,  joue avec Ronald Colman, en1942.

Lorsque sa filature est ravagée par les flammes, Andrew Holmes accuse l’un des employés, Leopold Dilg (Cary Grant), contestataire notoire. Un homme est tué dans l’incendie. Dilg clame son innocence, mais est inculpé de meurtre au milieu d’une campagne de presse savamment orchestrée par son patron. Il s’évade, et décidé à obtenir un jugement équitable, trouve refuge chez Nora Shelley (Jean Arthur), une ancienne camarade. Mais cette dernière loue justement sa maison à Michael Lightcap (Ronald Colman), juriste de Boston, venu au calme pour écrire un livre.

Je n’ai rien trouvé sur ce charmeur au menton « en fesses d’ange » prouvant qu’il fut réellement un pousseur de bois.

Chess

Court métrage d’animation d’Étienne Vautrin dans le cadre de son projet d’école.  Sur un échiquier-univers, des personnages se fuient, se retrouvent. Un onirisme étrange captivant — si on accroche évidemment.

« Le film traite, explique Étienne Vautrin, au-delà du jeu d’échecs, du rapport schizophrène qu’une personne (en l’occurrence, une femme) peut avoir avec ses envies, ses pulsions, ses pensées… Transposé à l’écran par ce duel, entre les pièces noires et blanches et donc ce roi scindé qui, choix après choix, prises après prises, augmente son influence ou la diminue. Une approche peut-être manichéenne, mais c’est ma vision de ce combat. L’entorse faite à cette métaphore est qu’il me fallait un gagnant, une fin pour cette partie, les blancs… Chose que l’on ne retrouve pas dans la réalité (pas la victoire des blancs quoique, mais une fin à la partie).

Au départ du projet, une de mes certitudes était de vouloir éviter la représentation conventionnelle, en tout cas attendue des pièces d’échecs, (la couronne du roi, le cheval pour le cavalier…). J’ai donc attaché plus d’importance aux caractéristiques qu’aux noms de chaque pièce (leurs forces et leurs mouvements) ainsi la reine est un personnage puissant rapide et imposant tandis que le pion et surtout le roi, sont des personnages faibles physiquement qui restent en groupe pour se protéger. Les personnages étranges sont nés aussi de mon intérêt prononcé pour le babouin et autres primates !

La musique électronique convenait plutôt bien à ce projet, elle amène quelque chose de répétitif qui sert bien à mon sens, la dimension obsessionnelle d’une partie d’échecs et plus généralement d’une vie, qui bien souvent se crée d’actions répétées, apprises… Elle contraste aussi avec le dessin assez détaillé, et n’alourdit pas le film. Le compositeur étant un ami, j’ai aussi fait ce choix par amitié et de ce fait par facilité d’échange, nous connaissions nos univers respectifs ».

Échecs et Saint Valentin

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Thomas Eakins – Les Joueurs d’Échecs 1876, huile sur bois (29.8 x 42.6 cm).

Qui aurait pensé qu’il pouvait y avoir un lien entre les Échecs et la Saint-Valentin ? Notre image du jeu correspond plutôt à ce tableau du peintre américain Thomas Eakins (1844-1916), où de très doctes messieurs grisonnants, dans un salon à la pénombre bourgeoise, se penchent, concentrés, sur l’échiquier, avec tout juste le verre de porto pour réchauffer les choses. En effet, un jeu qui met l’accent sur la stratégie du combat semble « une affaire de mecs ».

C’est du moins, ce que je pensais, jusqu’au visionnage, dans mes années adolescentes de L’Affaire Thomas Crown de Norman Jewison sorti en 1968, où Steve McQueen et Faye Dunaway se livre à un combat échiquéen torride, filmé, dit le réalisateur, « comme une partie de jambe en l’air », renouant avec une tradition remontant au Moyen-Âge.

