Une reine en pendentif

Reine scandinave en ivoire de morse, XIIIe siècle (6,7 x 6,1 x 3,6 cm) – Metropolitan Museum

Peu de pièces médiévales sous la forme de rois, de reines ou de fous survirèrent. La reine est l’une des contributions clé de l’Europe médiévale au jeu d’échecs tel qu’il est connu aujourd’hui. À partir du XIIe siècle, les reines ont progressivement remplacé les vizirs (conseillers masculins du roi) de la tradition islamique et persane. L’introduction d’un élément féminin sur l’échiquier est la modification la plus importante intervenue au cours des tribulations du jeu. « À l’origine, peut-on lire dans Le jeu d’Échecs, dossier que la Bnf lui consacre, c’est un ministre qui remplace les deux rois déchus de l’ancien jeu indien. Il garde cette fonction dans le jeu persan, appelé farzin ou firzan (conseiller du roi) puis wazir en arabe ou vizir en turc. Interprétant mal la contraction arabo-persane firz qu’ils ne comprenaient pas, les traités échiquéens en firent la fiers en ancien français, la fierge ou la Vierge. Ce n’est qu’à la fin du Moyen Âge que la « reine » devient d’un emploi courant.

La transformation du vizir en reine fut lente et tâtonnante : vers 1080, le jeu de Charlemagne comporte déjà une reine, alors que vers 1200, d’autres jeux comptent encore un vizir. Toutefois, cette transformation était dans l’ordre des choses : le culte de la Vierge, la promotion de la femme et le rôle politique de plus en plus grand de la reine au sein du couple royal ne pouvaient qu’entraîner cette mutation. » Sur son destrier, cette reine est prête à combattre. Elle est entourée de sa suite, dont certains membres cherchent son aide.

Remarquez sur le côté droit, la perforation au niveau de la tête du personnage médian. Il n’est pas rare que ces pièces luxueuses, le jeu peut-être dépareillé, terminent leur carrière en pendentif, ornant le col d’un guerrier.