Playboy

Playboy échecsPlayboy, revue de presse masculine américaine qui bouscula les normes puritaines, fut fondé à Chicago en 1953 par Hugh Hefner. Connu pour ses playmates et ses photographies érotiques, mais aussi pour certains de ses articles de qualité. « Cette playmate aime les chiots et les pigeons et les gens aussi. Cette beauté, à la chevelure sauvage, est une opératrice téléphonique new-yorkaise. Elle s’appelle Gloria Walker. Elle a 18 ans, née et a grandi dans le Bronx. Gloria ne joue ordinairement pas aux échecs dans une telle tenue », précise le magazine.

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Playboy de juin 1956
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Gloria Walker, Miss Juin 1956,  Chess Checkmate photographié par Herman Leonard

Le Cavalier de Tønsberg

Tønsberg cavalier pièce échecs

Les archéologues de l’Institut norvégien de recherche sur le patrimoine culturel (NIKU) ont trouvé une petite pièce d’échecs médiévale (un cavalier) richement décorée avant Noël, lors d’une fouille à la porte Anders Madsens à Tønsberg, dans une maison datant du XIIe siècle. Tønsberg est la plus ancienne ville de Norvège et les fouilles y sont suivies de près par les historiens et les archéologues. La pièce, cylindrique, en bois de cervidé, conçue selon la tradition islamique où aucune figure humaine ne doit être représentée, est haute de 3 cm sur 2,6 de diamètre. Les échecs furent introduits en Norvège à la fin de l’ère viking. De l’Orient, ils se frayèrent un chemin vers la Scandinavie au travers des vastes étendues sauvages de la Russie.

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Faites-moi la faveur de bien jouer !

Au tournoi international de New-York en 1927, Capablanca était déjà vainqueur bien des rondes avant la fin. Devant un reproche ironique d’un de ses collègues, Capablanca lui assure que son intention est de faire nul dans toutes les parties restantes. Arriva le moment de jouer contre Nimzovitch et, à peine l’ouverture terminée, notre génial Cubain envoie à son rival ce message par l’intermédiaire de l’arbitre : « Je vous en prie, cessez de jouer si mal sinon je n’aurai d’autre solution que de gagner ! »

Capablanca Nimzowitsch
José Raúl Capablanca et Aron Nimzowitsch

L’anecdote est relatée dans Chess Review d’août 1949 par le directeur du tournoi Norbert Lederer : « Pour être juste vis-à-vis de Capa, il faut noter qu’il avait déjà obtenu le premier prix ayant une avance de trois points et demi avec seulement trois matchs à jouer contre Alekhine, Nimzowitsch et Vidmar, encore en lice pour la deuxième place. Pour ne pas favoriser l’un d’entre eux, il m’informa donc, en tant que directeur de tournoi, qu’il jouerait pour la nulle contre ses trois adversaires. Inutile de dire que je n’appréciais pas cette attitude. Mais, au cours de sa partie contre Capablanca, Nimzowitsch se livra à un jeu si fantaisiste et se retrouva avec une position pratiquement perdue. Capa me demanda non seulement d’avertir son adversaire, mais il dicta les quatre ou cinq coups que Nimzowitsch joua avec une grande réticence car il soupçonnait une arnaque. Il suivit tout de même les instructions et le nul fut atteint quatre coups plus tard. »

Le médecin et la mort

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Remi-Fursy Descarsin – Portait du Dr C. venant de sauver un malade

On sait peu de chose de Remi-Fursy Descarsin, peintre français né en 1747, protégé du comte de Provence, le futur roi Louis XVIII, si ce n’est qu’il est un portraitiste actif à Paris dans le dernier tiers du XVIIe siècle. « La mort, peut-on lire sous le tableau, s’avoue vaincue. Elle vient d’être fait échec et mat. » La faucheuse, cependant, guigne dangereusement de coup du bon docteur. Prémonition de l’artiste : ses sympathies monarchiques le conduisent à la guillotine, à Nantes, le 14 novembre 1793 à l’âge de 46 ans.

Le dix-huitième siècle fut caractérisé par la confiance en la raison et le progrès de la science et du savoir. Dans ce contexte, la lutte de la médecine contre la maladie est institutionnalisée. La maladie cesse d’être une diablerie et la superstition et la foi cèdent la place à la recherche et à la science. Le médecin et le pharmacien remplacent le sorcier et le prêtre. Parallèlement, les bases de la santé publique future sont posées. L’innocence de l’époque imaginait un avenir où la maladie serait éradiquée par la Raison. Descarsin illustre cette foi dans la science par une partie d’échecs entre le médecin (le fait d’être anonyme le rend universel, représentant le médicament lui-même) et la mort, représentée d’une manière traditionnelle, un squelette couvert par un linceul et portant la faux. Le triomphe de la science fait reculer la mort. Que cette victoire ne soit pas facile, est explicite : le bon docteur a dû vaincre la mort par le plus difficile des mats élémentaires K N B contre K.

