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Mise en scène échiquéenne

silman potter
Nos trois héros doivent affronter les redoutables pièces blanches.

Imaginez que vous venez de voir votre premier Harry Potter, Harry Potter à l’École des Sorciers. Très excitant et très spectaculaire, surtout la scène de la partie d’Échecs où Ron se sacrifie pour permettre à Harry de mater le roi blanc. Cependant, si vous êtes familiarisé avec les règles, la scène n’a pas beaucoup de sens. C’est que plusieurs coups clés ont été coupés de la version finale du film. Pourquoi Ron, d’ailleurs a-t-il besoin de se sacrifier ? Quand il semble que, Harry le Fou, pouvait rapidement asséner le coup de grâce après le sacrifice de la R. C’est que tout cela est du cinoche et que le réalisateur, Chris Columbus, privilégia le spectacle plus que la logique échiquéenne. Mais dans la coulisse, le Grand Maître international, Jeremy Silman, embauché en tant que consultant, avait mis en place un drame en 64 cases peut-être plus spectaculaires. Écoutons-le :

« Quand on me demanda de créer une position pour Harry Potter à l’École des Sorciers, je fus plus qu’enchanté. Tout au long de ma vie, j’avais regardé des films et des émissions de télé faire une blague de telles positions. Après tant d’années d’agacement, j’avais l’opportunité de faire du bon boulot.
Mes reproches étaient les suivants :

  • Lorsqu’un acteur évoque un système d’ouverture, il ne disait jamais : « Ah, voilà ma ligne préférée dans la défense sicilienne ». Au lieu de cela, il laisse échapper : « Hey Jeb ! Vous jouez la ligne de Ploucard Dupont contre la Défense du Noisetier ». Je n’ai jamais compris pourquoi ils ne pouvaient pas utiliser un vrai nom d’ouverture dans le script.
  • Quand ils parlent d’un joueur célèbre, ils ne diraient jamais : « Oh, voilà Alekhine ! » Au contraire, ils batardisent un pseudo-nom russe :  « Tiens, voila Ragmazagolsky! »
  • Les acteurs n’ont jamais appris comment déplacer les pièces correctement. Un joueur d’échecs réel ne pousse pas la pièce doucement vers l’avant, il l’a saisi et la claque sur une case. S’il capture, il déplace sa pièce et simultanément dégage la pièce ennemie hors du plateau, presque plus vite que l’œil peut suivre.
  • Dans environ 20 % des scènes que je l’ ai pu voir, l’échiquier a été effectivement mal placé, avec une case noire à droite.
  • Invariablement, et peu importe la force les joueurs, on va réfléchir pour un sacré bon dieu de temps, sourire, jouer son coup avec confiance et l’adversaire déplace quelque chose et dit: « Échec et mat ! » Est-ce qu’un fort joueur a jamais dit Échec et mat ?

De toute évidence, je devais endiguer cette marée d’insanité. Malheureusement, je retrouvai beaucoup de ces idées fausses quand je lus le livre. Quelle position pouvais-je créer, qui justifierait le sacrifice de Ron ? Après avoir passé de nombreuses heures — jour après jour, pendant quelques semaines — au téléphone avec le scénariste de Los Angeles et le producteur en Angleterre (qui insista pour que le premier mouvement soit une capture), je me suis finalement décidé sur la position dynamique suivante :

Un clic sur la notation pour suivre la partie sur un échiquier que vous pouvez déplacer et agrandir.

Malheureusement, la dynamique du film transforma cette séquence échiquéenne bien pensée en charabia (même si elle a l’air très énergique sur le grand écran). La longueur du film exigea des coupures, de sorte que la séquence de coups de toute cette scène furent plus ou moins réduit à … Nh3 +, le sacrifice de Ron, et … Be3 mat. Remarquez que le B ne s’empare pas de la Q… Très, très triste ! Ce fut une véritable occasion manquée et aurait enrichi la scène entière de façon incommensurable.

silman potterAprès le film , je me suis retrouvé inondé de questions telles que :
Pourquoi ne peut-on pas identifier la position ? De toute évidence, les gens qui concevèrent les pièces ne considèrent pas cela comme important.
Pourquoi ne voit-on pas votre nom au générique ?
Soupir ! … J’espérais que personne ne remarquerait cela. Si vous regardez le générique, vous retrouverez tout le monde, du coiffeur au livreur de beignet en remerciement pour leur rôle dans la création du film. L’omission du « type des échecs » montre à quel point nous sommes en bas de la chaîne alimentaire !
N’est-ce pas le Grand Maître Speelman qui a conçu la scène des échecs pour Harry Potter ?
Non! Il était le gars des échecs pour La Défense Loujine.
La position est-elle tirée d’une partie de maître ?

