L’anonymat de la perfection

Julien Gracq échecs

Julien Gracq, décédé en 2007, n’était pas seulement un grand écrivain, mais aussi un passionné d’échecs. Un jeu découvert très tôt, dès ses 13 ans au lycée de Nantes, où il fabriqua lui-même son échiquier et ses pièces. Plus encore que joueur, il était, de son propre aveu, « un lecteur de parties ». « Cela se rattache sans doute au plaisir que je prends aux ouvrages de stratégie : j’ai du goût pour la stratégie en chambre […] Je n’ai jamais été initié au jeu d’échecs. J’ai tâtonné dans leur direction, obstinément je leur ai appartenu dès le début sans que j’y eusse la moindre aptitude, comme la boussole au pôle magnétique. »

Julien Gracq échecs
Une partie de Louis Poirier, dit Julien Gracq, contre sa sœur aînée Suzanne
dans les années vingt.

« En réalité, le jeu d’échecs penche plutôt, quand il s’agit des très grands joueurs, du côté de l’art que du côté de la science. Il y a un fait très curieux : le style personnel apparaît à un très haut niveau, c’est-à-dire seulement chez les très grands joueurs, là où il devrait disparaître puisque le grand joueur doit approcher de la perfection, c’est-à-dire de l’anonymat en somme. »

Julien Gracqau cours d’un entretien radiophonique du 28 mars 1977.