Cette plaque d’ivoire parisienne en est un bon exemple. Le verso de telles plaques servait d’écritoire. Les scènes de cour sculptées suggèrent que les messages étaient sans doute des notes d’amour, plus que la liste des commissions. En haut à gauche, un prétendant trop ardent embrasse une femme qui le repousse. En haut à droite, sa fortune s’améliore, il est assis sur un banc avec la jeune femme, un bras autour de son épaule et tendrement caresse son menton de la main. En bas à gauche, les jeunes gens jouent aux Échecs. La noble damoiselle détient plusieurs pièces dans sa main. A-t-elle remporté le jeu ou tout simplement accumulé quelques pièces sans conséquence ? Dans la quatrième scène, notre amant est agenouillé aux pieds de la jeune fille.

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Plaque en ivoire avec scènes amoureuses, 14e siècle français. Metropolitan Museum of Art, New York. Un clic pour agrandir.

Est-ce que cela représente la poursuite d’une seule femme aimée, ou la conduite éhontée du dragueur moyenâgeux ? Les coiffures et chapeaux changent d’une scène à l’autre pour le personnage féminin, mais l’apparence de l’homme est constante. La partie d’Échecs est-elle juste une stratégie parmi d’autres, utilisée avec beaucoup plus de succès que son approche initiale agressive ?

Valves de boîtes à miroir Paris (vers 1300, Louvre)
Valves de boîtes à miroir Paris (vers 1300, Louvre) illustrant soit un épisode issu du roman de Tristan et Yseult, soit le passage du roman de Huon de Bordeaux où Huon joue sa vie contre les faveurs de sa belle adversaire.

Cette valve de miroir est encore plus explicite, l’homme enserrant le mat et le sexe féminin à peine déguisé dans les plis de la robe de sa charmante adversaire.

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Le Jardin d’Amour vers 1510. Tapisserie bruxelloise. Le Metropolitan Museum of Art, New York.

Dans cette tapisserie du XVIe siècle, de jeunes gens s’amusent dans un jardin. Les joueurs d’Échecs regardent l’échiquier et semblent murmurer. La demoiselle garde une pièce dans la main pendant que son adversaire joue.

Liberale da Verona (peintre italien 1445-1527 / 29) – Peinture sur bois. Metropolitan Museum of Art. Un clic pour agrandir.

Sur ces panneaux d’un cassone de la fin du XVe (coffre de mariage d’apparat que le futur mari commande et fait décorer par un artiste), une dame invite le charmant jeune homme à monter la rejoindre jouer sous le regard chaperonesque d’amis. L’échiquier, fort heureusement, permet aux deux tourtereaux ce rapprochement intime, dont la jouvencelle profite, le regard timide, perdu au loin, mais la main hardie, pour effleurer le bras de l’amoureux.

La littérature médiévale comme l’iconographie utilise la métaphore du jeu d’Échecs pour évoquer une romance naissante. Sir Lancelot envoie à Guenièvre un présent magique, une pièce d’Échecs en argent et or avec ce message : « Ma Dame, Sir Lancelot vous envoie cette pièce dans la croyance que vous n’en aurez jamais vue de plus merveilleuse et si magnifiquement conçue ». Dans les romans français médiévaux, Huon de Bordeaux au XIIe ou Les Vœux du paon de Jacques de Longuyon au XIVe, le langage échiquéen et de la séduction sont devenus presque interchangeables. La partie d’Échecs des Vœux du paon prend même place dans la soi-disant Chambre de Vénus.

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Les Vœux du paon de Jacques de Longuyon vers 1345–50. Un clic pour agrandir.

Au cours de ses aventures, Huon de Bordeaux doit vaincre une exotique et charmante princesse. L’enjeu de la partie est élevé : s’il perd, il sera mis à mort ; s’il gagne, il passera la nuit avec la belle. Huon demande :

Madame, à quel jeu allez-vous jouer ?
Frappée par la bonne mine de Huon, la malicieuse répond :
Au jeu habituel d’être maté dans un coin !

Cette réplique aurait été parfaitement adaptée à L’Affaire Thomas Crown, dans laquelle, après avoir perdu la partie, Steve McQueen dira :
— Jouons à quelque chose d’autre.

