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L’attaque du château

Tour en ivoire 13,5 cm XII e – Douai, Musée de la Chartreuse, Gothic Ivories Project

Cette superbe tour, finement ciselée, est sans doute d’origine anglaise. Le jeu d’échecs, au Moyen-Âge, était la parfaite image de la vie médiévale avec ces jeux de cour raffinés, mais aussi sa violence guerrière. La forme conique qui couronne la pièce d’échecs est constituée d’un morceau d’ivoire différent.

De par sa taille, cette pièce n’était peut-être pas une pièce à jouer mais de prestige « objet de thésaurisation, luxueux présents ou butins d’origine lointaine, n’impliquant en rien la pratique du jeu par leur possesseurs.* » Des « jeux pour ne pas jouer », selon la jolie formule de Michel Pastoureau.

* Luc Bourgois, Pièces de jeu et milieu aristocratique dans le Centre-Ouest de la France (Xe-XIIe siècles), Aquitania XVIII 2001-2002

Tour ou Cavalier ?

Roc (tour) 65 mm, pièce française ou anglaise, milieu du XIIIe siècle – Musée Vivenel à Compiègne, Gothic Ivories Project

Un cavalier, tout droit sorti d’une chanson de geste médiévale, terrasse un dragon avant de poursuivre sa quête dans une forêt enchantée, comme le suggère l’enchevêtrement de volutes florales à l’avant et arrière du chevalier. Ce n’est pourtant pas l’ancêtre de notre cavalier, mais bien une tour, avatar du chariot indien.

La figurine représente peut-être Saint-Georges terrassant le dragon et ressemble à une pièce exposé au Metropolitan Museum de New-York.

Jeu d’échecs Louis XV

Jeu d’une grande finesse du début XIXe en ivoire sculpté représentant d’un côté Louis XV ( 113 mm ) et Marie Lezinska, le Maréchal de Saxe pour les fous. De l’autre, le roi d’Angleterre Georges II et Caroline d’Ansbach, ainsi que Lord de Clive et Camberlain pour les fous. À noter les fleurs de lys sur le manteau de Louis XV et les lions sur celui de Georges II.

Un Évêque dépité

Pièce d’échecs, un évêque (fou) en ivoire de morse, 1126-1175 8 cm – British Museum

Est-ce parce que sa crosse et sa mitre furent brisées que ce brave évêque à la mine si dépitée ? D’origine scandinave, il fut découvert en Angleterre.

Évêque à cheval

Évêque (fou) du sud de l’Allemagne en ivoire XIVe – XVe siècle, 9 cm — British Museum

L’évêque, monté sur un cheval, portant sa crosse dans la main gauche, est entouré de quatorze figurines en relief : des prêtres le précèdent et des arbalétriers le suivent et le protègent et nous rappellent que ces prélat médiévaux étaient aussi des hommes de guerre. Ces petits personnages avaient aussi une utilité plus pratique : par leurs présences, ils renforçaient la base de la pièce, la rendant plus solide.

Charge de cavalerie

cavalier British museum
Cavalier allemand 1510-1530, ivoire d’éléphant, 7 cm – © Victoria and Albert Museum, London

Pièce d’échecs en ivoire, représentant un cavalier fabriqué vers 1510-1530, en Allemagne. Une pièce identique se trouve au British Museum (Dalton, catalogue, n° 494), tandis qu’une autre porte un faucon au Metropolitan Museum of Art de New-York. Le travail n’est pas de la plus haute qualité et ceci, associé à la taille réduite des pièces, indique une production de masse plutôt qu’une commande.

Vers 1200, les échecs étaient un jeu populaire en Europe, ayant été importés d’Inde par le Moyen-Orient au début du Moyen Âge. Aux XIIIe et XIVe siècles, ils deviennent un passe-temps courtois par excellence, comme en attestent de nombreuses références dans les romans, les enluminures dans les manuscrits et les représentations sur des œuvres d’art. Au début de la période gothique, les pièces principales avaient déjà pris forme humaine, abandonnant le style abstrait et épuré des pièces islamiques. La Tour ne semble cependant pas avoir pris la forme d’un édifice avant le XVIe siècle et elle est le plus souvent représentée comme une figure montée, semblable à un cavalier. Les ateliers les plus actifs étaient basés au nord de l’Europe, en Scandinavie, en Allemagne et en Angleterre.

Le jeu d’échecs a depuis ses débuts porté des associations chevaleresques et militaires. Ces qualités ont fait du jeu un passe-temps intellectuel adapté à l’élite de la Renaissance européenne. Les échiquiers de luxe et les pièces d’échecs finement sculptées devinrent des communs dans les palais d’Italie, en Angleterre et, comme aujourd’hui, la couleur était utilisée pour distinguer les camps opposés.

Un cavalier fauconnier

Pièce d’échecs en forme de Cavalier en ivoire d’éléphant 7 cm, Pays-Bas vers 1500 – Metropolitan Museum de New-York

Ce cavalier, représenté comme un fauconnier équestre,  est debout sur sa selle, éperonnant sa monture, richement caparaçonnée, une cloche sur son arrière-train. La comparaison des détails des costumes sur les tapisseries et les enluminures des manuscrits confirme sa datation au premier quart du XVIe siècle et son origine néerlandaise. Des traces de polychromie rouge subsistent dans les zones incisées. Comme aujourd’hui, les deux camps étaient différenciés par des couleurs. Les Cavaliers, cependant, étaient parfois aussi différenciés par leurs attitudes belliqueuses et guerrières ou plus pacifiques de chasseurs.

Il est assez semblable à ce cavalier plus agressif, porteur de la hache de guerre, fabriqué en Allemagne à la même époque, exposé au Victoria and Albert Museum de Londres.

Cavalier 1510-1530, ivoire d’éléphant – © Victoria and Albert Museum, London