Un roi survivant

Roi allemand en ivoire 6 cm, XIVe siècle. Un clic pour agrandir.

C’est l’une des pièces d’échecs médiévales les mieux conservées. Roi survivant, finement sculpté, d’un jeu perdu. Assis sur son trône, portant une couronne de pierres précieuses et tenant l’orbe (globus cruciger), globe surmonté d’une croix, insigne royal pour le sacre de la plupart des monarques d’Europe, il porte un vêtement rappelant ceux des empereurs du Saint-Empire romain germanique tel que Charlemagne.

Le jeu d’échecs a son origine en Inde, la connaissance des règles a été plus ou moins directement transférée en occident, mais en adaptant certaines pièces pour refléter la hiérarchie occidentale, pour les rendre conformes à la symbolique de la société médiévale. En transposant certaines pièces, les Occidentaux n’ont pas tant changé les règles techniques du jeu que sa dimension symbolique. Dans le jeu arabo-persan, les deux camps qui s’affrontaient sur l’échiquier représentaient chacun une armée, avec ses chars, sa cavalerie, son éléphanterie. Dans le jeu occidentalisé, ce ne sont plus deux armées, mais plutôt deux cours qui s’opposent : le vizir devient reine ; l’éléphant, un évêque ou un fou ; le cavalier, chevalier ; le char, « roc » puis tour. Seul le roi et le pion ont été conservés tels. En fait, la modification la plus importante intervenue au cours des tribulations du jeu est l’introduction d’un élément féminin sur l’échiquier, la reine, qui s’impose à la fin du Moyen Âge.

La représentation des pièces les plus en vue sur l’échiquier a rapidement évolué en deux groupes distincts : les figures étaient soit sur un trône, soit à cheval. La pièce présente est un excellent exemple de la première catégorie. Le type intronisé semble avoir évolué à partir d’ensemble d’ivoire du sud de l’Italie fabriqué vers 1100, dont l’un a survécu au Cabinet de Médailles de la Bibliothèque Nationale à Paris. Le concept s’est répandu rapidement. Les premières pièces d’échecs trônant en Europe du Nord, comme le roi du musée national de Copenhague, datent du XIIe siècle.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *