L’attaque d’un fort

Anonyme anglais du XIIe siècle – N° inv. : A.1579, © Douai, Musée de la Chartreuse. Photographe : Daniel Lefebvre

La forme conique qui couronne la pièce d’échecs est constituée d’un morceau d’ivoire différent. « Quand l’Islam transmet le jeu d’échecs aux Occidentaux vers la fin du Xe siècle, écrit Michel Pastoureau, ces derniers ne savent pas jouer. Non seulement, ils ne savent pas jouer, mais lorsqu’ils essayent d’apprendre, ils sont déroutés par les principes du jeu, par la nature et la marche des pièces, par l’opposition des couleur et par la structure de l’échiquier* ». Ils n’y retrouvent qu’une parenté avec l’art militaire et ils devront l’adapter à la pensée et à la culture médiévales. Le roc, le chariot indien, est devenu la tour en occident. Située aux confins de l’échiquier, c’est tout naturellement que le roc est devenue la sentinelle (the Warder des pays nordiques) surveillant les marches du royaume. L’homme féodal, dont l’univers était borné des murailles de son château, ne pouvait que transformer ce chariot oriental en l’une de ces quatre tours d’angle qui surveillaient l’horizon, peut-être aidé par la ressemblance avec l’italien rocca, forteresse.

* Michel Pastoureau, L’Échiquier de Charlemagne – un jeu pour ne pas jouer, 1990 Éditions Adam Biro.