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Les Échecs en Europe au 5e siècle ?

La pièce de Butrint

En 2001, une équipe d’archéologues britanniques mit au jour une pièce d’échecs en ivoire dans les ruines d’un palais byzantin dans l’ancienne ville de Butrint de l’actuelle Albanie méridionale, preuves selon eux que les Européens jouaient aux échecs dès le sixième siècle. Jusqu’à présent, les historiens avaient convenu que le jeu, né en Inde, ne devint populaire auprès de l’élite européenne qu’au pourtour de l’an 1000.

L’archéologue anglais John Mitchell a déclaré que l’équipe avait exclu la possibilité que l’objet ait quelque chose à voir avec d’autres jeux de société tels que le backgammon ou la tabula romaine. Le professeur Richard Hodges déclarait alors : « Nous nous demandons si c’est un roi ou une reine parce qu’il a cette petite croix, mais nous ne sommes pas sûrs. »

Une reine ? Cela nous forcerait à réécrire encore plus radicalement l’histoire des échecs, car jusqu’à présent, nous étions convaincus que la reine fut introduite progressivement en Europe occidentale à partir du XIIe siècle. Peut-être que Hodges voulait peut-être parler du  Firzan, précurseur de la reine, mais cela ne semble pas non plus logique, car pourquoi un simple conseiller du roi porterait-il une couronne ?

La pièce en ivoire, haute de quatre centimètres, se tient sur cinq petits pieds soutenant une base ornée d’un motif végétal. Le corps, strié et renflé, se terminant par une croix sommitale plus ou moins pyramidale, diffère complètement des pièces indiennes et perses de cette époque. Cependant, sa forme verticale est celle des pièces utilisées dans le jeu des rois. La présence de la croix, selon l’éminent professeur, résulterait du voyage du jeu de l’Inde vers les terres méridionales chrétiennes. Mais nous savons aujourd’hui que les échecs sont nés autour du VIe siècle en Perse ou en Inde et sont entrés en Europe au début du IXe siècle via l’Espagne ou deux siècles plus tard, venant de l’Afrique du Nord par la Sicile et l’Italie. Ils se frayèrent également un chemin vers la Scandinavie au travers des vastes étendues sauvages de la Russie.

« Si c’est vraiment une pièce d’échecs, pense Thomas Thomsen, elle est sans doute beaucoup plus tardive, bien que trouvé dans une couche plus ancienne, un soldat jouant aux échecs dans le voisinage du XVIIe siècle a pu la perdre dans une fissure. De plus, il est bien connu que de petits objets peuvent être transportés par des animaux tels que des souris vers les couches inférieures. La croix décrite, ne ressemblant ni à une chrétienne, ni à une orthodoxe, pourrait ne pas être une croix du tout. De telles croix surmontant les pièces ne deviennent communes qu’au XIXe siècle. Pas moins étonnants sont ces 5 pieds. Les pièces d’échecs n’ont normalement pas les pieds, mais une base plate. Pourquoi une pièce se déplacerait-elle au travers de l’échiquier sur cinq pieds ? Ils entraveraient gravement la manipulation de la pièce. De tels pieds ne seraient guère plus pratique pour jouer sur un échiquier en tissu. Je crois que les archéologues ont trop hâtivement supposé que leur découverte était une pièce d’échecs datant du Ve siècle » conclut-il.

C’est de l’ombre que naît la lumière

Des temps immémoriaux
Nous contemple ce jeu
Aux trente deux figures
Superbement rangées
Les blanches commencent
En de brillants mouvements
Les noires de suite suivent
Paradent en répliquant
Pour une fin subtile
Où un roi, c’est certain
Finira par céder
Pour n’en laisser plus qu’un

Sam Dromard

Sam Dromard au travers de ses clichés tente d’exprimer la magie du jeu au travers de ses échiquiers en suspens,  objets merveilleux, renvoyant aux échiquiers magiques des légendes arthuriennes où le héros affrontait les fées sublimes et terrifiantes.

Un Cavalier qui surgit…

Guy Williams alias Zorro et son épouse Janice

Guy Williams (1924 – 1989), qui incarnera à jamais le visage de Zorro, était joueur d’échecs passionné. Né de parents siciliens immigrés aux États-Unis peu avant sa naissance, sa belle prestance et ses talents d’escrimeur lui valent d’être retenu pour ce rôle mythique. Au début des années cinquante, il vit à New-York, en bordure de Central Park, où il peut quotidiennement s’adonner à sa passion : les échecs. Membre du fameux Manhattan Chess Club, il était également suffisamment bon escrimeur sur l’échiquier pour affronter de forts joueurs. Plus tard, il joua contre une grande variété de programmes d’échecs.

