La vie des amants

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Coffret, France début du XIVe siècle – Toronto, The Thomson Collection at the Art Gallery of Ontario Gothic Ivories Project

La France, et Paris en particulier, semblait un haut lieu de la fabrication de ces coffrets en ivoire raffinés au Moyen-Âge. Comme la plupart, il illustre l’amour courtois, ici divers activités des amants. Le galant courtise sa belle et noble dame. Dans l’amour courtois chanté par les troubadours, la femme courtisée est toujours socialement supérieure à l’amant. Elle est noble, s’il est roturier, duchesse, s’il est comte et reine, s’il est chevalier.

Les échecs aristocratiques et de plus métaphore de la joute amoureuse permettant le rapprochement des amants, étaient l’occupation courtoise par excellence. Point question de blitz, alors. La lenteur du jeu permettait de l’entrecouper d’autres divertissements : chasse, banquet, etc.

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Un chevalier d’Henry VIII

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Reconstruction d’un Cavalier vers 1510–30 – Metropolitan Museum

Ce cavalier en ivoire, semblable à une pièce d’échec similaire dans la collection du Metropolitan Museum (n° 68.95), donne une bonne impression d’une armure complète pour homme et cheval portée dans toute l’Europe au début du XVIe siècle.

Malgré la représentation quelque peu stylisée de l’armure, plusieurs éléments de la figure sont remarquables. Dans le cadre d’une armure complète, l’homme d’armes porte un casque, des défenses d’épaules (épaulières) avec de grandes brides droites pour une protection supplémentaire du cou (haute-pièces) et une jupe textile. De la lance, qui reposait jadis sur le côté de la selle, seule subsiste la partie sous la main droite du cavalier.

Le harnachement du destrier comprend un chamfron (pièce de fer qui couvrait autrefois le devant de la tête d’un cheval armé) léger et ouvert, sans protection des oreilles ou des yeux ; une crinière de plusieurs plaques de métal associées et flexibles, probablement muni d’une défense supplémentaire pour la gorge ; un pectoral et une croupière. Les deux derniers éléments montrent peu de détails, à l’exception d’un bossage proéminent de chaque côté du pectoral et d’une bande qui court le long des bords principaux, mais leur apparence générale indique que les deux sont faits de cuir plutôt que de métal.

Alors que l’armure du corps du cheval est d’un type porté dans toute l’Europe au début du XVIe siècle, jusqu’en 1540 au moins, sa combinaison avec plusieurs éléments de l’armure de l’homme, permet une datation un peu plus précise. La combinaison de l’armure avec un plastron globuleux, de grandes épaulières avec de hauts gardes droits (haute pièces), et une jupe indique plutôt le début du XVIe siècle. Ce mélange particulier de traits stylistiques italiens et allemands est caractéristique de la mode à la cour anglaise du temps de Henry VIII. Ces jupes, souvent fabriquées à partir de textiles tissés ou brodés, étaient portées avec des armures en Italie depuis au moins le milieu du XVe siècle, mais sont devenues populaires dans le reste de l’Europe peu après 1500. Si l’on considère les hautes pièces extrêmement hautes des épaulières rarement découvertes avant 1510, et le fait que les harnachements de ce type devinrent moins populaires peu après la troisième décennie du siècle, la date la plus probable pour cette pièce d’échecs se situe entre 1510 et 1530 environ.

Échiquier en travertin

Échiquier travertin marbre

Échiquier en travertin serti de cases en marbre noir.  Le travertin est une roche sédimentaire calcaire de couleur blanche quand elle est pure, construite par des organismes vivants (biogénique). Le travertin est la pierre dont on s’est servi pour les plus beaux édifices de la Rome antique.

Échiquier travertin marbre

Les pièces sont en améthyste et cristal de roche montées en vermeil constitué d’argent recouvert d’or. France vers 1980. Ce jeu est estimé à 16 250 € par Sotheby’s.

Échecs jazzy

« On me dit que je joue du piano, comme on joue aux échecs… La marelle, c’est un jeu ! La musique et les échecs sont une science, un art, un combat… C’est très profond. »

René Urtreger


Il participe régulièrement au tournoi du Monde des artistes des Rencontres internationales et nationales d’échecs au Cap D’Agde. « Dans un entretien intimiste, en marge de la 14e édition de CapEchecs en octobre dernier, le jazzman aux mille vies parle de ses deux arts de prédilection avec amour, célébrant leur caractère à la fois noble et populaire.* »

* Le Journal des Activité sociales de l’énergie

Les Vœux du paon

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Les Vœux du paon par Jacques de Longuyon – Parchemin 22,3 x 14 cm · France · vers 1310
Fondation Martin Bodmer, Cologny Suisse

Vers 1310, l’évêque de Liège, Thibaut de Bar, chargea Jacques de Longuyon d’écrire le Vœux du paon, qui prolonge la tradition du roman d’Alexandre. Treize miniatures et plusieurs initiales en filigrane ornent les strophes alexandrines du monorhyme* du poème.