Cette dernière question a engendré une controverse drolatique sur le web. En fait, dans le numéro 35 de l’été 2002, du Kingpin Magazine, le Maître international Gary Lane remarque que la partie Jovanovic — Manzardo, Imperia 1967 servit de modèle pour la position de Harry Potter :

Désolé les gars, mais je n’avais jamais entendu parler de cette partie ridicule jusqu’à ce que Lane la publie dans Kingpin . Un autre mythe qui s’en va à l’égout ! »

 

Échiquier magique

Premier épisode de la série, Harry Potter à l’École des Sorciers, véritable phénomène de société, sous ses aspects enfantins, ce film de Chris Columbus réussit un tour de force : créer un univers cinématographique empreint de magie concrétisant pour des millions d’enfants les livres de J.K. Rowling et posant les bases de ce qui deviendra une saga aussi culte à l’écran qu’elle l’était à l’écrit. Sur un échiquier géant, une des protections de la Pierre philosophale, nos trois héros devront se substituer à trois pièces noires : Harry prendra la place d’un fou, Hermione d’une tour et Ron la place d’un cavalier. Ils affrontent les pièces blanches dans une partie brutale où les pièces volent en éclats.

Échiquier magique

La deuxième salle était plongée dans une telle obscurité qu’ils ne voyaient plus rien. Mais lorsqu’ils eurent franchi le seuil de la porte, une lumière éclatante jaillit soudain en leur révélant un spectacle étonnant.
Ils se trouvaient au bord d’un échiquier géant, derrière des pièces noires qui étaient plus grandes qu’eux et semblaient avoir été sculptées dans de la pierre. En face d’eux, de l’autre côté de la salle, se tenaient les pièces blanches. Harry et les deux autres furent parcourus d’un frisson. Les pièces blanches n’avaient pas de visage.
— Qu’est-ce qu’on fait, maintenant ? murmura Harry.
— C’est évident, non ? dit Ron. Il va falloir jouer une partie d’échecs pour arriver de l’autre côté.
Derrière les pièces blanches, ils apercevaient une autre porte.
— Comment on va s’y prendre ? demanda Hermione, inquiète.
— Nous serons sans doute obligés de nous transformer nous-mêmes en pièces d’échecs, dit Ron.
Il s’avança vers un cavalier noir et posa la main sur le cheval. Aussitôt, la pierre s’anima. Le cheval frappa l’échiquier de ses sabots et le cavalier tourna vers Ron sa tête coiffée d’un casque.
— Il faut… euh… qu’on se joigne à vous pour passer de l’autre côté ? demanda Ron.
Le cavalier noir approuva d’un signe de tête. Ron se tourna vers les deux autres.
— Il faut bien réfléchir, dit-il. On va devoir prendre la place de trois des pièces noires.
Harry et Hermione restèrent silencieux, attendant que Ron ait pris une décision.
— Ne vous vexez pas, dit-il enfin, mais vous n’êtes pas très bons aux échecs, tous les deux.
— On ne se vexe pas, dit Harry. Dis-nous simplement ce qu’on doit faire.
— Toi, Harry, tu prends la place de ce fou et toi, Hermione tu te mets du même côté sur la case de la tour.
— Et toi ?
— Moi, je prends la place du cavalier, dit Ron.
Les pièces blanches avaient entendu car à cet instant, un cavalier, un fou et une tour quittèrent l’échiquier, laissant trois cases vides que Ron, Harry et Hermione occupèrent.
— Les blancs jouent toujours les premiers, dit Ron en scrutant l’autre extrémité de l’échiquier, Regardez…
Un pion blanc venait d’avancer de deux cases.
Ron commença alors à donner ses ordres aux pièces noires et elles se déplacèrent sans bruit là où il les envoyait. Harry sentit ses jambes faiblir. Que se passerait-il si jamais ils perdaient ?
— Harry, déplace-toi de quatre cases en diagonale vers la droite.
Leur premier choc fut de voir le camp adverse prendre leur autre cavalier. La reine blanche l’assomma en le jetant à bas de sa monture et le traîna au bord de l’échiquier où il resta immobile, face contre terre.
— C’était nécessaire, dit Ron qui paraissait secoué. Maintenant, tu vas pouvoir prendre ce fou, Hermione. Vas-y.
Chaque fois qu’elles perdaient un de leurs hommes, les pièces blanches se montraient sans pitié et bientôt, il y eut une rangée de pièces noires hors de combat alignées le long du mur. Mais Ron s’arrangeait pour prendre autant de pièces blanches qu’ils en avaient perdu de noires.
— On y est presque, murmura-t-il. Voyons, réfléchissons…
La reine blanche tourna vers lui sa tête sans visage.
— Oui, dit Ron à voix basse, c’est le seul moyen… Je dois me faire prendre…
— NON ! s’écrièrent les deux autres.


