Tous les articles par Claudius

Deux joueurs, deux paons et un chien

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Enluminure Jehan de Grise du « Roman d’Alexandre ». À côté des joueurs, deux paons et un chien, vers 1340.

Le Roman d’Alexandre est un recueil de légendes concernant les exploits d’Alexandre le Grand. Source des différents miroirs des princes médiévaux (manuel composé de conseils et de préceptes moraux destinés à montrer au souverain la voie à suivre pour régner selon la volonté de Dieu), il fut, malgré la diversité des versions, l’un des livres les plus répandus au Moyen Âge.

Érotisme échiquéen

Partarrieu échecs
Mattin Laurent Partarrieu, peintre basque français, a un style figuratif proche des comics, axé sur les coutumes traditionnelles du Pays Basque, avec leurs sports ancestraux et une certaine nostalgie d’un passé rural et préindustrielle. Ses œuvres sont empruntes d’un érotisme subtil, dans lequel il ne peut y avoir ni violence ni drame. L’artiste a un goût particulier pour les bistros, les terrasses de café. « J’aime m’imprégner des ambiances de bistrots. Je m’assois à une table, je m’imbibe de l’ambiance et je fais des croquis sur mon calepin. Je suis un peintre du quotidien ».

Coulez mes larmes…

Dick Coulez mes larmes

« … l’instinct de survie est toujours perdant. C’est vrai pour toutes les créatures vivantes – les taupes, les chauves-souris, les humains, les grenouilles. Même les grenouilles qui fument le cigare et jouent aux échecs. On ne peut jamais réaliser ce que l’instinct de survivance cherche à obtenir. Alors, en définitive, tous nos efforts font long feu, on succombe devant la mort et c’est fini. Mais, quand on aime, on se retire et on observe. »

Philip K. Dick, Coulez mes larmes, dit le policier

Afrasiyab, les premières pièces connues

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Les premières pièces d’échecs connues, trouvées à Afrasiab, près de Samarcande, en Ouzbékistan par l’archéologue Jurij F. Burjakov en 1977.

Les pièces d’échecs au cours de l’ère islamique se divisent en deux grandes familles. Dans l’une, les pièces sont des représentations plus ou moins naturalistes des figures, tandis que dans l’autre, elles sont des formes abstraites. Quand, où et pourquoi les pièces ont commencé à devenir abstraites est encore un sujet de débat. Il est probable que les deux types aient été déjà utilisés peu avant l’ère islamique, mais malheureusement, notre connaissance de cette période est très limitée. Nous n’avons aucun objet identifiable comme pièce d’échecs avant le IXe siècle, à l’exception des sept pièces découvertes à Afrasiyab du VIIe siècle. Notre connaissance de l’époque pré-islamique repose donc essentiellement sur la littérature.

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Le pion fantassin (padati), le cavalier et le fierzan( l’antique reine) assez semblables), le chariot-tour et le roi.

À un stade précoce de l’histoire des échecs, les figures étaient réalistes et artistiquement exécutées représentant une armées avec son infanterie, sa cavalerie, le roi et sa cour.

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Roi, Chariot, Vizir et Éléphant d’Afrasiyab

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Échecs au parc

Emerson echecs
Vue stéréoscopique de Ralph Waldo Emerson jouant aux échecs dans un parc, fin XIXe

Ralph Waldo Emerson, (1803 – 1882), essayiste, philosophe et poète américain, chef de file du mouvement transcendantaliste du début du XIIe siècle, joue, à gauche, dans un parc entouré d’amis et de membres de sa famille.

Emerson cita les échecs dans ses œuvres à diverses occasions, en particulier Morphy pour expliciter la différence entre le regard du professionnel quel qu’il soit et le regard du spectateur amateur : « Morphy a un jeu très audacieux : mais l’audace n’est qu’une illusion du spectateur, car ses coups sont forts et sûrs.* »

* Ralph Waldo Emerson, Les œuvres complètes. 1904. Vol VII. Société et Solitude.

