Rituel amoureux

Au début du XIVe siècle, les échecs comme métaphore amoureuse était devenue monnaie courante comme pour nous les petits cœurs de la Saint-Valentin ou nos cupidons de cartes postales. En littérature et dans l’iconographie, une partie d’échecs entre un homme et une femme évoquait aussitôt la romance et plus… De telles scènes décoraient, entre autres, boîtes à bijoux, tablettes d’écriture et  miroirs des nobles dames.

L’allégorie amoureuse s’exprimait dans certains petits détails qui n’échappait pas à l’homme du Moyen Âge, comme le montre l’élégant miroir en ivoire du Musé du Louvre. Un homme et une femme jouent aux échecs à l’intérieur d’une tente. Deux spectateurs tiennent à la main des symboles, freudiens avant la lettre, ne laissant aucun doute quant à la signification sexuelle du jeu : un homme avec un oiseau à longues pattes et à long bec ; à l’opposé, une femme tient un anneau robuste, assez grand pour que notre drôle oiseau puisse y passer la tête. Les plis de la tunique de la joueuse sont aussi sans équivoque.

Tablette d’écriture, France XIVe – Oxford, Ashmolean Museum

Quel que soit le raffinement ou la crudité de ces symboles, notre jeu était bien un rituel amoureux susceptible de se terminer par de plus charnels combats. « Les mères, écrit Marilyn Yalom, avertissaient-elles leurs filles de protéger leur vertu avant de jouer aux échecs ? »¹

¹ Marilyn Yalom, Birth of the Chess Queen (Harper Collins 2004).