J’entre dans le jeu

Paul Ygartua peinture echecs
Paul Ygartua – The Strech

Paul Ygartua est un peintre instinctif à la joie de vivre communicative qu’il aime exprimer sur de grandes toiles colorées. Le jeu d’échecs est l’un de ses thèmes de prédilection : « Les échecs me permettent d’entrer dans un monde imaginaire dans lequel je peux inventer une situation de vie dans mon esprit, puis mettre mon imagination dans chaque personnage, le roi, la reine, le fou, les pions, la tour. Chacun décrivant, sous un angle différent, une personnalité différente. J’entre dans le jeu et j’en fais partie. »

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Gooooooool !

La Government Employees Insurance Company (GEICO) est une compagnie assurance automobile américaine dont le siège est situé à Chevy Chase dans le Maryland. Il s’agit du deuxième assureur automobile en importance aux États-Unis. Peut-être la solution pour rendre plus attractive la retransmission des matchs d’échecs, présenté ici par le célèbre Andrés Cantor, journaliste sportif argentin, travaillant aux États-Unis. Cantor est bien connu pour sa narration épique de matchs de football et ses cris de « Gol ! » quand un but est marqué.

Mariage à la colle

duchamp échecs professionnel
Marcel Duchamp, 1952 – Cliché de Eliot Elisofon pour LIFE

« Stratège de la vie et de l’intelligence » comme le définit Jean-Marie Drot, Marcel Duchamp a 36 ans en 1923. Fou d’échecs, il abandonne sa carrière d’artiste pour devenir joueur professionnel pendant une douzaine d’années. Il cesse d’être un artiste actif, mais trouve dans le jeu un moyen d’exprimer sa pensée artistique dans toute sa pureté. Duchamp décrit trois niveaux artistiques ou esthétiques :

  • l’esthétisme des pièces disposées sur l’échiquier, l’impression visuelle immédiate créée par la forme des pièces et leurs espacements définissant la variété des motifs visuels de l’infini des positions.
  • le mouvement abstrait des pièces dans l’esprit : « Le jeu d’échecs est quelque chose de visuel et de plastique, déclare-t-il dans une interview, et s’il n’est pas géométrique au sens statique du terme, il est mécanique, puisqu’il bouge, c’est un dessin, c’est une réalité mécanique. Les pièces ne sont pas agréables en elles-mêmes, ni la forme du jeu, mais ce qui est beau, c’est le mouvement. Il ne s’agit pas du mouvement mécanique de la forme, comme pourrait être, par exemple, une œuvre de Calder. Aux échecs, il y a de très belles choses dans le domaine du mouvement, mais pas dans le domaine visuel. C’est l’imagination du mouvement qui produit la beauté. »
  • l’expression émotionnelle qui peut en surgir.

Duchamp est entré dans le monde des échecs en tant qu’artiste et son intérêt pour le jeu était manifestement artistique, mais bien qu’il déclara lors d’une interview à la BBC « l’aspect compétitif des échecs n’a pas d’importance », la vérité est qu’il a fini par jouer aux échecs en haute compétition comme professionnel. En 1923, Duchamp rentre en Europe et s’installe à Bruxelles. Là, il s’est inscrit dans un club et passe les quatre mois suivants à jouer quotidiennement aux échecs. Cette année a lieu le tournoi de Bruxelles, au cours duquel Duchamp fait une brillante entrée dans la compétition internationale. Il a gagné sept points et demi sur dix contre des adversaires expérimentés et termine troisième. En 1927, « il y a la persuasion pour Duchamp qu’il ne peut être aux échecs que dans le même génie et la même bousculade qu’il fut en peinture, ou bien que sinon cela n’en vaut pas la peine. Duchamp travaille. Il joue chaque soir deux heures avec Man Ray. Il s’inscrit chaque année au tournoi de Nice, et à Chamonix qui n’est pas un tournoi international, il finira sixième. Lui, premier en art à Paris et à New-York, au terme d’un ahurissant travail est sixième en province, à Chamonix.¹ »

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Marcel Ducham et sa jeune épouse Lydie Sarazin-Levassor en 1927

 Sa nouvelle vie de professionnel des échecs n’est pas simple. De tout temps, les échecs ne nourrissent pas son homme. Son ami Picabia trouve la solution. Il le présente à Lydie Sarazin-Levassor, fille d’un industriel. Il épouse cette riche héritière de 24 ans ! Pendant la lune de miel dans le sud de la France, après le dîner, il se rend en bus à Nice pour jouer jusqu’au petit matin, se passionnant plus pour les pièces que pour sa jeune femme. Une nuit, à son retour, il ne se couche pas immédiatement et se met à analyser une partie qu’il venait de jouer. Tôt le matin, Marcel court à son échiquier pour jouer un coup auquel il avait pensé durant la nuit, mais les pièces ne bougent pas. Lydie s’était levée encore plus tôt et avait collé les pièces sur l’échiquier. Duchamp n’apprécia guère la plaisanterie et le mariage se termina par un divorce quelques mois plus tard.