Les pièce de Richard Filipowski

Richard Filipowski echecs
Richard Filipowski – Jeu en résine d’acrylique, dimension du Roi : 4.9 x 1.6 x 1.6 cm

Ce jeu, dessiné par Richard Filipowski, artiste américain né en Pologne en 1923, figurait parmi les œuvres présentées à l’exposition The Imagery of Chess à la galerie Julien Levy de New-York en 1944-45. Il reçut des critiques favorables dans Newsweek et Art Digest. Filipowski, à l’âge de dix-neuf ans, conçut ces pièces, simples et élégantes à la demande de László Moholy-Nagy, son professeur à l’Institute of Design de Chicago. Un petit point foré dans leurs dessous et rempli de peinture noire différencie une des côtés.

The Rutland Psalter

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Enluminure du Psautier de la reine Marie

The Rutland Psalter, fut écrit vers 1260 en Angleterre. Les origines précises du manuscrit ne sont pas connues. Il pourrait avoir été exécuté pour Isabelle de France (1295-1358), reine consort d’Angleterre ou son époux Édouard II d’Angleterre. Aux côtés des Psaumes, le livre contient un certain nombre d’illustrations, des miniatures de pages entières et partielles, ainsi que des initiales historiées et enluminées. Ce qui frappe particulièrement dans le manuscrit, cependant, c’est la marginalité. Aux côtés des Psaumes, le texte contient des images d’hommes, de femmes, d’animaux, d’hybrides, de dragons ainsi que des scènes de la vie quotidienne, quoique souvent influencées par les bestiaires.

Deux joueurs se disputent, l’un ne portant plus qu’un caleçon, ayant perdu jusqu’à sa chemise au jeu. Il faut se rappeler qu’aux premiers temps du Moyen-Âge, les échecs se jouaient avec des dés et pour de l’argent. Le joueur chanceux vient de lancer trois dés sur l’échiquier.

Sit-tu-yin

Pièces d’échecs birmanes XIXe (24.8 x 22.2 cm) – Philadelphia Museum of Art

Au sit-tu-yin (en birman : စစ်တုရင်), le jeu d’échecs traditionnel de la Birmanie (maintenant Myanmar), descendant direct du chaturanga indien, chaque joueur a un roi, un général, deux tours, deux cavaliers, deux éléphants et huit pions. Ces pièces sont exceptionnelles par leurs tailles et leurs décorations colorées. Le chameau monté est probablement une forme variante de l’éléphant sittuyin (l’équivalent du fou dans les échecs occidentaux).

Les échecs traditionnels de Birmanie ont de nombreuses similitudes avec les anciennes formes d’échecs indiens et offrent une particularité unique : contrairement à la plupart des jeux d’échecs, les pièces birmanes ne se sont jamais installés dans un modèle simplifié et abstrait, mais sont presque toujours des figures soigneusement sculptées, représentant des personnages, des animaux et parfois des personnages légendaires sur le champ de bataille. Ces ensembles uniques sont très prisés par les collectionneurs.

Comme dans les autres formes d’échecs, chacune des six différentes pièces a son propre mouvement sur l’échiquier. Certains sont similaires aux échecs modernes et internationaux et certains sont plus anciens.


Le roi est appelé min-gyi, le mot birman pour « roi ». Son mouvement nous est également familier, une case dans n’importe quelle direction. Comme dans d’autres formes d’échecs, le roi ne peut pas aller là où il est menacé de capture, car sa préservation est primordiale.

La reine, sit-ke, est un « général ». Il se déplace seulement d’une case en diagonale, mouvement très commun retrouvé dans les formes d’échecs antiques et asiatiques. Il est identique au firz, le wizir, quand il arriva en Europe, mais très différent de la reine toute puissante apparue au Moyen Âge en Europe.

L’Éléphant, péché, notre Fou, peut se déplacer d’une case dans cinq directions. C’est-à-dire, une direction pour chacun de ses appendices, y compris le tronc. En conséquence, se déplaçant dans l’une des quatre directions diagonales (pour les jambes) ou d’une case vers l’avant (pour le tronc). Ce déplacement fut très répandu dans les anciennes formes des échecs, et repéré en Inde au début du XIe siècle.

