À quoi pensent les Reines de Lewis ?

Ce ne sera pas avant la fin du XVe siècle que la reine commença à émerger comme la pièce la plus puissante du jeu. Ce statut modeste explique-t-il le visage renfrogné des reines de l’îles de Lewis et la position de leurs mains ? Les huit reines sont couronnées, assises sur des trônes, parées de riches robes et tenant leur main droite contre leur joue. L’émotion derrière cette pose a été interprétée de diverses manières comme le chagrin, le désespoir, la patience, le calcul, la désapprobation ou la surprise. Malgré ces interprétations radicalement différentes, Brown écrit : « Tout le monde peut convenir que les reines de Lewis n’ont pas l’air contente. Bien que n’étant pas des femmes guerrières, elles étaient des femmes en guerre. »

Nous pouvons les imaginer surveillant le champ de bataille, se désolant à ce spectacle de destruction, lasses de la guerre et de la folie meurtrière des hommes. L’une des raisons pour lesquelles ces pièces sont si populaires est l’expressivité de leurs visages et combien ces expressions sont difficiles à interpréter. Que se cache derrière ce regard hypnotique. « Je pense, dit l’auteur islandais Fridrik Erlingsson, que l’expression des reines est intimidante, une expression de froid calcul, de concentration et de détermination : elles préparent le prochain mouvement ! »

Les acteurs du théâtre romain classique portaient la main à la joue pour exprimer leur chagrin. Dans les manuscrits du XIe, Adam et Ève chassés d’Eden, déplorent leurs destins, leurs mains sur leurs joues. Pourtant, il y a une différence subtile entre ces images et les reines de Lewis : dans les manuscrits, les mains sont creuses et les doigts se déploient presque comme des griffes, cachant l’œil, parfois même le nez et la bouche. Et plutôt que de fustiger l’observateur, comme le font les reines de Lewis, les personnages se lamentes, courbés et intimidés.

La Bible de Saint Louis, réalisée entre 1226 et 1234, à Paris, pour l’éducation du roi Saint Louis par ordre de sa mère Blanche de Castille.

James Robinson, dans une brochure du British Museum en 2004, expliquait que « s’il y a un élément de désespoir ou de deuil, l’accent émotionnel est vraiment sur la contemplation ». Pour Neil Stratford dans une publication antérieure, « les reines adoptent la pose traditionnelle de calme et de patience ».

La croyance qu’elle furent fabriquées à Trondheim, en Norvège, est la théorie la plus largement acceptée concernant leur origine, car elle est soutenue par le plus de preuves. Cependant, certains chercheurs ont récemment trouvé des preuves qui suggèrent la possibilité que les pièces de Lewis aient des racines islandaises. La reine est probablement la plus belle de toutes les pièces. Si vivante, elle a ce merveilleux visage expressif et ces yeux étranges qui regardent vers un ailleurs, ce regard non seulement malheureux, mais presque choqué, comme si quelque chose de terrible était arrivé.