Le voici dans l’épisode Amnistie pour Zorro bizarrement devant un échiquier vide :

Bayley Lane, Coventry

Une série de fouilles menées par Birmingham Archaeology à Coventry a mis au jour une pièce d’échecs médiévale, sans doute un roi ou une reine. Récupérée dans une petite fosse peu profonde qui contenait aussi des poteries datées du 14e siècle, la pièce mesure 40 mm de haut sur 40 mm de diamètre. Sculptée dans le style islamique avec des décorations en forme d’anneau et de point formant des croix répétées trois fois sur les côtés.

Le motif en forme de V inversé indique un trône stylisé. Difficilement datables, les exemples médiévaux vont du 11e au 14e siècle.

 

Joueur inconnu

Thomas Huxley
Peinture de Pat Marvenko smith

L’échiquier est le monde, les pièces sont les phénomènes de l’univers, les règles du jeu sont ce que nous appelons les lois de la nature. Et le joueur, de l’autre côté, est caché de nous.

Thomas Huxley, biologiste, paléontologue et philosophe britannique du XIXe.

Échecs policier

Échecs policier

Lors de la 12e ronde du Championnat d’URSS, en 1957, Mikhail Tal ajourne sa partie contre Boleslavsky dans une position très difficile. Le jeune Tal, de vingt printemps, a un rancard avec une fille. Alors que ses collègues reconstituent leurs forces par un sommeil réparateur, Tal déambule dans les rues moscovites au bras de sa conquête. En face de la gare Bielorussky, tout à leur marivaudage, les amoureux traversent hors des clous et, sans ménagement, sont embarqués au poste. Le jeune lieutenant de service leur jette un regard noir, fâché d’interrompre sa tâche, puis revient à son travail : devant lui, un échiquier. Tal y jette un coup d’œil et ne réussit pas à réprimer un sourire. Le policier analyse sa partie ajournée contre Boleslavsky. De toute évidence, elle avait été dicté dans le bulletin sportif du soir à la radio. Tal n’y tenant plus, commente le coup effectué sur l’échiquier. Sans répondre, le lieutenant soupirant repousse le jeu loin de lui et, d’une voix ennuyée, demande :
Nom ?
Tal
Quoi ? Un autre ?
Vous allez rigoler, je sais ! rétorque Misha. Je ne suis pas un autre, mais Tal en personne !
Une minute plus tard, penchés sur l’échiquier, ils analysent avec passion jusqu’au petit matin. Mais, malgré l’aide de la police, la partie fut tout de même perdue lors de la reprise.

Jeffrey Batchelor

Jeffrey Batchelor échecs
Interruption, huile sur toile, 2005

Jeffrey G. Batchelor est un artiste américain, né en 1960 en Caroline du Nord. Après avoir peint pour la scène, il se consacre à la peinture. Les échecs et le temps sont deux des symboles métaphoriques les plus utilisés dans ces œuvres. « J’aime utiliser les échecs comme symbole du combat quotidien de notre vie. Interruption, écrit-il, est une allégorie de la vie ou d’un aspect de la vie perturbée : l’horloge, grande et centrale, cassée représente l’arrêt du temps, l’action s’est arrêtée et tout reste en suspend. En dessous, les débris d’un jeu d’échecs, à moitié enterré. Un événement dévastateur a stoppé le temps et la partie irrémédiablement, métaphore des événements importants et imprévus de nos vies qui changent notre direction et notre perception. Au loin, des pièces monumentales, statues que des vignes recouvrent peu à peu. Elles représentent le long passage du temps immobile, l’attente statique de l’action à venir. »

« Sur le plan conceptuel, écrit-il encore, mon travail va du réalisme au surréalisme, et des toiles rectangulaires aux panneaux en toile que je construis, grâce à ma formation approfondie dans la construction scénique théâtrale. »

« Lorsque le réalisme devient trop contraignant pour moi, j’aime atteindre le surréalisme, prendre une idée ou un concept et le développer avec une saveur magique. Cela me permet de susciter les processus de réflexion du spectateur et de définir visuellement un concept, une idée ou un sentiment. Quand un rectangle devient contraignant, je crée des panneaux façonnés que je peins en mode trompe-l’œil. Cela me donne des possibilités infinies d’illusions de forme et de profondeur. »

Jeffrey Batchelor échecs

L’échiquier de Paris

échiquier Paris
L’Echiquier de Paris, bimestriel en janvier 1946 (format portrait de 21 par 27 cm).

La revue de l’après-guerre L’Échiquier de Paris, ancêtre d’Europe-Échecs fut publiée d’avril 1946 à décembre 1958. La publicité, la réclame comme l’on disait alors, y sévissait déjà :