Le Cavalier est appelé myin, « cheval ». Il se déplace de ce mouvement particulier en forme de L vu dans d’autres types d’échecs : deux cases en avant, en arrière, à gauche ou à droite et une case à angle droit. C’est la seule pièce qui ne peut pas être bloquée. Il saute simplement par-dessus les pièces sur son chemin.

La tour s’appelle yahhta, une sorte de « chariot », la pièce est généralement représentée comme une hutte cérémonielle. Cette pièce se déplace exactement comme la tour familière : orthogonalement en avant et en arrière, à gauche ou à droite. Elle peut être bloquée par une pièce sur son passage, ou peut capturer une pièce ennemie si elle en rencontre une.

Le pion s’appelle , un nom inhabituellement honorable pour ce personnage, le plus faible de l’échiquier, évoquant un « seigneur féodal ». Ces petits seigneurs se déplacent comme nos pions modernes, une case en avant et en diagonale pour capturer. Seul le pion a un mouvement spécial pour capturer. Les autres pièces utilisent leurs mouvements normaux et atterrissent sur la case de la pièce adverse.

Voici ce qui caractérise la tradition des échecs birmans. D’abord, les pions sont bien avancés sur le plateau. Chaque joueur commence avec des pions à sa gauche sur la 3e rangée, et des pions à sa droite sur la 4e rangée. Les joueurs procèdent ensuite à la mise en place du reste des pièces dans leur propre arrangement choisi, en suivant quelques lignes directrices :

  • le joueur qui joue les « rouges » commence par installer toutes ses pièces ; le joueur jouant les « noirs » positionne ensuite ses pièces.
  • le premier rang de chaque côté du plateau est réservé aux tours. Elles sont placées n’importe où sur cette rangée.
  • les pièces restantes (min-gyi, myin, sit-ke et péché) sont mises en place selon le souhait du joueur, sur les deuxièmes et troisièmes rangées, derrière les pions. Ces pièces ne peuvent pas être placées sur la première rangée réservée aux tours.
  • le joueur avec les Noirs positionne ses pièces en second, ne pouvant placer une tour en une ligne directe avec le roi adverse, sauf s’il y a au moins une pièce, autre qu’un pion, s’interposant entre la tour et le roi. La pièce entre les deux peut être de l’une ou l’autre couleur. Cela réduit simplement l’avantage du deuxième joueur à établir une attaque immédiate, voyant comment les pièces de son adversaire ont été déployées.
  • après que toutes les pièces soient mises en place, les Rouges font le premier mouvement et les joueurs alternent en déplaçant une pièce à chaque coup tout au long de la partie.

Remarquez les longues diagonales créant un grand « X » sur le plateau. Ces lignes marquent les carrés de promotion. Quand un pion se déplace sur l’une de ces lignes dans le camp adverse, ce pion peut être promu en reine, uniquement si la reine a déjà été capturée. Si un joueur a un pion sur un de ces carrés de promotion pas encore promu, il peut choisir de le promouvoir à tout moment, tant qu’il reste sur la case de promotion et que la reine est hors de l’échiquier. Choisir de faire la promotion de cette manière constitue un mouvement, et le joueur ne bouge aucune pièce sur le plateau avant son prochain tour.

L’objectif du jeu est de piéger le roi ennemi afin qu’il soit menacé et ne puisse éviter la capture. Quand il est en échec, il doit impérativement se déplacer pour échapper à la menace. Si la fuite n’est pas possible, la partie est perdue. Une particularité cependant, le pat n’est pas permis. Si le roi ne peut pas se déplacer, sans aucune possibilité d’action légale, alors qu’il n’est pas en échec, le joueur attaquant doit effectuer un autre mouvement, ne créant pas le pat. S’il devient évident qu’aucun joueur n’a plus assez de matériel pour mater, la partie est alors déclarée nulle.

Le jeu de sittuyin existe depuis plus d’un millénaire sans un ensemble de règles unifiées dans toutes les régions. Les règles données ici sont basées sur les règles de la Fédération d’échecs birmans établies après la Seconde Guerre mondiale, mais elles ne sont en aucun cas universelles.