Singeries

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Bréviaire à l’usage de Tournai vers 1407 – Bibliothèque municipale de Cambrai

« Nul autre support n’offre tant d’exemples de singes que le manuscrit à peinture. Ce n’est pas par centaines, mais par milliers que l’on peut les y compter. L’artiste peut représenter un singe comme animal, comme motif grotesque ou comme personnage qui parodie les activités humaines. C’est donc toujours le don d’imitation du singe qui retient l’attention des hommes du Moyen Âge.¹ » Cette représentation de ces deux singes devant un échiquier vide n’est peut-être guère valorisant pour ce jeu. « Offense à la perfection de la Création, jusqu’à son inachèvement par absence de queue, cette insupportable imitation de l’homme représentait le diable et le péché.² »

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Cette enluminure traduit sans doute l’ambivalence de l’église, entre anathème et fascination, envers les échecs : condamné comme jeu de hasard — il se jouait encore avec des dés — elle en illustre ses bréviaires. L’on peut imaginer, un brave prélat, après une lecture méditative des Saintes Écritures, entreprendre une partie enfiévrée avec l’un de ses moinillons, comme l’atteste les nombreux artefacts archéologiques découverts dans les couvents.

échecs chinon

C’est dans un petit bout de terrain, ancien cimetière, proche de la collégiale Saint-Mexme de Chinon, que furent découvertes ces trois pièces : deux pions et un cavalier du XIIe siècle. Leur découverte dans un tel lieu est curieuse, même difficile à expliquer. Qui sait si les chanoines et leurs élèves, malgré l’interdit de l’Église, venaient en ce lieu jouer en cachette parmi les tombes ?

¹ Le singe au Moyen Âge, Françoise Baron – Bulletin de la Société nationale des Antiquaires de France.
² Le singe médiéval – Histoire d’un animal ambigu : savoirs, symboles et représentations, Amandine Gaudron.

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