¹ Un mariage de Marcel Duchamp, le célibataire mis à nu par sa mariée, même de François Bon – Intervention à Beaubourg, février 2005

Leonardo da Cutro et Ruy Lopez

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Luigi Mussini – Leonardo da Cutro et Ruy Lopez jouent aux échecs à la cour d’Espagne, 77 x133 cm, 1871

De gauche à droite : Ruy López (assis), le duc de Lorraine, Fray Diego de Chaues (alors confesseur du roi), Leonardo Da Cutro, Don Cristóbal de Mora, Philippe II (assis), l’Infante Isabelle Clara Eugenia, fille de Philippe II, sa femme de chambre, la duchesse de Lerma, la reine Anna Maria von Oesterreich, troisième épouse de Philippe II (assise), intendants du palais, et Jean d’Autriche (assis), vainqueur de la bataille de Lépante. Ruy Lopez est le seul à regarder l’échiquier.

Felipe II organisa à l’Escorial, ce qui sera le premier tournoi international d’échecs de l’histoire, bien que n’ayant pas encore de personnage « officiel ». L’atmosphère d’échange culturel de l’époque conduit à la rencontre des meilleurs joueurs d’Espagne et d’Italie. Les participants étaient les Espagnols Ruy López et Alfonso Cerón, ainsi que les Italiens Paolo Boi et Leonardo da Cutro, surnommé « Il Puttino » le petit, qui avaient déjà été vaincus par López lors de ses voyages à Rome en 1560 et 1573.

Il fut établi que le vainqueur du tournoi serait le premier à remporter trois parties. Contre toute attente, alors que Lopez en avait remporté deux et qu’il ne lui en fallait plus qu’un pour conserver le titre, « Il Puttino » remporta trois matchs de suite et fut proclamé champion du monde. Cinq ans plus tard, Ruy López mourrait.

Désirs

Cette publicité pour le café Carte Noir de Rose Keith, produite par Euro RSCG en 1995, joue sur la métaphore amoureuse et érotique du jeu d’échecs qui nous vient du lointain Moyen-Âge. Symbole de la lenteur cérémonielle et des contraintes de l’amour qui s’oppose à la spontanéité du coup de dé, incitant à la licence et à la jouissance immédiate, la partie d’échecs impose un certain ordre au désordre du désir sexuel et à l’imprévu des rapports affectif. Elle joue également sur l’opposition des couleurs et nous rappelle que la partie d’échecs étaient alors un espace de liberté ou un homme et une femme pouvait se rencontrer pour peut-être de plus doux combats à la barbe du mari.

Une reine perdue

reine échecs trondheim norvège
La Reine perdue de Trondheim

Récemment, la consultation de documents datant de 1890 et concernant des fouilles qui eurent lieu dans les ruines de l’église St Olav à Trondheim en Norvège, révéla le dessin d’une petite figurine humaine fragmentaire. Le découvreur, le Major Otto Krefting, fournit seulement de pauvres informations sur l’objet : « Dans les graviers ont été trouvés des fragments brûlés d’une petite Madone avec l’enfant Jésus (Christchild), magnifiquement sculptée en ivoire. » Malheureusement, le dessin et la description de Krefting sont tout ce qui a survécu, la pièce semble avoir été perdue. Probablement à cause de son absence, et de l’obscurité de la publication contenant le dessin, aucune autre idée ne semble avoir été donnée sur la fonction de l’objet, âge et iconographie. Cependant, lors d’une nouvelle évaluation, il peut être considéré comme une des découvertes les plus importantes de son genre. Le dessin dépeint, sans doute fragmentairement, la forme caractéristique et les détails d’une reine d’échecs du type si familier des pièces en ivoire de morse découvert en 1831 sur l’île de Lewis.

L’illustration comprend des vues avant, droites et arrières de la tête fragmentaire et torse supérieur d’une petite figurine humaine, avec, en outre, deux fragments apparemment séparés de forme et d’origine plus ambiguës. La référence de Krefting à un Christchild est clairement fantaisiste, et peut être ignoré.

