Les valves de miroir

valves miroir paris échecs courtois
Les anciens voyaient dans le miroir une représentation du monde plus juste encore que le monde lui-même. On pourrait presque en dire de même du miroir du monde que réfléchit l’échiquier. Les miroirs se présentaient au Moyen Âge comme de petites boîtes formées de deux couvercles en ivoire, les valves emboîtées l’une dans l’autre, assemblées par un tenon, un lien ou un pas de vis, le miroir était ainsi protégé. Objet de luxe, l’extérieur était toujours décorés, au moins sur l’une des faces, de sculptures finement ciselées offrant des scènes de bataille, religieuses ou courtoises.

L’ivoire est travaillé en Europe occidentale depuis le IVe siècle. C’est une matière rare et précieuse, difficile à se procurer. Au IXe siècle, les sculpteurs réutilisaient même des plaques antiques. Au XIIIe siècle, les circuits commerciaux se rétablissent et de 1250 à 1350, Paris devient le haut lieu du travail de l’ivoire, d’abord des œuvres religieuses, puis à partir du règne de Philippe le Bel, des objets profanes reprenant des thèmes courtois comme sur la valve du musée du Louvre. En voici quelques unes extraites de l’excellent site Gothic Ivories Project.

Si nos ivoiriers parisiens étaient plein de talents, ils ne renouvelaient guère leur inspiration : le plus souvent, un couple joue sous un pavillon aux rideaux levés, l’homme, jambe repliée, entoure le mat de sa main gauche ; la jeune femme, des pièces dans la main suggèrent qu’elle s’apprête à gagner ou tricher. Plus rarement, des serviteurs observent la partie par-dessus l’épaule des joueurs, tenant un oiseau à long bec (symbole phallique) et une couronne, métaphore de l’union prochaine des amants. Peut-être proviennent-ils du même atelier ou les artistes se plagiaient sans vergogne.