Monnaie de singe

Monnaie de singe

Troisième film des Marx Brothers, Monkey business, réalisé en 1931 par Norman McLeod, est leur premier film réalisé à Hollywood et le premier qui fut écrit pour le cinéma. L’histoire se passe sur un bateau de croisière où les quatre frères ont embarqué clandestinement. Au cours d’une des scènes, Harpo et Chico, éternels iconoclastes, mettent à mal le Noble Jeu.

Lolita

Lolita
Lolita, film britannique de Stanley Kubrick, sorti en 1962, d’après le roman éponyme de  Vladimir Nabokov.

Humbert, interprété par James Mason, professeur de littérature française, cherche à louer une chambre pour l’été dans le New Hampshire. Il se présente chez Charlotte Haze (Shelley Winters), veuve enjôleuse en mal d’amour. Découvrant le charme de sa jeune fille, Dolorès, surnommée Lolita (Sue Lyon) et pour rester auprès d’elle, il louera la chambre puis épousera la mère. Lorsque Charlotte apprend la vérité, émue, elle s’enfuit et meurt accidentellement. Humbert,  beau-père de Lolita, devient le tuteur légal. Leurs amours, d’abord platoniques, deviennent passionnées…

Dans cette scène, Humbert et Charlotte jouent : « Vous allez prendre ma Reine », se désole-t-elle, quand survient Lolita. Elle embrasse sa mère du bout des lèvres, mais dans le baiser à Humbert, il y a déjà beaucoup plus qu’un simple baiser de Bonne Nuit.


2001, l’Odyssée de l’espace

2001, l'Odyssée de l'espace
Franck Poole (Gary Lockwood), l’un des deux astronautes du vaisseau Dicovery, joue aux Échecs contre l’ordinateur HAL.

Dans le silence absolu de l’espace, à six cents millions de kilomètres de la terre, la navette Discovery sillonne l’obscurité en approche de Jupiter. L’astronaute Franck Poole affronte aux Échecs le superordinateur HAL. De sa voix monocorde, HAL annonce un mat en trois coups. Poole abandonne et reconnaît la supériorité de la machine sans discuter. La machine dépasse son créateur.

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Cette scène, extraite de l’énigmatique 2001, l’Odyssée de l’espace, réalisé par Stanley Kubrick en 1968, un an avant l’arrivée de l’homme sur la lune, ne dure que 46 secondes. HAL met à l’épreuve l’astronaute. La partie, que Franck suit sur le moniteur, est tirée de la partie Roesch – Willi Schlage joué à Hambourg en 1910. Hal utilise la notation descriptive.

FRANCK : Q prend pion
HAL : B prend pion du N
FRANCK : Re8
HAL : Je regrette, Franck, vous avez raté le coche, Q à c3, B prend Q, N prend B échec et mat.
FRANCK : Eh oui, bien joué ! C’est imparable.
HAL : Merci Franck, c’était une partie très agréable.

Si nous écoutons attentivement ce bref dialogue, nous découvrons deux erreurs subtiles faites par HAL, erreurs inconcevables venant d’un superordinateur, capable de diriger l’astronef et  mener à bien cette mission complexe. Tout d’abord, une erreur dans la description de l’un des mouvements. Dans la version française, HAL annonce : Q à c3 (le Q ne change pas de place), plus fin en anglais : Queen to Bishop 3 (Q à la troisième case de la colonne du B : Qf3). Contrairement à la notation algébrique, où chaque case a un code unique, dans la notation descriptive utilisée par HAL, les rangées se comptent de 1 à 8 du point de vue de chaque camp. Plus simplement dit, la troisième rangée blanche sera la sixième noire. Par conséquent, le coup annoncé par HAL aurait dû être Queen to Bishop 6. Aucun ordinateur ne pourrait commettre une telle une erreur. La seconde erreur est dans l’annonce du mat en deux qui est uniquement exacte si les Blancs prennent la Q noire avec le B, mais il est possible pour les Blancs de retarder la mort du roi de quelques coups (mat en 5) par 16. Qe6 ou 16. Qh6.

