Patti Smith rencontre Bobby Fischer

En 2007, Patti Smith, l’une des références du punk-rock du milieu des années soixante-dix, voyage en Islande et on lui demande d’être l’invitée spéciale d’un tournoi à Reykjavik. En retour, on lui permettra de photographier la table où Fischer et Spassky ont  joué certaines de leurs parties du match pour le titre mondial en 1972. Patti adore prendre des photos sur son vieil appareil Polaroid de 1967 qui l’accompagne partout. Ces clichés sont une sorte de jalon de son voyage spirituel. Elle accepte donc la proposition. La journée se passe sans incident et Patti put se livrer à sa passion. Elle-même dut poser avec les gagnants et la presse  couvrit l’événement.

Le lendemain, surprise, elle reçoit un appel d’un personnage qui se présente comme le garde du corps de Bobby Fischer, lui transmettant le désir de son patron de la rencontrer le soir même à minuit dans un salon privé de l’Hôtel Borg. Patti, qui de sa vie, n’avait jamais eu de garde du corps, en embauche un pour l’occasion. Se questionnant sur ce dont elle pourrait parler avec Bobby, son intérêt pour le jeu étant purement esthétique, le garde du corps de Bobby l’avertit :
Surtout ne mentionnez pas les échecs !
Pendant la rencontre, Fischer, comme on pouvait s’y attendre, montra son pire côté, se comportant très rudement avec ses commentaires racistes et conspirationnistes habituels, exprimés dans un langage très vulgaire. Mais Patti n’est pas femme à se laisser démonter. Elle lui renvoya aussitôt qu’elle pouvait être tout aussi désagréable que lui, sur d’autres sujets. Curieusement apaisé par la réplique, Fischer baisse la garde et lui demanda :
Connais-tu une chanson de Buddy Holly ?
Bobby était un passionné de Rock & Roll, et Patti et lui passèrent les heures suivantes à chanter de vieilles chansons des Chi-Lites, des Four Tops ou de Chuck Berry. « Fischer, raconte Patti, a beaucoup chanté. Quand il a osé entonner le refrain de Big Girls Do not Cry, son garde du corps s’est précipité pour voir si quelque chose était arrivé. »

Plus tard, Patti lui rappela qu’ils se connaissaient déjà, alors qu’elle était très jeune et travaillait comme employé dans une librairie. Apparemment, Fischer était venu dédicacer certains de ses livres chez Scribner, à l’angle de la 5e et la 49e Sud. Mais, devant l’avalanche humaine que l’événement provoqua, Bobby paniqua et Patti l’aida à fuir de ses admirateurs, l’escortant jusqu’à la porte de derrière. Fischer ne se souvenait plus de l’anecdote.

Bobby demanda si elle pouvait lui obtenir des livres. Et jusqu’à la fin de sa vie, Patti lui envoya des « livres d’histoire sombres » qu’elle trouvait avec beaucoup d’efforts. D’une certaine manière, ils ont gardé ce que Patti appelle une « amitié abstraite » jusqu’à la mort de Bobby. Amitié basée sur la distance, les livres et le Rock & Roll.

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