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Case blanche ou case noire ?

Massimo Campigli -Il gioco degli scacchi, 1921 huile sur toile 90×60 cm

Le Jeu d’Échecs est une œuvre de la première époque du peintre italien Massimo Campigli, de son vrai nom Max Hilenfeld, (Berlin, 4 juillet 1895 – Saint-Tropez, 3 mai 1971), encore sous l’influence de la période néoclassique de Picasso. Plus tard, son travail évoluera vers un style plus personnel dans lequel l’influence de l’art des anciens Égyptiens et Étrusques sera déterminante. Campigli faisait partie d’un groupe hétérogène, connu sous le nom des Italiens de Paris : Giorgio di Chirico, Alberto Savinio et Gino Severini. Artiste talentueux, mais piètre joueur sans doute : la énième représentation d’une case blanche à gauche de l’échiquier !

Les Échecs d’Eichenberg

Fritz Eichenberg – Éloge de la folie, gravure sur bois

Fritz Eichenberg (1901 – 1990), illustrateur germano-américain, travaillait principalement dans la gravure sur bois. Après avoir immigré à New-York en 1933 pour échapper aux tensions nazies, Eichenberg illustra de nouvelles éditions de la littérature classique, interprétant visuellement de nombreux styles d’écriture différents, mais il a excellé dans la matière avec des thèmes comme la religion, la justice sociale et la non-violence.

Fritz Eichenberg – Stalemate

Stalemate (pat) est extrait de son portfolio The Dance of Death, publié à New-York en 1983 par Abbeville Press. Le livre est sous-titré « Un commentaire graphique sur la danse macabre à travers les siècles. » La gravure servie à en illustrer la jaquette. En français, stalemate, perd son double sens, pat et impasse : le dialogue n’aboutit pas et pour certains, il n’y a plus que la violence.

Éspoirs à la baisse

Lors d’un championnat à Budapest, Zoltán Balla (1883-1945), jouant contre Gyula Breyer (1893-1921), annonce tout heureux  :
Mat en 2 !
Constatant que Breyer le regarde avec suffisance, Zoltán étudie à nouveau la position et s’aperçoit, déçu, qu’il n’y a pas de mat en 2. Mais immédiatement réconforté, il s’écrie avec enthousiasme  :
Mat en 3 !
Tandis que Breyer continue à le regarder, agacé, Balla analyse à nouveau et réalise qu’il n’y a aucune chance de mat. Pâle comme un linge, il murmure :
J’abandonne…

Échiquier de voyage

Lorsqu’il voyageait en calèche, le roi Louis XIII aimait jouer aux échecs. Les routes de France, point encore revêtues par Mister McAdam, devaient être bien chaotiques pour notre jeu paisible. Pour éviter l’éparpillement des pièces, notre bon roi jouait sur un échiquier brodé sur un oreiller, faisant tenir les pièces par des épingles. Dans le beau royaume de France, nous n’avions pas de belles routes, mais des idées.

La pratique de ces jeux d’échecs à épingle était assez commune et répandue dans toute l’Europe.

Figures d’un ensemble de broches en ivoire, sculptées vers 1950, probablement sur un modèle ancien.

Un roi sage

roi echecs moyen-âge cologne
Roi allemand en ivoire de morse (1300-1320) – © Victoria and Albert Museum, Londres

Au début de la période gothique, les pièces avaient déjà pris forme humaine. Ce roi assis, sans doute fabriqué à Cologne, est installé sur son trône à haut dossier. Il porte une couronne basse et un long manteau par-dessus une robe et tient un sabre gainé dans sa main droite. Les deux mains sont gantées et il tire l’attache de son manteau avec son pouce gauche, suggérant une autorité monarchique et une sage réflexion. Le trône est décoré sur les côtés et à l’arrière avec de simples motifs en losange.

Les ateliers de Cologne avaient une longue tradition de sculpture sur l’ivoire de morse et des pièces d’échecs y étaient encore fabriquées dans la seconde moitié du XIVe siècle, dans un style moins évolué par rapport à cette pièce.

Règle du jeu

On pourrait imaginer qu’au niveau d’un championnat du monde, les joueurs connaissent la règle du jeu. Imaginez l’émotion de l’arbitre O’Kelly au cours de la rencontre Korchnoi-Karpov à Moscou en 1974, lorsque Korchnoi, feignant l’indifférent, lui posa cette question de débutant :
Peut-on roquer quand la Tour est attaquée ?
Oui, répond l’arbitre étonné.
Cela ne m’était jamais arrivé auparavant, explique Korchnoi, penaud.

Les Échecs de Wladislaw Safronow

Wladislaw Safronow – Les Échecs, huile sur toile

Deux versions du peintre ukrainien Wladislaw Safronow, né en 1966 et résidant aujourd’hui en Allemagne, appartenant à sa série « Mystères ordinaires » offrant une grande diversité thématique, dans laquelle figurent les icônes de la littérature universelle, comme Don Quichotte, des scènes de cirque, des musiciens ou des personnages dans des activités quotidiennes telles que jouer aux échecs.

Son art a quelque chose de kabbalistique, en ce sens que ses œuvres sont pleines de symboles, de signes étranges et de textes parfois indéchiffrables qui semblent suggérer un sens caché. C’est peut-être pour cette raison que l’artiste appelle l’ensemble de son travail « Nouvelle mythologie ».

Matrone royale

matrone royale échecs reine
Reine assise d’origine allemande ou scandinave, fin du XIIIe, début du XIVe siècle – Glasgow Museums, Gothic Ivories Project

Reine couronnée sur son trône à décor feuilleté, encadrée de deux soldats en armure, tenant épées et boucliers à fleur de lys, et de ses dames de compagnie.

Une imposant matrone royale, superbement sculptée, mais nous sommes loin de la beauté hiératique et énigmatique des dames de Lewis, un siècle plus tôt.

Le roi n’est jamais pris

Illustration de John Tenniel
pour «Through the Looking Glass and what Alice found there » de Lewis Carroll.

« Apprends que même au jeu d’échecs, le roi n’est jamais pris ! », lança Louis VI le Gros dit le Batailleur, en fendant le crâne de l’archer qui croyait le tenir lors de la bataille de Brémule en 1119 contre les anglo-normands de Henri I. Il abandonnera tout de même sa bannière, puis son destrier !