La figurine est comparable aux reines de l’île de Lewis par les matières premières, taille, forme et détails sculpturaux. En ce qui concerne la matière première, Krefting déclare que la pièce est composée d’ivoire et  probablement entendait-il, ivoire de morse. Les huit reines de Lewis varient considérablement en taille. Cependant, la hauteur de la partie survivante de la figurine de Trondheim est de 4,5 cm, soit une hauteur totale de 9 cm (4,5 cm supplémentaires pourraient accueillir un corps inférieur et un trône convenablement proportionné), semblable avec les deux plus grandes reines de Lewis. Le trait le plus frappant et évocateur et l’indice le plus éloquent, sont l’attitude caractéristique de la souveraine, la main droite reposant contre la joue. De même, le voile, recouvrant les épaules, la place de manière concluante dans la compagnie des reines d’échecs de Lewis. La manière précise dont le voile de la reine de Trondheim est plié et disposé sur les épaules, est reproduit presque exactement sur les deux plus grandes reines de Lewis, tandis que la bande de décoration perlée le long de son ourlet est répétée sur l’une des plus petites reines. La bande décorative entourant la tête est clairement la base décorée d’une ancienne couronne. Bien que le visage soit endommagé, les yeux fixes et les sourcils forts sont compatibles avec le visage emphatique caractéristiques et l’expression intense des reines Lewis.

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Les fragments trouvés avec la figurine, en ivoire noirci à la chaleur, sont plus ambigus. Celui de droite peut éventuellement appartenir au devant de la reine, les deux paires de lignes parallèles faisant peut-être à l’origine partie de l’ourlet décoré de sa robe. Le fragment de gauche est encore plus énigmatique, et la présence ostensible de petits motifs point et cercle, les ocelles, une forme de décoration presque entièrement absente des pièces de Lewis, soulève quelques doutes quant à savoir si ce fragment provient réellement de la reine.

Il ne fait aucun doute que la reine provient du même atelier qui a produit les pièces de Lewis, atelier que l’on situe précisément à Trondheim, bien qu’une controverse argumentée, originerait les pièces en Islande. Cette reine est probablement l’une des premières formes de représentation des pièces d’échecs connue en Scandinavie et la présence de ce nouveau membre de la « famille Lewis » sur le sol norvégien renforcerait la pertinence de la présence de cet atelier au cœur même de Trondheim, une des plus anciennes villes scandinaves, riche d’ateliers médiévaux de sculpture sur bois et sur ivoire.

Bibliographie : A drawing of a Medieval Ivory chess piece from the 12th-century church of St Olav, Trondheim, Norway (pp 151-154) Christopher McLees and Oystein Ekroll.

Les échecs de Paul Ygartua

Paul Ygartua échecs
Paul Ygartua – Check Mate

« Pour moi, le jeu d’échecs est comme le jeu de la vie. Le but du jeu est de gagner, de survivre, comme dans la vie réelle. L’objectif est de gagner, mais le défi consiste à concevoir et à mettre en œuvre une stratégie pour atteindre cet objectif — comme dans la vie, vous devez constamment évaluer et modifier votre stratégie de jeu. »

Paul Ygartua

Paul Ygartua, né en 1945 à Liverpool d’un père espagnol basque et d’une mère anglaise. Il fait ses études d’art au Liverpool Art College avant de partir s’installer à 19 ans à Vancouver, où il commence à peindre. Il s’est largement inspiré du jeu d’échecs pour ses compositions riches en couleurs. En voici quelques exemples :

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Grande bataille

Charles Vernier echecs regence
Vernier, Charles (1813-1892) – Grande bataille des échecs livrée au Café de la Régence, Revue caricaturale 1843.

GRANDE BATAiLLE DES ÉCHECS LIVRÉE AU CAFÉ DE LA RÉGENCE
(Décembre 1843) Durée 1 mois
Albion !… Tu triomphes…. mais je me rends et ne meurs pas…… à revoir !
Les anglais entonnent cet hymne national peu connu : God save de king !

Cette lithographie est exposée au Musée Carnavalet. Caricaturiste et lithographe, Charles Vernier travailla pour Le Charivari et publia plusieurs recueils illustrés.

À l’automne 1843, le café de la Régence fut témoin du duel entre les deux meilleurs joueurs de l’époque, Pierre Saint-Amant et Howard Staunton. Staunton gagna avec 11 victoires, 6 défaites et quatre parties nulles. Voici le premier match commenté, sans doute avec plus ou moins de justesse mais avec ce style inimitable de cette époque, par les revues échiquéennes d’alors : Le Palamède, le Chess-Chronicle et le Chess-Player’s Companion.