— C’est le jeu, répliqua Ron. Il faut savoir faire des sacrifices ! Je vais avancer et elle me prendra, ce qui te permettra de faire échec et mat, Harry.
— Mais…
— Tu veux arrêter Rogue, ou pas ?
— Ron…
— Si tu ne te dépêches pas, il va s’emparer de la Pierre !
Il n’y avait rien d’autre à faire.
— Prêt ? demanda Ron, le teint pâle, mais l’air décidé. J’y vais… et ne traînez pas ici quand vous aurez gagné.
Il s’avança. La reine blanche abattit alors son bras de pierre sur sa tête. Ron s’effondra et la reine le traîna jusqu’au bord de l’échiquier. En le voyant assommé, Hermione avait poussé un cri, mais elle n’avait pas bougé de sa case.
En tremblant, Harry se déplaça de trois cases vers la gauche.
Aussitôt, le roi blanc ôta sa couronne et la jeta aux pieds de Harry. Ils avaient gagné. Les pièces blanches s’écartèrent en s’inclinant, dégageant l’accès à la porte du fond. Après avoir jeté à Ron un dernier regard navré, Harry et Hermione franchirent la porte et s’engouffrèrent dans un autre passage.

Les Échecs, c’est pas sorcier !


Ron, sur l’échiquier magique de son grand-père, initie Harry au Jeu des Rois dans le premier épisode de la saga, Harry Potter à l’école des sorciers. Les pièces de cette version sorcière, quelque peu barbare au goût d’Hermione, sont les fameuses figurines de Lewis, découvertes en 1831 dans la baie de Uig, sur l’île de Lewis, une des îles Hébrides en Écosse, gravées dans de l’ivoire de morse.

Pièces parfois capricieux et susceptibles : « Les règles étaient les mêmes que chez les Moldus, sauf que les pièces étaient vivantes, ce qui leur donnait l’air d’une armée partant à la bataille. L’échiquier de Ron était vieux et tout abîmé. Comme toutes ses affaires, il avait appartenu à un autre membre de sa famille — son grand-père en l’occurrence. L’âge des pièces, cependant, constituait plutôt un avantage, car depuis le temps qu’il les fréquentait, Ron les connaissait si bien qu’il n’avait aucun mal à leur faire faire ce qu’il voulait.

Harry, en revanche, jouait avec des pièces que Seamus Finnigan lui avait prêtées et qui ne lui faisaient aucune confiance. Il ne savait pas très bien jouer et les pièces contestaient sans cesse ses décisions, ce qui jetait la confusion dans le jeu » J.K. Rowling.

La Règle du Jeu

Règle Jeu

L’une des affiches de La Règle du Jeu de Jean Renoir réalisé en 1939 utilise la métaphore de notre jeu pour illustrer la difficulté de jeux de l’amour et, surtout, les règles courtoises d’une société éduquée qui cache ses passions sous l’hypocrisie. Ceci expliquant pourquoi ce film, peinture acide de l’aristocratie et du mensonge social, considéré aujourd’hui comme un chef-d’oeuvre, fut à sa sortie si mal reçu.

La vie d’un Roi

L’homme à tout faire d’un lycée s’improvise professeur d’Échecs d’un groupe d’élèves pré-délinquants. Avec son aide, ils se découvriront des qualités insoupçonnées. Ce fil est basé sur la vie d’Eugène Brown, interprété par Cuba Gooding, Jr., un ex-détenu qui, pour échapper à la morne routine du monde carcérale, s’évade dans l’univers des Échecs et prend conscience des mauvais choix de sa vie antérieure.


