Le jeu d’échecs politique

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Le jeu d’échecs politique – Estampe 1701-1788, J. Martin Will éditeur, Bnf.

Parfois, l’art imite la vie ; certains jeux aussi et les échecs en particulier. Les parallèles avec la politique sont nombreux et persistant au cours des siècles. Du Moyen Âge à nos jours, les échecs apportent leur témoignage sur le rapport que les hommes entretiennent avec le monde, sur l’histoire des idées et des mentalités. Il existe, pour Jacques Bernard, un « lien entre les transformations du jeu d’échecs et les évolutions sociales au sens large, entre l’apparition de nouvelles théories échiquéennes et l’évolution de la structure de pensée des contemporains de ces transformations […] la stratégie du jeu, dans son aspect le plus technique, est d’ordre essentiellement social ou plutôt, pour respecter le lien de causalité, que les évolutions et les nouveautés dans des ordres aussi divers que la politique, la philosophie, la littérature, la peinture, la musique, ont des répercussions sur les nouvelles stratégies imaginées, en leur temps, par les grands champions d’échecs.¹ »

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¹ Jacques Bernard, Socio-anthropologie des joueurs d’Échecs (Paris, L’Harmattan, 2005).

Le guerrier de Siglufjörður

Siglufjörður lewis échecs islande
Pion ou Tour, H: 45 mm, Ø: 20 mm

En 2011, une expédition archéologique à Siglufjörður, localité islandaise située au nord de l’île, mit au jour une pièce d’échecs, portant casque et armes, sculptée au XIIe ou XIIIe siècle dans une arête de hareng. Elle fut découverte dans les restes d’un camp de pêcheurs, maintenant en danger à cause des fortes vagues déferlant sur la côte. La figurine, à la sculpture plus sommaire, ressemble aux pièces découvertes en 1831 sur l’île de Lewis dans les Hébrides en Écosse. Bien qu’évoquant un fantassin, elle représente sans doute une tour. Le bouclier semble avoir des caractéristiques héraldiques, impliquant qu’elle est postérieure à 1250.

Jusqu’à récemment, la meilleure hypothèse parmi les érudits et les historiens était que les pièces de Lewis provenaient probablement de Trondheim, en Norvège. Mais en 2010, Gudmundur G. Thórarinsson a présenté une nouvelle théorie convaincante sur l’énigme de leur origine. Thórarinsson est mieux connu comme président de la Fédération islandaise des échecs lors du match du siècle Fischer-Spassky pour le Championnat du monde d’échecs, à Reykjavík en 1972. Son hypothèse séduisante — fondée sur des preuves circonstancielles — est que ces pièces auraient pu être fabriquées en Islande, sous l’impulsion de l’évêque Páll Jónsson, dans l’ancien atelier de Skálholt par Margret l’Adroit, Thorsteinn le Schrinesmith et d’autres artisans. Les ruines de l’ancien atelier et de son tas de ferraille sont encore là, intactes, en attente de fouilles.