Archives de catégorie : Cartes Postales

Échecs et Billard


Si le jeu d’échecs fut longtemps le passe-temps de la classe noble et cultivée, il alla, à la fin du Moyen Âge, s’encanailler dans les tavernes et les tripots. Il y rencontra souvent un autre compère de « débauche » : le billard. Compagnonnage paisible, malgré la bille venant perturbée la partie de nos deux pousseurs de bois, ces deux jeux demandant des qualités communes : calme et concentration.

Paul Morphy lors d’une séance de simultanée à l’aveugle au Café de la Régence à Paris, 1858.

Au XIXe, le fameux Café de la Régence les réunissait encore. « Si un militaire, un artiste, un savant, un administrateur, écrivait-on dans Les cafés artistiques et littéraires de Paris, paru en 1882, peuvent arriver à la célébrité ou au moins à la notoriété grâce au courage, au talent, à la science, à l’habileté que chacun d’eux aura déployés, il ne faudrait point conclure que les moyens d’atteindre la réputation soient limités. Danseurs de corde, joueurs de billard ou d’échecs peuvent attirer la foule, soulever des discussions passionnées tout comme un général qui a gagné une bataille ou un orateur applaudi à la Chambre. M. Vignaux, le roi du billard, a toujours autour de lui un public haletant qui regarde avec émotion les billes d’ivoire rouler sur le tapis vert et applaudit fiévreusement les carambolages bien réussis ; enfin le joueur d’échecs, M. Murphy, est aussi connu que son illustre compatriote, le courageux voyageur Stanley*. »

* L’auteur se trompe. Il croit sans doute Morphy (dont il orthographie mal le nom) anglais comme l’explorateur Henry Stanley.

À travers le miroir

Lewis Carroll travers miroir échecs
Série de cartes postales russes de Mitrofanov  d’après Lewis Carroll, 2013.

Lors d’un après-midi d’hiver, Alice s’ennuie et entreprend d’apprendre les échecs à sa petite chatte Kitty et se livre à son jeu favori : « Faisons semblant de … ». Se hissant sur la cheminée, le grand miroir s’efface peu à peu et Alice se retrouve dans un monde inversé, parcourant un échiquier, petit pion qui deviendra reine.

« Kitty, sais-tu jouer aux échecs ? Ne souris pas, ma chérie, je parle très sérieusement. Tout à l’heure, pendant que nous étions en train de jouer, tu as suivi la partie comme si tu comprenais : et quand j’ai dit : « Échec ! » tu t’es mise à ronronner ! Ma foi, c’était un échec très réussi, et je suis sûre que j’aurais pu gagner si ce méchant Cavalier n’était pas venu se faufiler au milieu de mes pièces. Kitty, ma chérie, faisons semblant… ».

Lewis Carroll, Through the Looking-Glass, 1871

Échecs coloniaux

echecs coloniaux

Dès la fin du Moyen Âge, des commerçants et des aventuriers européens fondent quelques modestes comptoirs sur le littoral africain. Mais il faut attendre quatre siècles avec la révolution industrielle et la croissance démographique sur le continent européen pour que les grandes puissances européennes prennent le relais des explorateurs. Cet impérialisme est motivé par la découverte de nouveaux marchés, de nouveaux espaces propres à accueillir les migrants pauvres de l’Europe et la volonté de « civiliser les nations barbares ». Quelques cartes postales gentiment raciste du début du siècle montrent « ces braves nègres » jouant. Il est heureux que, sur l’échiquier du monde, le colonialisme fût mis en échec. La partie dura toute de même plus d’un siècle.