Le Jeu des eschés moralisé

Un autre manuscrit, parmi les quatre-vingt connus, du Jeu des échecs moralisés de Jacques de Cessoles, traduit ici par Jean de Vignay.  Deux siècles de traduction et éditions dans presque toutes les langues européennes. Il existe trois versions françaises, à peu près contemporaines. Entre 1335 et 1350, Jacques de Vignay se charge de la première traduction. Le texte de Cessoles s’intitule désormais le Jeu des eschés moralisé. De cette traduction, 48 manuscrits et éditions du XVIe furent conservés.

Ce manuscrit, de 88 feuillets ( 257 × 192 mm), a appartenu à Jean de Berry, frère de Charles V. Au folio 88 vo, cette note autographe : « Ce livre est au duc de Berry. — Signé : Jehan. » Écriture de la fin du XIVe siècle, à longues lignes. Initiales ornées en or et couleur et titres rouges

Entre incarnation et abstraction, les échecs fascinent, en témoignent leurs représentations dans la littérature et les arts. La puissance métaphorique des échecs fut perçue dès leur implantation en Occident. Le Moyen Âge exploite en effet les possibilités du jeu en proposant plusieurs types d’interprétations symboliques : les pièces de l’échiquier peuvent reproduire la société civile, être à l’image de la stratégie militaire, représenter les combinaisons infinies du ciel et des planètes, ou servir d’allégorie aux batailles amoureuses. L’image du jeu sert une représentation harmonieuse de la société, le jeu devenant un instrument d’une propagande royale. Panorama sociale original, mais naïf et quelque peu artificiel.