À sa sortie de prison, il crée The Big Chair Chess Club avec comme mission « d’enseigner aux inenseignables, de toucher les intouchables et d’aider à découvrir the power that comes from always thinking before they move », cette puissance que nous apporte la réflexion avant d’agir, de jouer notre coup.

Eugène Brown – Always think, B4 U move !

La famille Addams

La famille Addams fut créée par le dessinateur Charles Addams à la fin des années trente pour le New Yorker. Inversion satirique de la famille idéale américaine, une riche, excentrique et aristocratique maisonnée, se complaisant dans le macabre et dont les membres, tous plus fous et délirants les uns que les autres, ressemblent davantage à des morts qu’à des vivants. Portée à l’écran par Barry Sonnenfeld avec Angélica Houston, Raul Julia et Christopher Lloyd. Débarque l’oncle Fétide, sosie d’un des membres de la famille disparu vingt-cinq ans plus tôt… Ne serait-il pas un usurpateur qui cherche à les doubler pour faire main basse sur leur trésor caché ?

Dans cette scène, Raul Julian joue aux Échecs contre une main, La Chose, sous le regard de l’énigmatique Angélica Huston :

Cary grant playing chess

Cary Grant

Cary Grant, dans La Justice des Hommes (The Talk Of The Town) de George Stevens,  joue avec Ronald Colman, en1942.

Lorsque sa filature est ravagée par les flammes, Andrew Holmes accuse l’un des employés, Leopold Dilg (Cary Grant), contestataire notoire. Un homme est tué dans l’incendie. Dilg clame son innocence, mais est inculpé de meurtre au milieu d’une campagne de presse savamment orchestrée par son patron. Il s’évade, et décidé à obtenir un jugement équitable, trouve refuge chez Nora Shelley (Jean Arthur), une ancienne camarade. Mais cette dernière loue justement sa maison à Michael Lightcap (Ronald Colman), juriste de Boston, venu au calme pour écrire un livre.

Je n’ai rien trouvé sur ce charmeur au menton « en fesses d’ange » prouvant qu’il fut réellement un pousseur de bois.

Chess

Court métrage d’animation d’Étienne Vautrin dans le cadre de son projet d’école.  Sur un échiquier-univers, des personnages se fuient, se retrouvent. Un onirisme étrange captivant — si on accroche évidemment.

« Le film traite, explique Étienne Vautrin, au-delà du jeu d’échecs, du rapport schizophrène qu’une personne (en l’occurrence, une femme) peut avoir avec ses envies, ses pulsions, ses pensées… Transposé à l’écran par ce duel, entre les pièces noires et blanches et donc ce roi scindé qui, choix après choix, prises après prises, augmente son influence ou la diminue. Une approche peut-être manichéenne, mais c’est ma vision de ce combat. L’entorse faite à cette métaphore est qu’il me fallait un gagnant, une fin pour cette partie, les blancs… Chose que l’on ne retrouve pas dans la réalité (pas la victoire des blancs quoique, mais une fin à la partie).

Au départ du projet, une de mes certitudes était de vouloir éviter la représentation conventionnelle, en tout cas attendue des pièces d’échecs, (la couronne du roi, le cheval pour le cavalier…). J’ai donc attaché plus d’importance aux caractéristiques qu’aux noms de chaque pièce (leurs forces et leurs mouvements) ainsi la reine est un personnage puissant rapide et imposant tandis que le pion et surtout le roi, sont des personnages faibles physiquement qui restent en groupe pour se protéger. Les personnages étranges sont nés aussi de mon intérêt prononcé pour le babouin et autres primates !

La musique électronique convenait plutôt bien à ce projet, elle amène quelque chose de répétitif qui sert bien à mon sens, la dimension obsessionnelle d’une partie d’échecs et plus généralement d’une vie, qui bien souvent se crée d’actions répétées, apprises… Elle contraste aussi avec le dessin assez détaillé, et n’alourdit pas le film. Le compositeur étant un ami, j’ai aussi fait ce choix par amitié et de ce fait par facilité d’échange, nous connaissions nos univers respectifs ».

Monnaie de singe

Monnaie de singe

Troisième film des Marx Brothers, Monkey business, réalisé en 1931 par Norman McLeod, est leur premier film réalisé à Hollywood et le premier qui fut écrit pour le cinéma. L’histoire se passe sur un bateau de croisière où les quatre frères ont embarqué clandestinement. Au cours d’une des scènes, Harpo et Chico, éternels iconoclastes, mettent à mal le Noble Jeu.