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* Poème dont tous les vers comportent une rime identique.

Don Quichotte

Don Quichotte echecs citation
Andreas Paul Weber (1893-1980) – Don Quichotte et Sancho Panza

– Eh bien, reprit don Quichotte, la même chose arrive dans la comédie de ce monde, où les uns font les empereurs, d’autres les pontifes, et finalement autant de personnages qu’on en peut introduire dans une comédie. Mais quand ils arrivent à la fin de la pièce, c’est-à-dire quand la vie finit, la mort leur ôte à tous les oripeaux qui faisaient leur différence, et tous redeviennent égaux dans la sépulture.
— Fameuse comparaison ! s’écria Sancho, quoique pas si nouvelle que je ne l’aie entendu faire bien des fois, comme cette autre du jeu des échecs ; tant que le jeu dure, chaque pièce a sa destination particulière ; mais quand il finit, on les mêle, on les secoue, on les bouleverse et on les jette enfin dans une bourse, ce qui est comme si on les jetait de la vie dans la sépulture.

Miguel de Cervantes Saavedra, Don Quichotte, tome II

Sancho se réfère aux vers d’Omar Kheyam, poète persan du Moyen-Age : « Nous sommes les pions de la mystérieuse partie d’Échecs jouée par Dieu. Il nous déplace, nous arrête, nous pousse encore, puis nous lance un à un dans la boîte du Néant. »

L’un des contemporains et compatriotes de Cervantes, le poète et dramaturge Lope de Vega (1562-1635), avec qui ils partagèrent les miels du siècle d’or espagnol, écrit :

Piezas somos de ajedrez
y el loco mundo es la tabla
pero en la talega juntos
peones y reyes andan.

« Nous sommes des pièce d’échecs et le monde fou est l’échiquier, mais dans le sac entremêlés, les pions et les rois s’en iront. »

Don Quichotte echecs citation

Un chevalier en armure

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Cavalier en ivoire d’éléphant, Europe de l’est (6 x 6,4 cm), vers 1350 – Metropolitan Museum

Ce remarquable Cavalier en ivoire, le survivant solitaire d’un ensemble disparu, fournit une description rare d’une armure complète de la fin du XIVe siècle à la fois pour l’homme et le cheval. En outre, il est l’une des plus anciennes représentations avant le XVIe siècle.

L’armure de l’homme et du cheval peuvent être datées de la seconde moitié du XIVe siècle. Celle de l’homme d’armes se compose d’un bassinet à visière avec une protection du cou (camaille en côte de maille), d’une chemise à manches longues, de gantelets en forme de sablier, de genouillères et de jambières. Le personnage se protège de son bouclier de cavalier, une targe. L’épée de guerre ou « grande épée » est suspendue à son flanc gauche, tandis que sa main droite tenait autrefois une lance reposant devant l’arc de selle ; seule la partie inférieure de la lance a survécu.

cavalier ivoire échecs pièce médiévalL’élément le plus notable du harnachement est le grand chamfron (ou chanfrein), la large pièce de fer qui entoure toute la tête de l’animal. Le chamfron s’étend avec habileté de l’arrière jusqu’à la pointe du museau, où il est percé pour la ventilation. La zone des oreilles est trop usée pour révéler toute défense, mais les yeux sont couverts par des protections en forme de coupes. Une ligne étagée de chaque côté de la tête suggère que la grande plaque principale est reliée par des charnières à d’autres plaques protégeant le dessous de la mâchoire inférieure du cheval. Le chanfrein est prolongé à l’arrière par deux nervures qui semblent entourer complètement le cou. Une côte de maille protège le bas du cou, la poitrine et l’arrière-train et s’étend à l’origine jusqu’au genou et au jarret de l’animal, aujourd’hui manquants.

En plus, le cheval porte quatre panneaux. Le premier, en forme de pectoral est suspendu à la base du cou, protégeant la poitrine ; un panneau carré de chaque côté des quartiers arrières et un panneau en forme de bouclier à l’arrière, cachant complètement la queue, sont suspendus à un système de sangles au travers la croupe. Ces panneaux, servant à la fois de protections supplémentaires et de parures, étaient en cuir durci recouvert de textiles peints ou brodés avec les armoiries du chevalier.

L’absence d’armure de plaque pour le torse et les bras de l’homme, ou d’un revêtement textile pour son corps, est inhabituel pour la fin du XIVe siècle, mais les représentations de ce type particulier de chamfron peuvent être trouvées dans la dernière moitié du XIVe jusqu’au moins la deuxième décade du XVe. Les protège-yeux du destrier en forme de cuillère, le manque d’armure de plaque pour le cavalier et le fait que les côtes de mailles recouvrant les chevaux sont rapidement tombés en désuétude après le début du XVe siècle, plaident pour une datation de cette pièce au quatorzième siècle.

Au début du haut Moyen Âge, les épées sont portées au côté gauche au moyen d’un double pontet vertical (sorte de boucle rigide).