Une reine perdue

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La Reine perdue de Trondheim

Récemment, la consultation de documents datant de 1890 et concernant des fouilles qui eurent lieu dans les ruines de l’église St Olav à Trondheim en Norvège, révéla le dessin d’une petite figurine humaine fragmentaire. Le découvreur, le Major Otto Krefting, fournit seulement de pauvres informations sur l’objet : « Dans les graviers ont été trouvés des fragments brûlés d’une petite Madone avec l’enfant Jésus (Christchild), magnifiquement sculptée en ivoire. » Malheureusement, le dessin et la description de Krefting sont tout ce qui a survécu, la pièce semble avoir été perdue. Probablement à cause de son absence, et de l’obscurité de la publication contenant le dessin, aucune autre idée ne semble avoir été donnée sur la fonction de l’objet, âge et iconographie. Cependant, lors d’une nouvelle évaluation, il peut être considéré comme une des découvertes les plus importantes de son genre. Le dessin dépeint, sans doute fragmentairement, la forme caractéristique et les détails d’une reine d’échecs du type si familier des pièces en ivoire de morse découvert en 1831 sur l’île de Lewis.

L’illustration comprend des vues avant, droites et arrières de la tête fragmentaire et torse supérieur d’une petite figurine humaine, avec, en outre, deux fragments apparemment séparés de forme et d’origine plus ambiguës. La référence de Krefting à un Christchild est clairement fantaisiste, et peut être ignoré.

La figurine est comparable aux reines de l’île de Lewis par les matières premières, taille, forme et détails sculpturaux. En ce qui concerne la matière première, Krefting déclare que la pièce est composée d’ivoire et  probablement entendait-il, ivoire de morse. Les huit reines de Lewis varient considérablement en taille. Cependant, la hauteur de la partie survivante de la figurine de Trondheim est de 4,5 cm, soit une hauteur totale de 9 cm (4,5 cm supplémentaires pourraient accueillir un corps inférieur et un trône convenablement proportionné), semblable avec les deux plus grandes reines de Lewis. Le trait le plus frappant et évocateur et l’indice le plus éloquent, sont l’attitude caractéristique de la souveraine, la main droite reposant contre la joue. De même, le voile, recouvrant les épaules, la place de manière concluante dans la compagnie des reines d’échecs de Lewis. La manière précise dont le voile de la reine de Trondheim est plié et disposé sur les épaules, est reproduit presque exactement sur les deux plus grandes reines de Lewis, tandis que la bande de décoration perlée le long de son ourlet est répétée sur l’une des plus petites reines. La bande décorative entourant la tête est clairement la base décorée d’une ancienne couronne. Bien que le visage soit endommagé, les yeux fixes et les sourcils forts sont compatibles avec le visage emphatique caractéristiques et l’expression intense des reines Lewis.

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Les fragments trouvés avec la figurine, en ivoire noirci à la chaleur, sont plus ambigus. Celui de droite peut éventuellement appartenir au devant de la reine, les deux paires de lignes parallèles faisant peut-être à l’origine partie de l’ourlet décoré de sa robe. Le fragment de gauche est encore plus énigmatique, et la présence ostensible de petits motifs point et cercle, les ocelles, une forme de décoration presque entièrement absente des pièces de Lewis, soulève quelques doutes quant à savoir si ce fragment provient réellement de la reine.

Il ne fait aucun doute que la reine provient du même atelier qui a produit les pièces de Lewis, atelier que l’on situe précisément à Trondheim, bien qu’une controverse argumentée, originerait les pièces en Islande. Cette reine est probablement l’une des premières formes de représentation des pièces d’échecs connue en Scandinavie et la présence de ce nouveau membre de la « famille Lewis » sur le sol norvégien renforcerait la pertinence de la présence de cet atelier au cœur même de Trondheim, une des plus anciennes villes scandinaves, riche d’ateliers médiévaux de sculpture sur bois et sur ivoire.

Bibliographie : A drawing of a Medieval Ivory chess piece from the 12th-century church of St Olav, Trondheim, Norway (pp 151-154) Christopher McLees and Oystein Ekroll.

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