Les pièces de Sandomierz

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Les pièces de Sandomierz

En 1962, lors de fouilles menées sur la colline de la vieille ville de Sandomierz en Pologne, les archéologues de l’Académie polonaise des sciences, Eligia et George Gąssowskich, ont découvert un jeu d’échecs quasiment complets (seulement trois pièces manquantes) datant du XIIe siècle, l’un des plus anciens ensembles d’Europe, peut-être ramené du Moyen-Orient par un croisé.

Les pièces d’échecs découvertes à Sandomierz sont de style arabe stylisé. En liaison avec les lois coranique interdisant la représentation réaliste des êtres vivants, les musulmans transformèrent les modèles hindous originaux en formes abstraites. Petites, la hauteur maximale ne dépasse pas 25 mm, elles appartenaient à un jeu de voyage et l’échiquier était probablement en cuir. Les figures noires et blanches se distinguent par la profondeur des lignes ornementales et des ocelles.

Comment ce superbe jeu est arrivé dans ce petit village polonais, où les échecs étaient encore inconnu : caché ou volé à un chevalier ou à un marchand venant de terres lointaines, revêtant sans doute pour les villageois un caractère précieux et magique.

Échecs et Billard

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Si le jeu d’échecs fut longtemps le passe-temps de la classe noble et cultivée, il alla, à la fin du Moyen Âge, s’encanailler dans les tavernes et les tripots. Il y rencontra souvent un autre compère de « débauche » : le billard. Compagnonnage paisible, malgré la bille venant perturbée la partie de nos deux pousseurs de bois, ces deux jeux demandant des qualités communes : calme et concentration.

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Paul Morphy lors d’une séance de simultanée à l’aveugle au Café de la Régence à Paris, 1858.

Au XIXe, le fameux Café de la Régence les réunissait encore. « Si un militaire, un artiste, un savant, un administrateur, écrivait-on dans Les cafés artistiques et littéraires de Paris, paru en 1882, peuvent arriver à la célébrité ou au moins à la notoriété grâce au courage, au talent, à la science, à l’habileté que chacun d’eux aura déployés, il ne faudrait point conclure que les moyens d’atteindre la réputation soient limités. Danseurs de corde, joueurs de billard ou d’échecs peuvent attirer la foule, soulever des discussions passionnées tout comme un général qui a gagné une bataille ou un orateur applaudi à la Chambre. M. Vignaux, le roi du billard, a toujours autour de lui un public haletant qui regarde avec émotion les billes d’ivoire rouler sur le tapis vert et applaudit fiévreusement les carambolages bien réussis ; enfin le joueur d’échecs, M. Murphy, est aussi connu que son illustre compatriote, le courageux voyageur Stanley*. »

* L’auteur se trompe. Il croit sans doute Morphy (dont il orthographie mal le nom) anglais comme l’explorateur Henry Stanley.