Le jeu des eschies

Cessole échecs manuscrit enluminure
Jacques de Cessoles , Jean de Vignay , Jeu des échecs moralisé . Albertan de Brescia , Renaut de Louhans, Mélibée et Prudence. Christine de Pisan, Epitre à la reine. Geoffroi de la Tour Landry, Livre pour l’enseignement de ses filles. Gervais du Bus, Roman de Fauvel.

Selon Christine Reno et Inès Villela-Petit, ce manuscrit serait une commande du duc de Berry.  Le jeu des échecs moralisés fut écrit en latin au XIIIe siècle par Jacobus de Cessolis, un frère dominicain italien. Cessolis profita de l’occasion pour utiliser ce jeu relativement nouveau, les échecs, pour décrire une société idéale à travers la métaphore de l’échiquier. Écrit à une époque d’instabilité politique, son travail fut lu, des siècles plus tard, comme un guide de comportement approprié, à la fois en raison de la nature facilement comprise de la métaphore et les références à la littérature biblique et classique qui soutiennent l’argumentation.

Chaque pièce et ses attributs sont décrits en détail. Par exemple, si le Chevalier peut se déplacer devant un Pion, c’est parce que le rôle et la responsabilité du Chevalier est de protéger le roturier, qui à son tour, sert le Chevalier. La morale est prescrite : le roi qui laisse sa femme pour autrui agit contre la nature ; la reine doit être chaste, docile et soucieuse de l’éducation de ses fils ; le paysan doit respecter les lois et servir le seigneur. Chacun des huit pions représente un groupe de personnes, tels que les aubergistes ou les médecins et les apothicaires. Pour Cessolis, une société entremêlée d’obligations mutuelles est proprement conçue, « les talents sont distribués de telle sorte que personne ne se suffise à lui-même, mais n’a de valeur que dans ses relations avec les autres ».

Cessole échecs manuscrit enluminure
Ce parchemin (320 x 260 mm), 1405-1410, contient entre autre : « Livre des nobles hommes et des gens de peuple
selon le jeu des eschies, translaté de latin en françoiz par Frere Jehan de Vignay »

En mettant l’accent sur le comportement sociétal plutôt que sur les règles du jeu, il serait presque impossible d’apprendre à jouer aux échecs à partir de ce texte, mais il est clair que les règles des échecs médiévaux sont très différentes de celles d’aujourd’hui, le roi, par exemple, a été limité dans son mouvement aux trois premières rangées de l’échiquier, car il est de son devoir de rester près de chez lui et de défendre le pays.