Little story about East Orange

orange dylan echecs

Un texte de 1961 de Bob Dylan, apparemment jamais mis en musique. East Orange, une banlieue résidentielle de Newark, au sud de Paterson, est l’endroit où Woody Guthrie fut hospitalisé et décéda. Dylan lui rendit visite à l’hôpital. Ce texte exprime la désillusion précoce de Dylan. Il travaille, mais ça ne paie rien. Un monologue de Bob Dylan au Gas Light Cafe*,  le 6 septembre 1961

La première fois que j’ai travaillé à East Orange, dans le New Jersey,
Les gars, n’allez jamais à East Orange, dans le New Jersey,
C’est une ville horrible.
Je devais y jouer dans une cafétéria.
C’était tellement, tellement mauvais, les gens jouaient aux échecs.
C’était la seule chose à laquelle ils pensaient.
Échecs, échecs et échecs.
Les gens venaient vers moi :
« Si tu chantes, alors chante une chanson vraiment tranquille ».
Et au milieu de la chanson, on entendait : « Échec ».
Ou : « Hey, ce coup était très bon. »
Et toutes sortes de choses comme ça.

Oui, mes amis, c’était tellement horrible que j’ai fait un petit rêve,
La première nuit où j’ai travaillé, à jouer aux échecs.
Je rêvais que je travaillais à East Orange, dans le New Jersey,
Et quand j’ai fini, deux jours plus tard,
J’ai demandé au gars de me donner mon fric :
« J’ai travaillé deux jours pour toi. »
Il a dit : « Bon, okay, mais nous ne donnons pas de blé par ici. »
J’ai dit : « Ah Ouais ? » Il a dit : « Bien. »
Il m’a dit : « Nous payons avec des pièces d’échecs. »
J’ai en quelque sorte pas vraiment compris
J’ai dit : « Eh bien, donne-moi mes pièces d’échecs. J’ai travaillé deux jours ».
J’étais un peu… Je pensais… Je pensais qu’au début, il mentait,
Mais je les ai quand même prise.

Il m’a donné un roi et une dame pour deux jours de travail.
J’ai dit: « C’est bon, c’est bon. » Alors, j’ai pris mon roi et ma dame.
Je suis allé dans un bar, le bar le plus proche que j’ai pu trouver.
Je suis entré dans le bar et commandé une bière.
Je suis dans le bar. « Barman, que je dis, je peux avoir une mousse ? »
Que je sois damné s’il ne me donne pas une pinte.

Il m’a demandé de l’argent.
Je lui ai donné mon roi et ma dame.
Bon sang, il prend le roi et la dame,
Les colle dans sa caisse
Et me rend la monnaie : quatre pions, deux fous et une tour.
C’est toute l’histoire sur East Orange, New Jersey.

« First time I ever worked in East Orange New Jersey – folks, never go to East Orange New Jersey. It’s a horrible town. I went there to play in a coffeehouse in East Orange New Jersey.

It was a chess playing coffeehouse out there. It was so bad, uh, so bad, people playing chess out there. Uh, that’s all I thought about was chess and chess and chess. People come up to me, you play a song, and play a real quiet song and in the middle of the song you hear « check » and « hey they was a good move! » and all kinds of stuff like that.

And folks, it was so bad I had a little dream out there the first night I worked about this chess playing stuff. I dreamt I went to work out in East Orange New Jersey and uh by the time I quit in two days and I went there to ask the guy for my money.

I says « Can I have some money I worked two days for you » – he says « uh well okay we don’t pay money around here though » – and I says « uh, yeah? » – he says « uh well, » he says « uh yeah we pay chess men. » – I said « uh well give me my chess men then I worked two days » – I sort of – didn’t really figure – I thought he was lying at first but I took it anyway.

He gave me a king and a queen for working two days. I said fine I said okay. So I took my king and queen went down to a bar. Nearest bar I could find I walked in the bar and I ordered a pint. I got in the bar. Bartender I says « Can I have a pint? » I’ll be damned if he didn’t give me a pint.

He uh, asked me for the money. I gave him my king and queen. I’ll be damned. He took took that king and queen, threw them under the counter and brought me out four pawns, two bishops and a rook for change. That’s a story about East Orange New Jersey. »

* Le Gaslight Cafe, situé dans le quartier de Greenwich Village à Manhattan., également connu sous le nom de The Village Gaslight, ouvre ses portes en 1958 et devient un lieu de prédilection pour la musique folk.