Le modèle de pièces est de style Régence caractéristique de l’époque, utilisé par Philidor et son maître, le seigneur de Légal, dans le plus célèbre des cafés où l’on jouait aux échecs : le Café de la Régence à Paris.

Une Reine brisée

Reine allemande en ivoire de morse du XIVe – XVe siècle 5,7 cm, British Museum

Pièce en ivoire, sculptée sur toutes ses faces. La reine, assise sur un trône à haut dossier crénelé, portant manteau et couronne, tient son sceptre à la main. Elle est encadrée d’un personnage portant un navire à gauche et d’un soldat armé à droite.

Un pinacle (partie la plus élevée) au dos est manquant. Une fissure profonde, courant en diagonale vers le bas-côté droit, du soldat tenant la lance aux genoux de la reine, indique que la pièce a été cassée puis recollée.

L’attrait du hasard

« L’amusement que je prends à tirer un brusque parti d’un bizarre concours de circonstances m’a fait perdre beaucoup de parties d’échecs […] Je ne résiste pas à l’attrait d’un coup hasardeux, séduction de l’inopiné qui, dans certains cas, mais bien rares, peut mener aux plus fécondes découvertes. »

André Gide

Le poète Raymond Queneau décrivait le jeu d’André Gide comme « un jeu d’attaques et de pièges ». « On se croit un gangster », dit-il de lui dans son journal.

Le dictateur

« Les Échecs, le seul d’entre tous les jeux qui échappe à la tyrannie du hasard », écrivait Stephan Zweig, c’est bien le seul lien (sinon l’utilisation politique que put en faire la tyrannie soviétique) que l’on peut faire entre notre jeu et la dictature. Cependant, Chaplin introduit une partie d’échecs dans une scène du Great Dictator. Je ne résiste pas à ajouter, la scène mythique d’Hynkel dansant avec le monde, où Chaplin, jouant de sa ressemblance physique avec Hitler – même petite moustache brune – ridiculise le dictateur.

Pièces fatimides en cristal de roche

Une pièce en cristal de roche fatimide, Egypte, XIe siècle, sculptée avec des motifs foliacés profonds en biseau et des traits incisés. Hauteur : 4cm.

Du sous-continent indien et à travers la Perse, le jeu d’échecs gagna des centres tels que Bagdad ou Le Caire, d’où provient probablement cette pièce, attribuée soit aux califats abbasides ou fatimides, car elle partage un certain nombre de caractéristiques stylistiques et techniques avec des exemples de pièces de jeu similaires dans diverses collections. Un exemple particulièrement proche de la forme, du style et de la taille se trouve au Victoria and Albert Museum de Londres.

Roi d’Égypte ou d’Iraq  de la fin du IXe ou  du début du Xe siècle. Victoria and Albert Museum

Pièce d’échecs en cristal de roche taillée en forme de deux lobes inégaux, courbés à une extrémité et plats à l’autre. La pièce est percée sur le dessus de la protubérance et a probablement été utilisé comme reliquaire pour contenir de saintes reliques dans un contexte chrétien plus tardif. Sur un lobe, deux oiseaux s’affrontent. Du lobe plus petit, se dresse une tige pointue avec des projections ressemblant à la tige d’un arbre taillé.

C’est probablement un roi. Au Moyen-Orient, à l’origine, le roi paradait sur un éléphant bien reconnaissable. Cependant, sa forme est rapidement devenue très stylisée, et sa caractéristique principale est son manque de symétrie avant et arrière. Cette pièce a une base ovale basse, plate et évidée. Le corps principal a un sommet arrondi et a été sculpté en trois éléments distincts. Une bande haute avec une surface supérieure décorée sépare deux faces qui s’incurvent vers l’extérieur. Le devant montre une paire d’oiseaux qui s’affrontent. Ils dessinent un motif qui ressemble un peu au visage d’un éléphant. Le dos est beaucoup plus bas et est décoré d’un motif de rouleaux feuillus. Il a été endommagé quand un trou a été percé dans le haut. Cela peut être arrivé lorsque le roi a été réutilisé comme reliquaire (un réceptacle pour des reliques saintes).