Les Eschéz d’Amours

Eschéz Amours

Les Eschéz d’Amours constituent une vaste allégorie encyclopédique, l’une des plus longues de l’ère médiévale, dans la tradition du Roman de la Rose, traitant des questions d’amour, de politique, d’économie, de musique, de médecine, d’apprentissage courtois et de loisirs à l’époque de Charles Quint. Dans le prologue, le narrateur consacre son travail à ceux qui aiment « le jeu agréable et délicieux ».

A tous les amoureux gentilz,
Especialment aux soubtilz
Qui aiment le beau jeu nottable,
Le jeu plaisant et delitable,
Le jeu tres soubtil et tres gent
Des eschéz, sur tout aultre gent,
Vueil envoyer et leur presente
Ceste escripture cy presente,
Car il y trouveront comment
Je fuy au jeu, n’a pas granment,
D’une fierge en l’angle matéz
Par les trais-tant fuy pros hastéz
De celle qui, au voir retraire,
Si gracïeusement scet traire
Au jeu que je dy des eschés,
C’onques tant n’en sot Ulixes.

À tous les amants nobles,
Spécialement aux subtils
Qui aiment le beau jeu,
Le jeu agréable et délicieux,
Le jeu d’échecs très subtil et très noble,
Au-dessus de tous les autres,
Je souhaite leur envoyer et leur présenter ce texte,
Car ils trouveront comment
J’étais, il n’y a pas longtemps,
D’une Reine dans un angle maté
Par les coups — tant rapidement fut expédié
D’une femme qui, à vrai dire,
Si gracieusement sait jouer
Au jeu que j’ai mentionné, les échecs,
Que même Ulysse n’en sait autant.

Le vampire vaincu par la croix

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XIXe siècle, en plein romantisme. Un écrivain, grand amateur d’échecs, tous les soirs allait à l’auberge voisine jouer sa partie. Pour dire la vérité, ce n’est pas que le jeu qui le motivait. Il y avait rencontré une fort jolie femme dont il était amoureux éperdu. Et il jouait avec cette étrange et pâle jeune fille aux cheveux noirs de chastes parties jusqu’à très tard dans la nuit. La belle inconnue jouait calmement, les yeux rougis apparemment par son intense concentration sur l’échiquier. Mais une nuit, elle parut nerveuse, ce qu’il, aveugle d’amour, remarqua à peine. Soudainement, portant sa main vers la fenêtre dans un accès de nervosité, elle érafla la vitre. Et frissonnant, le jeune homme vit apparaître deux crocs affilés aux commissures de ses jolies lèvres pulpeuses.

Je suis désolé pour toi mais je dois te mordre, dit-elle, j’ai faim et je n’ai pas dîné. Comment s’était-il laissé berner par un vampire ?
Que puis-je faire ? pensa-t-il, palissant d’effroi.
N’essaie pas de fuir, ajouta-t-elle, le voyant tourner son regard vers la porte. Dès que tu sortiras d’ici, je te rattraperai.

Essayant de gagner du temps, comme dernière volonté, il demande à la créature de le laisser vivre jusqu’à la fin de la partie. La goule accepte. Faisant traîner, l’écrivain tente de grappiller quelques minutes en vain. À son tour de jouer, elle le fait rapidement pour en finir au plus tôt. Peu lui importe le résultat. Le prix, pour elle, sera le sang de sa victime. Le vampire s’agace et, l’air malheureux, l’écrivain fait quelques coups rapides jusqu’à cette position :