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Le navire Discovery dans les environs de Jupiter et l’œil de HAL 9000.

Comment est-il possible que HAL commette ces erreurs ? Kubrick était connu pour son perfectionnisme méticuleux dans les moindres détails de ses films. Il était aussi un fort joueur dans sa jeunesse. Ces erreurs de script subtiles sont délibérées. « Je n’ai jamais tort », dit HAL à un autre moment du film.

Plein de nuances ambiguës, 2001, l’Odyssée de l’espace se prête à de multiples interprétations. HAL montre-t-il les débuts de son dysfonctionnement, il va tuer bientôt l’équipage du Discovery. Ou plus subtilement, HAL , qui n’a pas confiance dans la capacité humaine pour mener à bien la mission, teste la sagacité de Poole. Mais Franck ne relève pas l’erreur et ne s’aperçoit pas que quelque chose ne tourne déjà plus rond chez HAL. Il signe alors l’arrêt de mort de ses coéquipiers. Hall a pris sa décision, les humains sont faibles et dupables, il peut passer à l’action.

Si nous savons que les logiciels d’Échecs sont encore aujourd’hui que de supercalculateurs sans intelligence, Hall fait la preuve, non seulement de sa raison, mais de sa conscience.

L’Ultime Razzia

Dans son troisième long-métrage, L’Ultime Razzia (The Killing), filmé en noir et blanc, sorti en 1956, Stanley Kubrick explore les codes du film noir, y insufflant sa vision tragique de l’humanité, vision désenchantée de la condition humaine, allant parfois jusqu’à une froide distanciation vis-à-vis de ses personnages.

Ultime Razzia
Kola Kwariani, Stanley Kubrick et  Sterling Hayden pendant le tournage de The Killing.

À peine sorti du pénitencier de haute sécurité d’Alcatraz, Johnny Clay (Sterling Hayden), qui rêve de lendemains meilleurs, est résolu à tenter l’ultime grand coup, s’emparer de la caisse d’un champ de courses un jour de grande affluence. Avec deux millions de dollars à la clé, les complices ne manquent pas. L’opération est un succès. Mais…

« Le titre original, The Killing, annonce la couleur, écrit Guillemette Odicino dans Télérama, ce film de genre, le troisième de Kubrick, ne raconte pas seulement un dernier gros coup, mais comment les protagonistes de ce braquage finiront tous abattus. Par la suite, le thème du fiasco ne cessera de parcourir l’oeuvre du cinéaste. Ici, il est toute l’histoire. Johnny vient de sortir du pénitencier et n’accepte de reperdre sa liberté que pour une bonne raison : le casse du siècle, les 2 millions des caisses de l’hippodrome. Johnny a engagé les complices ad hoc : un flic endetté, un caissier minable qui doit épater sa garce de femme, un gentil barman qui veut faire soigner la sienne, un ex-catcheur philosophe et un tireur d’élite. Chacun sait ce qu’il a à faire. Johnny a juste négligé cette saleté de… facteur humain ».

Kola Kwariani, catcheur et joueur d’Échecs, y tient le rôle de Maurice Oboukhoff, engagé pour déclencher une bagarre, diversion pendant le braquage. Kubrick lui donne l’une des meilleures répliques du film : « Tu sais, je l’ai souvent pensé, le gangster et l’artiste sont semblables dans le regard des gens. Héros, ils sont admirés et adorés, mais reste toujours présent un désir sous-jacent de les voir détruits à l’apogée de leur gloire ».

Pour la petite histoire Kola Kwariani, qui donne la réplique à Sterling Hayden, était un catcheur professionnel d’origine ukrainienne… et joueur d’Échecs. Kubrick et lui fréquentaient le Chess and Checker Club à New York, connu comme The Flea House (la Maison de la Puce). Selon le magazine Chess Review, Kwariani était le seul lutteur professionnel aux États-Unis à la fois joueur d’Échecs. En février 1980, alors qu’il entrait au Chess and Checker Club, Kwariani est grièvement agressé par un groupe d’adolescents. L’incident a été décrit plus tard par le joueur compatriote et éditeur Samuel Sloan : « Nick arrive un soir au moment ou cinq jeunes Noirs s’en vont. Ils se heurtèrent. Des mots sont échangés. Nick n’a jamais été grossier avec quiconque, mais bientôt une risque éclate. Nick pouvait sans doute encore s’en tirer avec un ou deux d’entre eux, mais les cinq, c’était trop. Nick fut battu à mort. Transporté à l’hôpital, il décède peu de temps après à l’âge de 77 ans ». Triste fin pour un catcheur joueur d’Échecs !

