De la vie des marionnettes

« De la vie des marionnettes », Aus dem Leben der Marionetten, est un téléfilm tourné en Allemagne par Ingmar Bergman en 1980. Enfermé dans une maison close, un client tue la prostituée avec laquelle il devait passer la nuit. Le film reconstitue par fragments les jours qui précèdent afin d’essayer de comprendre la raison de cet acte. « Le film commence en couleur, écrit Jacques Aumont, principalement en rouge, par la fin de la scène avec la prostituée. Mais lorsqu’elle meurt étranglée par Peter, la couleur laisse la place au noir et blanc. Avec la couleur, c’est le rouge qui disparaît, le rouge de la vie et de l’émotion. Ensuite, Ka est morte, mais Peter aussi : il est devenu juste bon à jouer aux échecs, le jeu abstrait et inhumain du noir et du blanc qui, chez Bergman, est aussi le jeu suprême, avec ou contre la mort. » Il illustra ce thème dans son célèbre film, Le Septième sceau.

Fenêtre sur cour

James Stewart échecs
James Stewart était-il joueur d’échecs ? Cela sent la pose pour les photographes.

Immobilisé à cause d’une fracture de la jambe, Jeff, photographe, tue le temps en observant la cour de son immeuble. Il est vite persuadé que le voisin d’en face, qui se disputait fréquemment avec sa femme, l’a tuée… Un ami détective ne le croit pas, mais sa fiancée, Lisa, accepte d’enquêter. C’est l’un des plus grands films de Hitchcock, qui est à la fois une réflexion sur l’amour et sur le cinéma.

« Pendant le tournage de ce nouveau thriller d’Hitchcock, Fenêtre sur cour (Rear Window) qui, comme tous ses films, est plein de suspens et d’intrigues, James Stewart et Wendell Corey se détendent en jouant aux échecs sous le regard avisé de la charmante Grace Kelly. C’est le seul sport que Jimmy peut pratiquer — sa jambe est plâtrée durant tout le film », peut-on lire sur cette coupure de presse. Jimmy Stewart était-il passionné d’échecs ? Je n’ai retrouvé aucune mention d’un quelconque intérêt pour le jeu des rois. Sans doute, les acteurs prennent une pose âpreté pour les photographes avec un élément du décor.

Partition échiquéenne

Mankell Wallander capablanca« En ce moment, je suis plongé dans une étude sur les fins de partie virtuoses de Capablanca. Parfois je me dis que ce devrait être possible de transcrire les coups, aux échecs, sous forme de notes. Dans ce cas, les parties de Capablanca seraient des fugues. Ou des messes. »

Henning Mankell, Wallander VI – Avant le gel

Le jeu des eschies

Cessole échecs manuscrit enluminure
Jacques de Cessoles , Jean de Vignay , Jeu des échecs moralisé . Albertan de Brescia , Renaut de Louhans, Mélibée et Prudence. Christine de Pisan, Epitre à la reine. Geoffroi de la Tour Landry, Livre pour l’enseignement de ses filles. Gervais du Bus, Roman de Fauvel.

Selon Christine Reno et Inès Villela-Petit, ce manuscrit serait une commande du duc de Berry.  Le jeu des échecs moralisés fut écrit en latin au XIIIe siècle par Jacobus de Cessolis, un frère dominicain italien. Cessolis profita de l’occasion pour utiliser ce jeu relativement nouveau, les échecs, pour décrire une société idéale à travers la métaphore de l’échiquier. Écrit à une époque d’instabilité politique, son travail fut lu, des siècles plus tard, comme un guide de comportement approprié, à la fois en raison de la nature facilement comprise de la métaphore et les références à la littérature biblique et classique qui soutiennent l’argumentation.

Chaque pièce et ses attributs sont décrits en détail. Par exemple, si le Chevalier peut se déplacer devant un Pion, c’est parce que le rôle et la responsabilité du Chevalier est de protéger le roturier, qui à son tour, sert le Chevalier. La morale est prescrite : le roi qui laisse sa femme pour autrui agit contre la nature ; la reine doit être chaste, docile et soucieuse de l’éducation de ses fils ; le paysan doit respecter les lois et servir le seigneur. Chacun des huit pions représente un groupe de personnes, tels que les aubergistes ou les médecins et les apothicaires. Pour Cessolis, une société entremêlée d’obligations mutuelles est proprement conçue, « les talents sont distribués de telle sorte que personne ne se suffise à lui-même, mais n’a de valeur que dans ses relations avec les autres ».

Cessole échecs manuscrit enluminure
Ce parchemin (320 x 260 mm), 1405-1410, contient entre autre : « Livre des nobles hommes et des gens de peuple
selon le jeu des eschies, translaté de latin en françoiz par Frere Jehan de Vignay »

En mettant l’accent sur le comportement sociétal plutôt que sur les règles du jeu, il serait presque impossible d’apprendre à jouer aux échecs à partir de ce texte, mais il est clair que les règles des échecs médiévaux sont très différentes de celles d’aujourd’hui, le roi, par exemple, a été limité dans son mouvement aux trois premières rangées de l’échiquier, car il est de son devoir de rester près de chez lui et de défendre le pays.

Une tour de Nishapur

Pièce d’échecs en ivoire sculptée sous la forme d’un char tiré par une paire de chevaux
menés par deux cavaliers (H : 5 cm L : 3,5cm), VII-VIIIe siècle, Iran – Metroplitan Museum

Cette pièce est très semblable à celles mise au jour à Afrasiyab près de Samarcande et, dans un premier temps, on lui attribua la même origine. Elle aurait été découverte, en fait, dans le district de Nishapur du Khurasan iranien.

Les tontons-flingueurs

Aujourd’hui considéré comme culte, Les Tontons flingueurs, le film réalisé par Georges Lautner, sur un scénario d’Albert Simonin et des dialogues de Michel Audiard, n’a pourtant pas fait grand bruit lors de sa sortie, en 1963. Dans une scène, Francis Blanche prend son petit-déjeuner devant un échiquier, étudiant le livre Pour Apprendre À Jouer Aux Échecs de Maurice Beaucaire, livre d’initiation de toute une génération.