Kubrick : les Échecs et le cinéma

« Dès sa jeunesse, écrit François Fastrez dans Il était une fois le cinéma, Kubrick joue aux Échecs. Il ne perdra jamais cette passion. Toute sa vie, il considérera les Échecs comme une illustration assez juste de la vie. Pour Kubrick, le jeu est une passion ; il joue avec ses acteurs durant les tournages, interrompt les parties entre deux prises et recommence à jouer. D’après Jack Nicholson, Stanley Kubrick comparait la réalisation d’un film à une partie d’Échecs : il fallait bien disposer ses pièces et préparer soigneusement ses coups. Kubrick considérait que peu de choses devaient être totalement improvisées. Malgré tout il laissait une grande autonomie à ses collaborateurs, les encourageant à chercher le mieux ».

Kubrick
Sur le tournage du Docteur Folamour (1964).

Les Échecs lui apprirent l’art de la discipline, de la patience. Il développa, grâce à eux, une certaine rigueur mathématique et le sens de la stratégie. « Les Échecs, disait-il, vous apprennent à surmonter l’émotion initiale que vous donne un mouvement au premier abord favorable et à prendre le temps de l’analyser. En ce qui concerne le cinéma, les Échecs vous apprennent plutôt à éviter les fautes qu’à avoir des idées. Les idées ont l’air de venir spontanément, mais le vrai problème, c’est d’avoir la discipline de les analyser. Les Échecs exercent aussi la concentration ».

Dans ses films, Kubrick se comporte vis-à-vis du réel comme le joueur d’Échecs face à son adversaire : il ne s’agit pas de s’enfermer dans une tactique préalablement conçue, mais de prendre son adversaire très au sérieux et d’envisager à chaque coup toutes les combinaisons dont il est capable.

À la question de Michel Ciment, critique de cinéma : « Vous êtes un joueur d’Échecs et je me demande si le jeu et sa logique ont des parallèles avec ce que vous dites ? », Kubrick répondit : « Tout d’abord, même les plus grands grands maîtres internationaux, aussi profonde que soit leur analyse d’une position, ne peuvent que rarement voir jusqu’à la fin de la partie. De sorte que leur décision pour chaque mouvement est en partie fondée sur l’intuition. J’étais un très bon joueur, mais bien sûr, pas de cette catégorie. Auparavant, j’avais quelque chose de mieux à faire (que des films), jouer aux Échecs, participant aux tournois des Marshall et Manhattan Chess Clubs de New York, et pour de l’argent dans les parcs et ailleurs. Parmi beaucoup d’autres choses que les Échecs vous enseignent, ils vous apprennent à contrôler l’excitation initiale que vous ressentez quand vous voyez quelque chose qui semble bien, il vous entraîne à réfléchir avant de vous précipiter, ils vous apprennent à penser objectivement quand vous êtes en difficulté. Quand vous réalisez un film, vous devez prendre la plupart de vos décisions dans la précipitation et tirer l’arme à la hanche. Cela demande plus de discipline que vous pourriez imaginer de penser, même pendant trente secondes, dans la confusion, le bruit, l’intense pression d’un plateau de tournage. Mais quelques secondes de réflexion peuvent souvent éviter une grave erreur, alors que vous pensiez faire bien au premier regard. Les Échecs sont utiles pour vous empêcher de commettre de telles erreurs. Les idées viennent spontanément et une discipline est nécessaire pour les évaluer et les mettre à profit. C’est le vrai travail du metteur en scène ».